S. ÉLEUTHÈRE, PAPE
(26 mai.)
S. Élouthère eut la douleur de voir les ravages
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que faisait la persécution, surtout à Lyon et ti Vienne, dans les Gaules; mais il eut aussi la consolation de voir l'Eglise réparer ses pertes par de nouvelles conquêtes dans la Grande-Bretao-ne. La foi avait pénétré dans cette île du temps même des apôtres ; mais les superstitions régnantes en avaient beaucoup altéré la pureté. Le peuple était encore devenu fort ignorant par suite des guerres que lui firent les Romains lorsqu'ils soumirent le pays. La Providence cependant ne l'abandonna point. « Dieu, qui choisit douze pauvres pcclicurs pour convertir le monde, inspira à un prince de se faire apôlrc et de moins estimer l'avantage de porter une couronne que celui d'étendre la foi dans cette partie éloignée de l'univers. »
Ce prince, qui se nommait Lucius, régnait dans une partie de l'ile. C'était un de ces rois que les Romains établissaient dans les pays éloignés pour contenir dans la soumission les peuples conquisl Lucius envoya à Rome une agibassade solennelle pour demander au pape Eleuthère des ecclésiastiqueszélés qui pussent instruire ses sujets, célébrer parmi eux les divins mystères, et leur administrer les sacrements. Le saint pontife reçut cette ambassade avec la plus grande joie, et chargea quelques hommes apostoliques d'aller annoncer l'Evangile dans la Grande-Bretagne. La foi y fit de si rapides progrès que du pays soumis h Lucius elle passa bientôt dans les contrées du nord où les aigles romaines n'avaient pu pénétrer.
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ÏROîSiÈME SIECLE DE L'ÉGLISE.
ABUEGIi HISTORIQUE DES EVENEMENTS LES PLUS REMAR- QUABLES ARRIVÉS DANS LE TROISIÈME SIÈCLE.
L'empereur Sévère avait d'abord paru favorable aux chrétiens; mais la dixième année de. son règne il publia contre eux de sanglants édits, qui furent exécutés avec tant de rigueur que plusieurs crurent que le temps de l'Antéchrist était arrivé.
Cette persécution, qui est la cinquième, s'étendit jusque dans les Gaules, et se fit sentir surtout à Lyon. S. Irénée, qui en était évêcpe, avait été disciple de S. Polycarpe. L'empereur, voyant la ville devenue presque toute chrétienne par les soins de ce saint prélat, prit une résolution bien digne de la cruauté d'un jiersécuteur : il donna ordre à ses soldats d'entom-er la ville et de faire main basse sur tous ceux qui se déclareraient chrétiens. Le massacre fut presque général. S. Irénée fut conduit devant le prince, qui le fit mettre à mort, s'applaudissaut d'avoir égorgé le pasteur et le troupeau. Une ancienne inscription, que l'on voit encore h Lyon, marque que, sans compter les femmes et les ejifauls, le nombre des martyrs alla h dix-neuf mille.
La persécution ne fut guère moins violente à Cartilage, où sainte Perpétue et sainte Félicité, suivies d'une troupe d'autres martyrs, allèrent à la
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mort avec une joie qui ne pouvait être inspirée que par celui pour qui elles souffraient.
En même temps que les chrétiens étaient persécutés ils étaient en butte aux calomnies les plus atroces. On les regardait comme des sacrilèges, des ennemis publics, des gens noircis de toutes sortes de crimes ; et l'on se mettait peu en peine d'examiner s'ils étaient en effet tels qu'on les représentait. MaisDieu suscita des hommes aussi grands en science qu'en sainteté, qui défendirent les mystères et la morale du christianisme.
S. Justin adressa aux empereurs deux Apologies vives et touchantes, qui éclairèrent une ioule de païens, et qui valurent h ce généreux athlète la couronne du martyre. Peu après, le célèbre TertuUieu, prêtre de Carlhage, publia une nouvelle Apologie; et celle-ci porta un coup mortel au paga nisme.
Le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici quelques passages de son Apoiogètujac. Après avoir établi la divinité du christianisme Tertullien repousse avec force les calomnies dont on chargeait les chrétiens, c On nous accuse, dit-il, de révolte et de désobéissance aux empereurs. Mais en quoi nous sommes-nous révoltés? Souvent le peuple nous poursuit à coups de pierre, on brûle nos maisons, on nous tourmente, on nous fait mourir dans les supplices les plus cruels. Qu'avons-nous fait pour nous vengerdetant d'injustices? Si nous voulions vous faire une guerre ouverte, manquerionsnous de troupes? Nous ne sommes que d'hier, et déjà nous remphssons vos villes, vos bourgades, vos camps, le palais, le sénat: nous ne laissons vides
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que vos temples. Manquerions-nous de forces, nous qui ne craignons pas la mort, si ce n'était une de uos maximes de la souftVir plutôt que de la donner? Pour nous venger ce serait assez de vous abandonner et de nous retirer hors de l'empire; vous seriez ^^pouvantés de votre solitude. »
Ensuite TerluUicn décrit ce qui se passait dans les assemblées des chrétiens, que l'on traitait de factieuses. «Nous nous réunissons, dit-il, pour prier Dieu en commun. Ceux qui président sont des vieillards dune vertu éprouvée, qui sont parvenus à cet honneur, non par argent, mais par le bon témoignage de leur vie. S'il y a parmi nous un trésor il sert à l'entretien des pauvres et de tous les malheureux; car nous ne souffrons pas qu'ils restent «ans secours. Comme nous n'avons qu'un cœur et qu'une ame, nous n'hésitons pas à nous aider les uns les autres. Il ne faut pas s'étonner si une telle amitié produit des repas communs : ces repas se nomment agapes, c'est à dire chariiè. Les pauvres comme les riches y sont admis. Tout s'y passe dans la modestie; on s'y entrelient comme sachant que Dieu est préi^ent: le repas commence et finit par la prière. »
«En quoi donc, continue Tertullien, méritonsnous la mort? Vous, magistrats, qui jugez; les criminels, parlez, s'en Irouve-t-il un qui soit chrétien ? J'en prends à témoin vos registres: parmi les malfaiteurs que vous condamnez tous les jours pour leurs crimes il n'y a pas im seul chrétien. L'innocence est pour nous une nécessité ; nous la connaissons, l'ayant apprise de Dieu même qui est un maître parfait, et nous la gardons fidèlement, comme
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ordonnée par un juge que l'on ne peut tromper. » Telle était encore la vie des chrétiens au commencement du troisième siècle de l'Eglise.
Les successeurs de Septime Sévère laissèrent les chrétiens en paix. xUexandre leur fut môme favorable. Il honorait Jésus-Christ comme l'un de ses dieux, et il avait placé sa statue dans une espèce de temple domestique. Cette inclination d'Alexandre pour les chrétiens fut pour Maximin, son successeur, une raison de les haïr. Ce prince naturellement féroce commença coiUrc eux une persécution que Ton compte pour la sixième, et qui tomba particulièx'ement sur les évoques et sur les prêtres. Le détail de cette persécution n'est pas venu jusqu'à nous; et d'ailleurs elle ne fut pas longue, parceque le persécuteur fut tué par ses soldats après un règne fort court.
La septième persécution fut excitée par l'empereur Dèce. Dès le commencement de son règne, il publia contre les chrétiens un édit sanglant, que l'on exécuta avec une extrême rigueur. Les fouets, le feu, les bêtes féroces, la poix bouillante, les tenailles bridantes, tous les genres de supplices furent mis en usage. Le nombre de ceux qui souffrirent alors pour la foi est si grand qu'il ne serait pas possible de les compter. Beaucoup de chrétiens pour se soustraire à la persécution s'enfuirent dans les déserts. De ce nombre fut S. Paul, né dans la Thébaïde : il se retira fort jeune dans la solitude, et y mena une vie angélique, entièrement séparé du monde et intimement uni à Dieu.
La huitième persécution doit principalement être attribuée à l'aveugle crédulité de l'empereur Va
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lérien. Il se laissa persuader par les prêtres de ses faux dieux que pour réussir dans une guerre qu'il entreprenait il fallait abolir le christianisme. En conséquence il publia un édit de persécution, et cette persécution comme les précédentes procura la gloire du martyre h un grand nombre de chrétiens. Parmi les plus illustres on peut compter S. Cyprien, évêque de Carthage, et S. Laurent, premier diacre de l'Église romaine.
Ce fut pendant cette persécution qu'un jeune enfant, nommé Cyrille, montra un courage extraordinaire h Césarée en Cappadoce. Son père, qui était idolâtre, ne pouvant le porter h invoquer les faux dieux le chassa de chez lui après l'avoir maltraité. Le juge, qui en fut informé, envoya des soldats qui lui amenèrent le jeune Cyrille. « Mon enfant, lui dit-il avec douceur, je veux bien vous pardonner en considération dCo votre âge; soyez sage et renoncez h vos superstitions. » L'enfant répondit : « Je suis bien aise de souffrir pour ce que j'ai fait: si je suis chassé de la maison 'paternelle j'en habiterai ime autre qui est plus grande et plus belle; je ne crains pas la mort, parcequ'elle est suivie d'une meilleure vie. » A ces mots le juge prenant un air sévère le fit lier comme pour le mener au supplice: il ordonna de préparer un bûcher et d'y mettre le feu. Mais cet admirable enfant n'en parut pas effrayé; il se laissa conduire sans verser une larme. On l'approcha du feu, on le menaça de l'y jeter; mais il ne perdit rien de sa constance. On le ramena au juge, qui lui dit : « Eh bien ! vous avez vu le glaive, vous avez vu le feu; serez-vous sage maintenant? Le jeune Cyrille répondit : « Vous m'avez fait grand
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tort de me rappeler; je ne crains ni l'épée ni le feu; je soupire après des richesses plus solides que celles de mon père. C'est Dieu qui doit me récompenser ; hâtez-vous de me faire mourir, afin que j'aille h lui plus promptcment. » Les assistants pleuraient en l'entendant parler de la sorte ; mais il leur disait : «Yous devriez vous réjouir avec moi au lieu de chercher h m'affaihlir par vos larmes : ah ! vous ne savez pas quelle est la gloire qui m'attend! laissezmoi finir ma vie temporelle. » Ce fut dans ces sentiments qu'il retourna au lieu du supplice, et qu'il reçut la couronne du martyre.
L'empë>eur Aurélien, qui dans les premières années de son règne n'avait pas été contraire aux chrétiens, changea tout à coup de conduite. Il était sur le point de signer un édit terrible contre eux lorsqu'il fut arrêté par la foudre^ qui tomba à ses pieds. La frayeur dont il fut saisi lui fit pour lors abandonner son dessein. Quelque temps après il l'exécuta. Mais les édits n'avaient pas encore été portés dans les provinces éloignées quand il mourut.
Cependant la haine que cet empereur avait manifestée contre les chrétiens avant sa mort ne laissa pas de faire beaucoup de martyrs. Parmi ceux-ci fut S. Denis, premier évoque de Paris. Son zèle h étendi^e la foi dans cette capitale et dans les provinces voisines lui a mérité le titre d'apôtre des Gaules. Il fut pris avec un prêtre et un diacre ; après avoir souffert divers genres de supplices ils eurent tous les trois la tête tranchée sur une montagne proche de Paris, nommée depuis pour ce sujet le Mont des Martyrs, et vulgairement Montmartre.
420 S. IRÈJNÉE.