VIII PREFACE
moments les meilleurs exemples du xviii^ siècle, — combien cet ouvrage nous livre déjà de la pensée de Stendhal, qui n'a guère changé, depuis, sur les points essentiels.
Mais d'abord, tâchons d'expliquer pourquoi ce premier livre d'un romancier est une étude musicale.
On ne sait pas assez quelle place la musique a tenue dans le cœur de Henri Beyle. Elle n'a pas été pour lui une simple jouissance, une distraction aimable, au milieu d'intérêts plus pressants, mais une passion, et la plus forte, la plus profonde, la plus constante des passions. C'est lui-même qui le dit :
« La musique a peut-être été ma passion la plus forte et la plus coûteuse ; elle dure encore à cinquante-deux ans, et plus vive que jamais. Je ne sais combien de lieues je ne ferais pas à pied, ou à combien de jours de prison je ne me soumettrais pas pour entendre Don Juan ou le Matrimonio segreto, et je ne sais pour quelle autre chose je ferais cet effort ^. »
A seize ans, quand il arriva de Grenoble à Paris, il songeait à se consacrer entièrement à la musique ; et vers la fin de sa vie, il regrettait encore de ne l'avoir pas fait. Il se reprochait « de n'être pas parti de Paris pour être laquais de Paisiello à Naples ^ ».