‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 79 sur 83 · S. LÉONIDE · texte numérisé non relu

S. LÉONIDE

TiRE D'OBIGkNE, MARTYR.

(22 avril.)

L'an de Jésus-Christ 202 et le dixième du règne

de l'empereur Sévère, il s'alluma urne cruelle persécution qui fit couler dans tout l'empire, et surtout en Egypte, le sang d'ime multitude de chrétiens. Parmi ceux dont le triomphe illustra la ville d'Alexandrie on compte Léonide , père du grand Origène. C'était un philosophe chrétien, également versé dans les sciences sacrées et profanes ; il avait sept fils, dont Origène était l'aîné. Ayant remarqué en lui de très heureuses dispositions, il l' éleva avec un soin tout particulier. Charmé des progrès rapides qu'il lui voyait faire dans les sciences et dans la vertu, il l'aimait tendrement et ne cessait de remercier Dieu de lui avoir donné un tel fils. Souvent il s'approchait de son lit lorsqu'il était endormi, et lui découvrant la poitrine il la baisait avec respect comme un sanctuaire où résidait l'esprit de Dieu. Pendant que la persécution ravageait l'Eglise d'Alexandrie Léonide fut arrêté et mis en prison par l'ordre de Lœtus , gouverneur d'Egypte. Oj'Îgène, qui n'avait alors que dix-sept ans, portait une sainte envie à son père et bridait d'un ardent désir de verser son sang pour Jésus-Christ. Sa mère le conjurait inutilement de ne point l'abandonner. Comme elle avait tout lieu de craindre qu'il n'allât se livrer aux persécuteurs, elle prit le parti de cacher tous ses habits, afin qu'il ne pût sortir de la I maison. Le jeune Origène, ne pouvant faire autre I chose, écrivit h son père une lettre fort touchante pour l'exhorter à mourir avec courage et avec joie. «Prenez garde à vous, lui disait-il, et n'allez pas, à cause de nous , changer de résolution. » Léonide persista généreusement dans la foi et fut décapité dans l'année 202. La confiscation de ses biens ré-

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duisit sa famille h. une extrême pauvreté; inais la Providence sut la consoler et pourvoir îi ses besoins.

Quant à Origène, il se rendit depuis si célèbre que nous croyons devoir le faire connaître plus particulièrement eu donnant un précis de sa vie et de ses écrits après la vie de S. Léonide.

Suidas dit que S. Léonide fut honoré du caractère épiscopal. D. Vincent de la Piue est du même sentiment, et le prouve par l'autorité de deux capies manuscrites du Catalogue des hommes Illustres de S. Jérôme, qui se gardent dans la bibliothèque du Vatican.

SOTICE srR LA VIE ET LES ÉCRITS u'oRlCÎiNE.

Origène, surnommé Jdamance, naquit à Alexandrie l'an 185. Le sviruom (VJdamancc qui vient d'adanias, diamant ou indomptable, lui fut doiuié à cause de son assiduité infatigable au travail. Il profila beaucoup sous le célèbre Clément, chargé du soin de faire les Catéchèses; il prit aussi les leçons du fameux Ammonius Saccas , qui avec les plus habiles philosophes de son temps suivait principalement la doctrine de Platon. Ce n'était pas qu'il méprisât Aristote; au contraire, il le suivait aussi en bien des choses, et par là il était venu à bout d'assoupir les querelles qui avaient si long-temps divisé les écoles de l'ancienne Grèce. Origène evU pour condisciples Ammonius, Piotin, le critique Longin et plusieurs autres personnages recommandables par leur érudition.

Comme il joignait un désir insatiable d'apprendre àdes dispositions extraoïdinay-es, il fit de très grands progrès dans toutes les sciences. 11 aci^uit^ selon Sui-

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das et S- Jérôme, une connaissance profond de la dialectique, de la géométrie, de l'arithmétique, de la rhétorique; il perça les ténèbres de l'ancienne philosophie , afin de démêler quels avaient été les sentiments de chaque philosophe ; il s'appliqua aussi à l'élude de la langue hébraïque, pour mieux pénétrer les mystérieuses obscurités de l'Écriture.

La mort de son père l'ayant réduit à une grande pauvreté, il trouvait de quoi subsister dans les libéralités d'une femme d'Alexandrie extrêmement riche, qui le retira chez elle. Cette femme logeait aussi un certain hérétique nommé Paul, qu'elle considérait beaucoup. Origène était par conséquent forcé de le voir; mais il ne voulut jamais communiquer avec lui dans la prière. On ne sait s'il perdit par là les bonnes grâces de sa bienfaitrice ; quoi qu'il en soit, il ouvrit à Alexandrie une école de grammaire qui le mil en état de se passer des secours d'autrui. L'année suivante, c'est à dire en 203, il instruisit quelques catéchumènes qui s'étaient adressés à lui.

L'évêque Démétrius, connaissant son rare mérite, le chargea die l'école des catéchèses à Alexandrie , quoiqu'il n'eût que dix-huit ans. C'était pour Origène une distinction bien glorieuse, puisque cette place ne se donnait ordinairement qu'à des personnes avancées en âge; aussi était-il déjà un savant formé dans un âge où les autres hommes sont à peine capables d'études sérieuses. La supériorité de son génie le fit universellement admirer et respecter : on venait le consulter de toutes parts, et il se vit en peu de temps à la tête d'un grand nombre de disciples. Ceux qui avaient écouté les plus habiles maîtres venaient se perfectionner sous lui. Les païens allaient l'entendre comme les autres; Origène les recevait avec bonté , et il saisissait adroitement toutes les oc casions qui se présentaient de leur faire goûter la TOME I. 19

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doctrine du cliiistianisme. Voici un trait qui prouve mieux que tout ce que nous pourrions dire la haute idée que Ton avait conçue de lui. Étant un jour entré par hasard dans l'école de Plotin, ce philosophe, tout habile qvi'il était, fut déconcerté en le voyaiît ; il s'arrêta tout court et refusa de continuer. Il reprit à la fin son discours sur les instances réitérées qui lui en furent faites, et il profila de celte occasion pour donner à Origène des louanges où il y avait autant d'esprit que de vérité. Ce trait est rapporté par Porphyre dans la vie de Plotin.

Il n'en était pas d'Origène comme de ces maîtres ordinaires qui sont obligés, par la sphère étroite de leurs connaissances, de se borner à un genre particulier ; il enseignait toutes les sciences avec autant de succès que la théologie.

Malgré les fatigues inséparables de son emploi il était encore en état d'occuper sept scribes; et ce qu'il y a de plus admirable c'est que la fécondité de son génie ne l'empêchait point de meltre chaque idée à sa place, de lui donner le jour qui lui convenait^ de rendre en un mot toutes ses pensées avec une énergie et une facilité qu.i feront l'admiration de tous les siècles. Son application à l'étude n'était presque jamais interrompue; la variété dans les objets de son travail était le sevil délassement qu'il se permît. Il savait étudier jusque daos ses voyages, afin d'augmenter de plus en plus l'étendue de ses connaissances : partovit il était environné de disciples, et il n'y avait aucvm lieu où i! ne laissât des traces de son immense érudition. A peine connaissait- il les intervalles de repos marqués par la nature; la nuit et le îour étaient également pour lui un tem[>s d'étude.

On vit sortir de son école un grand nombre de docteurs et de piètres qui éclairèrent l'Eglise par leur science et l'édifièrent par leurs vertus. Ce fut

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aussi dans ses leçons que plusieurs chrétiens puisèrent le désir du martyre. Parmi ceux de ses disciples qui versèrent leur sang pour Jésus-Christ on compte S. Plutarque, S. Sérénus, S. Héraclide, etc.

La fonction de catéchiste obligeant Origèneà converser avec les femmes aussi bien qu'avec les hommes, il s'avisa d'un moj'en extraordinaire pour se mettre à l'abri de toute tentation : lise fit eunuque. Cette action, dont le motif était louable, venait sans doute d'un zèle indiscret : aussi Origène la condamna-t-il lui-même dans la suite.

Lorsque Origène cessa d'enseigner la grammaire il vendit tout ce qu'il avait de livres de littérature profane et se confenlade quatre oboles par jour que lui donnait celui qui les avait achetés. II vécut de la sorte plusieurs années. Son amour pour la pénitence lui faisait pratiquer toutes sortes d'austérités. Il allait nu-pieds et s'abstenait de l'usage de la viande. Une extrême faiblesse d'estomac fut seule capable de. le déterminer à se permettre un peu de vin. Il coUthait toujours sur la terre nue, jeûnait et veillait beaucoup. Il pratiquait dans un degré éminent ]n pauvreté volontaire, et refusait constamment les offres de secours que lui faisaient plusieurs personnes. A l'entendre cependant il était encore bien éloigné de ce parfait dégagement de toutes les choses créées ; aussi s'écriait-il à l'occasion du précepte que Jésus- Christ donne aux hommes, et plus particulièrement aux prêtres, de renoncer à tout ce qu'ils possèdent pour devenir ses disciples : « Je tremble en proférant ces paroles : c'est moi-môme que j'accuse le premier; c'est ma propre condamnation que je prononce... Au moin?, puisque nous connaissons notre devoir, tâchons de le remplir. Hâtons-nous de cesser d'être les prêtres de Pharaon, dont les possessions étaient sur la terre, afin d'être comptés parmi les

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prèlres du Seigneur, comme Paul, Pierre et Jean , qui n'avaient ni or ni argent, mais qui possédaient des richesses que tous les biens visibles ne peuvent procurer.

Origène fit un voyage à Rome sous le pontificat de S. Zéphirin, afin de satisfaire le désir qu'il avait de voir une église aussi ancienne que celle de cette ville. Son séjour n'y fut pas long. Étant retourné à Alexandrie, il y reprit ses catéchèses, à la sollicitation de l'évêque Demétrius. Ce fut vers ce temps-là qu'il convertit à la foi catholique plusieurs personnes qui avaient embrassé les erreurs de Marcion et de Valentin.

Le style d'Origène n'est point assez serré ; on y trouve souvent des longueurs; ses commentaires svul'Écriture sont trop remplis d'allégories tirées de loin et quelquefois arbitraires. Son style est plus châtié dans ses ouvrages de controverse. S. Basile et S. Grégoire de iSazianze estimaient beaucoup les écrits d'Origène; ils en recueillirent un grand nombre d'extraits que nous avons encore sous le nom de Phiiocaiie. Les ennemis de ce père ont tâché inutilement de le déprimer. Les lecteurs non prévenus admireront toujours en lui une vaste érudition jointe à la profondeur du génie et aux brillantes qualités de l'esprit. L'édition des œuvres d'Origène par les Bénédictins est la plus complète que nous ayons ; elle a été commencée par D. Charles de la Rue, qui a publié les deux premiers volumes. Le troisième, qu'il avait préparé, parut en 17A9, par les soins de D. Charles- Vincent de la Rue son neveu. Ce dernier donna en 1759 un quatrième volume avec des notes fort judicieuses sur plusieurs endroits des Origeniana de M. Hucl,

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