A MADAME DOLIGNY
Londres, 13 octobre \8Vi.
Il est bien naturel, madame, que je ^ous présente ce petit ouvrage, le premier que faie jamais écrit. Il jul fait dans un moment où le malheur aurait pu m'atteindre, si je ne m'étais pas donné une distraction. Vous daigniez me demander quelquefois ce que je faisais, et comment je n étais pas plus affecté de ce ciui m'arrimit. Voici mon secret : je ^i^'ais clans un autre monde ; je n aurais jamais cjuitté celui dont cous faites Vornement, si famis connu dans ce payslà quelques âmes comme la i'ôtre, ou s'il eût été pos-
sible que celle que f admirais sentit pour moi autre chose que de Vamitié.
Je pars ai^ec le regret d'açoir vu un nuage s''élever entre vous et moi dans ces derniers jours ; et comme, entre amis, c'est le moment de la séparation qui décide de V intimité future, je crains que, par la suite, nous ne vivions en étrangers. J^ai trouvé de la douceur à déposer dans ce petit endroit caché V expression simple des sentiments qui rn animent, et dont je ne prétends point de reconnaissance ; j^aime parce que j^y trouve du plaisir.
Je sais d'ailleurs ce que vous avez voulu faire pour moi. Vous Vavez voulu, j^en suis certain ; et cette volonté, quoique privée de succès, me donne le plaisir d'être reconnaissant à jamais.
Adieu, madame. La vaine fierté que le monde impose me fera peut-être vous parler en indifférent ; mais il est impossible que je le sois jamais pour vous, dans quelque pays éloigné que le sort me conduise.
Je suis, avec un profond respect,