XXX PREFACE
publier la traduction des Haydine de Carpani, quand son éditeur Didot lui objecta qu'un livre annoncé comme traduit de l'italien ne trouverait pas de lecteurs. Alors, il mit un nom d'invention : Louis-Alexandre-César Bombet ; après cjuoi, il se désintéressa complètement de l'ouvrage et de ses destinées, ajoutant : « Ln anonyme peut -il être un plagiaire ^ ? »
La question est spécieuse. On peut dire en effet que Stendhal n'a point voulu tirer profit, et qu'en réalité il ne tira aucun profit du livre de Bombet. Mais il n'avait pas le droit d'imposer cet anonymat à un autre, et d'être désintéressé, aux dépens de Carpani ^. — Aussi bien, ce c{ue je lui reproche le plus, ce n'est pas d'avoir écrit et publié son livre, sans mentionner Carpani, c'est d'avoir opposé aux
1. Ce goût do l'anonymat, ovi des pseudonymes, ne provient pas seulement chez Stendhal de son penchant aux mystifications, mais de sa pudeur étrange à parler de ce qui lui tenait le plus au cœur. — ' Pendant tout le cours de ma vie, écrit-il, je n'ai jamais parlé de la chose pour laquelle j'étais passionné, la moindre objection m'eût percé le cœur. Je n'ai jamais parlé littérature. Mon ami, alors intime, M. Adolphe de Mareste, m'écrivit à Milan pour me donner son avis sur Les Vies de Haydn, Mozart et Métastase. Il ne se doutait nullement que j'en fusse the autor. » [Vie de Henri Brûlard, I, 208.)
2. Quelques phrases, çà et là, dans le livre, font sentir que Stendhal avait, malgré tout, une honte secrète à se parer, sans le dire, de pensées étrangères :
« Il n'y a peut-être pas une seule phrase dans cette brochure qui ne soit traduite de quelque ouvrage étranger. » (Lettre XXII sur Haydn, p. 2.39.)
« On n'a pas noté avec exactitude toutes les idées pillées. Cette brochure n'est presque qu'un centon. » [Lettre sur l'état actuel de la musique en Italie, p. 39.5, en note.)