‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 35 sur 83 · S. JEAN DEVANT LA PORTE LATINE · texte numérisé non relu

S. JEAN DEVANT LA PORTE LATINE

(6 mai.)

Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, ne connais saient encore ni le mystère de la croix, ni la nature du royaume de Jésus-Christ, lorsque, par l'organe de leur mère, ils le priaient de les faire asseoir l'un â sa droite et l'autre à sa gauche, c'est à dire de leur donner les deux premières places de son royaume. Pouvez-vous , leur dit le Sauveur, boire le calice que je dois boire ? Pouvez-vous participer à mes opprobres et h mes souffrances? Les deux disciples répondirent affirmativement, et protestèrent à leur divin Maître qu'ils étaient dans la résolution de tout endurer pour lui. Alors Jésus leur prédit qu il boirait son calice et qu'ils auraient beaucoup à souffrir

2l4 s, JEAN DEVANT LA POUXE LATINE.

pour la vérité de son Évangile. Cette prédiction fut littéralement * a'CGomplie dans S. Jacques lorsque Hérode le fit mourir à cause de la religion qu'il professait.

Quant h S. Jean , qui aimait si tendrement son divin Maître et qui en était si tendrement aimé, on peut dire, sans faire violence au texte sacré, qu'il but le calice du Sauveur et qu'il en partagea l'amertume lorsqu'il assista h son crucifiement. En elTel son cœur était déchiré par le sentiment des douleurs qu'il lui voyait souffrir; mais ce n'était encore là qu'un prélude de ses peines. Après la descente du Saint-Esprit il se vit condamné avec les autres apôtres h la prison , aux fouets , aux opprobres. Enfin la prédiction de Jésus-Christ eut son entier accomplissement lorsqu'il mérita sous Domitien la couronne du martyre.

L'empereur Domilien, auteur de la seconde persécution générale suscitée à 1 Eglise , était universellement haï pour sa cruauté, son orgueil et ses impudicités. 11 fut, au rapport de Tacite, encore plus cruel que Néron, et il prenait plaisir à repaître ses yeux du spectacle des exéculions barbares dont l'autre au moins se dérobait ordinairement la vue. Sous son règne Rome fut inondée du sang de ses plus illushcs habitants. Ennemi de tout bien, il bannit ceux qui avaient la réputation dliQmmes vertueux, entre autres Dion Chryso&tome el le philosophe Epictètc (i); mais ce fut sur les chrétiens

[; (1) L'auteur de VEncliiiicllon, le plus parfait abrège de morale qui soit sorti de la plume d'un païen. C'est avec raison que les stoïciens ont regardé Ep'ctète comme le plus grand philosophe de leur secte. L'empereur Marc-Antor.ia ne pouvait se rassasier

s. JEAxN DEVANT LA PORTE LATINE. 2î5

que tombèrent ses principaux coups. Outre qu'il ne pouvait souffrir la sainteté de leur doctrine et de leur vie, qui lui était un reproche tacite de ses crimes, il était encore animé contre eux par cette haine que leur portaient tous le& païens.

S. Jean l'Evangéliste vivait encore. Il était chargé du gouvernement de toutes les églises d'Asie, et jouissait d'une grande réputation tant h cause de cette éminenle dignité que pour ses vertus et ses miracles. Ayant été arrêté à Ephèse , il fut conduit à Rome l'an qô de Jésus-Christ. 11 parut devant l'empereur, qui, loin de se laisser attendrir par la vue de ce vénérable vieillard, eut la barbarie d'ordonner qu'on le jetât dans une chaudière remplie d'huile bouillante. Il y a toute apparence que le saint apôtre souffrit d'abord une cruelle flagellation, conformément h ce qui se pratiquait h l'égard des criminels qui n'avaient pas le droit de bourgeoisie romaine. Quoi qu'il en soit, on ne peut au moins douter qu'il n'ait été jeté dans l'huile bouillante : Tertullien, Eusèbc et S. Jérôme le disent expressément.

Nous ne craignons point d'assurer que le saint fit éclater une grande joie lorsqu'il entendit prononcer sa sentence; il brûlait d'un ardent désir d'aller rejoindre son divin Maître et de lui rendre amour pour amour, et de se sacrifier pour celui qui nous avait tous sauvés par l'effusion de son sang. Mais Dieu se contenta de ses dispositions en lui accordant toutefois le mérite et l'honneur du martyre; il sus-

de lire ses ouvrages. S. Augustin et S. Cliarles Borromée les lisaient aussi avec beaucoup de pJaisir.

Page 1