‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 26 sur 83 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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h ne point boire de vin et h laisser croître ses che- Tcux jusqu'à un certain temps; alors on les coupait et on offrait des sacrifices. C'était ainsi que S. Paul se faisait Juif avec les Juifs pour les gagner à Jésus - Christ.

S'élaniemLarqué à Ccnchrée, il aborda d'abord àtphcse, puis h Césarée eu Palestine, d'oii il se rendit par terre h Jérusalem. Lorsqu'il eut célébré la fête dans celte ville il revint h Anlioche, et parcourut de nouveau la Galalie, la Phrygie et d'autres contrées de l'Asie, encourageant partout les fidèles et arrosant les jeunes plantes qu'il avait déjà cultivées pour Jésus- Christ. Il repassa de la Cappadoce à Ephèse, et y resta près de trois ans, toujours occupé à instruire dans les places publiques et dans les maisons particulières. Il se fit de grands miracles, même par les mouchoirs et les tabliers qui avaient touché son corps. Durant trois mois il s'adressa aux Juifs; mais voyant leur invincible opiniàti'elé il se tourna du côté des païens.

Il y avait alors h. Ephèse sept frères, fils de Sceva, prince des Juifs, c'est à dire, à ce que l'on croit, chef d'une des vingt-quatre familles sacerdotales. Ils entreprirent, quoiqu'ils ne fussent point chrétiens, d'exorciser les possédés au nom de Jésus- Christ ; mais le démon leur répondit qu'il ne les connaissait point, il se jeta même sur eux, et les traita fort mal. Ce fut ainsi qu'ils subirent la peine due à leur vanité. Cet événement effraya tout le monde, et il n'y eut personne qui ne prononçât depuis avec resject le saint nom de Jésus. Plusieurs voyant la folie de leurs superstitions, brûlèrent publiquement leurs livres de magie et d'aslro-

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logie. Ces personnes avaient déjà reçu le baptême ; mais, soit par un reste de penchant h l'idolâtrie, elles étaient encore attachées à des pratiques que condamnele christianisme. Les instructions de l'apôtre leur ayant dessille les yeux, elles renoncèrent h tout ce qui pouvait être un piège de séduction. Il s'en trouva beaucoup qui vinrent s'avouer coupables , non pas seulement par une accusation vai!;ne et générale, mais par la déclaration détaillée de leurs fautes.

Un Juif d'Alexandrie , homme éloquent , qui n'avait encore que le baptême de Jean, vint h Ephèse après la première prédication de S. Pierre et de S. Paul dans celte ville. Il se nommait Apollon. Comme il était assez instruit de ce qui regardait Jésus-Christ, il annonça l'Evangile avec beaucoup de zèle ; il fut ensuite plus parfaitement instruit par Aquila et Priscille. Etant allé à Corinthe, il y prêcha la foi avec beaucoup de succès , arrosant ce que S. Paul avait planté.

Les travaux et les miracles du saint apôtre multiplièrent prodigieusement à Ephèse le nombre des chrétiens. Il y trouva des dispositions favorables à la prédication de l'Evangile, mais il eut aussi beaucoup d'adversaires. Il soitffrit de cruelles persécutions de la part des Juifs : k chaque moment il était exposé à divers dangers; il mourait tous les jours, c'est h. dire qu'il courait continuellement risque de sa vie. Il combattit contre les bêtes, selon les hommes, ce qui signifie qu'il fut exposé aux bêtes dans l'amphithéâtre , en sorte que les hommes crurent qu'il en serait dévoré : mais Dieu sut lui conserver niiracnleusement la vie. Ce fut surtout

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dans l'année 57 que sa mort parut devoir être certaine. ■•

Il y avait h Eplièsc un niagnifiquc temple de Diane, qui passait pour une des sept merveilles du monde. On y gardait une image de la déesse, qu'on prétendait avoir été faite par Jupiter et être lom- Lée du ciel. Cette image était en grande vénération parmi les Grecs et les Romains ; on en faisait de petites d'argent qui avaient la même forme, et les païens zélés ne manquaient pas de les acheter. Un orfèvre nommé Démélrius en retirait un gain considérable; mais, voyant que son commerce diminuait beaucoup depuis la prédication de S. Paul, il ameuta contre lui les habitants de la ville. Sur le bruit qui se répandit que l'honneur de la déesse était attaqué, la fureur s'empara de tous les esprits. Chacun se mit à crier : Fivc la grande Diane des Ephcslcns. La raison ne pouvait rien sur une populace aveuglée par l'intérêt et la superstition. On chercha l'apôtre pour l'exposer aux bêtes dans l'amphithéàirc; à son défaut on se saisit de deux de ses compagnons, Gaïus etAristarque : ils étaient l'un et l'autre de Macédoine et pleins de zèle pour le christianisme. Déjà on était sur le point de les faire dévorer par les bêtes, S. Paul voulait paraître €t parler pour eux; mais les intendants, des jeux, qui étaient ses amis, le firent avertir que cette démarclie serait trop dangereuse, et que certainement il périrait sans pouvoir délivrer ses compairnon?. lin Juif converti nommé Alexandre se présenta pour parler; il lui fut impossible de se faire entendre , parcequ'on le soupçonnait d'être J'ami de S. Paul. Il est pourtant fort probable qu'il

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eût invectivé contre lui si, comme on le croit communément, c'était cet Alexandre, ouvrier en cuivre, dont l'apôtre dit qu'il lui avait fait beaucoup de mal, qu'il s'était opposé h l'effet de ses discours, et qu'il l'avait livré à Satan pour ses blasphèmes et son apostasie. La populace ne voulut point le laisser parler, et ne fit que crier pendant près de deux heures : La grande Diane des Eplicsicns. Enfin le greffier de la ville calma peu h peu les esprits; il représenta au peuple que si quelqu'un l'avait offensé il devait se pourvoir devant les juges, qui lui i-endraicnt justice; il ajouta que le tumulte qui s'était élevé avait l'air d'une sédition, et que ceux qui y participaient s'exposaient euxmêmes h être punis selon la rigueur des lois. Ce discours rétablit le calme, et chacun se retira dans sa maison. Gaïus, Aristarque et Alexandre furent mis en liberté sans avoir rien souffert.

Deux ans auparavant;, S. Paul avait fait un voyage à Corinthc, et avait écrit son épître aux Galates. Il montre dans celte épître un zèle et une vigueur vraiment apostoliques, parceque ce peuple était grossier et qu'il avait reçu de faux docteurs qui prétendaient rétablir l'obligation de pratiquer les cérémonies légales, et allier la circoncision avec l'Evangile. Il écrivit en 5G aux Corinthiens. La raison qui l'y détermina fut qu'il avait appris que la division s'était mise parmi eux : les uns étaient pour Céphas, les autres pour Paul ou Apollon , comme si tous ces apôtres n'avaient pas prêché le même Jésus-Christ.

Le tumulte excité par Démétrius ayant été apaisé, S. Paul quitta Ephèse. Il vint h Troade, et alla

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pour la seconde fois en Macédoine ; de Ih il écriyit sa seconde épître aux Corinthiens, auxquels il fit peu de temps après une troisième yisile. Ce fut alors, dit S. Augustin, qu'il régla, comme il l'avait promis, de quelle manière il fallait assister aux divins mystères, et qu'il ordonna en particulier que l'on recevrait à jeun, et non plus après avoir mangé, le corps du Seigneur. On ne peut au moins douter, selon le même père, que l'obligation de communier h jeun ne soit de précepte apostolique.

En 58 l'apôtre écrivit de Gorinllie son épître aux Romains. Il leur y témoignait un désir ardent de les voir, et les y assurait qu'il avait pris la résolution d'aller les visiter.

Après trois mois de séjour dans la Grèce il partit pour porter aux fidèles de la Judée les aumônes qu'il avait recueillies dans la Macédoine et l'Achaïc. Il passa quelque temps à Philippes et un mois entier à Troade. La veille de son départ de cette dernière ville les fidèles s'assemblèrent pour l'entendre prêcher et pour rompre avec lui le pain sacré. Telle était la soif dont ils étaient dévorés pour la parole sainte qu'ils passèrent l'heure du dîner et du souper, quoique ce fut le dimanche et le temps de Pâques. Un accident vint troubler à minuit celte sainte assemblée. Un jeime homme, nommé Eutyque, assis sur la fenêtre, s'étant endormi pendant que l'apôtre parlait, tomba d'un troisième étage, où l'on était, et fut emporté mort ; mais S. Paul lui remlit aussitôt la vie, et continua d'instruire les frères jusqu'au point du jour.

Il partit do Troade im lundi 1 7 avril, et s'en alla à pied jusqu'à Asson. S'y étant embarqué, il

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arriva à Mitylène, dans l'île de Lesbos ; il passa ks lendemain jusqu'à celle de Sanios, et aborda enfin? à Trogylle, qui est un promontoire de l'Ionre. Le jour suivant il gagna Milet dans la Carie, et il envoya chercher les prêtres et les anciens de l'église d Ephèse pour leur donner quelques instrnctions» Ayant passé par les îles de Cos et de Rhodes, it " vint à Patare, ville de Lycic, où il s'embarqua sur un vaisseau chargé pour Tyr en Phénicie. Enfin il aborda à ce port cinq jours après son départ de Milet. Oiîclq^es chrétiens de Tyr, qui avaient le doa de prophétie, le conjurèrent de ne point a!ler h Jérusalem, lui prédisant les mauxqu'il aurait à y souffrir. N'ayant pu réussir à le détourner de sa résolution, ils l'embrassèrent et prièrent avec lui sur le rivage L'apôtre s'élant rembarqué vint h Ptolémaïde, puis à Césarée. Comme le prophète Agabe lui prédisait dans cette ville qu'il serait chargé de fers k Jérusalem, les fidèles le supplièrent de n'y point aller ; mais ils ne purent l'ébranler, et ii leiu' répondit qu'il était prêt à souffrir non senîemcnt la prison, mais la mort même pour Icnomdu Seigneur Jésus. Il continua donc sa rente pour arriver au terme de son voyage. Il entra dans Jérusalem en 58, environ la vingt-troisième annéo après sa conversion. C'était pour la cinquième fois qu'il visitait 1 église de celte ville. Son premier soin fut de distribuer les aumônes dont il était chargé. Il se rendit au conseil qu'on lui donna, de faire les dépenses nécessaires pour les sacrifices que devaient offrir quatre nazaréens, dont le temps expirait. Il agit de la sorte afin de prouver aux Juifs qu'il ne coo*

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damnait point leur loi, et il le faisait connaître à leurs prêtres en s'assujeltissant aux purifications légales.

Il s'était h peine écoulé sept jours depuis son arrivée que quelques Juifs d'Asie, qui étaient venus à Jérusalem pour célébrer la fêle de la Pentecôte, animèrent le peuple contre lui. L'ayant vu dans la ville avec un Ephésien nommé Trophime, qui était gentil, ils s'imaginèrent faussement qu'il l'avait mené dans le temple, qui par Ih avait été profané. Sur le bruit qui se répandit que Paul méprisait et le temple et la loi de Moïse, les Juifs s'attroupèrent autour de lui ; ils se saisirent de sa personne, et l'enlevèrent dans le dessein de le battre et même de le massacrer.

Le tribun Claude Lysias fut bientôt informé de tout ce qui se passait. C'était im officier qui commandait la garnison de la tour Antonia , et qui était chargé d'empêcher le tumulte qui s'élevait ordinairement parmi les Juifs au temps des grandes fétes.Il accourut promplement avec ses soldats, dont la vue arrêta ceux qui bail aient S. Paul, et qui étaient sur le point de luiôlerlavic. Iltirarapulic de leurs mains , ordonnant toulefois qu'il fut lié de deux chaînes. Il soupçonna d'abord que c'était un Egyptien qui, peu de teaips auparavant, avait excité une sédition; mais ayant reconnu qu'il s'était ' trompé, il permit h son prisonnier de parler au peuple. S. Paul fit un discours où il raconta ]a manière miraculeuse dont il avait été converti; il ajouta qu'il avait commission expresse d'en haut de prêcher aux gentils. Il eut h peine prononcé ces dernières pa-

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rôles que le peuple poussa un cri de fureur et demanda sa mort.

Lysias, qui ne savait point l'état de cette affaire, résolut , pour s'en instruire , de condamner le saint à être fouetté. Le bourreau se mettant en devoir d'exécuter la sentence, l'apôtre demanda au centurion s'il était permis de traiter de la sorte un citoyen romain avant qu'il eut été entendu et condamné selon les lois. Le centurion informa Lysias de ce qu'il venait d'entendre. Celui-ci eut peur; il ordonna de relâcher l'apôtre, et de le conduire dans la tour Antonia.

Le lendemain Lysias fit dire au grand-prêtre et ti tous ceux qui composaient le conseil des Juifs de le venir trouver hors du camp , afin d'apprendre d'eux le véritable état des choses. On amena aussi S. Paul; mais lorsqu'il voulut commencer à parlei" le grand-prêtre Ananie lui fit donner un soufflet. L'apô tre était intérieurement disposé à tendre l'autre joue, conformément au conseil de l'Évangile, mais il crut qu'il était de l'intérêt de la vérité de montrer en cette occasion de la force et de la vigueur. Il fit donc sentir l'injustice de l'outrage que l'on venait de faire h un homme innocent , et qui était entre les mains d'un magistrat romain ; il s'en plaignit hautement au grand-prêtre; il le menaça des coups de la justice divine, et l'appela muraille blanchie , c'est h dire hypocrite. Ces dernières paroles étaient une prophétie , selon la remarque de S. Augustin. En effet Ananie fut quelque temps après déposé de la souveraine sacrificature par Agrippa le jeune. Etant depuis entré dans une fac-

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tîon dangereuse pour l'état, il fut tué avec son frère par la ûiction opposée , dont son propre fils était le chef. Cependant on avertit l'apôtre qu'Ananie était le grand-prêtre. Il s'excusa sur ce qu'il ne l'avait pas connu, et rejeta sur ce défaut de connaissance le discours qu'il avait tenu. C'était ainsi qu'il honorait l'omhre même d'un sacerdoce qui venait d'être aboli.

La résurrection de Jésus-Christ étant l'article capital de notre foi , S. Paul s'écria qu'il n'était accusé que pour soutenir la résurrection des morts. Les pharisiens , qui défendaient avec zèle ce dernier point contre les saducéens , prirent alors le parti de l'apôtre ; en sorte qu'il s'éleva une grande contestation parmi les Juifs mêmes. Lysias, pour empêcher que S. Paul ne fût mis en pièces dans ce tumulte, envoya des soldats avec ordre de le ramener dans le camp. Jésus-Christ , qui a coutume de faire de plus grandes faveurs à ses serviteurs dans leurs afflictions, apparut au saint la seconde nuit qu'd passa dans la prison, l'encouragea, et l'assura qu'd irait lui rendre témoignage jusque dans Piome.

Quarante Juifs ayant conspiré la mort cie S. Paul, Lysias l'envoya sous bonne escorte h Félix, gou- Terneur de la province, qui faisait sa résidencs ti Césarée. Le grand-prêtre Ananie l'y suivit, avec l'orateur Terlullus. Ce dernier, après un début artificieux , l'accusa d'exciter des troubles et de prêcher la nouvelle religion des nazaréens, c'est à àlvt; des chrétiens. Lorsque l'apôtre eut obtenu la permission de parler il commença par dire au gouverneur qu'il s'estimait heureux d'avoir îi plai-

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der sa cause devant un homme qui depuis si longtemps était le juge de sa nation. Il ne lui fut pas difficile de prouver qu'il n'était entré dans aucune sédition, et qu'il n'avait point profané le temple. H avoua qu'il adorait Dieu conformément h la doctrine de ceux que ses accusateurs traitaient d'héréliqucs, mais il ajouta qu'il avait en cela pour garants les prophètes et les patriarches, et que, dans l'attente de la résurrection générale des bons et des méchants, il tâchait de vivre d'une manière irréprochable envers Dieu et les hommes. Félix fut peu touché de l'accusation intentée pour cause de religion ; il laissa cependant l'apôtre en prison durant l'espace de deux ans; par Va il cherchait à plaire aux Juifs, et se flattait que les chrétiens lui donneraient de Targcnt pour obtenir la liberté de S. Paul.

Félix était un très méchant homme , qui de la condition d'esclave était parvenu aux premières dignités de l'empire. Ses rapines et ses concussions l'avaient fait détester de toute la Judée. Il se soutint néanmoins dans son gouvernement tandis que Pallas, qui le protégeait , fut en faveur; mais après la chute de ce ministre il fut facile aux Juifs de porter 'eurs plaintes à Piome. C'est ce qui engageait le gouverneur à laisser S. Paul en prison ; et s'il n'obtenait point d'argent pour son élai^gissemcnt, il faisait au moins sa cour à im peuple qu'il savait mal iulenlionné contre lui.

Malgré cette polhiquc il faisait «souvent paraître l'apôtre devant lui, et il prenait beaucoup de plaisir à fentendrc. Malheureusement la curiosité et l'avarice étaient les seuls motifs qui le déterminaient.

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et ces deux passions , jointes à plusieurs autres » empêchaient la grâce d'agir sur son cœur. Il avait trois femmes : celle qui occupait le premierrang se nommait Driisillc , et était fille d'Agrippa l'ancien; elle avait abandonné la religion judaïque et le roi d'Emèsc, son mari, pour épouser un idolâtre.

Un jour que Félix était avec Drusillc, il envoya chercher S. Paul, quiparla avec beaucoup de force sur la justice , la chasteté et le jugement dernier. Le gouverneur en fut effrayé; mais étouffant les remords de sa conscience , il dit à l'apûtre : Retirezvous pour le présent ; je vous ferai venir en temps convenable. 0 criminel délai , s'écrie S. Augustin ! 0 paroles ennemies de toute grâce ! L'amour du monde et des plaisirs , la dissipation et l'indolence ne laisseront jamais trouver ce temps convenable; ainsi le pécheur se verra tout à coup précipité dans l'enfer, et ne sera tii^é de sa léthargie que par les pointes cuisantes du feu éternel.

Les autres conférences que Félix eut avec S. Paul ne produisirent pas plus d'effet; il ne réussit pas non plus h tirer de l'argent de son prisonnier. Le saint n'avait garde d'employer les aumônes des fidèles h un pareil usage. Deux ans après^ Félix fut rappelé h Piomc. Les Juifs l'ayant accusé devant Néron d'avoir ruiné le pays, il ne put éviter la punition que méritaient ses crimes que par des sommes immenses d'argent.

Porcius Feslus succéda à Félix dans le gouvernement de la Judée ; c'était un homme d'un caractère un peu plus traitable que son prédécesseur. S. Paul fut de nouveau accusé devant lui par les Juifs; mais il en appela h l'empereur, pour n'être

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point abandonné h la rage de ses persécuteurs. Le droit d'appel était un privilège que les lois accordaient aux citoyens romains , afin qu'ils ne fussent pas les victimes de la passion des juges corrompus. Sur ces entrefaites Agrippa , roi do quelques cantons de la Judée , vint h Césaréc saluer le nouveau gouverneur. Il était accompagné de sa sœur Bérénice, femme livrée h toutes sortes do désordres. Festus le consulta sur ce qu'il avait h dire h l'empereur touchant son prisonnier. Agrippa, qui avait beaucoup entendu parler de S.Paul, marqua ungrand désir de le voir. Le gouverneur le fil donc paraître le lendemain. L'apôtrese félicita d'avoir à parler dorant une assemblée nombreuse. Il adressa la parole au roi Agrippa, lui exj)llqua la doctrine de la résurrection des morts, et lui raconta l'histoire de sa conversion. Festus, en qui l'amour du monde éteignait le goût des vérités spirituelles, se contenta d'admirer l'éloquence du saint : il lui dit cependant qu'il avait peur qu'il ne s'entendît pas et qu'il n'extravagudt par trop de savoir. S. Paul répliqua sans s'émouvoir qu'il était dans son bon sens et que son discours ne renfermait que des vérités importantes. Aussitôt il en appela au roi, qui avait connaissance des écrits des prophètes, dont les prédictions avaient eu leur accomplissement dans la personne de Jésus-Clirist. Agrippa ne put s'empêcher d'avouer qu'il s'en fallait peu que l'apôtre ne lui persuadât de se faire chrétien. 11 n'ouvrit point les yeux h la lumière de l'Evangile parccqu'il endurcit son cœur contre les impressions de la grâce, et que le christianisme ne peut s'allier

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avec l'esprit du monde. C'est ainsi que ceux qui négligent de suivre la vocation du ciel et de profiler des moments delà miséricorde divine méritent ordinairement de mourir dans leur péché. S. Paul, animé d'un zèle ardent pour le salut de ceux qui récoulaient, s'écria qu'il souhaitait qu'ils devinssent tous tels que lui, à la réserve des chaînes qu'il portait alors. Agrippa dit h Festus qu'on aiu^ait pu le mettre en lihcrté sans son appel à rcniperenr. Ilavait été réglé par les lois romaines que, dans le cas d'un appel interjeté et reçu dans une cour, -le juge inférieur perdait tout droit de condamner ou d'absoudre.

Comme il fallait envoyer S. Paul h Rome , Festus le remit entre les mains de Jule , centurion d'une compagnie qui était de la légion d'Auguste. L'apôtre avait avec lui S. Luc, Aristarque et quelques autres chrétiens. Ils s'embarquèrent tous h Adramytte, port de Mysie, et cinglèrent vers le nord. Ils mouillèixnt l'ancre h Sidon, où Jule, qui traitait S. Paul avec beaucoup d'humanité, lui permit de visiter ses amis et de se reposer quelque temps. On se rembarqua, mais avec un vent contraire. On passa h la droite dcl'ile de Chypre, et on côtoya la Ciiicie et la Pamphilie. Enfin, après une navigation pénible , on arriva h Myre, en Lycie, où le vaisseau devait finir sa course. On en prit un d'Alexandrie, qui était chargé pour ritalitï, et qui portait deux cent soixanteseize personnes. Les vents furent toujours contraires, en sorte que durant plusieurs jours on ne put approcher de Cnide, ville et promontoire de Carie. De là le vaisseau gagna Salmone, promontoire de

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Crète, puis arriva dans im lieu nommé Beaux- Ports, et peu éloigné de la \ille de Lasée ou Thalasse.

On était alors au mois d'octobre, temps où la navigation devenait trop périlleuse. S. Paul conseilla donc au centurion et aux matelots de passer l'hiver à Beaux-Ports ; mais son avis ne fut point suivi. Presque tous dirent qu'il fallait tâcher de gagner Phénicie , port situé de l'autre côté de l'ile de Crète. Ainsi l'équipage se rembarqua sans délai; mais bientôt après le vent se tourna vers l'orient et souffla avec tant de violence qu'on fut obligé d'abandonner le vaisseau h la merci des vagues. Il fut enlin porté près d'une petite île nommée Claude , qui est au sud-ouest de la Crète : Ih les matelots ceignirent le vaisseau avec des cables de peur qu'il ne s'ouvrît. Le lendemain ils jetèrent les marchandises dans la mer , et deux jours après tout ce qui composait l'équipage, La tempête était si violente qu'ils furent quatorze jours sans voir ni soleil ni astres , et sans prendre presque aucune nourriture. Ils n'avaient plus d'espérance de se sauver, et ils ne considéraient plus que la mort avec toutes les horreurs d'un naufrage.

Cependant S. Paul les assurait qu'il n'y aurait que le vaisseau de perdu, qu'ils auraient tous la vie sauve, et qu'ils aborderaient dans une île. Il leur parlait ainsi en conséquence d'une vision qu'il avait eue. Une ange lui était apparu pendant la nuit, et lui avait fait entendre ces paroles : « Paul , ne craignez rien; il faut que vous comparaissiez devant César , et je vous annonce que Dieu a accordé la vie de tous ceux qui sont avec vous dans le

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vaisseau. » Les matelots ayant jeté la sonde trouvèrent vingt brasses d'eau; et un peu plus loin, ils en trouvèrent quinze; ils en conclurent qu'ils approchaient delà lerre. La crainte de rencontrer des bancs de sable ou des rochers les empêcha d'avancer davantage; ils jetèrent quatre ancres pour arrêter le vaisseau jusqu'au jour; mais en même temps ils formèrent secrètement le complot de se sauver dans l'esquif. S. Paul, informé de ce qu'ils tramaient , en avertit le centurion, afin qu'ils les empêchât d'exécuter leur dessein , puisqu'il était impossible que les autres se sauvassent s'il ne restait personne pour manœuvrer. Les soldats eurent donc ordre de couper les cordages qui tenaient l'esquif atlaché au vaisseau, et de îe laisser tomber dans la mer. Par cette précaution les matelots ne pouvaient plus s'enfuir ni abandonner les autres.

S. Paul consolait l'équipage en assurant que personne ne périrait. Pas an de vous , disait-il , ne perdra un seul cheveu de sa tête.

Comme ils n'avaient point mangé depuis quatorze jours, il les exhorta à prendre quelque nourriture. Lorsqu'ils furent rassasiés ils soulagèrent le vaisseau en jetant dans la mer ce qui leur restait de provisions. Le jour étant A^enu on vit la terre, mais on ne put découvrir dans quel pays on était. Les matelots aperçurent un golfe, où il y avait un rivage, et ils résolurent d'y faire échouer le vaisseau s'ils le pouvaient. Ils levèrent donc les ancres et lâchèrent en même temps les attaches du gouvernail; puis s'abandonnant à la mer après avoir mis la voile d'artimon, ils tirèrent vers le rivage; mais ayant rencontré une langue de terre, le vaisseau y

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échoua, la proue y demeura enfoncée dans le sable, et la poupe fut rompue par les flots. Les soldats, qui craignaient apparemment que les prisonniers ne s'échappassent, étaient d'avis qu'on les tuât; mais le centurion, qui voulait sauver S. Paul, les empêcha d'exécuter ce barbare dessein ; ainsi tous abordèrent au rivage, les uns à la nage, les autres sur les débris du vaisseau. « Voilh, dit S. Chrysostome, l'avantage qu'il y a h vivre dans la compagnie d'un saint, quoique prisonnier, et de l'avoir pour protecteur dans les dangers. »

Leiicu où S. Paul et les compagnons de son naufrage abordèrent était l'île do Malle , pour lors soumise aux Romains. Les habitants les reçurent avec boulé et firent allumer un grand feu pour les réchauffer. S. Paul y ayant mis un paquet de broussailles, il en sortit une vipère qui s'attacha à sa main; aussitôt il secoua l'animal dans le feu, et il ne lui en arriva rien. Les habitants crurent qu'il allait enfler et mourir, et ils se disaient entre eux qu'il devait être quelque meurlricr poursuivi parla vengeance du ciel; mais voyant qu'il ne lui arrivait aucun mal ils changèrent de langage, et s'écrièrent que Paul était un dieu.

L'apôtre et ceux de sa compagnie passèrent trois jours dans la maison de Publius, le plus considérable des habitants de l'île; peut-être même en étaitil gouverneur pour lesPiomains. Quoi qu'il en soit, 1 hospitalité qu'il exerça en cette occasion fut bientôt récompensée : car S. Paul guérit son père, malade d'une fièvre et d'une dyssenterie, en priant pour lui et en lui imposant les mains. Lorsque le bruit de ce miracle se fut répandu, les autres habi-

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tanls de l'île apporlèrenl leurs malades h i'apôlre, et ils curent la joie de les ramener jouissant d'une pariaite santé. La reconnaissance leur inspira des sentiments de vénération pour leurs hôles, et ils leur fournirent abondamment tout ce qui leur était nécessaire.

Après trois mois de séjour dans Tîle de Malte S.Paul etscs compagnons s'embarquèrent pour Rome dans un autre vaisseau d'Alexandrie, qui avait passé l'hiver au même endroit; ils s'arrêtèrent trois jours h Syracuse, en Sicile, vinrent de Ih h Reggio dans .la Calabre, et abordèrent enfin à Pouzzolcs près de Naples. Comme il y avait quelques chrétiens dans cette dernière ville, S. Paul resta sept jours avec eux; il repartit ensuite, et fit par terre environ cent milles. Les fidèles de Piome ayant appris la nouvelle de son arrivée, plusieurs d'entre eux allèrent au devant de lui. Enfin le saint arriva h Piome au commencement du printemps de l'année Gi ; il fut remis, avec les autres prisonniers, à Afranius Burrhus, préfet du prétoire. C'était un officier rempli de sagesse et de modération, qui eut beaucoup de crédit durant les premières années du règne de Néron. Ses conseils et ceux de Sénèque arrêlèrcnt quelque temps les saillies impétueuses du caraclèrc brûlai de l'empereur.

S. Paul fut donc traité avec beaucoup d'humanité; on lui permit même de vivre en son particulier avec ime garde destinée moins à l'empêcher de s'enfuir qu'à le garantir des mauvais elï'ets de la haine des Juifs. 11 avait la liberté d'annoncer l'Evangile à tous ceux qui venaient le voir : ses inslruclions produisirent moins d'effet parmi les Juifs

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que parmi les gentils. Comme il ne se présentait point d'accïisatenrs contre lu*, on lui accorda son élarcrissement au bout de deux ans. Ici finissent les Actes des Apôtres, qui, h coînmencer au Ircizièmc chapitre , ne sont q^iie 1 histoire des voyages de S. Paul.

Pendant que le saint était prisonnier h Rome les Philippiens lui envoyèrent Epaphrodite , leur évèque, qu'ils. chargèrent de lui remettre de l'argent et de lui procxuer tous les autres secours qui dépendraient de lui. L'apôtre leur écrivit une épître fort tendre, dans laquelle il les exhortait h se donner de garde de certains prédicateurs qui prétendaient assujettir les chrétiens h la loi de la circoncision. On met cette épitre en 62.

Ce fui dans le même temps que S. Paul convertit Onésime, esclave fugitif de Philémon, i'un des principaux habitants de Colosses, ville de Phrjgie. Il le renvoya à son maître avec une lettre où il sollicitait de la manière la plus pressante le pardon et la liberté du coupable. Onésime fut le porteur de la lettre que le saint écrivit en Gy aux Goîossiens, qui avaient été convertis h la foi par Epaphras, leur évoque. Il leur y donnait de sages avis contre certains disciples de Simon le magicien, qui tâchaient d'introduire parmi les fidèles \\n culte superstitieux des anges. Ce fnt aussi d Italie qu'il écrivit son épître aux Hébreux : on la met ordinairement ver» fan 03.

Quelque temps après son élargissement, S. Paiil passa de Piome en Orient, comme il s'était engagé de le faire dans toutes les épîtres doiit nous venon» de parler. Il y entreprit de nouveaux voyages, prê-

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cha dans diverses contrées , souffrit encore les prisons, les tortures, les mauvais traitements de toute espèce, et se vit plus d'une fois en danger de perdre la vie. Il paraît par son épître aux Pxomains qu'il avait résolu d'aller en Espagne; mais il n'exécuta jamais ce projet, au rapport du pape Gélase. Durant ses courses apostoliques il établit la foi dans l'île de Crète, dont S. Tite fut évoque, et confia à S. Timothée le gouvernement de l'église d'Eplièse. Ce fut, selon S. Jérôme, de Nicopolis en Épire, qui faisait alors partie de la Macédoine, qu'il écrivit sa première épître h Timothée. Il écrivit à Tite de l'Achaïc, nom sous lequel les Romains comprenaient le Péloponèse et toutes les provinces de l'ancienne Grèce qu'ils n'attribuaient point à la Macédoine. L'apôtre retourna en Asie. Etant h Troadc, il logea chez un des frères, nommé Carpus. Ses autres voyages ne se firent qu'avec beaucoup de difficultés et de dangers. A Éphèse il excommunia Ilyménée et Philèle, qui niaient la résurrection des corps.

La distance des lieux était incapable d'arrêter l'activité de son zèle. De l'Orient il retourna h Rome. Nous apprenons de S. Athanasc que Dieu fît connaître au saint apôtre qu'il souffrirait le mr.rtyre dans cette ville. L'avertissement céleste, loin de le porter h prendre la fuite ne servit qu'h augmenter le désir qu'il avait d'arriver en un lieu où il devait mourir pour la foi. La même chose est attestée par S. Augustin. Au reste le pressentiment que S. Paul avait de sa mort peut se prouver par le ton d'assurance avec lequel il en parle dans sa seconde épître h Timothée. Ce fut vers.

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l'an 64 qu'il arriva à Rome. S. Denys de Corinthe insinue qu'il était accompagné de S. Pierre.

On voit par l'épître de S. Paul aux Philippieus que plusieurs personnes de la maison de l'empereur avaient précédemment embrassé la foi (i). S. Luc nous apprend aussi que l'apôtre trouvabeaucoup de chrétiens h Rome lorsqu'il y vint pour la première fois. Ces chrétiens avaient été comerlis quelques années auparavant parles prédications de S. Pierre. On lit dans Suétone que l'empereur Claude chassa les Juifs de Rome h cause du tumulte qu'ils excitaient touchant Jésus-Christ; et dans Tacite, que Pomponia Grœcîna, femme de Plautius , fut accusée de suivre des superstitions étrangères j terme que tous les historiens entendent du christianisme, qui avait été prêché 5 Piome par S. Pierre et par ses disciples. Cette femme, illustre par sa naissance, fut citée devant son mari, qui, après l'avoir examinée en présence de sa famille sur le fait dont il était question, la déclara innocente. Ceci arriva vers l'an 67, avant que la religion chrétienne fût regardée h Rome comme un crime d'état.

On comptait dans cette ville, même parmi les personnes' les plus qualifiées, im grand nombre de fidèles, lorsque Néron alluma le feu de la pi^cmière persécution générale. S. Paul , au rapport de S. Chrysostome, convertit une concubine de Néron, qui était passionnément aimée du prince. Cette

(1) On doit regarder comme une fable la conversion de Sénèqne le pliilosophe par S. Paul, ainsi que sa correspondance avec l'apôtre. {T'oyez après la vie de S. Paul la notice sur ce philosophe.)

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femme changea tout à coup de vie, abandonna la cour, el servit Dieu dans la pratique des vertus chrétiennes. Son chmigement irrita l'empereur, qui se vengea sur le saint en le faisant mettre en prison. Le même père ajoute que l'apôtre, durant son emprisonnement, gagna à Jésus-Christ un échanson de Néron, ce qui augmenta de beaucoup la colère de ce tyran. S. Paul nous apprend luimême qu'étant en prison il fut abandonné de tous ceux qui avaient du crédit h la cour; mais il ajoute que Dieu le combla de consolations, et le fortifia lorsqu'il parut pour la première fois devant l'empereur. Ln ouvrier en cuivi^e nommé Alexandre était un de ses plus ardents persécuteurs. C'était peut-être le même que celui qu'il avait excommunié peu de temps auparavant. Quelques auteurs le prennent pour un Juif ou im chrétien apostat, dont l'orgueil et la jalousie avaient causé la chute, S. Clément, pape, disciple de S. Pierre, et qui pour lors était h Rome, attribue principalement à celte jalousie le martyre de l'apôtre.

L'emprisonnement de S. Paul doit avoir duré au moins un an, puisque dans sa seconde épîtreh Timothée, il désirait qu'il vînt le trouver d'Ephèse à Piome avant l'hiver; mais il ne souffrit la mort que l'année suivante. Outre sa seconde épitre à Timoîhée, qu'il écrivit pendant son second emprisonnemenl, il en écrivit encore une auxEphésicns, où il prit le lilrc de prisonnier de Jésus-Christ, comme le plus honorable de tous; sur quoi S. Chrysostome fait cette observation : « Le titre de prisonnier de Jésus-Christ est plus glorieux que celui d'apôtre , de docteur ou d'évangélisle ; c'est là

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une dignité beaucoup au dessus de celle de consul ou de roi. Quand on aime le Sauveur on aime mieux cire dans les fers pour l'amour de lui que de régner dans le ciel. Le diadème le plus brillant décore moins que ne fait une chaîne portée pour Jésus-Christ. Dans le cas où l'on me donnerait h opter entre le ciel et cette chaîne, je choisirais ■ celle-ci. Oui, je prérérerais la prison et ]i\ gloire d'être enchaîné avec Paul à l'avantage d'être avec les anges auprès du trône de Dieu. Rien encore une fois n'est plus glorieux que de porter celte chaîne; aussi Paul me paraît-il plus heureux de l'avoir portée que d'avoir été ravi au troisième ciel. Lequel auriez-vous mieux aimé, être l'ange qui délivrait Pierre, ou Pierre chargé de fers? Pour moi, j'aurais voulu être Pierre. Ce don des chaînes est quelque chose de plus grand (pie d'arrêter le soleil dans sa course, que débranler l'univers ou de commander aux démons. »

S. Paul avait toujours regardé la mort comme un gain, et avait toujours désiré avec ardeur d'être réuni h Jésus-Christ. «Voilh, dit S. llilaire, la disposition où se trouve cidui qui aime Dieu : tout délai lui paraît insupportable : aussi voyons-nous les saints soupirer après le moment où leur ame doit être affranchie des liens de leur corps. L'ardeur de ceux qui aiment est impatiente ; ils savent que le Seigneur nous oi^donno de prier que son royaume arrive. S. Paul souffre de la prolougation de sa vie parcequ'cllc le lient éloigné de Jésus-Christ. » Il représonle toutes les créatures animéc's comme dans im état de gémissement ; il dit qu'elles désirent, chacune h leur manière, d'être

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affranchies de l'esclavage delà corruption et d'être renouvelées au dernier jour pour la plus grande gloire des élus. Il ajoute que nous, qui avons les prémices de l'esprit, gémissons en nous-mêmes dans l'attente de l'adoption des enfants de Dieu et de la résurrection de nos corps. Il n'y avait que le désir d'accomplir la volonté céleste et le zèle du salut des amcs qui pussent modérer l'activité de l'ardeur qu'il avait de quitter la terre. Enfin il vit approcher le terme heureux de ses travaux et de ses peines, et il envisagea avec les plus vifs sentiments de joie le moment où Dieu l'appelait ù la gloire. Le Saint-Esprit, au rapport de Prudence, lui avait révélé long-temps auparavant le jour et 1 heure de sa mort. Son martyre arriva le 29 juin G5.

S. Paul eut la tête tranchée, au rapport des anciens auteurs ecclésiastiques, et il ne lut poiat crucifié parcequ'il était citoyen romain, il soufirit dans un lieu appelé Eaux Salvlcnncs, et que S. Grégoire-lc-Grand, auquel il appartenait, donna depuis h l'église où reposait son corps. S. Clément, pape, s'exprime sur la mort de Tapôtre de manière h faire croire que Néron y assista. Il paraît que le corps du saint était au second siècle sur le chemin d'Ostie , Ih où est aujourd'hui l'église de son nom. ;r" Nous ne nous étendrons point davantage sur ses reliques pour ne pas répéter ce que nous avons dit dans la vie de S. Pierre. On garde aussi ses chaînes à Piome. S. Chrysostomc, qui désirait ardemment aller les vénérer et les appliquer sur ses yeux, dit qu'elles faisaient trembler les démons, et qu'elles étaient respectées des anges mêmes.

Ce père se montre pénétré d'une vénération

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extraordinaire pour le saint apôtre, dans les homélies qu'il a composées sur ses épitres et dans ses sept panégyriques. Lorsqu'il y parle de sachante, de sa patience, de son zèle, de ses souffrances et de la force invincible de sa voix, il s'exprime avec imc douceur de style, une énergie de sentiment et une éloquence vraiment dignes de l'apôtre et de son panégyriste.

Si, comme S. Chrysostome, nous avions soin d'étudier l'esprit de S. Paul dans sa vie et dans ses écrits, pour nous former sur ce beau modèle, nous apprendrions alors ce que c'est que d'être de vrais disciples de Jésus-Christ.

On a oublié le jour de la mort des plus fameux conquérants, tandis que l'on honore partout celui de la mort d'un pauvre artisan. S. Chrysostome, qui fait celte remarque, ajoute que le tombeau de l'apôtre est beaucoup plus respecté que ne l'ont jamais été les empereurs romains, même de leur vivant. Il est dans une magnifique église bâtie par Gonstanlin-le-Grand. Les palais des princes et des rois n'ont rien de si admirable. On y vient de toutes les parties du monde implorer le secours et la protection de l'apôtre; les empereurs eux-mêmes se prosternent devant les restes de sa dépouilla mortelle.

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