RUE DU PONT-DE LODI
n° G près la rue de Thion ville
DOIT Monsieur
300 affiches placard des Lettres sur
Haydn
Timbre
Affichao-e
fr.
J'ai reçu de M. Crozet la somme de quatre cent cinq francs cinquante centimes, tant pour solde de l'affiche ci-dessus que pour celui de l'impression des Lettres sur Haydn et la brochure de deux cents exemplaires mentionnée en mon mémoire. Paris, ce 2 mai 1815.
RiGAULT,
p' DiDOT l'aîné.
Ce qui caractérise cette première édition, à part la beauté du papier et des caractères, c'est l'incorrection absolue du texte : il est criblé de fautes de toute espèce. Tout indique que les épreuves ont été relues à la hâte, par quelqu'un qui ignorait l'italien, l'anglais, la musique. L'auteur était à Milan ; ses pensées étaient à mille lieues de la Vie de Haydn. Louis Crozet, s'il a été réellement chargé par Sten -
AVANT-PROPOS
dhal de corriger son livre, a cette fois trahi, sans le vouloir, son ami. Les six cartons ou feuillets de rechange, intercalés entre les pages 466 et 467 ^, Verrata de six corrections qui figure au bas de la page 468 et dernière, étaient des plus insuffisants. On remarquera que la première édition ne comporte pas de titres courants changeant de façon continue à chaque page; c'est encore un signe certain de précipitation, car Stendhal tenait beaucoup à ces titres courants. Seule, une table développée figure à la lin du volume : les diverses rubriques de cette table ne sont que les titres
1. Contrairement à M. Maignien, nous pensons, en effet, que ces cartons n'ont pas été tirés en 1817, mais bien en 1814 ; ils étaient déjà joints aux exemplaires de 1814, mis en vente brochés ; dans les exemplaires reliés qui sont actuellement dans les bibliothèques publiques ou privées, les relieurs ont naturellement substitué les cartons aux feuillets primitifs, qui ont ainsi disparu : ces cartons sont facilement reconnaissablés au signe * dont ils sont marqués. M. Edouard Champion tient de M. Maignien un des deux exemplaires de la Vie de Haydn mise en vente en 1817, trouvés par M. Maignien chez un bouquiniste de Grenoble ; ces exemplaires sont brochés et non coupés ; ils contiennent par conséquent les six cartons et les six feuillets primitifs. Nous avons pu constater, sur le rarissime exemplaire de M. Champion, que les feuillets primitifs ne contenaient que des fautes de typographie proprement dites. Il serait trop long de les donner ici. A signaler cependant, à la page primitive 217, une phrase restée inachevée : « Il me semble voir Delille voulant nous peindre. », qui a été supprimée dans le carton correspondant ; à signaler également le carton 131-132 qui a été fait uniquement pour corriger le vers du Marchand de Venise, défiguré dans le feuillet primitif. Au demeurant, les cartons contiennent eux-mêmes de nouvelles fautes.
LX AVANT-PROPOS
courants qui auraient dû figurer au haut des pages. L'insuccès du livre fut complet : les protestations de Carpani, les entrefilets du Constitutionnel ne parvinrent pas à galvaniser les acheteurs ; aussi bien les événements politiques ne se prêtaient guère au débit d'une brochure sur la musique. On trouvera, dans la Correspondance et dans plusieurs articles publiés récemment par M. Paupe ^, des détails amusants sur les déboires de l'auteur 2.
1. M. Ad. Paupe, qui voulut bien nous servir de parrain lors de notre admission au Stendhal Club, a mis à notre disposition, pour notre travail, les trésors de son admirable bibliothèque. Qu'il reçoive ici la nouvelle assurance de nos vifs remerciements et de notre affectueux dévouement.
2. Voici une lettre inédite, très probablement adressée à Louis Crozet par le libraire Renouard, que nous communique M. Débraye (Bibliothèque de Grenoble, R. 5896) :
Monsieur,
M'' Didot m'a communiqué le livre dont fait mention la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 18 courant. Très volontiers je me chargerai du débit de cet ouvrage. Votre prix étant de 7 fr. pour le public, ce qui est un peu cher, et de 6 pour [le] libraire, je vous tiendrai compte à cinq francs de tous ceux que j'aurai vendus. Ce prix est pour les exemplaires fournis brochés, avec les treizièmes gratis, ainsi qu'il est d'usage constant en librairie.
M"^ Didot m'a fait ce matin une première fourniture de cinquante-deux exemplaires brochés. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour accélérer le débit de cet ouvrage, ainsi que de l'autre sur la Peinture, que vous annoncez devoir mettre sous presse dans quelques mois.
J'ai l'honneur de vous saluer très sincèrement.
Ant.-Aug. Renouard.
Paris, le 21^ février 1815.
Voir aussi la lettre de Bombet au prince Odescalchi, publiée par M. Paul Arbelet (Mélanges d'archéologie et d'histoire, Ecole Française de Rome, tome XXIX, pages 233-238).
AVANT-PROPOS LXI
Le livre eut pourtant un honneur bien inattendu : celui d'une traduction anglaise, en 1817, chez John Murray à Londres, avec quelques notes curieuses ; nous en reproduirons quelques-unes. Bien que de nombreux passages aient été ou abrégés ou même supprimés, elle est relativement fidèle ; mais on y remarque de nombreux contre-sens. Le traducteur prenait Bombet au sérieux et ignorait totalement les lettres de Carpani. La Quarterly Review (n^ d'octobre 1817, pages 73-99) rendit compte du livre dans un article qui n'en est qu'une sèche analyse ^. La traduction anglaise ^ ne fut sans doute pas étrangère au voyage que fit Stendhal en Angleterre en 1817 ^ ; faite en dehors de lui, elle ne lui rapporta rien ; mais elle le mit en relations avec des libraires et des publicistes anglais. Elle lui donna, en tout cas, l'idée d'essayer un nouveau lancement de son ouvrage.
1. Citons encore, pour mémoire, un article sur l'histoire de la Musique, paru dans le n» 66 de VEdinhurgh-Review, (mai 1820, pp. 351 à 382). Les trois dernières pages de l'article sont consacrées à une notice sommaire sur Haydn et Mozart, tirée de l'ouvrage de Bombet: l'auteur, dit l'article, est « un Français qui a vécu dans l'intimité de Haydn quelques années avant sa mort ». On ignorait donc, en 1820, à Londres, la polémique Carpani et la vraie personnalité de Bombet.
2. Elle est de Rob. Brewin (d'après Eitncr, Biographisch- Bibliographisches Quellen-Lexlcon, etc., au mot Mozart, tome IX).
3. Au mois d'août. Il existe un manuscrit (non autographe) contenant le commencement du journal du voyage à Londres.
AVANT-PROPOS
Ce lancement eut lieu fin 1817. La librairie Didot brocha et mit en vente 300 exemplaires de la Vie de Haydn avec un nouveau titre, sans nom d^auteur, une nouvelle préface, et un nouvel errata de 37 corrections, dont cjuelques-unes très intéressantes. (Lettres des 29 octobre et 3 novembre 1817, Correspondance, tome II, pages 35 et 38.) L'errata fut sans doute confectionné par Mareste. Il est encore des plus incomplets, et contient lui-même une ou deux fautes nouvelles. Il est sui\T. d'une note de Stendhal ainsi conçue :
« L'auteur, se promenant par hasard dans Albe- « marle-Street, a vu chez Murray la traduction de « son livre. Il doit des remerciements au traducteur, « dont il ignore jusqu'au nom. Le style anglais « paraît simple et clair ; malheureusement, il y a « une trentaine de contre-sens, et ils se rencontrent « dans les points les plus délicats de l'analyse.
« C'est avec le plus vif plaisir que l'auteur a lu « les excellentes notes signées de la lettre G ^. Il « eût cédé à la tentation de les traduire, s'il n'eût « craint de donner un aspect trop savant à son « ouvrage. Il est parfaitement d'accord avec M. G. c( sur Beethoi'en. En 1808, il n'avait pas entendu un