Musée, no
noir ? Je suis convaincu que les plus mauvaises copies, mises dans le cadre de ces tableaux, produiraient juste autant d'effet sur la grande société de France. Or, à Rome, cette grande société parlera pendant quinze jours de la manière dont cette fresque, peinte par le Dominiquin au couvent de Saint- Nil, va être transportée sur toile. A Rome, la considération est pour le grand artiste ; à Paris, elle est pour le général heureux, pour le conseiller d'Etat en faveur, pour le maréchal de Saxe, ou pour M. de Galonné. Je ne dis pas que cela est bien ou mal ; je fais seulement observer que cela est. Et le grand artiste qui aime sa gloire, et qui connaît le faible du cœur humain, doit vivre là où l'on est le plus sensible à son mérite, et où, par conséquent, on est le plus sévère à ses fautes. A Rome, MM. G. G. G. G., dont je n'ai jamais vu que les charmants ouvrages, au reste, pourraient impunément habiter au quatrième étage : la considération de la ville entière, depuis le neveu du pape jusqu'au moindre petit abbé, y monterait avec eux ; on leur saurait beaucoup plus de gré d'un joli tableau que d'une repartie aimable. Voilà l'atmosphère qu'il faut à l'artiste ; car l'artiste aussi, comme un autre homme, a ses moments de découragement.
Une des conversations les plus intéressantes pour moi, dans une ville où j'arrive, est celle que j'établis avec le sellier qui me loue la voiture dans laquelle je vais rendre mes lettres de recommandation. Je
lui demande quelles sont les curiosités à voir, quelssont les plus grands seigneurs du pays ; il me répond en me disant un peu de mal des collecteurs desimpôts indirects ; mais, après ce tribut payé au rang qu'il occupe dans la société, il m'indique fort bien où se trouve le courant actuel de l'opinion, publique.
Lorsque je suis rentré à Paris, vous aviez encorevôtre charmante madame Barilli : Dieu sait si lemaître de inon bel hôtel garni de la rue Cérutt * m'en, a dit le moindre mot ; à peine s'il connaît de nom mademoiselle Mars et Fleury. Arrivez à Florence,, chez Schneider : le moindre marmiton va vous dire : « Davide le fds est arrivé il y a trois jours ; il va chanter avec les Monbelli, l'opéra fera furore ; tout le monde arrive à Florence pour le voir. »
Vous serez bien scandalisé, mon cher Louis, si jamais vous venez en Italie, de trouver des orchestres bien inférieurs à celui de l'Odéon, et des troupes où il n'y a qu'une voix ou deux. Vous me croirez, menteur comme un voyageur de long cours. Jamais de réunion égale à celle que vous possédiez à Paris, lorsque vous aviez, dans le même opéra, madame Barilli, mesdames Neri et Festa, et, en hommes, Crivelli, Tachinardi et Porto. Mais ne désespérez pas de votre soirée : les chanteurs que vous trouvez médiocres ici seront électrisés par un public sensible et capable d'enthousiasme ; et le feu circulant du. théâtre aux loges, et des loges au théâtre, vous en-
tendrez chanter avec un ensemble, une chaleur, un ■brio, dont vous n'avez pas môme d'idée. Vous verrez de ces moments d'entraînement où, chanteurs et spectateurs, tous s'oublient pour n'être sensibles qu'à la beauté d'un finale de Cimarosa. Ce n'est pas assez de donner, à Paris, trente mille francs à Crivelli ; il faudrait encore acheter un public fait pour l'entendre et pour nourrir l'amour qu'il a pour son art. Il fait un trait superbe et simple, pas un applau- "dissement ; il se permet un de ces agréments communs et aisés à distinguer ; chaque spectateur, -charmé de prouver qu'il est connaisseur, assourdit son voisin par des battements de mains d'énergumène : mais ces applaudissements sont sans véritable chaleur ; son àme ne vient pas de recevoir un grand plaisir, c'est seulement son esprit qui approuve. Un Italien se livre franchement à la jouissance •d'admirer un bel air qu'il entend pour la première fois ; un Français n'applaudit qu'avec une sorte d'inquiétude, il craint d'approuver une chose médiocre : ce n'est qu'à la troisième ou quatrième représentation, lorsqu'il sera bien décidé que cet -air est délicieux, qu'il osera crier brai>o ! en appuyant sur la première syllabe, pour montrer qu'il sait l'italien. Voyez-le dire, le jour d'une première représentation, à son ami, qu'il aborde au foyer : -<( Cela est divin ! » ; sa bouche affirme, mais son œil interroge. Si son ami ne lui répond pas par un autre superlatif, il est prêt à détrôner sa divinité. Aussi
l'enthousiasme musical de Paris n'admet-il aucune discussion ; cela est toujours délicieux ou exécrable : au delà des Alpes, comme chacun est sûr de ce qu'il sent, les discussions sur la musique sont infinies.
J'ai trouvé froids tous les grands chanteurs que j'ai vus à l'Odéon : Crivelli n'est plus le même qu'à Naples ; Tachinardi seul avait des moments parfaits dans la Distruzzione di Gerusalemme. Ce malheur-là n'est pas de ceux qui se réparent avec de l'argent, il tient aux qualités intimes du public français.
Voyez ce même Français, si contraint en parlant de musique, si craintif pour les intérêts de son amour-propre, voyez-le admirer un bon mot ou une repartie ingénieuse ; avec c|uel esprit, avec quel sentiment plein de feu et de finesse, avec quelle abondance n'en détaille-t-il pas tout le piquant ! Vous diriez, si vous étiez un songe-creux : ce payslà doit produire des Molière et des Regnard, et non pas des Galuppi et des Anfossi.
Un jeune prince italien est dilettante ; il compose, bien ou mal, quelques airs, et est éperdûment amoureux d'une actrice : s'il paraît à la cour de son souverain, il y est embarrassé et respectueux. Un jeune duc français arrive jusqu'à la chambre du roi, en se donnant des airs élégants ; on voit qu'il est heureux, son âme jouit pleinement de ses facultés : il va s'appuyer, en fredonnant, contre la balustrade qui sépare le lit du roi du reste de la chambre. Un
huissier, un homme noir, s'approche et kii dit qu'il n'est pas permis de s'asseoir ainsi, qu'il profanise la balustrade du roi. — « Ah ! vous avez raison, mon ami ; allez, je préconerai partout votre zèle » ; et il fait une pirouette en riant.
Je vous avouerai, mon cher Louis, que je n'ai point varié dans l'opinion que j'avais, il y a six ans, en vous parlant du premier symphoniste du monde. Le genre instrumental a perdu la musique. On joue plus souvent et plus facilement du violon ou du piano qu'on ne chante : de là la malheureuse facilité qu'a la musique instrumentale pour corrompre le goût des amateurs de la musique chantée ; c'est aussi ce dont elle s'acquitte fort bien depuis une cinquantaine d'années.
Un seul homme connaît encore, en Italie, la belle manière de conduire la voix : c'est Monbelli, et le principal avantage de ses charmantes filles est sans doute d'avoir eu un tel maître.
Cette vraie manière de chanter, que je soutiendrai jusqu'à la mort exclusivement, était celle que nous avions à Vienne, dans mademoiselle Martinez, l'élève de Métastase, qui s'y connaissait, et qui, ayant passé sa jeunesse, au commencement du dix-huitième siècle, à Rome et à Naples, avec la célèbre Romanina, savait ce que doit faire la voix humaine pour charmer tous les cœurs.
Son secret est bien simple : elle doit être belle et se montrer.
Voilà tout. Pour cela il faut des accompagnements peu forts, des pizzicati sur le violon ^, et, en général, que la voix exécute des morceaux lents. Actuellement les belles voix se sauvent dans les récitatifs : c'est dans ces morceaux-là que madame Catalani et Velluti sont le plus beaux. C'est ainsi qu'on chantait, il y a quatre-vingts ans, les cantates à la mode alors : aujourd'hui on exécute, au galop, une polonaise ; vient ensuite un grand air, pendant lequel les instruments luttent de force avec la voix, ou ne se taisent un instant que pour les points d'orgue, et pour permettre au chanteur de faire des roulades éternelles ; et tout cela s'appelle un opéra ; et tout cela amuse un quart d'heure ; et tout cela n'a jamais fait verser une larme.
Les meilleures cantatrices que j'aie entendues en Italie (remarquez, pour l'acquit de ma conscience, que les plus grands talents peuvent avoir eu le malheur de ne jamais chanter devant moi) ; les meilleures cantatrices donc que j'aie entendues dans ces derniers temps, ce sont mademoiselle Eiser et les demoiselles Monbelli. La première a épousé un
1. Paganini, Génois, est, ce me semble, le premier violon de l'Italie : il a une douceur extrême ; il joue des concertos aussi insignifiants que ceux qui font bâiller à Paris, mais il a toujours pour lui la douceur. J'aime surtout à lui entendre jouer des variations sur la quatrième corde *. Au reste, ce Génois a trente-deux ans : peut-être qu'il jouera mieux que des concertos avec le temps ; peut-être qu'il aura le bon sens de comprendre qu'il vaut mieux jouer un bel air de Mozart-
poète aimable, et ne chante plus en public ; les autres sont les espérances de la Polymnie italienne. Figurez-vous la plus belle méthode, la plus grande douceur dans les sons, l'expression la plus parfaite ; figurez-vous la pauvre madame Barilli avec une VOIX encore plus belle et toute la chaleur désirable. Je crois que les Monbelli ne chantent que le sérieux ; madame Barilli aurait donc toujours gardé sur elles l'avantage de chanter si divinement la Fanciulla s^>enturata des Ennemis généreux, la comtesse Almaviva de Figaro, donna Anna de Don Juan, etc. Il faut avoir entendu les petites Monbelli, à Milan, chanter V Adriano in Siria de Métastase : cela était admirable et fit furore. Heureusement pour vous, elles sont de la première jeunesse, et vous pouvez espérer d'entendre un jour la cadette, celle qui s'habille en homme.
Il ne manquait au plaisir des amateurs que de voir réunis dans le même opéra l'excellent Velluti, le seul bon soprano, d'une certaine façon, que l'Italie ait aujourd'hui à ma connaissance, et Davide le fils. Celui-ci a une voix charmante, mais il est bien loin encore de la belle méthode des Monbelli. C'est un homme qui fait sans cesse des ornements délicieux, un vrai chanteur de concert à Paris ; je suis convaincu qu'il y balancerait la réputation de M. Garât. Pour les pauvres petites Monbelli, tous nos connaisseurs diraient : N'est-ce que ça ? En Italie, elles sont faites pour aller à la plus haute réputation ; il ne
faut demander qu'une chose au ciel, c'est qu'elles n'aillent pas se marier à quelque homme riche qui nous en priverait.
Madame Manfredini vous ferait un plaisir extrême dans la Camille de Paër : elle a une voix retentissante : mais ce qui m'a enlevé dans cet opéra, que j'ai vu à Turin, c'est le bouffe Bassi, sans contredit le premier bouffe qu'ait aujourd'hui l'Italie. Il faut le voir, dans cette même Camille, dire à son maître jeune officier, qui veut passer la nuit dans un château de mauvaise mine :
Sigiior, la vila è corla ; Andiani, per carità.
Il a la chaleur, il a les jeux de scène, il a la passion pour son métier : il joint à cela une profonde intelligence du comique, et fait lui-même des comédies agréables. Toute cette admiration-là m'est venue en le voyant jouer Ser Marc' Antonio à Milan. Je ne sais où il se trouve actuellement. Il a d'ailleurs une bonne voix, et serait parfait s'il avait la basse-taille de votre Porto.
Mais que voulez-vous ? Dans mon système, un certain degré de passion détruit la voix chez les hommes : et, chez les femmes, une certaine fraîcheur dans les attraits. Vous direz que c'est encore une de mes pensées singulières ; je vous répondrai, comme César de Senneville : A la bonne heure * .'
Nozzari, que vous avez vu à Paris, est le premier
homme du monde pour chanter le rôle de Paolino du Mariage secret, que j'ai trouvé un peu haut pour les moyens de votre superbe Crivelli.
Pellegrini a une basse-taille magnifique : il aurait besoin de prendre quelques leçons de Baptiste cadet, de Thénard et de Potier, ou, mieux encore, de l'excellent Dugazon, si vous aviez encore ce bouiïon charmant, que vous avez méconnu, gens graves et importants que vous êtes.
Vous connaissez mieux que moi mesdames Grassini, Correa, Festa, Neri, Sessi, qui ont été à Paris. Vous regrettez encore madame Strina-Sacchi, si supérieure dans le rôle de Caroline du Mariage secret, et que vos habitués de spectacle appelaient, avec assez de justesse, la Dumesnil du théâtre Louvois.
J'ai entendu avec beaucoup de plaisir, dans la superbe salle neuve de Brescia, madame Carolina Bassi : c'est une actrice pleine de feu. C'est aussi par cette qualité que brille madame Malanotti. Vittoria Sessi, de son côté, a une très jolie figure et une voix très forte.
Je n'ai jamais vu madame Camporesi, qui doit être à Paris, et dont on fait beaucoup de cas à Rome.
Je ne vous parle pas de Tachinardi, qui est si bon lorsqu'il s'anime ; le ténor Siboni marche sur ses traces. Parlamagni et Ranfagni sont toujours ce que vous les avez vus, c'est-à-dire d'excellents bouffes. De Grecis et Zamboni jouent fort bien :
de Grecis était parfait clans les Pretendenti delusi,. qui avaient beaucoup de succès à Milan il y a trois ans. C'est notre opéra des Prétendus, fort bien arrangé pour la scène italienne, et sur lequel Mosca a fait une musique amusante. Le trio
Cou rispetlo e riverenza,
avec l'air de flûte de la fm, m'a fait beaucoup de plaisir.
Je ne vous dirai rien ni de madame Catalani, ni de madame Gaforini. Je n'ai pas vu la première depuis ses débuts à Milan, il y a treize ans, et malheureusement la seconde s'est mariée. C'était le chant bouiîe dans toute sa perfection. Il fallait la voir dans la Dama soldato, dans Ser Marc Antonio, dans le Ciabattino. Un être plus vif, plus sémillant, plus pétillant d'esprit, plus gai, plus enflammé, ne renaîtra jamais pour les menus plaisirs des gens d'esprit. Madame Gaforini était, pour la Lombardie, ce que madame Barilli était pour Paris : on ne remplacera pas plus l'une que l'autre. Le caractère des peuples vous fait présumer que, sous beaucoup de rapports, madame Gaforini devait être le contraire de madame Barilli, et vous présumez bien.
J'ai entendu, il y a trois mois, une très belle voix au conservatoire de Milan. J'entendais mes voisins, se dire : « N'est-il pas bien ridicule qu'on laisse tel excellent bouffe, plein d'âme et de feu, végéter dans^ un coin de Milan, et qu'on ne le fasse pas professeur
au Conservatoire, pour qu'il anime cette belle statue ? » Je ne nie souviens pas du nom de la statue.
Les gens qui reviennent de Naples font le plus grand éloge du bouffon Casacieli. J'ai aussi entendu vanter madame Paër et le ténor Marzochi ^. Voilà,
1. II y a ici une omission assez étendue. L'auteur, au lieu ■de faire connaître ses jugements ténébreux sur des compositeurs très estimables, quoique peut-être entraînés, par la mode, dans une fausse route, va rappeler les faits relatifs à chacun d'eux.
Paisiello et Zingarelli ne sont pas de l'école actuelle : ce sont les derniers contemporains des Piccini et des Cimarosa.
Valentin Fioravanti, si connu à Paris par ses Cantatrice villane, est de Rome, et jeune encore. On goûte beaucoup ses opéras bufïas : le Pazzie a vicenda, qu'il donna en 1791, à Florence, il Furho, et il Fahro Parigino, joués à Turin -en 1797, sont ses principaux ouvrages.
Simone Maycr, né en Bavière, naais élevé en Italie, est peut-être le compositeur cju'on y estime le plus ; c'est en même temps celui dont je puis le moins parler : sa manière est précisément celle qui me semble nous incner le plus rapidement à la perte totale de la musique de théâtre. Ce compositeur habite Bergame, et les propositions les plus avantageuses n'ont jamais pu l'attirer ailleurs. Il travaille beaucoup. J'ai vu jouer vingt ouvrages de lui au moins. Il -est connu à Paris par les Finti rivali, opéra buiïa, joué par madame Correa. On y trouve quelques chants, mais pas toujours assez nobles, et un grand luxe d'accompagnements. Son Pazzo per la musica est joli ; Adelasia ed Aleramo, opéra séria, a eu un grand succès à Milan. Mayer nous fait jouir des immenses progrès que la musique instrumentale a faits depuis le siècle des Pcrgolèse, et en même temps nous fait ■regretter les beaux chants de cette époque.
Ferdinando Paër, sur le compte duquel j'ai le malheur de jpenser comme sur Mayer, est né à Parme en 1774. J'ai vu
mon ami, ce que je connais de mieux en Italie. J'y ajouterai madame Sandrini que j'ai entendue avec plaisir à Dresde. Je ne vous dirai rien de nos théâtres de Vienne ; j'aurais trop à en dire : demandez aux officiers français qui y furent en 1809 ; je parie qu'ils se souviennent encore des larmes qu'ils répandaient au Croisé, mélodrame égal, pour l'effet, aux meilleures tragédies romantiques, et du rire inextinguible que provoquait l'excellent danseur Rainaldi, je crois, qui jouait si bien le ballet des Vendanges. En même temps on exécutait supérieurement Don Juan, le Mariage secret, la Clémence de Titus, le Sargines de Paër, Eliska de Chérubini, une Lisbeth folle par amour, et plusieurs autres ouvrages allemands justement estimés.
les gens les plus spirituels de Paris faire l'éloge de son esprit. Ce compositeur a déjà fait trente opéras. La Camilla et Sargities étaient joués en même temps il y a deux ans, à Naplcs, à Turin, à Vienne, à Dresde et à Paris.
Pavesi et Mosca, auteurs très aimés en Italie, ont fait beaucoup d'opéras bulîas. On y trouve des chants aimables, qui ne sont pas tout à fait étouffés par l'orchestre. Ces deux compositeurs sont jeunes.
On entend avec plaisir les opéras de Farinelli, né près de Padoue ; c'est un élève du conservatoire de' Turchini, à Naplcs : il a déjà composé huit ou dix opéras.
On conçoit les plus hautes espérances de M. Rossini, jeune homme de vingt-cinq ans, qui débute. Il faut avouer que ses airs, chantés par les aimables Monbelli, ont une grâce étonnante. Le chef-d'œuvre de ce jeune homme, qui a une charmante figure, est Vltaliana in Algeri. Il paraît que déjà il se répète un peu. Je n'ai trouvé nulle originalité et nul feu dans le Turco in lialia, qu'on vient de donner à Milan, et qui est tombé *.
Ai-je besoin de vous répéter que, probablement, plusieurs grands talents jouissent en Italie d'une réputation méritée et sont passés par moi sous silence parce que je ne les connais pas ? Je ne suis jamais allé en Sicile ; il y a bien longtemps que j'ai quitté Naples. C'est dans cette terre heureuse, c'est dans ce pays produit par le feu, que naissent les belles voix. J'y trouvai autrefois des usages bien différents des nôtres et un peu plus gais. On ne dénonce pas les plagiats par des brochures dans ce pays-là ; on prend les voleurs sur le fait. Si donc le compositeur dont on exécute l'ouvrage a dérobé à un autre un aria ou seulement quelques passages, quelques mesures, dès que le morceau volé commence à se faire entendre, il s'élève de tous côtés des bravos auxquels est joint le nom du véritable propriétaire. Si c'est Piccini qui a pillé Sacchini, on lui criera sans rémission : Bravo Sacchini ! Si l'on reconnaît, pendant son opéra, qu'il ait pris un peu de tout le monde, on criera fort bien : Bravo Galuppi ! bravo Traetta ! bravo Guglielmi !
Si on avait le môme usage en France, combien des opéras de Feydeau auraient de ces bravos-là ! Mais ne parlons pas des vivants.
Tout le monde sait aujourd'hui que dans les Visitandines l'air si connu
Enfant chéri des dames, est de Mozart.
Duni eût entendu crier : Bravo Hasse ! pour le début de l'air
Ah ! la maison maudite !
dont les quinze premières mesures sont aussi les quinze premières de l'air
Priva del caro hene i.
Monsigny eût eu un : Bravo Pergolèse ! pour le début de son duo
Venez, tout nous réussit,
qui est précisément celui de l'air Tu sei troppo scelerato.
Autre bravo pour l'air
Je ne sais à quoi me résoudre.
Philidor eût entendu crier : Bravo Pergolèse ! pour son air
On me fêle, on me cajole,
dont l'accompagnement se trouve dans l'air Ad un povero polacco ;
Bravo Cocchi ! pour l'air
Il fallait le voir au dimanche.
Quand il sortait du cabaret,
qui n'est autre chose cjue l'air tout entier Donne belle che pii;liate ;