‹ Vies de Haydn, de Mozart et de MétastaseChapitre 121 sur 129 · Si vous ne le saviez pas aussi bien que moi · texte numérisé non relu

Si vous ne le saviez pas aussi bien que moi

copiées. Vous avez eu beau tripatouiller mes Haydine, les altérer, les entremêler de réflexions et de niaiseries de votre crû, pour induire le public en erreur et essayer d'obscurcir une vérité flamboyante. Oui, maître Bombet, vous avez beau vous démener :

Etre ce que je suis est-il en ta puissance ?

VOUS crierai-je, comme Sosie dit à Mercure, quoique vous n'ayez de Mercure qu'un ample droit à sa protection ! En fait, tous ceux qui connaissent un peu les deux langues et le sujet n'ont qu'à comparer les deux livres : ils verront du premier coup d'œil quel est l'original et quelle est la copie, quel est l'enfant légitime et quel est le bâtard, quel est le propriétaire et quel est le voleur.

Les musiciens Salieri, Weigl et Frieberth, le conseiller Griesinger, M^^^ de Kurzbeck, qui, ditesvous, en me traduisant, vous ont donné des renseignements sur Haydn, vous diront ici-même qu'ils ne vous ont jamais ni vu ni connu, qu'ils ne vous ont jamais dit le moindre mot sur le grand artiste, leur ami, et que c'est à moi Carpani, et non à vous Bombet, qu'ils ont fourni leurs renseignements. Qu'en dites-vous, maître Louis-Alexandre-César Bombet ? Voilà qui fait éclater votre grossière imposture.

Il est vrai, comme je vous l'ai dit plus haut, qu'en me volant les quatre cinquèmes de mon bien, vous y avez ajouté un cinquième du vôtre. Ce cinquième, direz-vous, vous ne l'avez pas fait. A quoi je vous réponds : Ce cinquième, gardez-le ;

d'abord je n'aime pas le bien d'autrui ; ensuite, il ne vaut vraiment pas la peine que je le prenne. Mais je dois vous remercier aussi de cette infidélité comme traducteur ; car, avec vos tripatouillages, vous avez fait une œuvre disparate qui prouve immédiatement la contrefaçon. Le prophète ne manquerait pas de dire : Mentita est iniquitas sibi.

Pourtant, tout en vous étant reconnaissant de m'avoir vous-même donné les moyens de me défendre, j'ai à me plaindre de certains de vos procédés. Pourquoi avoir omis mal à propos certains passages de mes Haydine ? Pourquoi en avoir dénaturé d'autres, tantôt par ignorance, tantôt par esprit de malice ? Car telle est la vérité, maître Louis-Alexandre-César Bombet. Vous ne vous êtes pas contenté de me voler mon enfant : vous lui avez arraché les yeux, coupé les oreilles, abîmé les formes ! Si seulement vous l'aviez laissé tel que vous l'avez trouvé dans son berceau ! Un exemple suffira. Quand je parle des maniéristes, je dis : les Français, et j'ai raison. Vous, vous mettez : les Italiens. C'en est trop ! Que vous supprimiez en entier ma dernière lettre contre vos deux compatriotes calomniateurs de Gasmann, et plusieurs passages analogues des autres lettres, je vous excuse ; la raison est visible : dulcis amor patrias. Mais souffrez que, pour la même raison, je ne vous permette pas de donner aux musiciens italiens les défauts des vôtres. Unicuique suum, maître Alexandre César !

Je me plains aussi de votre partialité en faveur de l'auteur de la Vie de Mozart, que vous avez ajoutée

à mes lettres pour grossir votre volume. Cette fois, vous ne déclarez pas l'avoir écrite à Vienne en 1808 ; vous confesssz avec candeur qu'elle est deM.Schlichtegroll ; redevenant pour lui galant homme, vous laissez à ce respectable auteur tout le mérite de son œuvre. Que me laissez-vous à moi, pour ma Vie de Haydn ? Rien. Vous vous appropriez mes conversations, mes amis, mes pensées, mes aventures : vous me volez tout, jusqu'à ma fièvre, juscju'à mes brebis mélomanes !

T 01 ruheresle il jumo aile candele ! '^

Voilà qui passe toutes limites ! Voilà qui n'est digne, ni de César, ni d'Alexandre, ni de Louis. Ou abandonnez ces noms, ou quittez ces habitudes ^ !

Sans doute, pour me calmer à bon compte, vous citez ma traduction italienne de la Création (imprimée en 1799, et c'est heureux pour elle : car vous n'eussiez pas manqué de la dater encore de Vienne, 1808), et vous daignez prononcer mon nom, en me qualifiant d'/«o?n/?îe d'esprit, et de plus excellent connaisseur en musique. Mais alors, comment pouviez-vous, maître Bombct, espérer faire croire que cet homme d esprit avait été assez sot, assez malhonnête pour imprimer à Milan, deux ans avant les vôtres, des lettres sur Haydn qui n'étaient pas de lui, qu'il avait eu assez peu de vergogne pour les

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