TOME I
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celle du saint précurseur , que la cliguité de son ministère futur et le degré émiueut de grâce et de sainteté auc^uel il était élevé rendaient , selon l'oracle de la vérité même , infiniment supérieur à tous les patriarches et à tous les prophètes.
Zacharie, son père, était un saint prêtre de la famille d'Ahia, une des vingt-quatre que composaient les enfants d'Aaron, ainsi divisés afin qu'ils exerçassent tour à tour dans le temple les fonctions sacerdotales. Elisahcth, sa mère, descendait aussi d'Aaron; mais on no peut guère douter qu'elle ne fût née d'une femme de la tribu de Juda , puisque l'Ecriture l'appelle cousine delà sainte Vierge. Aous lisons dans l'Evangile qu'ils étaient justes l'un et l'autre, c'est h dire qu'ils possédaient cette vraie vertu qui emporte le parfait accomplissement de la loi, et qui ne cherche point à cacher des passions favorites sous une apparence extérieure de régularité. Ils marchaient sans reproche dans la voie de tous Les commandements et de toutes les ordonnances du Seigneur. Ce n'est qu'à cette marque qu'on peut distinguer les vrais serviteurs de Dieu. 11 paraît que Zacharie demeurait à Ilébron, ville sacerdotale située dans vni pays montueux, à l'occident de la tribu de Juda, et environ à quatre lieues de Jérusalem.
Lorsque David régla le service du temple, dont la construction était réservée l\ son fils, il divisa les prêtres en vingt-quatre classes, qui devaient tour a tour y exercer les fonctions sacerdotales, chacun une fois la semaine. La classe composée de la famille d'Abia , et d'où sortait Zacharie, était reconnue pour la huitième du temps de David. C'était
une coutume parmi les prêtres de chacj^ue famille, qui se trouvait h tour de service, de choisir par la voie du sort ceux qui devaient paraître au temple pendant la semaine. Le sort étanttombé surZacharie, c'était à lui à offrir les parfums matin et soir sur l'autel d'or, dans la partie intérieure du temple appelé le saint ou le sanctuaire. Ce sacrifice avait été prescrit comme un emblème de l'hommage que Dieu exige de ses créatures^, au commencejûi^nt et à la fin de la journée.
Un jour que Zacharie offrait les parfums, et tandis que le peuple priait dans le parvis, Tange Gabriel lui apparut, se tenant debout à la droite de l'autel. Zacharie en fut troublé, et la frayeur le saisit tout à coup. L'ange le rassura en lui disant que sa prière avait été exaucée, et que sa femme, quoique stérile, concevrait et enfanterait un fils ; il ajouta que ce fils devait porter le nom de Jean et qail serait grand devant le Seigneur. La grandeur dont il est ici question n'a rien de commun avec celle qui est fondée sur les avantages du monde, et qui, outre sa fragilité, renferme encore mille pièges, et est la source secrète d'un poison fatal. Qu'est-ce après tout que cette grandeur qui dépend de l'opinion ?Aesait-on pas combien peu il faut compter sur le jugement des hommes ? In capables de connaître les choses en elles-mêmes, il arrive rarement qu'ils en soient de ju.sles appréciateurs, et il n'est que trop commun qu'ils leur donnent des noms contraires à leur nature : de Ih vient qu'ils appellent lumière ce qui n'est que ténèbres, et doux ce qu'iL y a de plus amer. Qu'heureux est celui qui est grand aux yeux de Dieu ! On peut dire de lui, sans
craindre de se tromper, qu'il jouit d'une véritable grandeur.
Quelle gloire pour notre saint d'avoir été loué par la vérité même! Le nom de Jean, qui lui fut donné par ordre du ciel , signifie plein de grâce. Choisi de Diçu pour être le précurseur du Rédempteur du genre humain, destiné h être cette voix qui devait annoncer aux hommes le Verbe éternel, et cet astre du matin qui devait servir d'avantcoureur au soleil de justice et h la lumière du monde, il était bien juste qu'il fut orné de toutes les vertus dans le degré le plus émiucnt. Les autres saints sont quelquefois distingués par des caractères particuliers: mais Jean fut favorisé d'une surabondance de grâces extraordinaires ; il fut prophète et plus que prophète, étant né pour montrer au monde celui que les anciennes prédictions n'avaient laissé qu'entrevoir obscurément , et à travers une longue suite de siècles. Son innocence et ses austérités, son amour pour la prière et la retraite, sa charité et son zèle tinrent, h la vérité, du prodige; mais ce fut son humilité qui mit, pour ainsi dire, le comble 2i sa grandeur.
Comme il n'y a point de sacrifice plus agréable à Dieu que les prémices du cœur de l'homme , l'ange ordonna, de la part du ciel, qu'immédiatement après sa naissance l'enfant fut consacré au Seigneur par une marque visible qui annonçât sa destination; en conséquence il enjoignit h Zacharie de ne faire boire h son fils ni vin , ni liqueur capable d'enivrer, donnant par là h entendre qu'on ne peut partiquer la vraie vertu sans mener une vie mortifiée. Il ajouta qu'il serait rempli du Saint-Esprit dès
le ventre de sa mère. Une telle sainteté préparait Jean-Baptiste hl'importante fonction de prédicateur de la pénitence , qu'il devait exercer pour retirer les enfants d'Israël de l'état du péché, pour leur inspi> rer les dispositions des patriarches, leurs ancêtres, et pour en faire un peuple parfait aux yeux du Seigneur , afin que par là ils fussent disposés h recevoir le salut que le Messie allait leur apporter. En effet, il était choisi pour marcher devant le Sauveur, dans cet esprit et cette vertu dont Elie sera animé, lorsqu'il viendra préparer les hommes à son second avènement.
La circonstance de l'âge d'Elisabeth, qui, selon le cours ordinaire de la nature, ne pouvait plus avoir d'enfants , rendait plus éclatant le miracle de la naissance de Jean-Baptiste. Dieu l'avait ordonné ainsi afin que ce saint fût le fruit d'une prière longue et ardente , qui est le canal ordinaire des grâces. Que les parents apprennent de là avec quelle assiduité et quelle ferveur ils doivent s'adresser à Dieu pour attirer ses bénédictions tant sur eux que sur leurs enfants.
Zacharie fut saisi d'étonnement à la vue de l'ange, et ne pouvait revenir de la surprise que lui causaient les choses merveilleuses qu'il entendait. Il demanda un signe capable de lui garantir la vérité des promesses qui lui étaient faites. L'ange lui accorda sa demande, et, pour lui montrer en même temps que la vision seule aurait dû suffire pour dissiper tous ses doutes , il lui dit qu'il allait devenir muet dans le moment, et qu'il ne pourrait plus parler jusqu'à la naissance de son fils. Après l'expiration de son service, qui arriva le jour du sabbat suivant.
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il quitta le temple et retourna dans sa maison.
Cependant Elisabeth ne tarda pas h s'apercevoir qu'elle avait conçu. Elle était dans le sixième mois de sa grossesse lorsque la sainte Yierge l'honora d'une visite. La présence du Rédempteur du monde sanclifia Jean-Baptiste encore renfermé dans le sein de sa mère. Ce dernier, par un privilège extraordinaire , reçut dès lors l'usage de la raison. Il connut Jésus-Chrit avant que de voir la lumière , et il se sentit comme inondé de consolations intérieures en la présence de celui que les prophètes n'avaient pu voir, même en esprit , sans éprouver les plus vifs transports : aussi lisons-nous dans l'Evangile qu'il tressaillit de joie dans le sein de sa mère.
Enfin Elisabeth mit son fds au monde au bout de neuf mois. Huit jours après, on prépara tout pour le circoncire. Toute sa famille voulait qu'on lui donnât le nom de son père ; mais Elisabeth , inspirée par le ciel, dit qu'il fallait l'appeler Jean.,Zacharie ayant été consulté demanda des tablettes, et écrivit dessus que Jean devait être son nom. Au même instant il recouvra l'usage de la parole. Le premier usage qu'il en fit fut d'éclater en sentiments d'amour et de reconnaissance, et de bénir le Seigneur, qui par son infinie miséricorde avait daigné visiter son peuple et apporter la lumière aux nations assises dans les ténèbres de la mort. Le cantique sublime qu'il prononça en cette occasion fait tous les jours partie de l'office de l'église ; mais il ne peut être agréable h Dieu qu'autant que nous le réciterons avec ferveur, et que nous tâcherons d'entrer dans les mêmes dispositions que Zacharie. Ce n'est que par cette ferveur dans la prière que
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nous pourrons conserver le précieux trésor de la srâce. Nous devons nous souvenir que nous le portons dans des vases fragiles, qui ne manqueront pas de se briser au milieu desécueils à travers lesquels nous marchons, si nous ne nous tenons continuellement sur nos gardes. La conduite de Jean-Baptiste, qui se retire dans le désert dès ses premières années , nous fournit h cet égard les plus importantes instructions.
Séparé du commerce des hommes, le saint se consacre entièrement aux exercices de la prière, et mène une vie très austère. Il portait un vêtement fait de poil de chameau, et ime ceinture de cuir autour de ses reins. Il ne se nourrisait que de ce qn'û trouvait dans le désert , comme de sauterelles et de miel sauvage (i). Les sauterelles dont il est question étaient d'une grande espèce; on les apprêtait pour en faire une sorte de nourriture, qui n'était pourtant qu'à l'usage des pauvres; mais S. Jean- Baptiste les mangeait toutes crues et sans lemoindre assaisonnement.
La retraite de ce saint a fourni aux pères la matière de plusieurs réflexions. «Jean, dit Orîgène, alla dans le désert, où l'air est plus pur, les cieux plus à découvert, et où Dieu se communique avec
(1) Le miel sauvage est celui qui se trouve dans les arbres oîi les abeilles fabriquent souvent leurs rayons, dans la Palestine et dans d'autres pays. Les sauterelles n'étaient point dans la classe des choses immondes, comme on le voit par le Lévitiqae, c. 2, V. 22. Les anciens en pailent comme d'une nourriture ordinaire en Afrique, en Perse, en Syrie et en Palestine. Les voyageurs modernes assurent qu'en quelques pays on porte au marché une grande quantité de sauterelles , et que le peuple s'en noniTÎt après les avoir fait frire dans de l'huile ou sécher au soleil.
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plus de l'amiliarité. Son but était d'y vaquer à la prière dans la compagnie des anges, jusqu'à ce que le temps de sa mission fût arrivé. Là, continue-t-il, il manquait de tout secours humain ; il n'avait pas même une pauvre chaumière pour se garantir de l'mtempérie des saisons. Il ne crut pas que la fonction de prédicateur de la pénitence dût le fixer pour toujours parmi les hommes ; il continua de demeurer dans le désert. Il semble, ajoute S. Jérôme, que la tendresse de ses parents, qui d'ailleurs étaient riches, eut du le retenir; mais il n'envisageait que les dangers qui se rencontrent au milieu du monde. Il alla donc vivre dans le désert , et dédaigna d'arrêter sur des objets étrangers ses yeux qui ne souhaitaient voir que Jésus- Christ. Son vêtement était grossier; des sauterelles et du miel sauvage lui servaient de nourriture, parceqiie toutes ces choses portent à la vertu et h la continence. »
Le saint choisit pour demeure une affreuse solitude, de peur que le commerce du monde ne souillât la pureté de son cœur. Il pratiqua les austérités de la plus rigoureuse pénitence parcequela vraie vertu ne se trouve que dans les croix et la mortification. Quel sujet de honte pour tant de prétendus chrétiens qui mènent mie vie toute terrestre, et qui, au lieu de réprimer leurs inclinations vicieuses, ne sont occupés qu'à rechercher ce qui peut flatter leurs sens ! Il semble qu'ils aient renoncé au bonheur que Jésus-Christ a promis à ceux de ses disciples qui feraient de sa parole Tunique règle de leur conduite.
(28 décembre.)
Le monde persécuta Jésus- Christ et lui déclara la guerre immédiatement après sa naissance. Nous ne devons pas nous attendre à en être mieux traité que notre divin maître. Il nous avertit lui-même que, le monde l'ayant haï le premier, il nous haïra aussi; mais il est encore plus dangereux par ses caresses que par ses violences. Hérode, qui persécuta Jésus-Christ, était la figure de Satan et du monde.
Ce prince jaloux et ambitieux avait déjà sacrifié à ses soupçons et h ses craintes Marianne, sa femme, les deux enfants qu'elle lui avait donnés et tous ses meilleurs amis. Ayant appris des mages, venus de fort loin pour chercher et adorer Jésus-Christ, que le Messie, prédit par les prophètes, était né parmi les Juifs, il craignit qu'il ne le dépouillât un jour de son royaume, tant les pensées des hommes charnels sont éloignées des voies de Dieu! Il eut recours, à son ordinaire, aux artifices de la politique et de la dissimulation; il feignit de vouloir aussi adorer l'enfant, afin d'acquérir les connaissances dont il avait besoin pour lui ôter plus sûrement la vie. Mais Dieu se joua de ses desseins aussi impies que barbares ; il avertit les mages de ne point retourner auprès de lui.
En même temps un ange ordonna de sa part à Joseph de prendre l'enfant et sa mère, et de fuir en Egypte. Le seigneur de l'univers fuyant aussitôt
qu'il est ne , quel spectacle pour noire foi ! Que n'eurent pas h souffrir Joseph et Marie d'un voyage long et pénible ! Que feront-ils dans nn pays où ils sont étrangers ? Privés de secours , que n'ont-ils pas h redouter de cette extrême pauvreté!
Suivant une ancienne tradition des Grecs, dont parlent Sozomène, S. Athanase et d'autres auteurs, Jésus en entrant en Egypte renversa toutes les idoles de ce royaume : ce qui vérifia la prédiction d'Isaïe. Joseph et Marie ne surent point de l'ange combien de temps durerait leurexil. Apprenons de là à nous soumettre à la providence, et h adorer la volonté toujours sainte de celui qui règle tous les événements avec une bonté et une sagesse infinies.
Hérode voyant que les mages l'avaient trompé entra dans une grande colère, et fut encore plus troublé par la crainte. Pour venir plus facilement à bout de se défaire de celui qui lui faisait ombrage , c'est à dire du Messie, le Désiré de toutes les nations, il forma l'horrible projet de massacrer tous les enfants de deux ans et au dessous qui se trouveraient dans Bethléem et dans le pays d'alentour. On ' voit par là de quoi l'ambition est capable. Les soldats chargés d'exécuter l'ordre donné par Hérode se rendirent h Bethléem et dans les environs, ymirent à mort tous les enfants qui avaient l'âge désigné. Les cris, tant des mères que des enfants, furent tels que S. Matthieu applique h cet événement la prophétie de Jérémie, conçue en ces termes : «On a entendu dans Piama une voix lamentable, des pleurs et de grands cris, Piachel pleurant ses enfants, et ne voulant point recevoir de consolation parcequ'ils ne sont plus. » Cette prophétie, qui regarde plus immédia-
tement la captivité de BaLylone, eut son entier accomplissement dans le massacre des Innocents. Rama, dont parle S. Matthieu, était un village peu éloigné de Bethléem, et le tombeau de Rachol était dans ini champ qui en dépendait. De plus, il est probable que le massacre s'étendit jusqu'à la tribu de Benjamin , qui se trouvait dans le voisinage , et qui descendait de Rachel. Si l'on s'en rapporte iila liturgie des Ethiopiens et au calendrier des Grecs, il périt quatorze mille enfants; mais ce nombre paraît excessif, et il n'y a point de raisons solides qui portent à l'admettre.
Piien déplus heureux que la mort de ces enfants, si on la considère avec les yeux de la foi. Ils eurent la gloire de mourir pour Jésus-Christ dans un âge où ils ne pouvaient encore invoquer son nom; ils furent les prémices de ses martyrs, et ils triomphèrent du monde avant même de le connaître; ils ne reçurent la vie que pour la sacrifier et acquérir xme immortalité bienheureuse. Non seulement ils moururent pour Jésus-Christ, mais ils moururent en sa place. Peut-être que s'ils eussent vécu plus long-temps la plupart d'entre eux auraient été pervertis par le monde. Quelles actions de grâces ne rendront-ils pas au Seigneur pendant toute l'éternité pour avoir exercé une telle miséricorde à leur égard! Ce mystère de grâce n'était point connu de leurs mères, et c'est pour cela qu'elles pleuraient sans vouloir recevoir de consolation. Souvent il nous arrive comme à elles d'être inconsolables dans certains accidents, qui sont des effets de la miséricorde divine envers nous.
Hérodene survécut pas long-temps h son crime, et ce royaume qu'il avait craint de perdre lui fut arraché par la mort. Il fut attaqué d'une maladie extraordinaire qu'on regarda comme une punition du ciel. Le désespoir occasionné par le souvenir de ses crimes augmentait son mal. Il avait une faim dévorante que rien ne pouvait apaiser. Ses intestins étaient pleins d'ulcères où il s'engendra des vers ; tous ses membres étaient dans des convulsions violentes et continuelles ; il s'exlialait de son corps une odevu' si infecte qu'on n'osait approcher de lui. Anlipater apprit dans la prison où il était renfermé l'horrible maladie de son père. II proposa à l'ofTicier chargé de le garder de lui rendre la liberté pour qu'il pût s'assurer la couronne. Hérode, qui fut instruit de tout , entra dans une fureur étrange qui le mit hors de lui-même, et surle-champ il envoya couper la tête h son fils. Antipater ne fut pas le seul qu'il fit périr pendant le cours de sa maladie; il chargea Salomé , sa sœur, et Alexis, son mari, de faire massacrer immédiatement après sa mort les principaux d'entre les Juifs, qui se rassemblèrent par son ordre dans le cirque de Jéricho. « Ils me haïssent, leur dit-il, et ils apprendront avec joie que je ne vis plus ; je veux qu'h ma mort la nation soit dans un deuil général. » Il mourut cinq jours après son fils Antipater.
On lit dans un auteur païen du cinquième siècle qu'Auguste, ayant appris qu'Hérode en ordonnant le massacre des enfants n'avait point épargné son propre fils, dit qu'i7 vaudrait mieux être le porc que le fils de ce prince. Il faisait allusion h l'usage où
étaient les Juifs de ne point tuer de porcs parceque leur loi leur défendait de manger la chair de cet animal. L'auteur cité a réuni des faits qu'il fallait séparer, parcequ'on apprit h Rome, à peu près dans le même temps, le massacre des enfants et la mort d'Antipater.
Les parents, les tuteurs, les ministres de la religion doivent s'appliquer particulièrement h instruire les enfants des vérités de l'Evangile et des maximes de la piété chrétienne. C'est un devoir dont rien ne peut les dispenser. Il ne faut point attendre que les enfants soient parvenus à l'âge de raison : ils sont susceptibles d'instruction dès leurs premières années ; ils peuvent former des actes d'amour, de foi, d'espérance. En se proportionnant à la faiblesse de leur intelligence , en se servant d'exemples, d'images, de comparaisons, onleur rendra sensibles les vérités qu'ils doivent connaître. Avec une certaine gravité mêlée de douceur on viendra insensiblemen t à bout de fixer leur attention, on leur fera surtout sentir que la doctrine qu'on leur enseigne est nécessaire pour les rendre éternellement heureux; que c'est «le fils unique de Dieu qui nous l'a apportée du ciel ; que la reine de Saba vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse deSalomon; mais que nous avons dans Jésus- Christ un sage bien supérieur à Salomon. » Il faut surtout s'armer de patience, et ne pas craindre de revenir sur les mêmes choses. Malheur h ceux qui regarderaient cette fonction comme vile et méprisable; c'est par là que s'est établi et que se soutient le christianisme; les premières leçons produisent du fruit dans le temps. Un bon catéchiste
est plus utile qu'on ne pense. Le pape Paul III , dans une bulle où il recommande la fonction de catéchiste, déclare quii n'y a rien qui contribue davantage au salut des âmes ; on peut ajouter qu'il n'y en a point de plus nécessaire et de plus sublime. S. Augustin, S. Chrysostome, S. Cyrille, etc., travaillaient avec autant de zèle que d assiduité à instruire les enfants et les ignorants, et ils étaient persuadés qu'ils ne pouvaient faire de leurs talents un usage plus utile et plus glorieux. C'était dans la même vue que les apôtres parcouraient l'univers. « Je suis, disait S. Paul, redevable aux sages et aux simples. JNous nous sommes rendus petits parmi vous,, comme une nourrice qui aime tendrement ses enfants, dans l'affection que nous ressentions pour vous , nous aurions souhaité de vous donner non seulement la connaissance de l'Evangile, mais aussi noti^ propre vie. » Jésus- Christ lui-même a fait de cette fonction le principal objet de son ministère: l'esprit du Seigneur s'est reposé sur moi, il m'a envoyé prêcher l'Evangile aux pauvres. » Nous ne pouvons douter qu'il ne prît un grand intérêt au salut des enfants : « Laissez venir h moi les petits enfants, car le royaume de Dieu est à eux... Piys les embrassant et leur imposant les mains, il les bénissait. » Le pieux et savant Gerson , chancelier de l'église de Paris, avait le plus grand zèle pour l'instruction des enfants , et composa un ouvrage sur Cette m"htière. Après le concile de Constance, où il avait paru avec éclat, il se retira dans la ville de Lyon ; il y rassemblait tous les jours les enfants dans l'église Saint-Paul, et continua celte bonne œuvre jusqu'à sa dernière maladie. Sentant appro-
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cher sa dernière heure, il les rassembla pour la dernière fois, et leur fit repeter tout d'uue voix ces paroles : « Mon Dieu, mon créateur , ayez pitié de Jean de Gersou, votre pauvre serviteur. »