‹ Vies de femmesChapitre 19 sur 22 · ce qui lui rappelait le passé. Mais · texte numérisé non relu

ce qui lui rappelait le passé. Mais

De

“nes P Un instituteur, fr

Se : JUDITH 209 l’enseignement : sitôt que Giotto aurait le diplôme exigé, cet ami — il le garantissait — le caserait là-bas. |

« La maman le suivrait-elle au Brésil, si Giotto s’y assurait un emploi? »

«Si la maman le suivrait au Brésil?

Quelle question! Pourquoi pas le Brésil?

À Florence ou le Brésil, qu'importait à Judith . à la condition qu’elle eût ses enfants au- près d'elle. Qu'est-ce qui la retenait, elle, . à Florence? Qu'est-ce qui la retenait sur . cette terre si ce n’était son amour pour » Giotto et pour Abraham? Bien entendu, on emmèénerait Abraham. Qu'est-ce que Abraham serait devenu seul à Florence? Avec » Giotto et Abraham, 54 5x jusqu'aux étoiles, - giu giu au fond de la mer ! »

- Giotto entreprit de conquérir les titres » nécessaires et, la journée étant due à son … bureau, il étudiait pendant la nuit, il se » Jevait avant l’aube pour étudier encore...

et doucement, doucement, la maman se - levait de son côté pour lui servir son café - chaud à point, « parce que, s’il avait dû se le préparer, il aurait jeûné jusqu’à midi », et pour lui donner sa chaufferette, « parce

CRISE vas

que, quand on étudie, on ne s’âpercoit pas du froid. et une pneumonie est vite là. >.

À la fin de l’année, Giotto subissait ses examens avec un succès qui le classait en .

tête des concurrents venus, comme lui, du :

dehors. Il avisa alors son ami d'Amérique, … lequel lui trouva en effet le poste cherché, — un poste fort avantageux, au milieu de ù Ja colonie italienne de Sâo-Paulo. ‘Après quoi le départ fut décidé. 74 Et les voisines de susurrer : « Se trans-.

planter au diable... à cet Âge... et quand elle peut compter que celui qui a sa cervelle se mariera et que « } innocent » lui restera : sur les bras! » x | Aux discours de ce genre, Judith —.

riait. « Ah! elles ne connaissaient pas s enfants, les voisines. Elles ne connaissaient pas ses enfants! Non, jamais, jamais son Giotto ne l’abandonnerait!> 0 Judith commença donc à ranger un à un dans le vaste coffre ses objets les plus précieux : les certificats scolaires de ses fils, les diplômes, Ja photographie agrandie de Benvenuto, les photographies’ de papa Abraham et de maman Déborah, un pet

JUDITH ra

portrait d’elle où Jacques s'était essayé au temps de leurs fiançailles, la photographie de la dame sourde du premier étage, qui

l'avait si fidèlement aidée...

Ce

Tandis que Judith préparait l'exode, Giotto n'avait pas encore pris congé de son

. bureau : moins idéaliste que la maman, il

TV PORN E OS ua MI ENS |

se méfiait de la perfidie humaine et il ne voulait s'embarquer pour le Brésil qu'avec, en poche, un contrat en règle et dûment signé. Bien qu’il tardât à démissionner, ses collègues n'ignoraient pas ses intentions.

Or, au nombre de ces derniers figurait également un collègue du genre féminin :

Sarah.

Issue d’une bonne famille, Sarah avait

son diplôme de comptable — en dépit de

quoi elle ne posait pas au docteur, ne por-

tait pas de bas de soie, ne fumait pas, ne . fréquentait pas seule le théâtre, ne courait même pas « les dancings ». Elle aussi était israélite et elle avait eu en plusieurs circonstances l’occasion d’apercevoir Judith à « la synagogue. Alors, elle s'était assez sou- “ vent permis de parler à Giotto de sa mère

— et ce, d’ailleurs, toujours dans les termes de la plus stricte déférence. Judith, de son côté, connaissait la jeune fille, de laquelle elle s'était maintes fois incidemment entretenue avec son fils. Cependant, Sarah étant venue à exprimer à Giotto ses regrets de le voir s'éloigner, voilà une politesse qui fut droit au cœur de Giotto.. Bref, de l’expression des regrets, on passa à l'amitié. et | de l’amitié, à l'amour. et de l'amour, à l'engagement réciproque.

Entre eux, du Brésil, 1l ne fut pas davantage question; intelhgente et dévouée, Sarah ne se prêtait pas avec autant d’ai- … sance que Judith aux désirs de ses sem- … blables; et puis, que si le Brésil ne la tentait pas beaucoup, elle savait d'instinct qu’à un homme il faut se garder de dire « non», sauf à l’amener à dire «non»

de son propre mouvement. "4

Donc, motus sur le Brésill… mais au … lieu de chanter Sâo-Paulo, Sarah chanta 4 Florence — Florence, la cité où ils étaient 73 nés l’un et l’autre, où tant d’affections les 4 attachaient, où, tous les deux, ils gagnaient . congrûment leur vie et où Giotto pouvait %

prétendre à un emploi plus rémunérateur encore depuis qu'il possédait les titres l’autorisant dans l’enseignement. En un mot, Sarah célébra la Toscane de telle sorte que Giotto « décida » de rester où il était. Aussi bien constatait-il en lui ce phénomène qu’à dater de l’heure où il avait été fiancé avec Sarah, il avait complètement oublié «la maestrina » : au point que, l'ayant frôlée dans l'escalier, il n’en avait éprouvé aucune espèce d'émotion.

Dans ces conditions, et dès que c'était essentiellement pour la fuir qu'il s’exilait, l'exil perdait sa raison d’être.

Résolu à rester, Giotto décida même de demeurer fidèle à la maison qu'il avait toujours habitée et de consacrer à la transformation de son intérieur le numéraire économisé en vue du voyage auquel on renonçait : et la fiancée applaudit... et la maman applaudit….

Giotto avait vraiment la passion des belles choses, des choses artistiques. Les femmes en herbe se demandent déjà, en jouant à la poupée, comment elles élèveront et costumeront leurs enfants : Giotto,

trouve à ee son rêve. rot Poussé par sa réf enee pour les meubles anciens, vastes et massifs, dont la solidité et les lignes simples s ’harmoniseraient avec celles du palais séculaire qui l'abritait, il fouilla tous les magasins d’ an tiquités. C'est ainsi quil dénicha ‘une grande armoire dont le magnifique bois sculpté disparaissait sous une. épai e

couche de poussière et que le a

d'une étoffe ancienne. Ainsi aménagée, avec son parquet reluisant et ses murs à neuf, la chambre de Giotto était «une chambre de monsieur », un coin de musée.

Réglée la question de la chambre à coucher, il s’attaqua à la salle à manger. A l'exception de deux étroites pièces, dont l’une pour elle et la seconde pour Abraham, la maman lui avait abandonné le logement — ef, chaque jour, Giotto agrémentait « son domaine » de quelque nouveau détail, y introduisait quelque nouveau confort. [l avait, de ses mains, placé l’électricité-dans tout l’intérieur; il avait acheté sur la voie publique certaines poteries dont personne n'aurait voulu et qu'il peignit en artiste; il peignit pareillement, suivant un dessin de lui, un superbe abat-jour et fabriqua deux lampes que vous eussiez dit provenir de chez Zanetti; d’une bibliothèque dont s’était servi son père et qui » traînait à la maison depuis Dieu sait * quand, il tira, grâce au judicieux emploi de 4 quelques vieilles corniches, un meuble re- * marquable.

Giotto ne rentrait pas un soir de son

bureau : sans commencer r par [ C

ne D'ions un peu bourgeoises. À son a

REC 2, EU CET A Mie RE SE Va t n $ «x

sans quoi elle n’aurait jamais soupçonné

thèque et des lampes, il en allait différem-

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