PREFACE XIX
sublime, tout ce qui existait au monde disparut pour elle. Son extase arriva à un état d'exaltation violente... La cantilène, pleine d'une grâce divine, occupait tous les instants où elle ne songeait pas directement à Julien ». Et Stendhal note avec pénétration que la musique joue ici le rôle d'entremetteuse. Elle fait de cette fille orgueilleuse, dont la passion est surtout cérébrale, une amoureuse profonde, toute livrée à Julien, comme l'était Madame de Rénal. « Elle passe une partie de la nuit à répéter cette cantilène sur son piano ». Et c'est la nuit suivante qu'elle reçoit Julien dans son lit ^.
On peut s'étonner que des opéras-bouffes, quels qu'en soient la verve et l'insouciant génie, aient causé chez les dilettantes de pareils transports. Mais la sensibilité musicale de ce temps recevait des œuvres, qu'un siècle de distance a pâlies et attiédies pour nous, des impressions aussi violentes que celles que nous procurent les drames frénétiques de Wagner et de Richard Strauss ^. Et de plus, Vopera buffa exerçait sur Stendhal un singulier pouvoir. Par un effet, qui semble paradoxal, ce n'était que « là seulement qu'il était attendri jusqu'aux larmes... »
« Je ne puis être touché jusc|u'à l'attendrissement qu'après un passage comique. De là mon amour presque exclusif pour Vopera buffa... La prétention