‹ Vies de femmesChapitre 10 sur 22 · FACE · texte numérisé non relu

FACE

| CLARA ET VIG:: 107 “ Petite tante n’en connaissait pas d’autres. »… Elles allèrent chez lui sans préoccupation - pour ainsi dire, comme on va chez le dentiste.

- Mais le docteur, qui conndissait Petite tante, ne voulut rien lui dire, ni à-Vic. Il “ demanda à parler à Pippo, et il lui déclara - que Vic était phtisique et d’une phtisie très avancée. Il fallait absolument la sépa- … rer du petit Carlo, si on voulait le sauver - de la contagion, Quant à l'enfant à naître, 3 il faudrait, dès qu’il serait né, l’éloigner et le confier à une nourrice robuste, à la campagne. Dès sa délivrance, il faudrait | mener la malade dans un sanatorium.

Pippo tenait à peine sur ses jambes, … quand il sortit de la maison du docteur. | … avait vu mourir et cru mourir lui-même cent fois pendant ses longues années » d'Afrique, mais jamais, non jamais, même … sous le feu de l'ennemi, il n’avait éprouvé - pareille émotion. Vic était malade! Vic 4 était phtisique! Vic, pour laquelle il avait tant RONDIE pendant cette interminable | campagne d'Afrique; tant soupiré pendant À D unes qui avaient précédé la cam-

pagne! Fallait-il qu’elle lui fût arrachée pour toujours? Fallait-il que. lui-même l’éloignât de lui, qu'il léloignat de son. | fils? Et ils vivraient pour toujours ainsi, loin l’un de l’autre!

Pippo n'eut pas le courage de. ne. L + vérité à Vic, et Vic et Petite tante étaient si loin de la supposer qu’elles ne la demandèrent même pas. Ce fut le médecin. accoucheur qui interrogea brusquement Pippo | et qui lui arracha une à une les déclarations de l’autre médecin. Vic et Petite. tante à demeurèrent AR CADIÉeRS LR

— Eh bien! si ses jours étaient t comptés, ee déclara Vic aussitôt qu'elle eut repris son calme, elle saurait se résigner ! Mieux valait une vie brève pleine d affections .

tendres, comme celle qu elle avait vécue, qu'une vie pénible, grise, comme l'année Eu où 1l lui avait fallu renoncer à Pippo. à L'idée de mourir ne l'effrayait pas tellement... mais elle ne voulait Ps se es pr

CLARA DÉNe e 109

des siens. Qu'on ne lui enlevât pas Carlo, et qu'on lui permit de nourrir la petite | Joséphine qui allait naître! Elle prendrait . toutes les précautions nécessaires, maïs confier son enfant à une étrangère, c'était | trop dur pour elle ! et d’aller dans un sa- natorium aussi! Elle voulait mourir au- . près de Pippo, de Carlo et de Petite tante. ! Elle avait été si heureuse pendant ces der- - niers mois passés ensemble. Elle voulait

vivre quelques temps encore ainsi, et puis

mourir |! Petite tante et Pippo ne s’opposè-

; rent nullement à ses désirs. Tout risque,

| pour eux, pour Carlo, pour l'enfant à naï-

. tre, tout disparaissait à leurs yeux devant

Ë .# angoisses de Vic. Que n’auraient-ils pas » fait pour adoucir sa douleur ?

Mais Vic, au contraire, à [a longue, se

- persuada peu à peu que le médecin avait

… raison. Si elle était malade, il était absurde de mettre en danger la vie de Carlo simpoor pour le plaisir de l’avoir auprès - de soi. Elle cessa de l’embrasser et se mit à

- Je confier à Santuzza presque complète

* Il était absurde de mettre en danger » la vie de la petite fille qu’elle portait dans

7 mA

son sein: elle écrivit elle-même à Rivara pour qu’on lui cherchât une nourrice. Puis :

elle fit venir le médecin, se fit donner les instructions les plus précises sur la façon dont elle devait se comporter, et elle adopta rigoureusement les mesures qui lui étaient conseillées, sans que les autres, dans leur accablement, s’en rendissent compte. Quand naquit le petit Joseph (ce fut en effet un garçon et non la petite fille attendue), Vic était complètement résignée et sereine.

La nourrice que l’on s'était assurée à l'avance arriva de Rivara dès qu’on lui fit signe. C'était une ancienne amie de Vic, une de ses compagnes de pèlerinage. Elle .

était toute fière d’allaiter un enfant de Vic. Vic pouvait se reposer tranquillement sur elle, comme si elle nourrissait elle-même. =

— [l n'y a pas à dire, Dieu me Didi | toujours! disait Vic en remettant le petit Joe à son amie et en pensant à la filière.

de nourrices et de bureaux de placements .

que l’amie lui avait épargnée, aussi funestes pour la santé du nourrisson que pour.

RE EN AA En EE (Ur UE ee ne ASE RU CR ISSN Me à AC ET Ÿ re ST dj

Le

pes NP ICLARA-ET VIC noi … Ja bourse d’un pauvre capitaine d’infante- » rie. Mais Dieu lui réservait d’autres consolations!

Oh! la phtisie n’est pas aussi terrible « qu'on le croit à première vue, et elle est bien moins rare qu’on le suppose. Depuis le jour où Vic et Petite tante avaient commencé à faire connaître à leurs parents . et à leurs amis le verdict du médecin, que de cas semblables on lui avait fait con- . naître! que d'amis qu’ils avaient cru pen- - dant des mois en voyage à l'étranger avaient été, au contraire, dans un sanatorium, d’où ils étaient revenus parfaite- - ment guéris. [I y en avait deux dans le . régiment de Pippo. Dans cinquante pour cent des cas, on guérit.

Aller dans un sanatoriumPr Vic avait … d’abord rejeté la proposition. Petit à petit, - elle en était venue à se persuader qu'il le … fallait et presque à le désirer. Mais, dans les conditions de fortune où ils étaient, . une telle cure était un désastre que Vic se - refusait toujours à vouloir accepter quand » on agitait cette question.

Comment pouvait-elle savoir ce qui #4 était le meilleur ou ce qui était ] pire? Dieu seul le savait. ;

Une des contessine de Msntehells avait.

épousé un jeune marquis riche et d’humeur gaie, qui n’hésitait pas à dépenser sa richesse et sa santé, comme si l’une € l’autre étaient inépuisables. Deux années.

auparavant, il était tombé malade. « Mademoiselle > ne l’avait pas su. Elle avait appris seulement qu'il avait quitté l'Italie, puis qu'il était revenu beaucoup plus sage.

Elle apprit alors qu’il avait été poitri-.

naire, qu'il était allé dans un sanatorium.

et qu'il en était revenu tout à fait guéri. .

Eh bien! les anciennes contessine de Montebello, qui avaient pu toucher du.

doigt les bienfaits de la cure, avaient sans rien dire écrit au médecin du marquis pour avoir des informations plus précises, et.

elles vinrent proposer à Vic d’aller à leurs frais pendant un an dans un sanatorium

On peut imaginer la joie de la tante.

GLARA:ET:VIC 113

devant cette offre ‘si généreuse. On le voyait là le bon cœur des contessine. Ne

- l’aimaient-elles pas, comme si elles avaient

été ses filles, plus que si elles avaient été ses filles’ La proposition était digne d'elles! Certes! Dieu les avait inspirées,

. mais pourquoi les eût-il inspirées, s’il

n'avait pas voulu que Vic guéritr C'était

… là, certainement, une façon mystérieuse

d'annoncer la guérison. Puisque le marquis avait été guéri, pourquoi Vic ne guérirait-elle pas? Petite tante aurait voulu que Vic partît immédiatement: Le docteur ne l’avait-il pas dit ? Plus tôt on se soigne, et plus vite on guérit. Et Petite tante voyait déjà Vic guérie, voyait déjà enlevée la terrible épée de Damoclès suspendue sur sa tête. |

Vic décida donc de partir. Pippo l’accompagnerait à Leysin; Petite tante resterait pour désinfecter la maison, puis elle

» conduirait Carlo à Rivara, où elle atten-

TPE -E

drait le retour de Pippo.

Pippo, quand ils quittèrent Turin, était préoccupé et triste, Vic au contraire était

très gaie, C'était la première fois qu'ils

CA

voyageaient en tête à tête, Pippo « Voilà, disait-elle, leur voyage de noces.

Comme elle était heureuse! Comme Pippo était bon! Comme elle était contente de pouvoir l’aimer à son aise! Non, elle ne pouvait pas se plaindre de la vie! i n'y avait pas beaucoup de femmes ayant Je même bonheur qu’elle et pouvant laisser en toute tranquillité sa maison, ses enfants, son mari entre les mains d’une tante aussi précieuse que la sienne. I n'y avait pas beaucoup de femmes unies comme elle à un mari qui, au lieu de s'éloigner épouvanté devant le terrible verdict du médecin, se serrait toujours plus près. de son cœur. [l n’y avait guère de femmes à qui d’altières contessine payassent les frais du sanatorium, simplement parce qu ‘elles aimaient Petite tante. Le es À peine arrivée à Leysin, Vic chercha l’église, et Ià, se serrant contre Pippo, elle se jeta aux pieds du Seigneur pour le remercier: de tant de biens dont il l'avait comblée, Elle ne parla pas de sa santé, | Elle était si sûre de guérir! Et. puis, comment pouvait-elle savoir ce qui i était le «3

2) Sam BE PTE | El tente ETS CSP ELA Fe ur Pire r ENT MS f EAN SR ME RE OR TOR Ur Mer Es PAT NAT Te + , NO ren DATI de :

CEARA'ET VICG 115

meilleur ou ce qui était le pire? Dieu seul le savait, lui qui connaît le passé et l’avenir. Les décisions qu'il prendrait pour elle seraient sûrement meilleures que celles qu’elle eût prises elle-même!

Au bout de huit jours, Pippo dut la quitter. Vic ne pleura pas, ne se désespéra pas. « La gaieté, l’attention à éviter toute émotion trop forte est la première condition pour guérir », avaient dit les méde- cins, et Vic voulait guérir et ne négliger aucune prescription pour guérir le plus vite possible. Et puis, elle se trouvait si bien à Leysin. C'était pour elle la vie idéale. Toute la journée au grand air, tantôt en traîneau sur la neige, tantôt étendue au soleil sur la. terrasse et bien enveloppée dans la couverture de laine que Petite tante avait tricotée pour qu'elle fût plus souple et plus chaude.

Comme il était délicieux de rêver dans le demi-sommeil de la terrasse ensoleillée, de penser à Pippo, à Petite tante, à Carlo, de relire même entre les lignes les douces et longues lettres qu'on lui écrivait tous les jours.

Les compagnons de terrasse de Vic ne tardèrent pas à lui porter beaucoup d'in térêt, soit à cause des sympathies qu’ elle se faisait naître partout, soit à cause de son cas singulier : toutes les Semaines, on Jui prenait des photographies pour les envoyer | à Pippo, car tous, maintenant, l'appelaient Pippo, comme s ils avaient toujours connu le mari de Vic. On lui enseignait des Li jeux où elle pouvait jouer toute seule pour passer les longues heures de silence que prescrivaient les médecins. Vic n'avait pas besoin que le temps passât rapidement, mais elle était reconnaissante à ses compagnons qui cherchaïent à lui ee plaisir. A

L'air de Leyde le régime Fe Le cure : rigoureusement suivi firent des miracles.

En un mois, Vic avait augmenté de ui kilogrammes et la fièvre avait disparu complètement. Au bout de deux : mois, elle put se remettre à chanter et à ie du | piano. on # .

Chaque lettre qu’elle EcHiVaRt € en na déére vant minutieusement ses progrès était ur e ï vague de joie qui allait résonner avec un :

triple “écho dans la maison lointaine de

Turin. see Vic était bientôt devenue la benjamine de tout le sanatorium; malades, médecins,

- infirmières étaient toujours autour d’elle,

parce que sa joie et sa confiance étaient communicatives et sa tranquillité semblait à tous un gage de tranquillité individuelle,

. Les progrès continuèrent sans interrup-

tion, et, à la fin du printemps, le médecin lui permit de retourner à Turin. Pas d’excès, recommandait-il, pas d'émotion. De Pair, de la lumière, de la tranquillité; et

- s’il se produisait une nouvelle attaque du mal, il fallait revenir aussitôt pour faire

une guérison définitive.

Page 1