F3 LA
JUDEÉFH 135.
Elle se produisait l'effet d’un oi- . seau auquel on a couùpé Îles ailes, et qui, après des tentatives inouiïes, re-
tombe épuisé, étourdi.
« Judith, ma chère âme, prépare-toi à un gros chagrin, — dit un jour Déborah à
sa fille, Abraham ne s’en sentant pas le cou-
rage. — Ton Jacques, cesse de. l'aimer...” Jacques n’est pas digne de toi... » Judith se mit à trembler comme tremblent les feuilles d'automne quand, la tige épuisée,
… elles frémissent au moindre souffle; en
elle aussi, la tige qui la rattachait à la vie
s'était comme subitement desséchée:; ‘si
- poignante était sa peine qu'elle tremblait,
tremblait, sans arriver à pleurer.
« Oublier Jacques ! De vrai, ce n’était
… pas possible.» Fandis qu'avant de con- - naître Jacques son âme fui semblait si
ue “Auts Jui demander de s'a cher le cœur tout entier. » ms Jacques reparut comme Judith se débat tait au milieu de ces émotions. Les che veux et la barbe en désordre, il était acca blé, pâle et malade. Point par point, 4f° lui répéta ce que lui avaient dit ses parents; il lui exposa comment il s’étai z laissé entraîner derechef dans la mauvaise “ociété de ses anciens camarades; il avoua l'argent gaspillé, la faillite en perspective, son magasin fermé à jamais et l’abandon de tout et de chacun. Il n’entendait pas … s’excuser : il confessait sa faute et, en se déclarant indigne de sa fiancée, il venait lu rendre sa parole. | ie, Ah! les Dior de rupture; les fie
elle-même formulés au cours des. “mois
durant lesquels les lettres de are: se
tion et qu elle lui tiendrait rare 1 Re le front hu.
PRET HUDITE - 137 gnan et la lavallière flottante sur l’échan- … crure de sa chemise! Mais les beaux discours et tous ces fiers projets, que déjà les arguments de père et mère n’avaient réussi qu’à ébranler, avaient aussitôt cédé à la vue de Facques pâle, défait et s’avouant, - d’une voix brisée, trop inférieur à elle.
« Elle avait aimé Jacques quand, la
mine heureuse et triomphante, il avait son commerce-et gagnait de l'argent : elle n’allait pas le renier aujourd’hui que chacun le condamnait. »
ne. La maman suppliait : «Qu'elle ne se + laissât point dominer par le sentiment!
4 Elle risquait trop de s’en repentir par la E. suite. Jacques ne lui ménagerait qu’une - vie de tribulations, certains défauts s’avérant incorrigibles.»
Le papa suppliait de son côté : « Ne - comprenait-elle pas que Dieu avait voulu l’avertir avant qu'entre elle et Jacques les . Jiens ne fussent éternels? »
Le cœur lui poignait de résister aux … siens, — mais abandonner Jacques, la … chose, à ses yeux, aurait été un crime...
« Une escapade. Cela avait été une
escapade. un peu grosse, sans oies di Mais tous les hommes n'étaient pas comme papa Abraham! Si Dieu avait désap-.
prouvé leur union, lui-même eût effacé Jacques de son cœur : au contraire, l'affection qu’elle lui portait croissait, croissait de jour en jour et c'était le signe manifeste : que Dieu bénissait son amour. »
Abraham et Déborah baïssèrent la tête.
Ce mari, ils l'avaient choisi pour leur fille, ils l’avaient désigné à son affection : ils ne pouvaient pourtant pas exiger que cette affection s’évanouit par ordre et pour la.
simple raison qu'ils en auguratent comme ils faisaient. Ils baissèrent la têté, maïs ne pardonnèrent pas et, mûs par le souci de.
protéger Judith contre le monstre qu'ils. 4 voyaient désormais dans ce fiancé, ils prétendirent que le jeune ménage s’installât et vécût sous leur toit.
Cette solution-là était la pire. On ne tolère pas que sa fille épouse un homme que l’on considère comme un méchant et.
l’on n'oblige pas — pour comble — on n’oblige pas cette fille, une fois mariée, à habiter chez ses parents en lui donnant à
Et
s ji Phi Re ARS RE RUE LEUR STATE Lt *ÔUeY ÉErn RD ÉEE à E
de Rad
RAR en À RER PAT ONE
RUE eu Le à Ne: = Je U à RP Pi AE RPM EDR ler OURS PERTE LE ENST MD LL VEUT Er
PIERRE EEE
JUDITH 139 entendre que l'on tient son mari pour un monstre. Cependant, pauvres psychologues, Abraham et Déborah n’en démordirent point, de sorte qu’à nouveau arriva ce qui fatalement devait arriver.
Jacques n’était nullement le coupable
- endurci qu'imaginaient Abraham et Débo-
rah. Jacques était un artiste d'esprit versatile, ambitieux, jouisseur, ardemment désireux de tout ce qu'il n'avait pas.
Caractère faible, il se montrait incapable
- de persévérer par ses seuls moyens dans les sages résolutions qu’il prenait. Avec
des œïllères qui lui eussent impitoyablement fermé les trop vastes horizons et avec l’aide d’une volonté étrangère qui eût
veillé à ce qu'il travaillât, il aurait peut- - être réussi à se ressaisir, à rouvrir son | magasin, a prospérer derechef, à oublier … et à faire oublier son vilain passé. Livré à . lui-même, chez ces beaux-parents timorés … à l'extrême et qui le regardaient, épouvan- - tés, comme on regarde un criminel, ce fut Je contraire qui se produisit. Il ne travail- » lait que dans la stricte mesure où l'y - contraignaient ses besoins personnels.
de os VIES DE FEMMES ne |
= Puis, sous le coup des reproches, de s 'éloi- j gner pour revenir ensuite pire qu'il n'était. Judith souffrait. Ah! comme elle souffrait! Certes, les absences et la paresse de Jacques l’affligeaient. Pourtant, combien plus l’affligeaient le chagrin de ses parents, leur indignation, le malaise qu’elle sentait s’appesantir sur l’intérieur jadis si heureux; le charme était désormais rompu, Adieu les tranquilles réunions le soir sur la large terrasse de la maisonnette! Adieu les chères invitations ! Tantes et cousines n’osaient plus emmener Judith à la promenade, aux spectacles, ni même venir la visiter. Tout était changé autour d'elle. À tous les quatre, l’existence était à présent un cauchemar. Pour Judith, les heures s’écoulaient, lentes et silencieuses, dans l'inquiète attente et en même temps dans leffroi d'un pas qu'elle aimait et redoutait à la :
fois. se Ïl se rencontrait des matins où Judith se levait encore l'âme épanouie, en se persuadant que c’en était fini de son mal. Dieu sait pourquoi le bonheur, dès qu'il vous visite, vous semble acquis à jamais et
- pourquoi, aussitôt que vous souffrez, vous
croyez que votre souffrance est purement
… passagère. Judith essayait par moments
de réagir, mais la muette douleur des siens la rejetait à sa sombre navrance. |
Judith se produisait l'effet d’un oiseau auquel on a coupé les ailes pour l’apprivoiser et l'emprisonner et qui, après des tentatives inouïes pour reprendre son vol,
“ retombe, à quelques centimètres du sol,
épuisé et étourdi. Elle ne récriminait - d'ailleurs pas, gardant intacte sa tranquille confiance en Dieu.
Sûrement, elle avait été trop heureuse … d’abord — et «les joies et les peines, i} . faut que Dieu les dispense avec un peu de | justice aux uns et aux autres ». Seulement, comme elle était lasse! et comme elle était longue la peine! Que si le chagrin - n’eût été que pour elle, elle se fût résignée: . mais de voir souffrir père et mère à cause bd’ elle et sans y pouvoir aucunement remédier, cela excédait ses forces. « Qu'il lui
L indiquât où était le devoir », c'était tout
à LA
ce qu’elle demandait à Dieu. Qu'il y eût
; Li « quelque chose à faire », elle n’en doutait
un VIES DE FEMMES
pas. Toutefois, « ce quelque chose > : quel
était-il?