LU
JUDITH Ainsi :
Il fornaio ch'è sicuro Di non perdere il cliente Continua a tener duro In barba della gente.
Se volete mangiare Il comodo mio dovete fare.
E 51 gingilla e parla Degli affari suoi Pot 51 ricorda alfine Che c1 siamo not C1 tratta arrogante Come assassint Eppur siam gente Che gli porta quattrini (1).
Ces chansons, elle les disait, en faisant
(1) «Le boulanger, qui est sûr De ne pas perdre le client, Tient ferme à la barbe de gens.
Si vous voulez manger,
Que votre figure me plaise !
Et il baguenaude
Et il parle de ses affaires
Jusqu’à ce qu’il daigne se rappeler Que nous aussi nous existons.
* Arrogant, il nous traite Comme il ferait des assassins, Nous qui, cependant,
Lui apportons notre monnaie. >
Ja queue, au milieu des acheteurs avec
ue He s'était ‘Hée: (pes a. guerre, tout le monde cousinait peu où ,
prou à la porte des fournisseurs). Et donc, ee. en volant de bouche en bouche, «1a chan
son du boulanger » arriva aux oreilles du | boulanger lui-même. Celui-ci s'en amusa et avisa gracieusèment Judith qu'il lui
réserverait chaque soir son pain du lende- e main et qu’elle pourrait l’avoir à à l'heure Fe. qui lui agréerait; et, depuis la chanson, il
Idi prodiguait les égards et il lui demandait des nouvelles de ses fils et, dans 4 es rue, il lui tirait son chapeau.
N'était-il pas clair pour les des +.
que Dieu veillait sur elle? « Aide-toi, 1. :
Ciel t'aidera.» Ne vous tournez pas ls pouces. L'existence, c'est comme le chat: si . vous voulez faire bon ménage avec votre + à
chat, caressez-le en lui lissant le poil; Sd | vous voulez que l'existence la plus dure” à devienne supportable, maniez-la par Fe. .
bon côté. Judith était contente, plus Us à contente que si elle eût gagné à la loterie, .
lorsque le boulanger la saluait poliment et . __ Jui remettait son pain à première ue | - tion cree le mangeait avec in ce
pain que sa chanson avait un peu payé et auquel sa vaillance ajoutait une saveur particulière.
Une année, deux ans. et la guerre ne finissait. pas. Giotto avait subi des exa-
mens, 1l avait été promu sergent et 1l
gagnait de l'argent dont il expédiait une
. partie à la maison. Tout l'argent que
Giotto lui adressait, la maman le plaçait à la Caisse d'épargne pour que Giotto le trouvât à son retour.
Judith et Abraham s’imposaient la plus scrupuleuse économie. On s'était abstenu de rallumer le feu depuis le départ de Giotto et le froid était vif. « Eh bien! on aura chaud cet été », disait Judith. Toute-
"fois, ‘et nonobstant sa philosophie, elle
prit une pneumonie.
Elle était seule, seule avec Abiatart quand, secouée d’un terrible frisson, elle dut se jeter sur son lit. Abraham fit chauffer un couvercle de marmite, enveloppa la maman dans une couverture, dans un châle. Mais elle était glacée... Bientôt, elle eut une fièvre de cheval et perdit la notion
. de ce qui : se tt autour . Abr ham courut, affolé, chez les voisin aux quels il expliqua de son mieux que sa maman était malade. Ceux-ci quérirent emédecin et prévinrent deux gendarme pour que, devant cette pitoyable situation, une permission fût accordée au fils sous.
les drapeaux. |
Sans que Judith en sût rien, 1 dec gendarmes informèrent qui de droit — et Giotto arriva. I] arriva chargé de cadeaux un pardessus gris foncé pour Abraham, : un superbe manteau pour la maman. Un vêtement très chaud, tout ouaté à Fntétieie et qui ressemblait à une pelisse !. Ah Judith se réjouit-elle assez de la visite d Giotto et comme elle se félicitait de on manteau! «Une dame, une vraie. da 1e l'aurait exhibé... Papa Abraham et mama Déborah auraient-ils été fiers de la voi r
cette maladie pour qu’il Fe fût re d'embrasser son fils, de comprendre c
> ubrri ;
BE. cree Ciota était Ur hui Are So grand et plus robuste, il avait forci et le | plein air avait bronzé son teint. Quelle
tas
* mère privilégiée! Ah! Dieu pouvait la rap- 1 *peler à lui : elle était prête, convaincue > maintenant que Giotto ne négligerait pas ei . Abraham... puisque Abraham avait eu son tes L - manteau, lui aussi, — un manteau qui, s’il MR
3 était moins luxueux que le sien, bien sûr, . attestait quand même l'affection de son frère. Elle était prête à rejoindre son - Benvenuto.. Si pourtant Dieu voulait la . Jaisser encore quelque temps sur terre! La - terre est si belle quand on a des enfants de la qualité de Giotto.… et d’Abraham!...
Les fiançailles du fils marquent un moment tragique dans l'existence de toutes les mères.
Giotto, en arrivant à la maison, avait trouvé le logement envahi par les voisins; il y avait aussi une certaine institutrice, qui demeurait au second. Institutrice, la colocataire en question ne l'était pas à vrai dire: seulement, en réalité dactylographe.
de son métier, elle se donnait pour institutrice et parlait de tout comme une maîtresse. d'école. C'était une fille très élégante, portant bas de soie et chapeau à plumes. Elle avait offert à Giotto, à son départ, de le renseigner au jour le jour sur l’état de la malade, ce que le fils et la mère avaient accepté avec reconnaissance.
Puis, lorsque Judith rétablie eut recommencé à écrire directement, «la maestrina » avait poursuivi sa correspondance quotidienne avec Giotto, et, entre eux, le ton n'avait pas tardé à devenir plus
JUDITH 187 confiant, car l'intimité épistolaire était ladmise avec un soldat risquant la mort du matin au soir et du soir au matin.
% De l’intimité,, « la maestrina » passa à l'amour. Tant et si bien qu’elle réussit à joindre Giotto au fond du village quasi désert où le retenait son service et que les avions n’épargnaient pas. L'accès et la sortie en étaient rigoureusement interdits : mais, l’amour a des clefs mystérieuses pour les portes les mieux verrouilles. et de son voyage, «la maestrina »
était rentrée dûment fiancée.
- Le mariage, voire les fiançailles d'un fils marquent un moment tragique dans l'existence de toutes les mères. C’est l'heure où pour la première fois l'enfant s'éloigne définitivement de celle qui l’a élevé et l’on | voit en certains cas cet éloignement en- ‘traîner l'oubli des sentiments qu'il lui vouait. Il y a beaucoup de chances pour ‘qu'un garçon qui aura été un bon fils se montre bon mari et reporte sur sa femme la déférence et la tendresse dont il entourait sa mère. Cependant, le cœur d’un fils n’a pas l’ampleur du cœur maternel : il est + ÿ
Lee à plusieurs affections d’ y cs place et l’une s’y substitue à une autre plutôt qu'elle ne s’y juxtapose à celle-ci.
Ainsi en advint-il chez Giotto et, dès qu'il avait été fiancé, ses lettres à la maman s'étaient faites laconiques et froides... Persuadée que telle est la règle générale en ce bas monde, Judith s’y résignait, elle cherchait même à paraître partager la joie de son enfant.
Per voler star bene a quesio mondo Occore sempre aver l'animo giocondo.
Se questo non fosse che apparente
Basta perchè stia bene l'altra see (1)
Elle avait composé ce « ee > en manière de consolation et elle y conformait sa conduite. Que son fils fût heureux et que sa fiancée l’aimât, elle n’en demandait pas davantage au Ciel. Outre qu’elle n'avait pas la prétention de garder Giotto
(1) «Si vous voulez être bien en ce bas monde, Veilkz à avoir toujours l'esprit joyeux.
Et si votre joie n’est d’ailleurs qu'apparente, C'est du moins assez pour le bonheur des.
autres.»
D JUDITH 180 k.
“dans son ombre sa vie durant, l'espoir d'être grand'mère lui souriait fort et pareillement la perspective qu'après elle une ‘femme resterait qui prendrait soin de ‘Giotto et d'Abraham.
Elle ne jugeait pas que «la maestrina »
fût « l’Idéal ». D'autant que cette institutrice n'était qu'une institutrice de contrebande et que cela ne plaisait guère à Judith que l’on se donnât pour ce que l’on n'était pas. « Maïs, vous savez, on ne peut pas exiger que les goûts des fils corres- ‘pondent toujours à ceux des mères.»
- «La maestrina » n’appartenait pas à la même confession que Giotto. De religion, elle n'en avait même aucune. « Maïs, hélas! la religion est passée de mode », ‘constatait Iudith en son for intérieur.
» Elle n’était pas de mœurs très sévères, «la maestrina ».
Elle était pour ainsi dire un peu « démonétisée ». Elle sortait la nuit aussi facilement qu'en plein midi, courant seule Île théâtre et les bals, et à domicile, elle fumait ‘comme un homme : toutes choses que, dans sa jeunesse, Judith n'avait jamais
vues parmi ses coreligionnaires. « dus .
réfléchissait-elle, les temps sont changés ce les femmes d'autrefois n’attirent plus les garçons de ce temps-ci... » Qu'y avait-1l de … si répréhensible à fréquenter le théâtre et le bal? Jadis, elle y allait bien, elle, au théâtre. Elle y allait avec ses oncles et ses tantes et comme elle s’y amusait! «La maestrina » n'avait personne pour l’y accompagner : alors, elle y allait seule. Quel mal là? Au fond, «la maestrina >» était une brave fille; et si elle portait des bas de soie, elle les payait de son travail; et si elle n'avait pas pour sa future belle-mère beaucoup d'égards, C'est qu’elle avait étudié, elle, et qu’elle était autrement instruite. Bref, Judith tâchait à aimer «la maestrina » et à lui découvrir toutes les qualités qu'elle avait. et toutes .
qu’elle n'avait pas. nu
De ses économies, Giotto avait cessé d rien envoyer à la maison. « Mais, vous savez, un fiancé est obligé de penser à sa promise Un petit bijou par-ci, une écharpe par-là.… et la monnaie est vite dépensée! La fiancée en premier lieu »
| À or —.
Le r
Auprès d'elle-même, Judith, Jacques ne -l’avait-il pas emporté sur papa Abraham et maman Déborah? « Et s’il en va de la sorte, c’est qu'il le faut et que Dieu le veut. »
> Un jour, arriva une lettre de Giotto réclamant de l'argent. Non pas, assurément, de celui que gagnait la maman : de celui qu’elle avait déposé à son nom à la Caisse d'épargne.
Toute troublée à cette requête, Judith | se sentit rougir : « Oh! se méfierait-elle de son fils? Quelle honte! Un fils tel que Giotto!.… Si Giotto réclamait de l'argent, c'était que cet argent lui était nécessaire, et cet argent était à lui. A quelle fin entendait-elle thésauriserr Pour le cas où il tomberait malade ou bien elle? Le Ciel Jui avait accordé la meilleure santé et,
Dieu merci, Abraham n'avait nul besoin.
L'âge, sans doute. Comme l’on devient égoïste en vieillissant ! Vilaine chose, l’égoiïsme... » Et, sans formuler le moindre reproche ni le moindre regret, elle fit CHE à la requête de Giotto. Restée vaguement re à la suite de
.JODITH OI
VIES DE re
« Dieu le voulait ainsi et que dès lors tout | était pour le mieux»
Elle commençait à s’accoutumer à l’idée d’avoir «la maestrina » pour bru, quand !
le nouveau rabbin la convoqua. Le desser- :
vant que Judith avait toujours vu en fonctions et qui l'avait toujours aidée étant mort récemment, son successeur n’ était à la synagogue que depuis quelques mois. Ets le nouveau rabbin lui déclara qu il était au courant du projet d'union entre ‘Giotto et une jeune fille appartenant à un cult différent, que l'engagement contracté di :
ces conditions était coupable et. qu’elle devait absolument empêcher ce maria «sinon elle aurait à se séparer. des conjoints, Dieu n’admettant pas qu'une croyante sincère cohabitât avec une Rue d’une autre confession D 2 0 A ces mots, qui avaient l'air d'une in jonction, Judith se leva, les joues empou prées : « Moi, abandonner mon fils pa qu il se marie hors de sa a religionl. à
HrabD Vois EN IA an SE MES DE ATEN TE D mes TR PP AU n. Nes LOI NON ERPEL , ! ÿ VAS
jamais je ne le ferais — Si mon fils avait . volé, s’il avait tué, si on l’emprisonnaïit, en prison je l’accompagnerais et devant les juges je le défendrais!.. Moi, résister à la
volonté de Dieu? Jamais! J’ai constam-
. ment obéi à la volonté de Dieu et Dieu m’a toujours protégée. Si Dieu ne veut pas ce
mariage, Dieu l’empêchera, non pas moi, . faible créature. Le rabbin s’inspirait du
fanatisme et non pas de la religion. La religion, elle est toute dans la parole de Dieu enseignant aux hommes à s'aimer entre eux, à vivre en paix et à s’accommoder du | sort qu'1l leur réserve. Or, ce que le ministre
du Seigneur prétendait lui imposer, c'était
- le ressentiment à l’endroit de son fils et la 1 pme à l'endroit de sa future belle-fiile; c'était la guerre et la douleur et la rébel- : Ein contre Dieu. »
Cette véhémence surprit le rabbin qui se
Ge d’abord, ne s’attachant ensuite qu’à
| atténuer, à persuader, à exhorter… et î Judith le quitta dans les meilleurs termes, É sans avoir reculé d’un pas.
L- Rentrée chez elle après cet éclat, elle | songea à en référer à à Giotto et à lui narrer