PREFACE XVII
c'est peu ; et c'est assez pour remplir un cœur passionné, pendant toute une vie.
De ces cinq musiciens, celui dont l'amour fut, chez Stendhal, le plus enraciné, le plus irrésistible et le moins raisonné, est Cimarosa. Il l'adora éperdument. Sa première rencontre avec lui date du soir de l'arrivée à Ivrée, après le passage du Saint-Bernard ; et ce fut un coup de foudre. Tout glorieux et courbaturé de ses exploits militaires, il entendit chanter par une actrice brèche-dents le Matrimonio segreto. A l'instant, le reste du monde disparut. « Ses deux grandes actions : avoir passé le Saint-Bernard, avoir été au feu,.., tout lui sembla grossier et bas... »
« Ma vie fut renouvelée... Vivre en Italie et entendre de cette musique devint la base de tous mes raisonneinents ^. »
De retour à Paris, Arrigo Beyle Milanese continue de s'envelopper de ces mélodies aimées, pour oublier le pays où il vit et calmer sa nostalgie. Un des liens les plus forts qui l'attachent à Angelina Bereyter est leur commun amour pour Cimarosa, dont elle interprète les rôles, à l'Odéon. De 1811 à 1813, il vient, trois fois par semaine, de Saint- Cloud à Paris, pour assister, ne fût-ce qu'à un seul acte du Matrimonio. Il se vante d'avoir entendu l'œuvre, soixante ou cent fois, à l'Odéon. Il fait son éducation musicale, en apprenant jiar cœur