BIBLIOGRAPHIQUE ET CRITIQUE
On lit dans le Journal de Stendhal, 30 juin 1814 : « Je travaille depuis le 10 mai à Métastase et à Mozart. . . Ce travail me donne beaucoup de plaisir. » Haydn devait déjà être terminé, Stendhal ayant vraisemblablement connu les Haydine de Carpani au cours du séjour qu'il fit à Milan de septembre à novembre 1813.
Ecrit pendant une période où Henry Beyle pouvait avec raison broyer du noir, son premier livre imprimé ne se ressent pas de cette circonstance ; à peine y trouve-t-on un ou deux passages de mélancolie déjà résignée, notamment la fin de la première lettre sur Métastase. Le malheur a cela de bon qu'il mène souvent au bonheur les âmes fortement trempées.
LVI AVANT-PROPOS
Le traité passé avec Didot pour l'impression du livre n'a pas été retrouvé. Nous savons seulement que Stendhal s'engageait à payer tous les frais d'impression, de corrections, de brochage, etc. ; moyennant quoi, Didot, ou les libraires chargés de la vente, lui remboursaient cinq francs par exemplaire vendu, défalcation faite des treizièmes : c'est du moins ce qui semble résulter d'une lettre du 19 avril 1820 au baron de Mareste, où Stendhal, construisant, à son ordinaire, quelques châteaux en... Amérique, calcule que la vente de 600 exemplaires de la Vie de Haydn lui rapporterait de quoi aller passer trois mois à Philadelphie.
Quant au manuscrit, il a également disparu : il n'en reste, à la bibliothèque de Grenoble, que quelques pages en copie, avec corrections autographes de Stendhal ; elles forment actuellement les f"^^ 68 à 75 du tome XI des papiers de Beyle (R. 5896) : c'est la deuxième lettre sur Mozart (pages 315-323 de la présente édition). Elles contiennent quelques variantes que M. Débraye a bien voulu relever pour nous et que nous indiquerons à leur place. A la fin de la lettre, on lit cette note, de la main de Stendhal : « For the stile : una et eadem die facta, prima julii 1814 », indication qui concorde bien avec le renseignement donné par le Journal.
Dans la première semainie d'août 1814, Stendhal repartit pour Milan, et négligea totalement la correction des épreuves, dont se chargea son ami
AVANT-PROPOS LVII
Louis Crozet, un des rares familiers qui fussent au courant de la manie stampante du nouvel auteur. Quelques années plus tard, Stendhal lui-même qualifiait plaisamment la Vie de Haydn de « livre assez robinet d'eau tiède » (lettre du 24 octobre 1818, Correspondance, édition Paupe, tome II, page 111). Mais on sait assez ce qu'il faut penser des déclarations de modestie des auteurs.
La Bibliographie des œiwres de Stendhal de M. Henri Cordier donne la description détaillée des diverses éditions de la Vie de Haydn ; nous n'y reviendrons donc pas ici, nous contentant d'ajouter quelques renseignements concernant le texte et les destinées de l'ouvrage.
Tirées chez Didot à 1.000 exemplaires, aux frais de Stendhal, les Lettres sur Haydn, par L. A. C. Bombet, quoique datées de 1814, ne furent vraisemblablement mises en vente qu'au commencement de 1815 ; elles sont annoncées dans le n'' 4 du 28 janvier 1815 de la Bibliographie de la France {n^ 323 : Lettres écrites de Vienne, etc., in-8° de 29 feuilles 1 /4. Prix: 7 francs).
Les frais d'impression qui s'élevèrent à 1790 francs (cf. Comment a vécu StendJial, page 190) furent entièrement soldés dès le mois de mai 1815, ainsi qu'en témoigne le reçu inédit ci-dessous, que nous
LViir
AVANT-PROPOS
devons à l'obligeance de M. Débraye (Bibliothèque de Grenoble, R. 5896) :