XXXVIII PREFACE
lui est une occasion de dire sa tendresse pour lechantre de l'amour et de la mélancolie, — comme s'il n'avait point la patience d'attendre, pour l'exprimer, l'étude qu'il va consacrer spécialement à la vie et à l'œuvre de Mozart,
La Vie de Aîozart se divise en deux parties : — la plus longue, la biographie proprement dite,, empruntée, comme l'a montré M. Daniel Muller, à Winckler et à Cramer, non pas à Schlichtegroll, est un agréable récit, où Stendhal n'a introduit, de son cru, que c|uelques traits d'esprit et une note sur le romantisme, dont nous reparlerons. — L'autre partie, une Lettre sur Mozart, est une charmante étude de la musique de Mozart. Elle est tout entière de Stendhal, et Stendhal s'y est mis tout entier. On n'a jamais mieux analysé la psychologie amoureuse de ces beaux chants, et particulièrement des airs de la comtesse dans Le Nozzedi Figaro, « cette douce mélancolie, ces réflexions sur la portion de bonheur que le destin nous accorde, tout ce trouble qui précède la naissance des grandes passions ». De toutes les œuvres de Mozart, c'est Figaro cju'il préfère ^. « Mélange sublime d'esprit et de mélancolie, tel qu'il ne s'en trouve pas un second exemple... Chef-d'œuvre de pure tendresse
1. Dans la Lettre XVIII sur Haydn, la seule addition qu'il fasse à la liste des chefs-d'œuvre musicaux, copiée dans Carpani, c'est Figaro de Mozart.
PREFACE
-et de mélancolie, absolument exempt de tout mélange importun de majesté et de tragique ; rien au monde ne peut être comparé aux Nozze di Figaro... » Mais il n'en réserve pas moins une ardente adoration aux auti^es opéras du maître. Chose remarquable, et qui prouve en faveur de son goût, Idomeneo, moins connu, mais si riche en musique^ et qui contient peut-être les airs les plus passionnés de Mozart ^, rivalise avec Figaro, dans les préférences de Stendhal. « Rien absolument ne peut être comparé à Idoménée... C'est le premier opéra séria existant. )) — Il ne peut entendre sans larmes La Clémence de Titus (surtout le pardon, de la fin : « Sesto non più »). Il apprécie magnifiquement le
• caractère tragique de Don Juan, « l'accompagnement terrible de la réponse de la statue, absolument pur de toute fausse grandeur, de toute enflure ^ : c'est, pour l'oreille, de la terreur à la Shakspeare ». — Et son amoureuse partialité en faveur de Mozart lui fait trouver autant de charme au poème qu'à la musique de La Flûte enchantée, « cette œuvre qui ressemble aux jeux d'une imagination tendre en délire ». — Le naturel de Mozart lui paraît inimitable ; et il a vu en lui non seulement le plus grand mélodiste, mais le plus génial inventeur dans la langue harmonique ^.