S. SPÉRAT ET SES COMPAGNONS
ORDINAIRliME>T APPliLÈS MARTYRS SClLLlTAI?iS. (17 juillet.)
L'empereur Sévère, ayant vaincu les rois qui avaient pris le parti de Niger contre lui , publia des édils sanglants contrôles chrétiens. Ce fut dans la dixième année de son règne, qui était la 202* de Jésus-Christ. Les fidèles n'avaient pas laissé d'être
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auparavant persécutés en plusieurs endroits. Les gouverneurs des provinces s'autorisaient des lois de l'empire, qui proscrivaient les religions étrangères^ et des édils de quelques prédécesseurs de Sévère, lesquels n'avaient point été révoqués : aussi voyonsnous que le proconsul Saturnin excita en 200 une violente persécution en Afrique.
Les premiers chrétiens qui souffrirent à Carthage furent les douze martyrs scillitains, ainsi nommés de Scillile, ville de la province consulaire qu'on leur donne communément pour patrie. Ayant été arrêtés le 16 juillet, on les conduisit devant le tribunal du proconsul. Les principaux d'entre eux étaient trois hommes, Spérat, Narzal, Cittin, et trois femmes, Donaie , Seconde , Vesline. Le proconsul les assura que l'empereur oublierait leur désobéissance et qu'il leur pardonnerait s'ils sacrifiaient aux dieux des Romains ; mais Spérat répondit généreusement au nom de tous ses compagnons : «.Nous n'avons commis aucun crime, nous n'avons insulté personne ; au contraire , lorsqu'on nous a maltraités nous en avons remercié le Seigneur. Sachez donc que nous n'adorons que le seul vrai Dieu, qui est le maître et l'arbitre de toutes choses, et c'estpour nous conformer h sa loi que nous prions pour ceux qui nous persécutent injustement. » Le proconsul les pressant de jurer par le génie de l'empereur, Spérat reprit : « Je ne connais point le génie de l'empereur de ce monde; mais je sers le Dieu du ciel, qu'aucun homme n'a vu ni ne peut voir» Je n'ai jamais commis de crime punissable par les lois de l'état. J'ai toujours payé les droits dus au prince, que je regarde comme mon seigneur sur la
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terre; mais je n'adore que mon Dieu, qui est le Roi des rois et le Maître souverain de toutes les nations de l'univers. Encore une fois, je ne suis coupable d'aucun crime; ainsi je n'ai mérité aucune punition. » Lh-dessus le proconsul ordonna qu'ils fussent menés en prison , qu'on les mît aux ceps jusqu'au lendemain.
Le jour suivant, le proconsul étant assis sur son tribunal, les fit amener, et dit aux femmes d'honorer le prince et de sacrifier aux dieux. Donate répondit : « Nous rendons à César ce qui appartient à César; mais nous n'adorons que Dieu, et nous n'offrons qu'h lui des sacrifices. Je suis aussi chrétienne, ditYestine. Je crois aussi en mon Dieu, dil Seconde, et je veux lui être toujours fidèle. Quant à vos dieux, jamais nous ne nous déterminerons h. les servir et les adorer. » Le pi'oconsul, ayant ordonné qu'on les remît en prison, fit approcher les hommes, puis adressant la parole à Spérat, il lui dit: «Persistes-tu encore dans ta première résolution? Es-tu toujours chrétien? Oui, je le suis, répondit Spérat, et pour que personne ne l'ignore, je le répète, je suis chrétien. » Tous ceux qu'on avait arrêtés avec lui s'étant écriés qu'ils professaient la même religion, le proconsul dit : « Vous ne voulez donc ni grâce, ni temps pour délibérer sur le parti que vous avez à prendre? — Faites ce qu'il vous plaira; nous mourrons avec joie pour l'amour de Jésus-Christ. — Quels sont les livres que vous lisez et pour lesquels voas avez tant de respect ? — Les quatre évangiles de notre Seigneur Jésus-Christ, les épîtres de l'âpôtre S. Paul, et toute l'Ecriture inspirée de Dieu. — Je vous donne trois jours pour rentrer ea
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vous-mêmes. — Ce délai est mutile ; jamais nous ne renoncerons à la foi de notre Seigneur Jésus- Christ; ainsi ordonnez ce qui vous plaira. » Le proconsul les voyant inébranlables prononça la sentance suivante : « Spérat^ Narzal, Clttiii, Véturius, Félix, Acyllln, Lœtance, Januaria, Générose, Vesline, Donate et Seconde, s'élant avoués chrétiens, et ayant refusé de rendre l'honneur et le respect dus a l'empereur, nous les condamnons h être décapités. » Aussitôt après la lecture de celte sentence Spérat et ses compagnons dirent : « Grâces soient rendues à Dieu, qui veut bien nous recevoir au nombre des martyrs pour la confession de son nom ! » Lorsqu'ils furent arrivés au lieu du supplice ils se mirent à genoux pour renouveler leurs actions de grâces. On leur trancha la tête pendant qu'ils continuaient d'offrir leur sacrifice à Jésus- Christ.
Les fidèles qui transcrivirent leurs Actes sur les registres du greffe les terminent ainsi : « Les martyrs de Jésus Christ consommèrent leur sacrifice au mois de juillet, et ils intercèdent pour nous auprès de notre Seigneur Jésus-Christ, auquel soit honneur et gloire , avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.
Il n'y avait pas long-temps que nos saints martyrs avaient souffert lorsque Tertullien adressa son Apologie de la religion chrétienne aux gouverneurs des provinces de l'empire. Cet auteur rapporte que Saturnin, qui le premier avait tiré le glaive en Afrique contre les disciples de Jésus-Christ, en fut puni par la perte de la vue peu de temps après.
SgÔ s. SPÈRAT, ETC.