‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 71 sur 83 · NOTICE SVR LA VIE ET LES ÉCRITS DE TERTVLLIEN · texte numérisé non relu

NOTICE SVR LA VIE ET LES ÉCRITS DE TERTVLLIEN

TertuWien {Quintus Fiorcns TcrtuUianus) naquit à Carthage vers l'an 160. Il était fils d'un centurion des troupes proconsulaires d'Afrique. Il avoue luimême qu'avant sa conversion au christianisme il le , combattait par des railleries piquantes , qu'il s'était rendu coupable d'adultères, qu'il avait pris un plaisir singulier aux barbares combats de l'amjjhithéâtre, qu'il avait été vicieux au-delà de toutesbornes, qu'en un mot il avait été un grand pécheur sous toutes sortes de rapports.

Néanmoins comme il avait un esprit d'une trempe excellente et formé pour les sciences, il s'y appliqua dès sa jeunesse, et il fit de grands progrès dans la poésie , la philosophie, la géométrie, la physique et la rhétorique. Il s'iiislriiisit à fond des principes de chaque secte de philosophes; il approfondit les mystères de la théologie païenne, et sut démêler dans les fables qui l'enveloppent ce qu'il y avait de réel et d'historique. Enfin son génie naturellement vaste lui fit parcourir avec un succès prodigieux le cercle de toutes les sciences profanes. Nous apprenons d'Eusèbe qu'il élait surtout très versé dans la connaissance des lois romaines.

A tous ces avantages Tertullien joignait une pénétration et une vivacité d'esprit hingulières avec un feu de caraclère peu commun ^ qui le rendait extrêmement chaud et impatient, comme il s'en plaignait lui-même. Jamais il ne put se défaire de cette passion; quant aux autres, il s'en corrigea après sa conversion au christianisme.

Il parait que h's motifs qui le déterminèrent à embrasser 1 Évangile furent les mêmes que ceux qu'il fait si bien valoir dans ses ouvrages, comme l'antitiquilé des livres de Moïse, les miracles et la sagesse

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de ce saint législateur,, la continuité et l'accomplissement des prophéties, qui toutes conduisent à Jésus-Christ, la certitude des miracles du Sauveur et des apôtres, l'excellence de la loi évangélique qui influe si merveilleusement sur les mœurs, le pouvoir que les premiers chrétiens avaient sur les démons, el le témoignage des démons eux-mêmes que les idolâtres adoraient comme les dieux , qui devenaient malgré eux les prédicateurs de Jésus-Christ et qui se faisaient connaître pour ce qu'ils étaient en présence de leurs propres adorateurs ; enfin la patience et la fermeté inébranlable des martyrs.

Tertullien, ayant un génie propre à réussir dans la controverse, entreprit la défense du christianisme, qui d'un côté était attaqué par les païens el les Juifs, et de l'autre était défiguré parles hérétiques. Il prit la plume contre les différents ennemis de notre religion. Ce fut aux païens qu'il porta les premiers coups.

La persécution qui afTligcait l'Église lui inspirale dessein d'écrire son Ajjologétûjue^. C'est non seulement son chef-d'œuvre, mais encore le plus parfait et le plus précieux de tous les ouvrages de l'antiquité chrétienne.

Il eut le malheur de tomber après avoir servi l'Église en qualité de prêtre jusque vers le milieu de sa vie, c'est à dire jusqu'à l'âge de quarante ans, el même plus.

Montan, eunuque de Plirygie, se donne pour prophète. II était singulièrement agité par un malin esprit, prétendant avoir des ravissements durant lesquels il perdait l'usage des sens et celui de la raison, comme il est aisé de s'en apercevoir aux extravagances qu'il débitait alors. Deux femmes riches et de qualité mais d'une vie fort déréglée, se joignirent à lui : l'une se nommait Priscii ou Priscille, et l'autre

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Maximille ; elles prétendaient aussi avoir des ravissements, et par là elles vinrent à bout de tromper plusietirs personnes.

Vers l'an 171 Monlan avança qu'il avait reçu le Saint-Esprit pour mettre la dernière perfection à la loi de l'Evangile. Ses partisans le crurent sur sa parole, et lui donnèrent le nom de Paraclet. Affectant une doctrine extrêmement sévère à laquelle sa vie ne répondait nullement, il condamna les secondes noces et la fuite durant la persécution, et prescrivit à ses disciples des jeûnes extraordinaires.

Les montanistes disaient donc qu'outre le jeûne du carême observé par les catholiques, il y en avait d'autres imposés par ie divin Esprit. Ils faisaient tous les ans trois carêmes, chacun de deux semaines, et ne mangeaient alors que des choses sèches, attribuant cette pratique au Saint-Esprit; en conséquence des nouvelles révélations de Montan qu'ils préféraient aux écrits des apôtres, et soutenant qvi'elle devait s'observer à perpétuité. Voilà pourquoi ces hérétiques, même du temps de Sozomène,ne jeûnaient que deux semaines avant Pâques, quoique les catholiques jeûnassent qviaranle jours avant cette fête. Ces grands jeûneurs , dit Hooper dans son Traité du carême, ne s'en seraient pas tenus là s'ils n'avaient été arrêtés par la prétendue institution de l'esprit, qu'ils gardaient ponctviellement, et cette circonstance rendait leurs jeûnes superstitieux. Pépuze, ville de Phrygie, était leur métropole, et ils l'appelaient Jérusalem.

Les évêques d'Asie, ayant examiné les erreurs et les prophéties de Montan, les condamnèrent. On dit que Monlan et Maximille étant devenus fous se pendirent.

Tertullien naturellement austère adopta la rigidité des montanistes. Il était de caractère à ne tenir

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en rien un juste milieu ; il fallait qu'il fût extrême. Il tomba d'abord par orgueil. Il conserva, selon S. Jérôme , un vif ressentiment de quelques injures qu'il s'imagina avoir reçues du clergé de Rome. Aveuglé par sa passion, il se sépara de l'Eglise sans penser aux maximes qu'il avait si bien établies pour réfuter toutes les hérésies; mais sa chute n'ôta rien au mérite de ses écrits, surtout de ceux où régnent la justesse et la solidité du jugement,et qu'il avait précédemment composés pour la défense de la vérité. Il faut raisonner de lui comme d'un habile homme dont l'esprit s'égarerait; le malheur arrivé à celui-ci ne rendrait pas inutile ce qu'il aurait fait auparavant pour l'avancement des sciences.

Tertullien est le plus ancien des auteurs ecclésiastiques qui aient écrit en latin. S. Vincent de Lérins, qui est bien éloigné d'approuver ses écarts, dit en parlant de lui : «Il a été parmi les Latins ce qu'a été Origène parmi les Grecs, c'est à dire le premier

homme de son siècle Chaque mot paraît une

sentence, et presque chaque sentence une nouvelle victoire. Néanmoins avec tous ces avantages il n'a point persévéré dans l'ancienne foi de l'Église universelle. Ses erreurs, comme l'observe le bienheureux Hilaire, font que ses écrits n'ont pas l'autorité qu'ils auraient eue sans cela.. » S. Jérôme, auquel onavait objecté l'autorité de Tertullien, répondit dans son livre contre Helvidius qu'il n'était pas de l'Église , ecciesiœ homitieni non esse. Il parle cependant quelquefois avantageusement de son savoir.

Lactance dit que le style de Tertullien est dur, âpre, inégal, obscur; mais il admire dans ses traits un sens profond. S. Cyprien trouvait des trésors achés au milieu des épines dont son langage est hérissé; il ne passait aucun jour sans en lire quelque

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chose, et quand il envoyait chercher ses ouvrages il avait coutume de dire •.Donnez-moi mon maître. Balzac a comparé ingénieusement l'éloquence de TertuUien à l'ébène, qui tire sa beauté et son prix de sa couleur noire.

La chute de ce grand homme doit d'autant plus étonner qu'il témoigne dans son Apologétique, C.S9, avoir une extrême frayeur de rexcommunication, qu'il appelle une anticipation du jugement à venir. Il fut depuis orgueilleux, attaché à son sens, et il se moqua des censures de l'Église. Quelque beau que fût son génie, il semble dépourvu des premiers principes quand il veut soutenir ses erreurs; il porte l'enlhousiasme jusqu'au ridicule , comme lorsqvie, d'après les rêveries de Priscille et de Maximille, il disputesérieusement sur la figure et la couleur d'une ame humaine. Ayant depuis abandonné les montanistes, il devint Je père d'une nouvelle secte. Ceux qui la composaient prirent le nom de terlullianisles Ils eurent une église à Carthage jusqu'au temps de S. Augustin, qu'ils renoncèrent à leurs erreurs. TertuUien mourut dans un âge très avancé, vers l'an 2^5.

La meilleure édition que nous ayons des œuvres de TertuUien est celle de Rigault, qui parut en 163Zi et 16Zt2, à laquelle il faut joindre un volume de notes et de commentaires de différents auteurs, imprimé dans la même ville en 1635. On eslimeles notes critiques et grammaticales de Rigault, mais on fait peu de cas de celles qui regardent la théologie; il y est parlé d'une manière peu respectueuse de certains usages de l'Eglise.

On a imprimé plusieurs fois séparément les principaux ouvrages de TertuUien, comme son Apologétique, son livre des Prescriptions, etc. On les a aussi traduits en français.

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S. EPIPODE ET S. ALEXANDRE,

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