‹ Vies de Haydn, de Mozart et de MétastaseChapitre 30 sur 129 · XXXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXXII PREFACE

grenues, on approuve Stendhal d'avoir voulu faire connaître en France le meilleur ouvrage qui permît de pénétrer dans l'intimité de Haydn ^. Et nous le louerons aussi d'avoir allégé ce livre de son pédantisme verbeux, en le présentant au public, sous une forme plus vive et plus claire. Bombet junior avait bien vu dans le style de son frère Louis- Alexandre-César c( le premier mérite de l'ouvrage » ; et il avait été le premier à en célébrer « la grâce, la sensibilité sans affectation, et qui n'exclut pas le piquant » ^. On n'est jamais mieux loué que par soi-même ! Reconnaissons l'élégante simplicité du récit, l'aisance cavalière,- — un peu trop négligée, parfois, — avec laquelle il se joue des difficultés d'une composition touffue et surchargée, en mêlant l'histoire et l'esthétique aux anecdotes spirituelles, aux souvenirs personnels, sans jamais tomber dans la confusion ni dans le pédantisme. Si cet art du récit n'a pas encore atteint la brillante maturité qui s'épanouit dans La Vie de Rossini (1823), c'est bien le même esprit, que Stendhal caractérisera plus tard, par son amusante devise empruntée aux Nuées : « Laissez aller votre pensée, comme cet in-

fle France, contenant quelques particularités de sa vie privée, relatives à sa personne et à ses ouvrages, adressée à la classe des Beaux-Arts par M. Framery, son correspondant. Paris, Barba, 1810.

Notice historique sur Joseph Haydn, etc., par. T. Le Breton, membre de l'Institut, etc. Paris, 1810.

1. On en peut dire autant du choix qu'il a fait pour La Vie de Mozart, qui est assez bien informée.

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secte qu'on lâche en l'aii* avec un fil à la patte. » Rien n'est plus loin de l'érudition massive et gourmée de nos musicologues d'à présent ; et ils ne feraient pas mal de relire de temps en temps quelques lettres de ce grand dilettante, qui d'ailleurs affectait de ne pas se soucier d'eux et mettait son dandysme à prétendre qu'il écrivait « pour les jeunes femmes qui entrent dans le monde ^. »

Quant à ses idées, nous avons vu que bien peu lui appartiennent. Son originalité se réduit, pour une part, à des nuances de critique ou d'admiration personnelles, qui viennent corriger les jugements de Carpani. C'est ainsi qu'il introduit, à tout propos et même hors de propos, l'éloge enthousiaste de Cimarosa, dont il analyse le Matrimonio ^, ou des citations de Shakespeare ^, son admiration pour Corrège *, pour Louis Carrache ^, pour le Saint Michel de Guide ^, pour Canova '. C'est ainsi qu'il ne manque jamais, quand il rencontre chez Carpani

1. II ne faut pas le prendre trop à la lettre, comme a fait Michel Brenct, qui prétend que son but unique est de plaire au public. Stendhal est trop libre, trop dédaigneux, — et trop paresseux — ■ pour s'astreindre à une pareille contrainte. Avant tout, il écrit pour son plaisir. « J'écris pour m'amuser », dit-il (Lettre XVI, p. 164). - — ■ Nul ne fut jamais moins homme de lettres :

« Les critiques lui ont dit qu'il n'aurait jamais l'honneur d'être homme de lettres. A la bonne heure. » (Vie de Rossini.)

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