‹ Vies de femmesChapitre 6 sur 22 · CRE · texte numérisé non relu

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baronessine une fête de bienfaisance. II y eut un concours et une foire qui rapportèrent beaucoup d'argent. Les journaux en

parlèrent, et cela augmenta encore l’estime

des baronessine pour leur nouvelle com-

pagne. |

Dans le comité pour la fête de bienfai-

sance siégeait naturellement l’aubergiste du pays, le cavaliere Polpetta. C'était un jeune Génois, très attaché à ses intérêts,

mais qui n'était pas insensible à la beauté.

Il fut ébloui par Clara, admira le sens

- pratique dont elle avait fait preuve dans la

- circonstance, et il se mit à caresser un pro- … jet qui conciliait son désir de gain avec la - passion qu'il éprouvait.

Quelques mois auparavant un de ses parents l’avait invité à venir le rejoindre à New-York, où il-avait ouvert un petit hôtel. L'occasion était excellente, mais ïl

“n'avait pas pu en profiter, parce qu’il ne savait pas l'anglais. En épousant Clara,

il aurait la satisfaction de prendre une femme qui lui plaisait, beaucoup plus belle

- que les femmes de ses frères, et de faire uné

CLARA ET VIC | 43 fin de septembre, Clara organisa avec les

nd à voir Ja jeune file, se ment il ue fit sa | demande, pé

2 et tn. L'idée d'être: ués pois d'un hôtel à New-\ rk ne

tout à FA FRERE refusé, mais elle se contenta de demander du temps pour réfléchir. Elle répondrait de Turin.

De re En la réponse ne pen

À de service des nee one telo devenait insupportable. La tante fit quelques observations. « Pourquoi s'engaper si jeune? Elle avait toute la vie devant | elle. Elle pourrait finir ses études, remettre Sa décision jusqu’au moment où elle aurait ol btenu ses diplômes. »

plus tard un autre parti, enfermée comme elle l'était entre Rivara et le couvent? Et ais, quand elle aurait son diplôme, quelle utre solution lui resterait-il sinon de se placer comme institutrice ou de finir dans un petit village comme celui de Rivara?

Non, tout compte fait, la proposition du “cavaliere Polpetta était ce qui pouvait lui a river de mieux. Elle répondit qu’elle

A ee à

4 « Remettre? » Etait-elle sûre de trouver

répéter deux fois. Il se précipita à Turit il se précipita à Rivara, où il arriva l'improviste. M. Piccozza accueillit bi le cavaliere Polpetta. Les fiançailles :

Clara avec un hôtelier entraient parfaite ment dans ses vues. Ce qu’il sut lire d’a tuce dans les yeux de son futur gendre ne lui déplut pas non plus. Il vit lun Re de réussite.

— Oui, il était tout disposé à fui de ner sa fille, mais sa fille et pas autre chose. 4 Pas un sou de dot, il devait bien se mettre cela dans la tête, pas un sou! La fille, oui, mais pas autre chose. Vo es Le cavaliere Polpetta ne fit pas db ..

tions, mais il observa autour de lui et il S

un assez bel hentage, .

Le mariage fut fixé à trois. mois. de date.

La mère écrivit à ses beaux-fils “he Austra-

| économies, pour que Clara püût se faire un - petit trousseau. Re -

Ces trois mois passèrent comme un ” clair. Clara, qui avait bon goût et qui était très habile, vint à bout, avec les mille ires de sa tante, de se faire un trousseau “assez élégant et qui lui permettrait de ne pas faire mauvaise figure auprès de ses futures belles-sœurs. Ses frères envoyèrent d'Australie un gros chèque que Clara mit | agement en réserve, le consacrant, dans sa prévoyance, à ses dépenses personnelles. | Puis, tous préparatifs faits, Clara repartit

pour Rivara.

DA: : | ; Et, jour et nuit, Petite tante son- | geait aux transformations qu'elle aurait à faire subir à Vic.

La tante, elle aussi, vint au mariage de Clara, et ce fut ainsi que Vic fit sa connais-

aimées. Si deux êtres étaient faits pour .

s'entendre, c'étaient vraiment Vic et Petite tante. 1 Petite tante avait aimé Clara; elle :

l'avait aimée parce qu’elle était la fille de u Rosa, parce qu’elle était venue à elle, parce . qu’elle avait pu lui venir en aide, mais il . n'y avait rien là d’une de ces affections »

qui remplissent l’Âme. Clara continuait à | la troubler comme à l'heure de la pre- mière rencontre à la gare de Turin. Il en allait tout autrement avec Vic. Dès le pre- . mier jour, dès la première minute où elle avait jeté ses bras autour de son cou, ç'avait été comme si Vic avait toujours été | sa fille. Ses frères et ses sœurs, à qui elle avait sacrifié sa première jeunesse, étaient loin d’elle depuis longtemps. I ne lui était resté à aimer que les petites comtesses de Montebello. Elle leur avait consacré sa .

vie, parce qu'elle avait besoin de la consa- | crer à quelqu'un, mais sans être vraiment aimée en retour. nn Son cœur ne s'était pas desséché, parce que l'arbre des illusions éclatantes avait .

en elle des racines très profondes, mais elle

avait encore une telle soif d'amour! Et - voici que Vic se trouvait sur sa route, Vic avec son cœur pur, débordant!

Vic ne ressemblait pas à Clara. Elle

n’était pas aussi belle que sa sœur; elle ne - savait ni s'arranger, ni se faire valoir

autant qu’elle. Moins grande, plus maigre, un peu dégingandée, les joues trop rouges

à - et trop brunes, les cheveux noirs, raides,

lisses, réunis dans un chignon mal planté

- sur la nuque, les dents irrégulières, la mise

» négligée, rien ne laissait pressentir en elle

une nature plus intéressante que celle de

Clara. Qu'elle méritait plus d’attention, telle était pourtant la vérité.

Amante de la solitude, mais point misan-

. thrope; hésitante, mais point timide;

défiant d'elle-même, prête à admirer les … autres, mais pas facile à se laisser duper ou

déconcerter par les autres; indolente, mais

. agile et coordonnée dans ses mouvements et dans ses actions, Vic présentait un -ensemble de qualités contradictoires, positives et contemplatives, qu’on trouve assez . rarement chez les habitants des grandes

| villes, et auxquelles ne devait pas être

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étranger le vieux sang campa parents. 2e er :

Positive comme les paysans, ‘he ave une intuition très fine, un profond pouvoir d'observation, mais une imagination Jimi tée et aucun besoin de critique. Elle par lait peu, en hésitant, en interrogeant plus qu’en affirmant, mais, tout en hésitant, elle dépeignait les gens d’une façon merveil :

leuse ; elle n’ajoutait pourtant à cela aucun jugement personnel; elle décrivait. avec. … puissance ce qu’elle avait vu, mais elle ne.

voyait que ce qui était. Elle aimait les d personnes et les choses telles qu’elles étaient, sans jamais penser à ce qu'elles “auraient pu ou dû être. À Londres, elle ; : avait aimé les Londoniens, à Rivara les de Rivarais: si elle avait été au Groenland, elle aurait aimé de même les Groenlandais, sans regrets et sans faire de comparaisons.

Peu portée à se faire des illusions, formant peu de projets, elle aimait à donner 4 libre cours à son imagination devant les :

réalités présentes, mais elle pou ee

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HIGLARA ET VIC “51 coûtat trop. Nullement nerveuse, elle passait des heures sans bouger, à méditer, à regarder un oiseau, une fleur, un bœuf. Elle semblait mettre sur le même pied les objets animés et inanimés qui l’entouraient. Il

n’y avait en elle aucun orgueil, aucune

vanité, aucun amour-propre, aucune ambi-

. tion, aucune volonté personnelle. Sa vie

tout intérieure la rendait indifférente à ce qui se passait autour d'elle. Elle avait tourné dans l'orbite de Clara, quand Clara

… était à la maison: elle tournait dans l'orbite … de sa mère, depuis que Clara était partie,

docile comme un satellite qui n’a pas de

trajectoire à lui.

Sa religion, qui était à l’image de sa “nature méditative, différait fort de celle du curé de Rivara ou de celle de son père.

Chez elle, aucune crainte de châtiments,

aucune aspiration à des plaisirs divins, aucune préoccupation personnelle; seule-

- ment une foi sincère, absolue, en Dieu, en un Dieu infiniment plus sage, meilleur,

plus intelligent que les hommes, en un Dieu qui connaissait le présent, le passé.et

* Pavenir, qui veillait sur les mortels avec

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