‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 27 sur 83 · NOTICE SUR SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR SÉNÈQUE

Ce philosophe, né à Cordoue, en Espagne , était fils d'un chevalier romain. Il s'appliqua à l'ttLide de l'éloquence et surtout à celle de I ipbilosopbie morale, sous un stoïcien nommé Altale. Il nous apprend lui-même, Ep. 108, qu'il écoutait les leçons de son TOME I. 9

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maître avec une attention et une avidité extraordinaires. Bientôt il se fit une grande réputation par son intégrité, son savoir et son éloquence. Lorsque ses premiers écrits parurent il n'y avait [jersonne qui ne s'empressât de les lire, et de les regarder comme des modèles pour tous ceux qui voudraient faire part de leurs veilles au public ; mais le style en étant rempli de défauts, ils contribuèrent beaucoup à hâter la ruine de la véritable éloquence, dont le goût avait toujours été en déclinant depuis la fin du règne d'Auguste.

On trouve d:ins Sénèque une grande variété de pensées brillaiitcs mais fausses pour la plupart. En général cet auteur attache , parce qu'il a des tours singuliers et qu'il éblouit par l'éclat trompeur de ses sentences, qu'il présente avec un air de paradoxe. Ses phrases sont sans suite et sans liaison, et ses antithèses l'ccherchées. Invitilement chercherait-on en lui la facilité du slyle et les beautés de la nature. Qnintilien ob'^erve cependant que ses défauts séduisent. La profondeur et l'étendue de son savoir , la vivacité de !iOn imagination, la sublimité de ses pensées lui ont fait beaucoup d'admirateurs; de là celte foule d'écrivains, qui en voulant l'imiter n'ont souvent fait que copier ses défauts.

C'est sans doute à cause des excellentes leçons de morale qui sont répandues dans ses ouvrages qu'on aimnginé de le faire disciple de S. Paul; mais si on examine de près sa conduite on rabattra beaucoup de l'idée de cette vertu qu'on lui a supposée. A la vérité il fut sobre et estimable par quelques autres endroits. Ce fut aussi par ses .<<ages conseils ainsi que par ceux de Bvurhus que Néron se conduisit bien le.-i cinq premières années de son règne ; mais il n'est pas moins notoire qu'il .se lai.ssa corrompre par l'air de la cour. Comment accorder avec sa phi-

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losophie ces richesses immenses , ces magnifiques palais, ces délicieuses maisons de campagne, ces ameublements précjeux, cette multitude de tables de cèdre soutenues sur des pieds d'ivoire, ces pierreries, etc.? Comment excuser les rapines usuraires par lesquelles il opprima une grande parlie, non seulement de l'Italie , mais encore de la Bretagne? Que n'aurait-on pas à dire de sescomplai-ances poiu' Néron , dans des conjbnctures où il ne pouvait lui applaudir sans crimes ? Qui ne sait qu'il flatta bassement ce prince sur l'empoisonnement de Britannicus, sur le meurtre d'Agrippine, sa propre mère, et qu'il accepta le don qu'il lui fit du palais et des jardins de Britannicus, après la mort injuste de ce vertueux Romain? etc.

Il parut en mourant un apologiste enthousiaste du suicide. Quand on lui eut ouvert les veines il prît de la ciguë; mais voyant que le poison opérait avec lenteur, il se fit mettre dans un bain chaud pour accélérer sa mort. Il exhorta Pauline, safemme, à mourir avec lui, quoique Néron eût donné des ordres pour qvi'on lui refermât les veines et qu'on le laissât vivre. Prêt a rendre le dernier soupir, il recommanda de faire des libations à Jupiter , et dit à ses amis de se souvenir toujours de la vie vertueuse qu'il avait menée, discours qui avait son principe dans l'orgueil, si opposé aux maximes de S. Paul. Enfin il serait difficile de prouver qu'il ne trempa point dans la conjuration de Pison , pour laquelle il mourut en 65.

1^6 s. MARC, iVANGÉLISTE.

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