‹ Vies de femmesChapitre 7 sur 22 · UNIVERSITY OF JLLINOIS LIBRARY AT URBANA-CHAMPAIQN · texte numérisé non relu

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mander ile chose lui paraissai se Comment était- il pare

£ re

CLARA ET vIC 53

3 de laisser s’étioler dans les bois de Rivara un chef-d'œuvre de la nature tel que Vic !

Quant à elle, elle ne le permettrait pas.

ne” vraiment la Providence qui l'avait … envoyée à Rivara! » Et jour et nuit Petite : | tante songeait aux transformations qu'elle

… aurait à faire subir à Vic. Il fallait que Vic

Dit ses études, qu'elle obtint un diplôme, se ee. . procurât une situation. Personne ne s'était … aperçu à la maison que Vic était intelli-

ARE ais elle l'était bien plus que Clara. Ét penser que. n ce 4 -rvidence ne

cr avait pas fait venir à Rivara... { Ces jours-là, cependant, il y avait tant à … faire que c’est à peine si Rosa et Joséphine 1 Ro trouver cinq minutes pour cau- 4 ser ensemble. Les parents du fiancé étaient venus de San Luca. Il avait fallu penser à Pis loger, à les promener, à les amuser, à les | nourrir Et, naturellement, tout retombait » sur les épaules de Vic et de Rosa. | E. Enfin le mariage se fit. Tous les Polpetta à s'en allèrent et Petite tante put exposer ses projets.

«Vic était devenue une jeune fille, on e pouvait pas la laisser végéter plus long-

VIES DE FEMMES 1 temps ans les bois. Il fallait qu ‘elle allât à Turin, d’abord pour faire soigner ses dents, qui en avaient besoin, puis pour ses études comme avait fait Clara... Si Vic ne désirait pas aller à l'Ecole normale, elle irait dans une autre école: elle apprendrait autre chose.» Aïnsi parla. solennellement Petite tante, dès que les jeunes mariés furent partis. « Qu’avait appris Vic? Que préférait-elle? Quelles étaient ses inclinations? » Petite tante chercherait Aadaase

Ée “Qué Ve Vic aimait suvara; elle aimait la cafipagnes Ce qu'elle savaitr Elle savait les soins à donner aux vaches quand elles font leur veau, et depuis son arrivée au château, onn avait plus fait venir le vétérinaire. Elle savait.

retrouver son chemin dans les bois, suivre | la trace des brebis égarées. Elle savait empêcher les poules de vouloir couver, les amener à pondre, même en hiver. Elle savait donner la becquée aux oïisons si.

délicats dans leurs premières semaines. + Elle savait imiter les chants des oiseaux, conduire les génisses, faire des conserves :

de fruits.

E do.

RU CLARA EF VIC 55 « Mais pour ce qui était de l’école, des . études, à quel point en était-eller »

À Londres, elle avait suivi les mêmes » cours que Clara, mais il n’y avait pas de … livres à Rivara, et, s’il y en avait eu, Vic, “ certainement, ne les aurait pas ouverts. Il … n'était pas sûr qu'elle sût encore lire l’an- - glais. Elle savait le français, parce que les - habitants de Rivara le parlaient.

. La tante était scandalisée.

… «Vic n'avait pas la passion des études?

… Mais il fallait lavoir! Il n’était pas ques- » tion pour elle de passer toute sa vie à … Rivara ; elle se lasserait à la fin d'empê- > cher les poulies de couver et de chercher les fraises dans les bois. »

Vic n’imaginait guère qu’un jour vint jamais où elle pourrait se lasser de ce . qui lui plaisait tant, mais si Petite tante Le disait, et maman aussi, ce devait être Pvral.

«Et alors, si elle s’en lassait trop tard … pour pouvoir se mettre à étudier, que … ferait-elle ? C'était maintenant qu'il fallait

DEAR PME) : Er Ua d P Us À PAQUET Cie *

tante — et les mères ont le devoir. da amener ces trésors à la lumière, et, pour les amener à la lumière, il faut les chercher à | tâtons, quand les trésors ne se révèlent ne : d'eux-mêmes. » | À À force d'en parler, Rosa ét Joséphine | finirent par décider que Vic irait au mois.

d'août à Châtillon, auprès de sa tante, au.

château des comtes de Montebello. Là, à.

son aise, Petite tante s’efforcerait de démêé-

ler quels étaient les trésors cachés de Vic, \ et préparerait son entrée possible dans une école. SES Vic n'avait aucun désir de quitter + Rivara; mais elle n’avait pas l'imagination très vive; les choses lointaines lui semblaient irréelles. Aussi approuva-t-elle, … bien que sans enthousiasme, des projets :

auxquels il lui semblait être étrangère. ….

Je mois d'août approchait. On était au .

fort de l’été, la saison lumineuse de la campagne, la saison de la moisson et dela »

fenaison, la saison où le verger est plein de fruits et le jardin plein de légumes, où les poules caquettent, où les bois sont rouges de fraises et de myrtilles, le mois des pèlerinages religieux.

Rivara était le centre d’une quantité de pèlerinages. De dimanche en dimanche, on y fêtait la Madonna del Monte, la Madonna del Rosario, la Madonna del Forno.….

Chaque pélerinage était l’occasion d’une promenade à laquelle Vic ne manquait jamais de prendre part avec les paysannes de Rivara.

Elles partaient à l’aube toutes ensemble, quelquefois la nuit, et elles arrivaient

- à la fête avant que le soleil ne fût trop

ardent. Elles entendaient la messe, puis s’éparpillaient dans les bois pour y goûter

. sur l’herbe. À quatre heures commençaient

les danses anciennes, lentes et rythmées.

… On dansait dans les prés au son de quelque

harmonica. Puis, au coucher du soleil, on

» reprenait le chemin de Rivara, et le retour

était joyeux et pur comme l'aller, et l’on pensait à la prochaine fête, qui serait t plus:

- belle encore.

ne que fût la saison, Vic se plaisai à Rivara, mais c'était en été qu’elle + plaisait surtout. Quitter justement Rivara en été lui parut un sacrifice tel qu’elle n’en avait encore jamais fait d'aussi grand.

Petite tante n’aurait-elle pas pu venir vivre avec eux, au lieu que ce fût elle qui allât à Chîtillon et, ce qui serait pire, ensuite à Turin! Quel besoin a-t-on dE.

tant de perfections? Quel besoin d’é tudier : dans les livres, quand il y à tant de choses que l’on peut apprendre directement + la vie? ne Mais sa tante insistait, sa mère trouvait | qu’elle avait raison. Vic se laissa donc pérsuader. Elle devait partir le lundi. à huit heures pour arriver à dix heures. à Cha tillon. Sa tante irait au-devant d'elle ce elles atteindraient le château avant l'heure du déjeuner. Le voyage, ainsi, ne dérang rait personne, ni le père, ni les contessi de Montebello, car ni lui ni elles n ’admettaient que l’on changeât les heures. des repas. Vic alla à l’église avant de partir et elle se jeta aux pieds du Seigneur : “ < Mon

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ET SPA ME TR OT ON OP ee NP

CLARA ET VIC 50 jour, protégez-moi encore. J'ai au cœur.

une telle angoisse; faites au moins que je n'aie pas à les voir, ces contessine! » Mais ensuite elle se repentit. Etait-ce à elle de donner des conseils à Dieu? Savait-elle ce qui était le meilleur ou le pire? Connaissait-elle l'avenir? Elle se jeta de nouveau

aux pieds du Seigneur : « Mon Dieu, vous

qui m'avez protég 6e HS 7e PR NS ai the hosp VaUÉ Ie mieux pour moi, Car

vous le savez, vous, tandis que moi, je ne le sais pas. » Et elle partit, un peu consolée. Sa tristesse ne devait pas durer long-

. temps. À Châtillon, sa tante était à la gare, . non pas dans la solennelle calèche des

contessine quelle avait redoutée, mais - dans une modeste charrette traînée par un

âne qui faisait sonner ses grelots.

— Vois-tu, les contessine avaient décidé

de faire une promenade aujourd’hui, ob-

serva la tante pour justifier la simplicité du véhicule.

— Mais, ma tante, tu sais que ; adore les charrettes et les ânes.

Et Vic s’assit tout heureuse sur la planche que le fermier avait ajustée avec soin.

Îles traversèrent Je village € .

| Doté: à leur arrivée. Comte pour ( | tante et la nièce montèrent ensem!

valise par un étroit escalier de se Gi CONGUI Sarre ne

Lsmbra Mais quel soulagement Hors ces détails qui autrefois avaient | pénibles pour Carat se

. pièce immense, très haut dans la tour. Q tre fenêtres s’ouvraient sur l’ho:

: Elle était blanchie à la chaux. 1 vaste lit, vieux et massif, “one armoire, une grande table, une corbeille à ON ét sara ‘un

- CLARA ET VIC. ( K bles, tu verras ; mais elles ne veulent pas | voir de visages nouveaux.

. — Mais va donc ! Elles ont raison, dit $ Vic en embrassant la tante, heureuse et . émue à la fois.

Restée seule, elle grimpa sur le rebord . d’une des fenêtres et regarda en bas ; la fenêtre donnait sur la maison du fermier - et Vic eut un plaisir infini à scruter de ses - yeux perçants de campagnarde les animaux - répandus dans la cour. Quand un domesti- LÉ que entra avec son déjeuner, Vic descendit - de son observatoire et se mit à l’interro- + ger : « Avait-il des enfants ? Habitaient- » ils la campagne ? Avait-on déjà fait la moisson ? Moissonnait-on à la main ou à - la machine ? Quel rendement ? Y avait-il … des fêtes religieuses dans le voisinage P . Celle de Châtillon était-elle déjà passée ? » » Les questions de Vic amusaient le domestique, et il était content de causer - avec elle. Quand Petite tante revint, elle … les trouva devenus de grands amis, comme s'ils se connaissaient depuis vingt ans :

et quand elle dut descendre pour le thé, Vic lui demanda de la confier au domes-

6 de von FEMMES

tique pour qu il Jui fit faire un tour né Eu la propriété. L'homme, très flatté, la :

conduisit de son mieux, lui fit visiter | écuries, étables, jardin, verger, planches .

d’asperges, tout enfin. Il la conduisit aussi . dans la chapelle, et là se trouvait un harmonium. 2 Vic aimait passionnément la musique.

À Londres, elle avait composé des chansons et des complaintes sur lesquelles s'était extasié son professeur de musique ; mais, à Rivara, il n’y avait pas de piano, il. n’y avait pas même d'orgue à l'église ; | seules les cloches de l’église et les clochettes des vaches rompaient le silence ; et Vic n’avait pu continuer ni à composer, ni à entendre de la musique. ni | Elle se mit à l’harmonium et, avec des notes lentes, elle joua un hosanna pour remercier Dieu qui l'avait protégée si merveilleusement jusqu’à ce jour, un hosanna :

qui venait du fond de son cœur, et dans le .

ravissement des sons, elle oublia Petite.

tante, Rivara, sa maman, les moissons dorées, les belles fêtes religieuses. de .

Les journées passaient et Vic se trou-

ETUDE SE RU ESE EE LH ‘ à A+ +

PRE RTE

CLARA ET VIC 63 vait heureuse à Châtillon, comme elle s'était trouvée heureuse à Rivara. Elle se Jevait de bonne heure le matin, et, avant que ne sonnât la cloche du déjeuner, Petite tante lui avait déjà donné sa leçon. Puis, tandis que Petite tante assistait au massage des comtesses, Vic courait à travers champs et bois, ou allait à la chapelle. Un > prêtre des environs, qui venait aux grandes - fêtes jouer de l’harmonium, F'initia aux secrets de la technique. Vic faisait en mu- . sique des progrès très rapides, comme elle en faisait aussi dans ses études, et un jour 4 que l'organiste n'avait pu venir, elle le . remplaça. Les contessine ne s’en: aper- - çurent pas. Comme Petite tante était heureuse ce jour-là ! Si heureuse et si fière que sa taille en paraissait plus haute.

L'été passa très vite, très vite aussi l’automne. L'époque des examens arriva, et Petite tante conduisit Vic à Turin où cellecise présenterait aux épreuves d’admis- » sion à l'Ecole normale.

Qu'elle était tourmentée au sujet de ces examens ! Vic au contraire ne l'était nulle- - ment. Elle savait ou elle ne savait pas, se

LA

disait-elle. Si elle ne savait pas, 1 était è inutile d’entrer à l'Ecole normale. Si ele :

savait, elle y entrerait. Mais Vic savait; »

elle fut reçue à l’unanimité par le jury. Et 5 Petite tante, quand elle en eut la certitude, fut encore plus heureuse que quand Vic .

avait joué de l'orgue dans la chapelle.

Elle avait peut-être donné à Vic une .

quarantaine de leçons et cela avait suffi. - Quelle belle intelligence ! Et dire que personne chez elle ne s’en était jamais aperçu! . Et dire que si Clara ne s'était pas mariée, si Petite tante n'était pas allée à Rivara, Vic y serait restée et n'aurait été qu “une | paysanne !.… +

Les contessine de Montebslio ayons =:

consenti volontiers à ce que Vic passât l'été à Châtillon. Le château était immense. On pouvait très bien ignorer l’existence d’une nièce de « Mademoiselle » sans :

offenser personne. Mais en ville c'était au-

tre chose; « Mademoiselle » devait le com-

prendre. En fait, « Mademoiselle » le com-

prenait. Elles avaient raison, les contessine. Elle avait eu Vic dans sa chambre pendant les examens, mais seulement pen- .

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dant les examens, parce qu’on ne savait pas comment Vic réussirait, ni la décision qu'il faudrait prendre ensuite. Vic avait réussi ; « Mademoiselle » allait donc la mettre en pension comme Clara.

Dès qu’elles eurent reçu le bulletin d’admission à l'Ecole normale, Vic et Petite tante se rendirent au couvent où avait été Clara. Mais le dortoir pour les norma-

- liennes était au complet ; il n’y avait plus Ja moindre place. Les pensions à soixante lires par mois n'étaient pas nombreuses, même alors, et il fallait y retenir ses places à l'avance. Les sœurs cependant avaient plusieurs adresses de familles qui désiraient prendre en pension des normaliennes

de bonne éducation. Vic et Petite tante

. choisirent sur la liste la famille du colonel

Pastelli dont la maison était la plus voisine du palais Montebello et elles s’y rendirent

aussitôt.

Ce colonel était un colonello della leg-

» gera, comme on appelait alors dans le peu-

ple les militaires qui, ayant épousé une

- femme avec une dot fictive, devaient vivre

: exclusivement sur leur solde. La s:gnora

ù dont de une ds les pus ic à avait fallu faire pe élever ne

à Noël, à ee et en été, cn ) revenait, Le colonel, sa file, la maison

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