‹ Vies de femmesChapitre 17 sur 22 · VE DE É FEUME es · texte numérisé non relu

VE DE É FEUME es

l'incident par le menu : à la éflenon, lle 4 s’en abstint. À quoi bon? Pas de lettre sus- : ceptible de ruiner dans le cœur de Giotto -l'objet de son amour; ce qu'elle lui en .

aurait dit n’eût abouti qu’à le troubler et | à l’irriter contre le rabbin. Ne savait-elle . pas, ne savait-elle pas d'expérience person- à nelle que, devant l’amour, toutes les obser- . vations des parents demeurent impuissantes? Si elle, frêle enfant, ne s'était pas rendue aux prières de son père et de sa mère, comment espérer que Giotto se rendrait aux siennes? Inutile d'essayer. et mieux valait par conséquent s'abstenir : les gestes inutiles sont en fin de compte infail- 1 liblement dommageables. : < «

Judith renonça donc à écrire à. À Ginitel Toutefois, elle restait triste, — d’une tristesse qui, sans être la même, ressemblait celle qui avait pesé sur les premières an nées de son mariage. Elle se reprochait comme une faute cet état d'esprit, qui per sistait néanmoins. En l'attribuant à 2 calamité de cette interminable guerre et:

l'éloignement prolongé de son fils, elle cher chait à se raisonner :, «Si tu aimes toi

fils, aime ta bru.… ou bien tu ne le verras jamais heureux », se répétait-elle sans parvenir à Vaincre son ennui.

. Les mois s’écoulèrent, les hostilités prirent fin et Giotto rentra au foyer.

Arrivé à l’improviste, avant la lettre qui

l’annonçait, il débarquait aussi dispos

qu’au terme d’un tranquille séjour à la

mer. Quelle ne fut pas l’allégresse de Judith

en le retrouvant la mine florissante et quels ne furent pas les élans de sa reconnaissance vers le Ciel! Comment remer-

cierait-elle Dieu de lui rendre son fils sain et sauf? À toutes les épreuves qu'il lui plai-

rait de lui envoyer, elle s’empresserait de

se soumettre pour lui marquer sa grati-

tude. or

Mais lorsqu'elle rentra de la synagogue le jour du premier sabbat qui suivit le retour de Giotto, lorsqu'elle rentra de la synagogue où elle avait ainsi prié, lorsqu'elle rentra de la synagogue avec — pour

fêter son soldat — un bouquet de fleurs et les fruits qu'il aimait, son fils était sorti et » Abraham expliqua dans son langage enfan-

196 * VIES DE FEMMES 0 | tin que « la maestrina » avait emmené son | frère. | ‘

S’absenter pareil jour et sans même prévenir! L'épreuve commencçait- eller «Oui, Seigneur, je suis prête, pour vous remercier de l’immense faveur que vous m'avez faite de le sauver, je suis prête à subir toutes les peines que vous m'imposerez », redisait mentalement Judith, le visage inondé de larmes plus douloureuses que celles que lui avait coûtées la ar de Benvenuto. | ae

Giotto reparut à la nuit. Sans Si excuser, | il constata que l’on y voyait mal avec «cette lampe à pétrole». A présent, ue était habitué à l'électricité, qui, à la .

simple pression du doigt sur un bouton, à.

illumine la pièce entière: « Pourquoi n’avait-on pas installé l'électricité?» Et ces fenêtres si nues, qui béaient dans le noir, sous ce douteux éclairage! Pourquoi ces fenêtres étaient-elles si nues? Et le « mobilier ! Quel âge avait-il, le mobilier? Et à sur la tabie, ce tapis râpé! Dans tout lintérieur, quel air minable!

Judith se défendait en silence contre son

envie de pleurer. Giotto avait d’ailleurs raison. Au surplus, elle le savait dès long-

temps : Giotto ne prisait pas ce qu’il avait, mais uniquement ce qui était beau...

Enfant, Giotto souffrait déjà de la déshar-

monie autour de lui, ayant hérité de son père des goûts délicats à l'excès pour sa condition. Antérieurement à la guerre, il consacrait ses dimanches à hanter les musées et les magasins d’antiquités. Que de choses le tentaient qu’il se désolait de ne pas posséder! D'abord, un appartement élégant et une maman bien mise!

Non point qu’il n’aimât pas ni n’appréciât sa mère telle qu’elle était. Il l’avait toujours aimée et appréciée plus, si possible, que ses frères : en premier lieu parce qu'il comprenait mieux qu'eux les sacrifices de sa mère et la beauté de les avoir faits avec une si bonne humeur; ensuite parce que, sceptique et mélancolique quant à lui, il trouvait dans la fermeté de sa foi et dans son inaltérable gaieté le réconfort dont il

avait un particulier besoin. Mais son affection, précisément, le rendait exigeant et, la

chérissant à sa façon, il était chagriné de la

rêves. Il avait de même e toujours in comme il convenait la maison que lon habitait, laquelle était au juste un viei hôtel de Florence ouvrant sur une vue mer veilleuse de superbes fenêtres artistemen façonnées : mais entre les beaux murs d l'édifice et ces meubles vernis et. pénible ment disparates, le contraste de. blessait.

Tous ses instants à domicile, 1l les passait, avant son départ pour le front, à à frotter, ; à ranger, à orner et — avec quel ues estampes et quelques fanfreluches — il réussissait à introduire un semblant de joliesse dans le nid familial. M

L’élégance, qu'il s’agit du logis ou biei de sa personne à elle, Joe ne $ ‘en était

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