VI
La guerre serait dure, mais com- L ment Dieu qui mesurait à quel point À Giotto leur était indispensable le 0e “leur aurait-il enlevé? ;
- Les années passèrent, on s’acquitta 1 quasi complètement de ses dettes et Giotto, qui avait recommencé à étudier, allait ob- > tenir à son tour son diplôme de comptable, quand, au printemps 1915, la guerre éclata, appelant toute la jeunesse sous les + armes. |
- «C'est une infamie ! ressassaient les … voisines. C'est une infamie ! Un tel reste . qui a père et mère, chevaux et voiture, et » tel autre encore Et Giotto, unique sou- … tien de femme veuve, part, au risque de revenir estropié.… et Dieu veuille qu’il en - sorte vivant ! »
» : Giotto se montrait grandement inquiet
à l’idée de laisser la maman seule et É était elle qui le réconfortait. « Le devoir est le devoir. J'ignore comment s'y prennent ceux qui trouvent le moyen de rester. Dès qu’on est appelé, il faut partir, répétaitelle. Quant aux dangers. La guerre est une affreuse chose et Giotto souffrirait, mas il ne mourrait pas. Elle savait, elle, qu’il ne « mourrait pas. Dieu lui avait ravi Benve- … auto pour concentrer sa protection sur.
Giotto et Giotto ne perdrait pas un cheveu. Comment Dieu, qui mesurait à quel point Giotto leur était indispensable à Abraham et à elle-même, le leur aurait-il enlevé et les eût-il abandonnés sur terre ? » Si bien qu’en dépit de sen peu de confiance personnelle, Giotto s ‘embarquer rassuré pes Ja confiance de sa mère. : | Il écrivait du fond de sa “tradèhée. di sant la dure existence que l’on y menait, Le froid, les nuits.sans sommeil, les privations de toutes sortes. Alors, quelque difficile que l'existence fût devenue à l'arrière également, la maman lui envoyait des gants chauds et des chaussettes de laine et par ; tageait avec lui ses maigres victuailles et
jusqu’à son pain. Elle demeurait d’ailleurs aussi vaillante. « Certes, Giotto souffrait et 1l lui appartenait à elle de faire le pos- … sible pour lui alléger le fardeau. Il souf- frait, soit. Mais mourir... »
H ne mourrait pas : Dieu ne lui pren drait pas ce fils unique... Unique ? Non pas précisément, puisqu'elle avait Abraham, — Abraham si affectueux ! Toutefois, Dieu savait qu Abraham n'était plus qu'un petit enfant.
Au bout d’une année de campagne, Giotto fut affecté à la défense des côtes.
Le bonheur de Judith, ce jour-là ! À quelle - inspiration le général avait-il obéi en dé- - plaçant Giotto ? D'’évidence, Giotto était un habile homme et qui s’entendait à exécuter les signaux, à établir les calculs, à ré diger les rapports : mais des camarades dans les tranchées étaient aussi compé- tents que lui. Si le général avait désigné … Giotto et non pas un autre, c'est que Dieu … avait inspiré le général : Dieu protégeait PO sonfils. .. | | Et que de chansons Judith ne compo- . sa-t-elle pas à la gloire de ce Dieu dont la
189 VIES DÉFEMMES 0) bonté avait écarté Giotto du danger ! De :
vrai, Judith ne concevait pas comment on .
pouvait ne pas croire en Dieu et n'avoir pas en lui l’absolue confiance qu’elle avait. La vie lui était plus légère depuis que … Giotto était employé à la défense des ” côtes.., car, pour si tranquille qu'elle eût … été jusqu'ici, elle l'était désormais bien davantage. 4 La guerre pesait lourdement aussi sur les populations de l'arrière et le régime des cartes et la nécessité de stationner à l'entrée des magasins étaient fort pénibles pour les braves gens obligés de gagner.
leur vie au jour le jour. Mais tous ces.
ennuis, Judith, prenant allégrement son.
parti des inévitables corvées, les mettait en chansons (comme elle appelait les … vers) : en chansons sur les queues qui s’allongeaient à la porte des fournisseurs, . en chansons à l'adresse des autorités sur.
les mille entraves imposées aux malheureux administrés, en chansons à l'adresse du boulanger, lequel était d’une fameuse insolence depuis l'institution des tickets. …
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