‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 68 sur 83 · TJSTIN · texte numérisé non relu

TJSTIN

les infidèles. Il atteste que les dons -miraculeux du Saint-Esprit, tels que ceux de guérir les malades «t de chasser les démons par l'invocation du nom du Sauveur, étaient alors fréquents parmi les. disciples de Jésus-Christ. La nuil ayant mis fin à la conversation, Tryphon remercia Justin, et comme il était sur le point de s'embarquer il lui souhaita un heureux voyage.

Mais rien n'a rendu S. Justin plus célèbre que les Apologies qu'il composa en faveur de la religion chrétienne. La première et la plus importante, que les anciens éditeurs ont mal h propos placée et nommée la seconde, fut adressée, vers l'an i5o, h l'emperenr Antonin-le-Pieux, à ses deux fils adoplifs Marc-Aurèle etLucius Commode, au sénat et au peuple romain. Antonin n'avait publié aucun édit contre les chrétiens; mais ceux-ci étaient souvent persécutés par les gouverneurs des provinces en vertu des édits précédents, qui n'avaient point été révoqués. Partout on les traduisait devant les tribunaux , comme une race d'hommes méchants , barbares et ennemis des dieux. On les traitait d'athées, et on les accusait de se livrer en secret à un affreux libertinage. Cette accusation était apparemment fondée sur le secret qu'ils gardaient, par rapport aux mystères de leur foi , ainsi que sur les abominations pratiquées parmi les gnostiques et les carpocratiens avec lesquels les païens les confondaient. On leur reprochait démanger dans leurs assemblées de religion la chair d'un enfant massacré, reproche qui venait peut-être d'une fausse notion de l'eucharistie. Celse et d'autres païens ajoutèrent depuis «ju'ils adoraient la croix avec la tête d'un âne. Cette

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prétendue histoire de l'adoration de la tête d'un âne était de l'invention d'un Juif qui prétendait avoir vu nos mystères; elle se répandit parnai le peuple et fut accréditée par ceux qui étaient intéressés h décrier notre religion. Le respect que les chrétiens avaient pour le signe dé la croix, respect dont parlent Tertullien et tous les anciens pères, pouvait avoir donné lieu h l'autre partie de l'histoire. Ces calomnies se débitaient avec tant de confiance, le préjugé et la passion les adoptaient avec tant de facilité qu'elles servaient de prétexte pour justifier la cruauté des persécuteurs et pour rendre odieux le nom même de chrétien.

Toutes ces circonstances déterminèrent S. Justin h présenter son Apologie et h demander qu'on la rendît publique. Il y déclare généreusement qu'il est chrétien et qu'en cette qualité il prend la défense de sa religion. Il montre que les chrétiens ne doivent point être condamnes pour leur nom, et que les magistrats ne peuvent sévir contre eux, à moins qu'ils n'aient été convaincus de quelque crime ; qu'ils ne sont point athées quoiqu'ils n'adorent pas les idoles; qu'ils adorent Dieu le père, Jésus-Christ, son fils, le Saint-Esprit et les bons anges. Après avoir exhorté l'empereur h tenir la balance égale dans l'administration de la justice, il exposa la sainteté de la doctrine et des mœurs des chrétiens. Non seulement, dit- il, ils ont le parjure en abomination, ils évitent encore les serments : tout ce qui porterait la moindre atteinte ii l'honnêteté leur fait horreur; ils n'ont que du mépris pour les richesses; on les voit doux et patients dans les épreuves; leur charité embrasse tous les hommes et même leurs

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ennemis. Ils paient fidèlement les impôts, ils obéissent à leurs supérieurs, ils honorent les princes, etc. On les calomnie lorsqu'on les accuse de manger des enfants : comment se rendraient-ils coupables d'un tel attentat eux qui condamnent les personnes qui ne font simplement que les exposer. Leur pureté est aussi h l'abri de la critique la plus sévère. N'estce pas l'amour de celle vertu qui en porte un si grand nombre de l'un et de l'autre sexe h vivre dans une entière continence jusqu'à l'âge le plus avancé? Suivent les preuves de l'immorlalîté de l'ame et de la résurrection de la chair. Le saint démontre par les prophètes qu'un Dieu devait s'incarner; que la destruction de Jérusalem avait été prédite, ainsi que la vocation des gentils, etc.

La nécessité où il était de repousser les calomnies des païens l'obligea, contre la coutume de la primitive Eglise , d'expliquer en quoi consistait le baptême et l'eucharistie. Il représente aussi le second de ces sacrements comme un véritable sacrifice. « Tous , dit-il , n'ont pas droit à celte divine nourriture (l'eucharistie); elle n'est que pour ceux qui reconnaissent notre doctrine comme vraie, qui ont été lavés de leurs péchés dans le bain de la régénération et qui vivent conformément aux préceptes de Jésus-Christ : car nous ne prenons pas ces choses comme un pain et un breuvage ordinaires ; mais de même que Jésus-Chrisl, notre Sauveur, en s'incarn.ant par la parole de Dieu a eu de la chair et du sang pour notre salut, de même aussi nous avons été instruits que cette nourriture devient la chair et le sang de Jésus incarné, après l'invocation et les actions de grâces qui sont formées dessus et par la vertu des pro-

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près paroles ^u'il a proférées. » Les fidèles, selon le saint <locteur, sanctifiaient le dimanche en s' assemblant pour célébrer les divins mystères, pour lire les prophètes , pour écouler l'exhortation de celui qui présidait à rassemblée et pour contribuer aux aumônes avec lesquelles on assistait les orphelins, les veuves, les prisonniers, les malades et les étrangers. S. Justin termine son ouvrage par l'édit que l'empereur Adrien donna en faveur des chrétiens.

Il paraît que cette Apologie produisit son effet et qu'elle rendit la liberté h l'Eglise. Antonin envoya en Asie un rescrit où se lisent les paroles suivantes ; « Plusieurs gouverneurs de province ayant écrit à mon père au sujet des chrétiens, il répondit qu'il ne fallait point les inquiéter, à moins qu'ils ne fussent convaincus d'avoir entrepris quelque chose contre l'état. Ayant aussi été consulté sur le même «Tijet, j'ai répondu que, si quelqu'un était accusé simplement d'être chrétien on devait le renvoyer absous et faire subir h son accusateur la peine portée par les lois. » On lit dans Orose et dans Zonare que ce fut l'Apologie de S. Justin qui détermina l'empereur h envoyer un ordre semblable.

La seconde Apologie dusaint parut en 167 : elle fut composée à l'occasion du martyre d'un nommé Ptolémée et de deux autres chrétiens qu'Urbicus, gouverneur de Rome , avait condamnés à mort. Le saint l'adressa à l'empereur Marc-Aurèle et au sénat romain ; il y prouvait l'injustice des persécuteurs. Les chrétiens, disait-il, nS souffriraient pas la mort avec tant de joie s'ils étaient coupables des crimes dont on les accuse. Leur vie et leur doctrine leur donnent beaucoup d'avantage sur les philosophes.

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Socrate a eu tien des disciples ; mais il ne s'en est point trouvé qui aient été martyrs de sa doctrine. Je m'attends bien, continuait-il, que cet écrit me coûtera la vie et que je deviendrai la victime de la iureur de ceux qui portent une haine implacable à la religion pour laquelle je me suis chargé de plaider. Il comptait parmi ces ennemis du christianisme le philosophe Crescens,qui ^ beaucoup d'ignorance joignait un orgueil insupportable.

Les choses tournèrent comme Jus lin F avait prévu. Sa mort fut arrêtée peu de temps après qu'il eut présenté son Apologie, et l'on ne peut guère douter qu'elle n'ait été l'elTct de la malice de ceux dont il avait parlé. Nous avons les Actes authentiques de son martyre, lesquels paraissent avoir été tires des registres du préleur. Yoici ce qu'ils contiennent :

Justin, ayant été arrêté avec d'autres chrétiens , lut conduit devant Piustique , préfet de Rome , qui lui dit : a Obéissez aux dieux en vous conformant aux édits des empereurs. — On ne peut sans injustice blâmer ou punir ceux qui obéissent aux cornmandements de Jésus-Christ, notre Sauveur. — A quel genre de science vous appliquez -vous? — J'ai essayé de toutes les sciences, mais, n'y ayant pas ti'ouvé la vérité, je me suis enfin attaché à la philosophie des chrétiens, sans avoir égard au discrédit où elle était parmi ceux qu'aveuglent l'erreur et le préjugé. — Quoi! misérable, vous tenez pour celte doctrine ! — Je m'en fais gloire, parcéqu'clle me procure l'avantage d'être dans le chemin de la vérité. — Quels sont les dogmes de la religion clirétienne? — Nous autres chrétiens, nous croyons un seul Dieu, créateur de toutes les choses visibles et

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invisibles, et nous confessons notre Seigneur Jésus- Christ, fils de Dieu, prédit par les prophètes, l'auteur et le prédicateur du salut, le juge de tous les hommes. » Le juge lui ayant ensuite demandé où s'assemblaient les chrétiens, le saint lui dit: «Ils s'assemblent où ils veulent et où ils peuvent. Notre Dieu n'est pas renfermé dans un lieu particulier; comme il est invisible et qu'il remplit le ciel et la terre, on l'adore et on le glorifie partout. — Je veux savoir cù vous assemblez vos disciples. — J'ai demeuré jusqu'ici aux bains de Timothée , près de la maison d'un nommé Martin; étant A'enu à Rome pour la seconde fois, je n'y fréquentai point d'autre lieu. Quand quelqu'un venait me trouver je lui enseignais la doctrine de vérité. — Vous êtes donc chrétien? — Oui, certes, je le suis. »

Le juge fit la même question aux autres chrétiens qui avaient été arrêtés avec Justin , et qui étaient Charislon, Evelpiste, Hiérax, Péon, Libérien et une femme nommée Charilaine. Tous répondirent qu'ils étaient chrétiens par la miséricorde de Dieu. Evelpiste, esclave de César par sa condition , dit qu'il était redevable à ses parents de la connaissance du christianisme; mais il ajouta qu'il avait toujours entendu avec grand plaisir les discours de Justin.

« Vous qui passez pour éloquent et qui vous imaginez suivre la véritable philosophie, dit le préfet en s'adressant à Justin, êtes-vous bien convaincu que si je vous fais fouetter depuis la tête jusqu'aux pieds vous monterez encore au ciel? — Oui, si je souffre le supplice dont vous parlez, j'espère rece- Toir la récompense qu'ont déjh reçue ceux qui ont observé les préceptes de Jésus-Christ. — Quoi ! vous

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VOUS îmaginez que vous irez au ciel et que vous y recevrez une récompense? — Non senlement je me l'imagine, mais j'en suis si assure que je n'ai pas Ih-dessus le moindre doute. »

Le juge, qui ne gagnait rien à disputer, leur ordonna h tous d'aller sacrifier aux dieux ^ ajoutant que s'ils refusaient d'obéir il les ferait traiter sans miséricorde. Justin, parlant au nom de tous, lui répondit : « Nous ne souhaitons rien tant que de souffrir pour Jésus-Christ. Les tourments hâteront notre honhcur et nous inspireront de la confiance à ce tribunal où tous les hommes doivent paraître un jour pour être jugés. » Les autres confesseurs ajoutèrent : « Il est inutile de nous faire languir plus long-temps; nous sommes chrétiens et nous ne sacrifierons point aux idoles. » Le préfet les voyant inébranlables les condamna à être fouettés et h perdre la tète, ce qui fut exécuté vers l'an 167, sous le règne de Marc-Aurèle et de Lucius Verus. Ils consommèrent leur glorieuse confession en louant Jésus-Christ et lui rendant des actions de grâces. Les chrétiens enlevèrent secrètement leurs corps et les enterrèrent honorablement.

S. Justin est de tous les anciens pères de l'Eglise celui dont il nous reste le plus d'ouvrages importants. Personne, au rapport de Talion, son disciple, n'est plus digne d'admj^-alion. Eusèbe, S. Jérôme, S. Epiphane, Théodoret , etc. , lui donnent les plus grandes louanges. Son nom est marqué au i3 avril dans le martyrologe d'Usuard et dans le romain; mais il est honoré le 1" juin par les Grecs.

La meilleure édition des œuvres de S. Justin est celle que J). Maran , de la congrégation de Saint -

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Maur, donna à Paris en 1742, in-f". Elle reparut à Venise en 1747*

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