PREFACE XXXVII
à son public vaniteux et froid ^, au caractère français qui est vif et spirituel, mais dénué de vraie naélancolie comme de gaieté vraie ^.
Mais le meilleur et le plus personnel, dans cette étude de Haydn où, sur Haydn même, Stendhal ne dit rien qui ne soit emprunté ^, ce sont ses jugements sur Mozart. C'est le seul sujet sur lequel il ose, en musique, tenir tête à Carpani. Celui-ci n'admire pas Mozart sans restrictions. Stendhal n'en fait aucune. Il sacrifie même à son amour pour lui ses préjugés contre la musique instrumentale et les dangers qu'elle fait courir au beau chant. A cette croyance enracinée il fait une exception, une seule, en faveur de Mozart ; et, incapable d'expliquer cette anomalie, il s'en tire en déclararit que Mozart « est le La Fontaine de la musique ». C'est tout dire. Car on sait que, pour Stendhal, La Fontaine est le plus grand écrivain français. « Comme ceux qui ont voulu imiter le naturel du premier poète de la langue française n'ont attrapé que le niais, de même les compositeurs qui veulent suivre Mozart tombent dans le baroque le plus abominable * ».
Et la comparaison des peintres avec les musiciens ^
est romance française. » {Vie de Henri Brùlard, II, 105.) Il prête cette antipathie à ses personnages de roman : « La musique chantée par des Français ennuyait M^'^ de la Môle à la mort. » [Rouge et Xoir, chap. xliii.)