‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 47 sur 83 · LÀZARK. aog · texte numérisé non relu

LÀZARK. aog

chastes ou parmi les fleurs odoriférantes des vertus.

Cette maison, suivant la remarque de S. Augustin, est l'image de la famille de Dieu sur la terre. Personne n'y est oisif, chacun y a son emploi : le$ uns, comme les solitaires, vaquent uniquement aux exercices delà contemplation; les autres se consacrent h la vie active ; tels sont ceux qui travaillent au salut du prochain dans les fonctions extérieures du ministère; ceux qui par un principe de charité servent les pauvres cl les malades; ceux enfin qui» occupant une place dans le monde, remplissent fidèlement les devoirs de leur état et agissent toujours dans la vue de. plaire à Dieu, lui rapportent toutes leurs démarcKeset se proposent l'accomplissement de sa volonté. Gelui-lii est le plus grand saint qui, dans quelque état qu'il soit, tend à la perfection avec le plus d'ardeur^ et montre le plus d'amour pour Dieu et le prochain ; car la charité est l'ame et comme le sceau de la perreciion chrétienne.

On a souvent demandé laquelle de la ^ic active ou de la vie contemplative était la plus parfaite. S. Thomas répond qucla vie mixte, qui est en partit^ active et en partie contemplative, est la plus excel lente. Ce fut celle de Jésus-Christ et de ses apôtres, c'a été celle de tous les saints qui, dans tous le* siècles, se sont occupés du soin d instruire, de consoler et de scji'vir le prochain. Un pareil genre de vie suppose une grande ardeur de charité, et est hien méritoire lorsqu'il est joint h l'esprit de prière et de recueillement ; mais cet esprit ne peut suLsisler long-temps, h moins qu'on ne l'entretienne et ne le nourrisse par la retraite, par de fréquents reloiiri»

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sur soi-même et par la pratique continuelle de la méditation des vérités saintes. On sait que Jésus- Christ se retirait souvent sur les mçntagnes pour prier. Un pasteur, par exemple, qui laisserait éteindre en lui l'esprit de prière aurait, selon l'expression de S. Bonaventure, une ame morte dans un corps vivant. Il en est de même de ceux qui vivent dans le monde ou qui se sont dévoués aux œuvres de charité ; s'ils ne prennent de semhlahlcs précautions ils s'exposent à une perle certaine.

Marthe ne croyait pas pouvoir assez témoigner à Jésus le vif empressement dont elle était animée. Elle eut souhaité que toutes les créatures se fussent réunies à elle pour servir l'hôte adorahie qui avait daigné venir dans sa maison ; elle se plaignit donc h lui de ce que sa sœur ne venait pas l'aider. Le Sauveur ne désapprouva pas le principe de sa sollicitude, mais il fit comprendre qu'elle ne devait pas condamner sa sœur, qui s'attachait h ce qu'il y avait de plus important, h l'avancement spirituel de son ame. M art lie, M art lie, lui àit-W, vous vous empressez et vous vous troublez dans le soin de beaucoup de choses; une seule chose cependant est nécessaire. Ce n'était pas qu'il voulût donner à entendre qu'on doit négliger les devoirs qui se terminent au corps; il voulait seulement que nous apprissions de Ih que les fonctions spirituelles méritent la préférence sur les corporelles, même sanctifiées par la pureté du motif, lorsque les unes et les autres se trouvent en concurrence. Les secondes h la vérité changent de nature quand la gloire de Dieu en est l'ohjet; mais l'anic y est souvent exposée h être distraite, surtout dans le cours de l'action. Tâchons de ressembler

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aux anges, qui, en exerçant les fonctions extérieures dont ils sont chargés, ne perdent jamais de vue la présence de Dieu et l'adorent sans cesse; mais, quoi que nous fassions, nous ne serons pas toujours parfaitement maîtres de notre attention. Ceux au contraire qui s'occupent de la contemplation ne courent point les mêmes risques; ils sont unis h Dieu d'une manière plus continue et plus parfaite. Ils font comme l'apprentissage de l'emploi qu'ils auront éternellement dans le ciel.

C'est en ce sens que Jésus-Christ loua la conduite de Marié, en assurant qu'elle avait choisi la meilleure part et que jamais on ne la lui ravirait ; il ajouta même ([utine seule chose était nécessaire , et cette seule chose c'est de rapporter tout ce que nous faisons à la gloire de Dieu et h notre salut éternel.

Ce qui prouve surtout combien Jésus- Christ aimait la famille de Marthe c'est la résurrection do Lazare. Lorsque Lazare fut tombé dans la maladie dont il mourut ses sœurs en informèrent le Sauveur, qui était alors en Galilée. Elles ne lui firent dire que ces paroles : Celai que vous aimez est malade. Elles savaient bien qu'il n'en faudrait pas davantage pour exciter sa compassion et pour l'attendrir sur leur malheur.

Ce n'était point pour nous déliv^jer de nos infirmités corporelles que Jésus-Christ était descendu du ciel sur la terre. Il guérissait cependant les malades et ressuscitait les morts, afin de nous faire comprendre jusqu'à quel point il désirait de sauver nos âmes. Il connaissait toute l'étendue de nos mi-

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sères spirituelles; mais il voulait aussi que nous la connussions nous-mêmes pour nous porter à implorer son assistance: de Ihces différents miracles qu'il opérait et dont la fin était de nous réveiller et de dissiper les ténèbres qui nous dérobaient cette précieuse connaissance. Le premier pas que nous ayons Il faire pour obtenir notre délivrance est d'avouer humblement que nous sommes faibles, ingrats, incapables de nous guérir par nous-mêmes ; mais pensons aussi que nous avons un médecin dont l'amour et le pouvoir sont infinis; découvrons-lui toute la profondeur de nos plaies pour étiiouvoir ses entrailles ; représentons-lui que celui qu'il aime encore comme l'ouvrage de ses mains et le prix de son sang est plongé dans un abîme de misères. Gémissons, crions vers lui du fond de nos cœurs; conjurons -le de considérer son image, quoique défigurée par le péché; d'abaisser ses yeux sur son royaume, tout désolé par la tyrannie du démon et de nos passions ; de ne pas négliger la vigne qu il a plantée et cultivée de s,es propres mains, et qui aujourd'hui est livrée en proie à des ennemis lurieux et barbares; de réparer au contraire les brèches de la muraille qui l'environne, et de lui rendre sa prcmièi'e bcaulé. Ne pouvant jamais être entièrement assurés que nous trouverons miséricorde, ni rester tranquilles sur l'issue de celte grande épreuve d où dépend notre éternité , nous ne devons jamais cesser d'implorer la clémence de celui qui est en même temps notre juge et notre médecin; nous ne saurions trop souvent réj)éter ces paroles de Marthe et de Marie : « Yoilh que celui que vous aimez est

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accablé sous le poids de ses maux , » ni le prier trop ardemment de se ressouvenir de ses anciennes miséricordes envers nous.

Ayons aussi recours h Dieu dans les maladies corjwrelles, et servons nous de la même prière. Demandons-lui la santé pour nous et pour nos frères, autant toutefois que; t gloire et notre salut n'y seront point intéressés. Unissons nos prières aux supplications des saints, surtout à celles des deux sœurs de Lazare , qui obtinrent 'la résurrection de leur frère.

Jésus n'eut pas plus tut appris le sujet de la douleur de Marthe et de IMaric que son cœur fut ému de compassion. Cependant il diflera quelques jours de venir , tant pour éprouver la vertu des sœurs de Lazare que pour manifester sa gloire avec plus d'éclat. Comme il approchait de Béthanie Marthe, instruite de son arri\ée, s'empressa d'aller au devant de lui j et lui dit : Seigneur, si vouz eussiez èti ici mon frère ne serait point mort. Jésus la rassura et lui fit espérer que son frère ressusciterait. Marthe tie voulut pas profiter seule du bonheur qu'elle avait eu d'entretenir en particulier le Sauveur; elle alla avertir sa sœur que Jésus était arrivé et qu'il la demandait. Celle-ci courut aussitôt au devant de son divin Maître, et se jeta à ses pieds fondant en larmes. Elle était accompagnée d'un grand nombre de Juifs qui étaient venus consoler les deux sœurs de la mort de leur Irère, et qui versaient aussi des larmes.

Ce triste spectacle toucha tellement le Sauveur que, se laissant aller h. la douleur, il voulut montrer qu il était homme en faisant paraître du trouble et de l'altération sur son visage et dans tout son exté-

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rieur. Il demanda où l'on avait mis le corps de Lazare. On lui répondit : Seigneur, venez et voyez. Alors Jésus pleura , et les Juifs dirent entre eux : Voyez comme il l'aimait. Mais il y en avait aussi quelques-uns qui dirent : Ne pouvait-il pas empêcher qu'il ne mourût, lui qui a ouvert les yeux à un aveu^ gle-né? Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, vint au sépulcre; c'était une grotte, et on avait mis une pierre pardessus. Jésus commanda qu'on ôlât la pierre qui le fermait.» Marthe lui représenta qu'il y avait déjà quatre jours que le corps était dans le tombeau, et qu'il devait sentir mauvais. A^e vous aije pas dit, répliqua Jésus, que si vous croyez vous verrez la gloire de Dieu ? Us ôtèrent donc lu pierre, et Jésus, levant les yeux en haut, dit ces paroles : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé pour moi; Je savais que vous ni exaucez toujours, mais je dis ceci pour ce peuple qui 771 environne , afin qu'il croie que c'est vous qui m'avez envoyé. Ayant dit ces mots , il cria d'une voix forte : Lazare, sortez dehors. A l'instant Lazare se leva , les pieds et les mains liés avec des bandes et la tète enveloppée d'un suaire. Jésus commanda qu'on le déliât et qu'on le laissât aller. Plusieurs d'entre les Juifs, qui étaient venus voir Marthe et Marie, ayant été témoins d'un miracle aussi éclatant, crurent en Jésus et se mirent au nombre de ses disciples; mais quelques-uns d'entre eux s'en allèrent trouver les pharisiens et leur rapportèrent ce qu'ils avaient vu. Alors les princes des prêtres et les pharisiens, en ayant été informés, s'assemblèrent et résolurent de faire mourir non seulement le Sauveur, mais même Lazare, afin que la présence de ce dernier ne rappelât plus

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le miracle opéré en sa personne. Il ne paraît pas cependant qu'ils aient exécuté le dessein formé contre Lazare.

Peu de temps après , et six jours avant la Pàque, Jésus étant venu en Béllianie, on lui donna un grand souper. Lazare était h. table avec lui et Marthe le servait. Marie saisit cette occasion pour donner au Sauveur une marque de la profonde vénération qu'elle avait pour lui; elle prit un vase rempli d'excellents parfums qu'elle lui versa sur les pieds, les essuyant avec ses cheveux. Judas Iscariote , qui était présent, regarda ces parfums comme perdus, et prétendit qu'il eut mieux valu les vendre et en donner le prix aux pauvres. Ce n'élait pas qu'il s'intéressât beaucoup au sort des malheureux, mais c'est que portant la bourse il convertissait quelquefois en son usage les biens communs , parcequ'il était un voleur. On voit par Ih avec combien de facilité l'avarice se glisse dans le cœur et combien l'avare est ingénieux à trouver des excuses pour se tromper lui-même. Au lieu que la charité interprèle en bonne part les actions du prochain , la passion entraîne toujours dans des jugements téméraires. Judas en condamnant ce que Marie venait de faire condamnait un acte de religion très héroïque; mais Jésus prit la défense de cette sainte femme; il considérait non les parfums en euxmêmes, mais le motif qui les avait fait répandre. Il les reçut comme un gage de l'amour dont Marie était embrasée pour lui et comme un embaumement anticipé de son corps, qui devait être bientôt livré ù la fureur des Juifs; il déclara même que cette action, condamnée par Judas, serait un sujet T0U£ I. 12

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d'édification dans tous les lieux où l'on pïêcherait l'Evangile.

Depuis ce temps-là l'Evangile ne nous apprend lù ce que firent ni ce que devinrent Lazare et ses sœurs. Les Provençaux prétendent, d'après une tradition populaire j qu'ils furent chassés par les Juifs après fascension du Sauveur, et que s'étant embarqués ils vinrent aborder h Marseille, où ils fondèrent une église; ils ajoutent que cette église eut S. Lazare pour premier évêque.

On crut découvrir les reliques de ces saints dans le treizième siècle : celles de sainte Marie étaient dans le lieu dit présentement Saint-Maximln ; celles de sainte Marthe à Turascon, sur le Rhône , et celles des autres saints à Saint-Victor de Marseille. On assure qu'on trouva en même temps divers monuments qui attestaient raulhenticilé de ces reliques.

Charles I", roi de Naples, était alors souverain de la Provence sous le titre de comte; mais comme la guerre qu'il lui fallait soutenir contre la maison d'Aragon le retenait dans le royaume de Naples, il avait laissé le gouvernement de la Provence à Charles d'An jou, son fils, prince de Salerne. Celui-ci, ayant été battu par la flotte du roi d'Aragon en 1284, fut fait prisonnier et ne recouvra sa liberté que quatre ans après. Il attribua sa délivrance à l'inlercession de sainte Marie-Madeleine, pour laquelle il marquait beaucoup de dévotion depuis la découverte de ses reliques. Déjà il avait fondé l'église de Saint-Maximin à l'endroit où l'on avait trouvé les précieux restes de sa dépouille mortelle, et avait assisté à la translation solennelle qui s'en était faite en J279; il

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donna cette église aux Dominicains. Le prieur du couvent était nommé par le roi et dépendait immédiatement du général de son ordre.

La principale partie des reliques de la sainte, qui était dans une chapelle souterraine au milieu de l'église, fut renfermée en 1 660 dans une urne de porphyre dont le pape IJrhain VIÎI avait fi\it présent, et placée sur le grand autel. Louis XIV et plusieurs seigneurs de sa cour assistèrent h la cérémonie de cette translation, qui se fît avec beaucoup de magnificence.

On a laissé dans la chapelle souterraine le reste des reliques de la sainte ; on y garde aussi son chef, qui est renfermé dans un reliquaire d'or enrichi de diamants et surmonté de la couronne de Charles II, roi de Sicile, comte de Provence. Devant le reliquaire est une belle statue d'or émaillé, qui représente la reine Anne de Bretagne h genoux.

A deux lieues de Saint-Maximin, du côté deMarseille, était un couvent de Dominicains bâti sur lui rocher fort haut, et environné de toutes parts de montagnes désertes; on Y a\^pc\le h Sainte-Baume, ce qui signifie sainte grotte en provençal. C'était anciennement un ermitage célèbre. La dévotion y attire un grand nombre, de pèlerins.

Quant à sainte Marthe, son corps repose dans une belle chapelle souterraine de la collégiale de Tarascon, qui est dédiée sous son invocation. Son chef se garde dans un magnifique buste de vermeil donné par le roi Louis XL

Pour S. Lazare, l'église de Marseille, qui le regarde comme son premier évéque, se glorifie d'avoir son chef, et l'église dédiée h Autun sous son in-

âbo s. LUC, ÉVANGliLISTE.

vocation prétend avoir le reste de ses reliques. Nous n'avons, comme sainte Marthe , qu'une affaire vraiment essentielle; une affaire pour laquelle seule Dieu nous a créés et rachetés; une affaire pour laquelle il a opéré tant de prodiges en notre faveur, et sur laquelle roule rallcrnativecfîrayante de notre honheur ou de notre malheur éternel. Quelle est donc cette afl'aire? C'est de rapporter tout ce que nous faisons à la gloire de Dieu, h l'accomplissement de sa volonté et à notre sanctification. Ce doit être Ih le centre de nos pensées, de nos désirs, de nos entreprises, le cercle clans lequel nous devons nous renfermer sans en sortir jamais. Chacun de nous doit dire avec un ancien auteur : « Je n'ai qu'une afl'aire, et toute mon inquiétude est d'être empêché par quelques distractions d'y travailler sérieusement. » Que pourront direausouvei^ain Juge ceux qui n'auront eu d'autre affaire en leur vie que la vanité et les plaisirs? ou ceux qui, uniquement occupés de s'avancer dans le monde, auront négligé la seule affaire pour laquelle ils étaient sur la terre?

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