‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 50 sur 83 · S. MATTHIEU · texte numérisé non relu

S. MATTHIEU

APÔTRE ET ivAISGÉLISTE.

(21 feptembre.)

S. Mallhicu est appelé Lévi pardeux évangéllsles. Ces deux noms ont une origine hébraïque. Il portait le second avant sa conversion, et il paraît avoir pris le premier lorsqu'il se fut attaché à Jésus -Christ pour montrer qu'il avait renoncé h sa profession et qu'il était devenu un homme nouveau. S. Marc l'appelle fils d'Alphée; maison aurait tort de conclure de Ih qu'il était frère de S. Jacques le Mineur. Il paraît qu'il était Galiléen de naissance. Il exerçait la profession de publicain ou de receveur des tributs pour les Romains , profession qui était fort odieuse parmi les Juifs. On pense qu'il avait la recette du droit de péage que payaient les marchandises qui venaient par le lac de Génésarcth, ainsi que tous ceux qui traversaient ce lac; c'est pour cela que dans l'Evangile en hébreu, pubhé par Munster, le mot publicain est rendu en cet endroit par le seigneur du passage. On lit dans S. Marc que quand le Sauveur appela S. Matthieu il était assis au Ijureau des impôts sur le bord du lac.

Jésus après la guérisoa d'un paralytique sortit

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de Capharnaiim et marcha sur les bords du lac de Génésareth, enseignant le peuple qui le suivait en foule. Ayant aperçu Matthieu, qui était assis à son bureau, il l'appela, et celui-ci se mit h sa suite. Matthieu avait un poste avantageux : il voyait bien ce que lui coûterait la démarche qu'il faisait , et il n'ignorait pas que la pauvreté allait devenir son partage; mais toutes ces considérations ne l'arrêtérent point; la gloire de devenir le disciple de Jésus- Christ lui parut préférable h tout. Il est h présumer qu'il connaissait la personne et la doctrine du Sauveur; il demeurait dans le voisinage de Capharnaiim, où Jésus-Christ avait résidé quelque temps, où il avait prêché et opéré plusieurs miracles ; ainsi il était en quelque sorte préparé aux impressions de-.la grâce qui l'appelait h l'apostolat. On lit dans S. Jérôme qu'il fut touché et forlement attiré par un certain éclat de majesté mêlé d'une douceur aimable qui brillait sur le visage de Jésus. Il se convertit, suivant Bède, parceque «Celui qui l'appelait extérieurement par sa parole le touchait en même temps par l'onction intérieure de sa g^ràce.» Combien de fois ne nous arrive-t-il pas d'être sourds <x la voix du ciel qui nous appelle, et par là de laisser péi'ir la semence du salut dans nos âmes? S. Matthieu ne l'a pas plus tôt entendue qu'il brise tous ses liens, qu'il abandonne le monde et tout ce qui pouvait l'y retenir. On remarque trois principaux caractères dans sa conversion: i" Elle fut prompte; balancer un moment entre Dieu et le monde c'est s'exposer à perdre la grâce qui est ofTcrte. 2° Elle fut courageuse et triompha de tous les obstacles qu'opposèrent les passions. 3" Elle fut constante :

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l'apôlrc ne regarda plus en arrière ; il suivit Jésus- Christ avec ferveur et persévéra toujours dans ses premières résolulions. Les autres apôtres , selon la remarque de S. Grégoire, quittèrent leur barque et leurs filets pour suivre le Sauveur; mais on les voit encore dans la suite exercer leur ancienne profession. 11 n'en fut pas de même de S. Matthieu; il ne retourna jamais ù son bureau, parccqu'il y aurait trouvé de fréquentes occasions de chute. S. Jérôme et S. Chrysostome observent que quand S. Marc et S. Luc parlent de notre saint comme d'un pu- Wicain ils l'appellent Lévi, afm de dérober pour ainsi dire à nos yeux la vue de ses premières fautes; mais le saint prend lui-même le nom de Matthieu, sous lequel il était alors connu dans l'Eglise, tant pour manifester ce qu'il avait été que pour rendre gloire à la divine miséricorde qui avait appelé un pubîicain ii l'apostolat. Les autres évangélistes en le désignant sous le nom de Lévi nous apprennent à traiter les pécheurs pénitents avec douceur et avec charité. Il serait en cflct contre la justice et la religion de reprocher des fautes que Dieu a pardonnécs, dont il déclare qu'il ne se souviendra plus, et dont le démon, malgré toute sa malice, ne pourra pius faire le sujet de ses accusations.

S. Matthieu après sa conversion invita le Sauveur et ses disciples h manger chez lui; il appela aussi au même festin ses amis et ceux principalement qiii exerçaient la profession à laquelle il venait de renoncer. Il espérait sans doute que les entretiens divins du Sauveur pourraient leur procurer la même grâce qu'à lui. Les pharisiens se scandalisaient mal h propos de ce que Jésus m&n-

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^eait avec les publicains et les pécheurs; il les con fondit en leur disant qu'il était venu pour ceux qui étaient malades et non pour ceux qui , jouissant ou s'imaginant jouir d'une santé parfaite, prétendaient n'avoir pas besoin de médecin. Il leur enseigna que Dieu préfère les actes de miséricorde et de charité, surtout quand ils ont pour objet le bien spirituel des amcs, à Tobscrvancc des cérémonies rituelles, qui leur sont subordonnées et bien inférieures en dignité. Il était défendu aux Juifs d'avoir commerce avec les idolâtres, parcequ'il était à craindre qu'ils ne se laissassent corrompre par leurs mauvais exemples ; mais les pharisiens par orgueil donnaient trop d'étendue à cette loi et ne craignaient pas d'enfreindre le précepte de la charité , qui est le premier et le plus noble de tous ; et, tandis qu'ils se donnaient pour les plus rigides observateurs de la loi, le Seigneur ne voyait en eux qu'orgueil et hypocrisie* le mépris qu'ils avaient pour le prochain les mettait beaucoup au dessous des pécheurs avec lesquels ils dédaignaient de converser, même pora* les retirer de leurs désordres : ce qui loin d'être contraire à la loi y était très conforme et i^enfermait le plus essentiel de tous les devoirs. Jésus- Christ en descendant du ciel pour se revêtir de notre nature s'était proposé de satisfaire le désir ardent dont il bridait pour le salut des pécheurs ; aussi faisait-il ses plus chères délices de converser avec eux, dans le dessein de les retirer de leurs désordi'es en leur inspirant les sentiments d'une vive et sincère pénitence. On peut juger de la tendresse qu'il portait à ceux qui se convertissaient par les paraboles touchantes qu'on lit dans rEvangile.

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On met la vocation de S. Matthieu à la seconde année de la prédication publique de Jésus Christ. Quelque temps après le Sauveur, ayant formé le collège apostolique, voulut bien agréger notre saint dans la société de ceux qu'il destinait à être les princes et les fondateurs de son Eglise. Dans la liste des apôtres donnée par les autres évangélistes le nom de S. Matthieu setrouve avant celui de S. Thomas; mais notre saint évangéliste place cet apôtre avant lui et joint à son nom l'épilhète de publicain. Il suivait en cela son humilité, qui le portait à publier ce qu'il avait été afin que l'on put admirer en lui les effets de la miséricorde divine.

Nous apprenons d Eusèbe et de S. Epiphane qu'après l'ascension de Jésus-Christ S. Matthieu prêcha dans la Judée et dans les contrées voisines, et qu'il ne s'en éloigna point jusqu'à la dispersion des apôtres. Quelque temps avant cette séparation il écrivit son évangile h la prière des Juifs convertis. S. Epiphane dit qn'ill'écrivit parle commandement des autres apôlrcs. Il est au moins sûr que l'évangile de S. Matthieu est le premier de tous , que S. Barthélemi l'emporta dans les Indes et qu'il l'y laissa.

On ne voit pas que Jésus-Christ ait chargé ses apôtres de mettre par écrit l'histoire de sa vie ou de sa doctrine. Les auteurs qui l'ont donu'^e y ont été déterminés par diverses circontances. S. Matthieu écrivit son évangile à la prière des Juifs convertis de la Palestine; S. Marc écrivit le sien h la prière des fidèles de Rome. Le but de S. Luc fut de s'opposer au cours des fausses histoires de Jésus- Christ que l'on publiait. S. Jean fut prié par les

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évêques d'Asie de laisser un témoignage authentique de la vérité contre les hérésies de Cérinlhe et d'Ebion. Ce fut néanmoins par une inspiration spéciale de l'Esprit saint que chacun d'eux entreprit et exécuta cet ouvrage. Les Evangiles sont la plus excellente partie de l'Ecriture. Jésus-Christ nous y instruit des importantes vérités du salut , non par ses prophètes, mais par lui-même, et nous y trou vous dans l'histoire de sa vie le plus parfait modèle de sainteté. S. Matthieu entre dans un détail plus circonstancié des actions du Sauveur. Depuis le cinquième chapitre jusqu'au quatorzième il diffère des autres évan2;éli6tes dans la manière d'arranger les faits; il néglige l'ordre des temps, pour réunir les instructions de Jésus-Christ et montrer plus parfaitement la liaison qui est entre elles. Il insiste principalement sur les préceptes moraux , et donne la généalogie du Sauveur pour faire voir l'accomplissement des promesses selon lesquelles le Messie devait sortir de la race d'Abraham et de David, en quoi il se proposait particulièrement d'engager les Juifs h croire en lui.

Le saint évangéliste après avoir converti un grand nombre d'ames dans la Judé'c alla prêcher la foi à des peiqdes barbares de l'Orient. Nous apprenons de Clément d'Alexandrie qu'il était fort adonné à 1 exercice de la contemplation, qu'il menait une vie très austère, qu'il ne mangeait point de viande, et qu'il ne vivait que d'herbes, de racines et de fruits sauvages. S. Ambroise dit que Dieu lui ouvrit le pays des Perses. Selon Rufin et Socrale il porta l'Evangile dans l'Ethiopie, par où l'on doitcntendre non les contrées orientales et méridionales de l'Asie, TOME I. i3

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mais la partie de l'Ethiopie qui confine l'Egypte. Fiorentinius dit que, suivant l'opinion commune, le saint mourut à Luch , dans le pays de Sennar, qui faisait partie de l'ancienne Nubie et qui est entre l'Egypte et l'Abyssinie. On lit dans Fortunat qu'il souffrit le martyre à Naduaver en Ethiopie. Dorothée rapporte qu'il fut enterré honorablement à Hiérapolis dans la Parlhie. On porta depuis ses reliques dans l'Occident. On lit dans une lettre, écrite en 1080 par le pape Grégoire VII à l'évéque de Saierne, qu'elles étaient dans une église de cette ville, laquelle avait été dédiée sous l'invocation du saint.

S. Irénée, S. Jérôme, S. Augustin et les autres pères trouvent une figure des évangélistes dans les quatre animaux mystérieux représentés dans Ezéchiel et dans l'Apocalypse. On convient généralement que V aigle est le symbole de S. Jean, qui dès les premières lignes de son évangile s'élève jusque dans le sein de la Divinité pour y contempler la génération éternelle du Verbe. On convient également que \ç,vcaii est le symbole de S. Luc, qui commence par faire mention du sacerdoce du Sauveur. Selon S. Augustin S. Matthieu est représenté par le ^<on, percequ'il explique la dignité royale de Jésus- Christ; mais d'autres prétendent que c'est S. Marc, et dans ce cas L'animal qui avait comme La figure d'an homme sera le symbole de S. Matthieu, qui commence son évangile par la génération temporelle du Sauveur.

Quoi qu'il en soit de la signification diverse de ces symboles, les quatre évangélistes, inspirés par l'esprit de Dieu, n'écrivirent, n'importe avec quels

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détails, dans quel ordre et avec quelles expressions, qu'une et même histoire, celle du Fils de Dieu vivant, agissant et enseignant sur la terre.

Nous lisons dans l'Evangile que te Fils unique,, ijui est dans le sein (la Père, nous L'a fait connaître G[i nous a enseigné les plus sublimes vérités. C'est ce qui a fait dire à S. Augustin que nous devons écouter la lecture de ce livre divin comme nous écouterions Jésus-Christ présent au milieu de nous. Les chrétiens de la primitive Eglise se tenaient debout lorsqu'ils le lisaient ou qu'ils l'entendaient lire. « Quand on lit l'Evangile dans les églises d'Orient, dit S. Jérôme , on allume des cierges , quoique le soleil luise, pour témoigner sa joie. » S. Thomas d'Aquin le lisait toujours à genoux. Nous y trouvons non seulement les divines instructions du Sauveur, mais encore l'histoire de sa vie sur la terre, gui nous est proposée pour modèle. «Chaque action, chaque parole du Seigneur Jésus-Christ, dit S. Basile, est une règle de piété. Il s'est revêtu de la nature humaine, afin de nous tracer et de nous rendre sensible le modèle proposé à notre imitation.» Etudions-le ce modèle, et prions S. Matthieu de nous obtenir la grâce d'être bien pénétrés de l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit d'humilité, de pénitence, de mortification, de charité et de détachement du monde.

292 s. PHILIPPE, APOTRE.

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