‹ Vies de Haydn, de Mozart et de MétastaseChapitre 127 sur 129 · Voir Rome, NaplfS el Florence, 14 février · texte numérisé non relu

Voir Rome, NaplfS el Florence, 14 février

« soudro à croire que Bombet ne soit pas Français : style, « idées, caractère, tout est français e^n lui. J'ai écrit à Paris « pour éclaircir la chose. » Dans quatre lettres postérieures, datées des 20 novembre, 4, 10 et 21 décembre 181G, Carpani insiste auprès d'Acerbi pour qu'il publie sa lettre : « Je « vous prie à nouveau instamment d'insérer ma lettre dans » votre journal : je ne la vois pas paraître dans le Consiitu- <( iionnel, et je ne dois pas laisser sans réponse la dernière « et calomnieuse attaque de Bombet. Je me recommande à « vous... Assurez d'ailleurs le public que c'est la dernière fois « qu'il entendra parler de cette querelle. » (Traduction inédite). Dans une lettre du 9 janvier 1817, il continue : « Voilà « donc Bombet trouvé ! Vous voyez que finalement ce (c n'était pas un Milanais. Je m'en étais aperçu par son « style et sa manière. Je juge les écrivains comme les pein- « très : ah operibus eorum cognosceris eos. C'est ainsi que « j'ai deviné avant la police l'auteur de la célèbre Vision « contre notre bon souverain (la Vision de Prina, de « Grossi). Vous aurez reçu à cette heure ma dernière lettre « au Consliluiionnel, traduite par moi. Je vois qu'il ne veut « pas se décider à l'insérer dans ses colonnes : mais je ne « m'arrêterai pas là. Passé un certain délai, je la ferai « paraître dans un des autres journaux qui ne sont pas de « son parti, et je le ferai accuser de partialité, et de complice cité avec les voleurs. » (Traduction inédite).

Il semble d'ailleurs que la piste de 1817 était mauvaise: ce n'est qu'en 1819 que le vrai nom de Bombet paraît avoir été connu de Carpani : il écrit à Acerbi, le 9 octobre 1819 : « Puisque nous parlons de fous et de voleurs, je vous remercie « d'avoir enfin découvert le vrai Bombet. Je pense le nommer « prochainement. » Il ne le nomma, et encore avec les seules initiales, qu'en 1824, (Voir plus bas, pièce VII de V Appendice.)

Quant à la réponse à la lettre de Rouen, jointe à la lettre précitée du 10 novembre 1816, nous en publions ci-dessous le texte in extenso, en corrigeant seulement les fautes d'orthographe : quoique écrite en français par un Italien, elle respire la même verve que les deux lettres datées de Vienne, 18 et 20 août 1815, mais elle a les mêmes défauts : abus des citations, et trop de longueurs.

En fait, la lettre de Carpani ne fut insérée dans aucun

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journal parisien. Dans une lettre du 19 février 1817, Carpani cite amèrement à Acerbi un mot d'un de ses amis de Paris qui avait vainement essayé de faire accueillir l'article : « Il paraît que ces gaillards se sont donné le mot. » Il fut tout heureux et tout aise de publier sa lettre, traduite par lui en italien, dans le n" de février 1817 de la Bihliotheca italiana (tome V, p. 178) : Acerbi ne pouvait moins faire pour l'infortuné musicographe. Elle parut, suivie de la Déclaration de Salieri, Weigl, Frieberth, etc. (voir plus haut, pièce II de l'Appendice), et agrémentée d'une note de la rédaction ainsi conçue : « M. Carjiani, se fiant plus à notre « zèle pour défendre les choses italiennes qu'à celui du « Constitutionnel pour lui faire justice et lui rendre ce qu'un « faux Bombet et un vrai Français lui a dérobé, nous envoie « cette lettre, d'abord écrite par lui en français, par laquelle « il porte le dernier coup à l'impudent plagiaire de ses « Haydine. Nos lecteurs reconnaîtront dans cette lettre la « vivacité d'esprit habituelle de M. Carpani, et la dignité « avec laquelle écrit un honnête homme, justement indigné « des mauvais procédés d'autrui. » (Traduction inédite). Quoiqu'il en soit, voici ce curieux document :

Vienne, le 30 octobre 1816.

A Monsieur le Rédacteur du Constitutionnel.

Comment, Monsieur ? Au lieu d'un Bombet, il y en a deux ? C'est ce que j'apprends par votre n° 275. Peste ! Neque Hercules contra duos. N'importe ! Il y en aurait mille, que je ne serais pas moins l'auteur de leurs Lettres sur Haydn. Au fait.

Ce Bombet nouveau-né qui, prenant la forme d'un frère, se glisse à travers le plancher comme le Deus ex machina sur la fin d'une mauvaise pièce, m'a tout à fait l'air d'un faux frère : il défend trop mal son aîné. Nous allons le voir.

D'abord il vous mande que son frère aîné étant à Londres, fort goutteux, fort i^ieux, et fort peu occupé de musique, et encore moins de M. Carpani, — (c'est tout simple : depuis quand celui qui prend s'est-il occupé de celui qu'il dépouille ?) — il va nous répondre pour lui. Ainsi, d'une question purement littéraire et personnelle, ces messieurs en feront une guerre de famille ? Y pensez-vous, Monsieur ? Certes, il ne tiendrait qu'à moi de vous répéter ici les combats des Horaces ou de Critolaûs, car j'ai aussi des frères, et la goutte, et des années pardessus. Mais non. Je n'ai guère besoin de frèrespour me défendre, ni de pieds pour écrire : sauf aux Bombet d'écrire comme ils peuvent.

Ce petit Bombet vous dit ensuite qu'à la vérité, ayant lu mes deux Lettres à son frère (où je revendique mon ouvrage) et mes Haydine, il a démêlé quà travers beaucoup de paroles et de détails sans intérêt, plusieurs faits de la vie de Haydn, consignés dans le livre (de M. son frère) avaient été dérobés par M. Bombet. Après un tel aveu, la dispute serait finie. Habes fatentem reum ! Et de plus, ce joli garçon donne un beau démenti à son frère aîné, qui, bien loin d'avouer son vol, avait réclamé à son tour dans votre n° 147 du 26 mai, et renvoyé à M. Carpani V accusation de plagiat. Ainsi, de ces deux frères, très plaisants, l'un vous dit que je l'ai volé, l'autre^ qu'il m'a dérobé : Me?itita est iniquitas sibi.

« Mais non, reprend le petit frère, dérober des faits n'est pas voler : Hume n'a pas volé Rapin- Thoiras, ni Lacretelle d'Anquetil, pour avoir tous

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ïes deux cité des faits narrés déjà par leurs prédé- •cesseurs. » A merveille. Mais ces historiens ont pris les faits ; l'honorable Bombet a j^ris le livre : petite différence ! Il faut avoir la goutte dans l'esprit pour ne pas s'en apercevoir. Ce monsieur s'est mis à cheval sur mon texte et s'en est proclamé l'auteur deux ans après que je l'avais imprimé avec mon nom. Rien de plus comique. Ce savant à peu de frais se fait dire à lui ce que Haydn a dit à moi. Il prend partout ma place. Ce coucou littéraire ne met pas son œuf dans le nid d'autrui ; mais il chauffe les ■œufs qu'il n'a pas pondus. Il s'approprie mon tout, jusqu'à ma fièvre. Il cite hardiment de célèbres compositeurs de musique et d'autres pour lui avoir donné des notices sur Haydn, que, d'après leur déclaration solennelle, ils n'ont données qu'à moi. Voyez ce document unique dans mes deux lettres à M. Bombet, et dites si ce n'est pas jDrofaner les noms d'Hume et de Lacretelle, que de vouloir justifier, en s'étayant de leur exemple, une escroquerie si constatée. Poursuivons.

Il dit que mes Haydine moisissent à Milan chez leur imprimeur Bucinelli. Ce Monsieur a le nez bien fin : il sent à Rouen le moisi de Milan ! Bah ! Il a le nez encore plus bouché que l'esprit. Apprenezlui que peu de livres ont eu plus de succès en Italie. Il n'a qu'à parcourir tous les journaux italiens pour s'en convaincre. Au reste, ce faux frère ménage bien peu son pauvre aîné en proclamant que celui-ci a puisé plusieurs faits dans un livre qui moisit chez son imprimeur. Ces messieurs sont de vrais scor-

pions : brûlés par le feu qui les entoure, [ils] s'empoisonnent d'eux-mêmes en se mordant la queue de rage.

Il annonce au public que mon livre est de 550 longues pages et celui de son frère de 250 petites. Il n'en a donc volé que la moitié. Mais apprenez ce que c'est qu'un Bombet. Un aveugle n'a qu'à le tâter : mon livre est de 298, pas plus, et celui de son frère, de 281, pas moins. Ah ! le Bombet ! Mentiris impudentissime, criait saint Augustin à un hérétique perfide ! J'ai grande envie de parler comine un saint.

Avec autant de pétulance que de mauvaise foi, il vous demande si j'ose aussi revendiquer la Vie de Mozart de Schlichtegroll, qu'il ajouta à mes Haydine, et une Lettre sur le beau idéal et autres savantes trivialités cju'il a fourrées dans mon ouvrage en le traduisant ; et il a devant lui mes deux lettres à son frère, où je l'accuse d'avoir supprimé mon nom en donnant ma Vie de Haydn, quand il avait annoncé celui de l'auteur allemand en donnant celle de Mozart, et où je lui fais le reproche d'avoir, par ce qu'il a mis du sien dans mes Haydine, défiguré mon enfant.

Jouant, après, le plaisant, comme l'âne de la fable, il vous demande encore si je pense m'approprier le style plein de grâce et de sensibilité qui n'exclut pas le piquant de M. son frère. Ah ! Messieurs, ciue cette demande exclut la grâce et le piquant ! Je suis un auteur italien, vous êtes un traducteur français. Comment voulez-vous, sans jouer le pierrot,

que j'aie dans ma langue des prétentions à votre style dans la vôtre ? Le mien a trouvé grâce en Italie. Lisez le Poligrafo : « Per lo stile e la festii'ita del raconto {sic), cet ouvrage est en état de se mesurer avec ce qu'il y a de mieux dans ce genre au delà des monts. » ( N*^ du 7 février 1813.) La Bibliotheca Italiana (n° 2) vous dit : « Ce livre est écrit con quella rara çwacita di stile, e in quelki vihrata, ingegnosa e risentita maniera, che tanto piace, ed è si rara ai nostri giorni in Italia. » Je vous fais grâce des autres journaux. Du reste, si la beauté du style est basée sur les idées et les images, celles-ci étant de moi dans le livre de M. Bombet, j'aurais quelque droit... Mais j'y renonce, et, en ma qualité d'Hercule, je ne veux point de cette chemise de Nessus. Mais finissons.

Voici le dernier coup, le coup mortel du faible Bombet. Ce formidable Cacus me lance un défi : c'est de choisir trente pages de mon livre, et de les faire imprimer en regard de trente autres de son frère. Sûr de son experimentum crucis, il s'écrie : « Et le public jugera. » Ah ! me voilà perdu, car je n'accepte pas le défi. Mais écoutez avant de condamner. Entre nous, est-ce à moi à faire réimprimer un texte qui moisit, hélas, chez mon imprimeur ? C'est aux Bombet, dont le larcin a tant de succès, à faire cette spéculation. Et d'ailleurs à quoi bon cette dépense inutile ? Les deux textes sont déjà en totalité devant le public depuis des années. Il y a un moyen bien plus court. Etablissons un petit parallèle de nos deux ouvrages. Le voici :

Titre de mon livre : Le Haydine, ovvero Leltere sul cel. maestro Giuseppe Haydn.

Mon livre a paru l'an 1812.

BOMBET

Titre du livre de M. Bombet : Lettres sur le cél. compositeur Joseph Haydn. (Le titre est déjà volé).

Celui de Bombct, deux ans après, 1814. (Et il ose m'accuser de plagiat !!!)

N. B. — Bombet dit dans la Préface que plusieurs copies de ses lettres roulant dans Paris, il se détermina à se faire imprimer tout i>if. Le bon homme ! Il était déjà tout mort avant de paraître r car mon livre avec mon nom roulait depuis deux ans.

Mes Haydine sont datées de Vienne, le 15 avril 1808.

Bombet

Les Lettres de Bombet [sont] datées de Vienne, le 5 avril 1808.

Riez, Monsieur, riez à pleine gorge ! Comment se fait-il qu'on ait pris plusieurs faits chez un auteur, dix jours avant qu'il ait commencé à écrire ? C'est aux jongleurs goutteux de Rouen à se tirer de ce mauvais pas et avaler ce tranchant sans se couper la gorge. A nous. Au dernier coup.

Carpani

Lettre première : Haydn !

(nome sacro e risplendente quai sole nel tempio dell' armonia), Haydn, che tanto vi sta a cuore, o amico, vive

Bombet

Lettre première : Mon ami, cet Haydn que vous aimez tant, cet homme rare dont le nom jette un si grand éclat dans le temple de l'har-

LA POLEMIQUE CARPA>'I-BOMBET

ancora, ma, oh qiiam niutatus ab illo ! Quando uscite di Vienna dalla parte délia I.

villa di Schônnbrunn, voi incontrate presso ai concelli délia linea Marlaliûlf un viottolo. A mezzzo di questo sorge un' erma, décente ed umile casetta circondata dal silenzio. Ivi (e non nel palazzo Esterazi, corne credevate, ed ei potrebbe volendolo) soggiorna il dio délia musica instrumentale, ivi uno dei pochi e veri Genii del secolo decimo-ottavo.

monie, vit encore, mais l'artiste n'est plus. A l'extrémité d'un des faubourgs de Vienne, du côté du parc de Schœnbrunn, on trouve près de la barrière de Maria Ililff une petite rue, où l'on passe si peu qu'elle est couverte d'herbe. Vers le milieu de cette rue, s'élève une humble petite maison toujours environnée par le silence. C'est là, et non pas dans le palais Esterhazi, comme vous le croyez et, en effet, comme il le pourrait s'il le voulait, qu'habite le père de la musique instrumentale, un des hommes de génie de ce dix-huitième siècle. ...

C'est assez ! La patience m'échappe. Ab uno disce omnes. Si ceci n'est pas voler, autant de pendus jusqu'ici, autant d'injustices. Au résumé. De 287 pages du livre de Bombet, près de 200 sont de moi. Le reste est de lui, et je le somme de le reprendre, en rétablissant en entier dans sa nouvelle édition mon texte dérobé.

Pardon, Monsieur, de vous avoir si au long et si souvent entretenu d'une si inconcevable dispute. Mon honneur était compromis : il a fallu me défendre. Je n'écrirai plus le mot contre des gens qui, après tout ceci, osent encore vous parler de bonne

foi. Non, je renonce à un combat trop inégal pour un homme d'honneur. Que le public me juge. Les pièces sont devant lui, et les frères Bombet n'ont qu'à soigner leur goutte : j'aurai soin de la mienne.

J'ai l'honneur [d'être. Monsieur],

l'auteur des Lettres su?' Haydn.

J. Carpani.

Le défi de trente pages ne fut pas relevé par Carpani. Au reste, si les exemplaires des Haydine moisissaient à Milan, chez Bucinelli, ceux des Lettres sur Haydn en faisaient autant chez Didot, à Paris. Nous devons tout au moins aux emprunts de Bombct trois lettres curieuses de Carpani et une lettre spirituelle de Bombet junior.

Dernier épisode de la polémique : on trouve à la page 214 du livre de Carpani intitulé Le Majeriane, owero letlere sul bello idéale, in riposta al libro Délia imitazione pittorica del cav. Andréa Majer (Padoue, 1824), le passage suivant dont nous donnons une traduction inédite :

DÉCLARATIO^^ DE l' AUTEUR.

Mon histoire d'il y a quelques années avec le sieur César Alexandre Bombet, français, qui a traduit maladroitement mes Haydine, les a fait imprimer à Paris en les donnant pour siennes, et a soutenu son dire avec une audace incroyable, m'oblige à prévenir ici le susdit Bombet qu'il ait à s'abstenir de

traduire et de s'approprier mes Majeriane ; sinon, je lui arracherai le masque du visage, et toute l'Italie saura qu'il s'appelle, non pas Bombet, non pas Aubertin ^ (autre pseudonyme dont il a signé un autre de ses ouvrages, celui-là vraiment à lui, sur la peinture en Italie), mais bien E*** B*** 2, de Grenoble ; il réside depuis des années dans une capitale très cultivée de l'Italie septentrionale, passant son temps à voler les écrivains de quelque mérite, se faisant un jeu de la renommée d'autrui, mettant d'ailleurs en péril la sienne propre. Qu'il sache, ce fds de l'Isère écumante, que, s'il le faut, je prononcerai son nom tout entier, et que le public italien accolera alors à son nom une série d'épithètes aussi déshonorantes que celle de Bombet.

1. Ce pseudonyme de Stendhal figure une ou deux fois dans la Correspondance, notamment à la fin d'une lettre du 25 janvier 1818 relative préeisément à V Histoire de la Peinture en Italie (Stendhal désespère d'avoir un article aux Débats, ce qu'il exprime dans les termes, à dessein obscurs, qui suivent : il me semble que l'aimable M^^^ (Lingay) n'a pas assez de pouvoir pour mettre M. Aubertin sur la même ligne de bonheur que Jay de Grenoble.) M. Paupe a eu entre les mains un exemplaire relié de la f^ édition de l'Histoire de la Peinture en Ualie, ayant appartenu à Stendhal, et au dos duquel se trouve imprimé, sous le titre, le nom d'Aubertin. La Déclaration de Carpani prouve que des exemplaires de l'Histoire de la Peinture couraient en Italie sous le nom. d'Aubertin.

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