PREFACE XLVII
«ce qu'elle doit penser, le reste de la journée ^ ». Tout au plus, reconnaît-il quelques lueurs d'originalité dans le peuple, « trop ignorant pour être imitateur ». — 11 n'oublie que cette élite française, dont il est un si bel exemple, et qui, depuis huit siècles, marche en tête de l'Europe, par l'intrépide indépendance de sa lumineuse raison. Il est vrai que Stendhal ne vise que la sensibilité (l'insensibilité) artistique de la France, et qu'il ne lui a jamais dénié la primauté de l'intelligence. Car le plus curieux est que s'il ne trouve de plaisir qu'aux œuvres d'art italiennes, il reconnaît lui-même qu'en France seulement il a chance de trouver des lecteurs capables de s'intéresser aux discussions sur l'art, et que ses lettres sur l'Italie ne pouvaient €tre publiées qu'à Paris ^.
Le tableau qu'il fait de l'Italie en 1814 montre d'ailleurs que sous l'apparente splendeur artistique il voit poindre la décadence. C'est la dernière flambée. Si la France manque d'un public pour l'art, le public - — ■ si vivant qu'on le suppose — ne suffît pas en Italie à compenser la médiocrité croissante des orchestres et du chant. Stendhal, qui ne connaît encore du jeune Rossini que quelques airs, k d'une grâce étonnante », pronostique la fm de l'âge d'or, dont Canova et Paisiello vieilli lui semblent
1. « Cette haute société (dira-t-il plus tai-d), dévastée par l'ironie et la terreur du ridicule, poussée jusqu'à la poltronnerie la plus amusante. » (Vie de Rossini.)
2. Cf. dans la Vie de Rossini, ce qu'il dit « de la supério- Tité intellectuelle des gens du Nord, formée par deux cents •ans de discussion. »