Acte I, se. I
voilà la gaieté italienne ; c'est de la gaieté annonçant le bonheur : parmi nous elle serait bien près du mauvais ton ; ce serait montrer soi heureux, et en quelque sorte occuper les autres de soi. La gaieté française doit montrer aux écoutants qu'on n'est gai cjue pour leur plaire ; il faut même, en jouant la joie extrême, cacher la joie véritable que donne le succès.
La gaieté française exige beaucoup d'esprit : c'est celle de Le Sage et de Gil Blas ; la gaieté d'Italie est fondée sur la sensibilité, de manière que, quand rien ne l'égayé, l'Italien n'est point gai.
Notre jeune homme des îles Borromées ne voyait rien d'infiniment réjouissant à rencontrer à une table d'hôte deux Français bien élevés : il était poli ; nous, nous l'aurions voulu amusant.
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De manière qu'en Italie, les actions dépendant davantage de ce qu'éprouve l'homme qui agit, quand cette âme est commune, l'Italien est le plus triste compagnon du monde. J'en portais un jour mes plaintes à l'aimable baron W. . . : « Que voulez-vous ? me dit-il, nous sommes, à votre égard, comme les melons d'Italie comparés à ceux de France : chez vous, achetez-les sans crainte sur la place, ils sont tous passables ; chez nous, vous en ouvrez vingt exécrables, mais le vingt et unième est divin, »
La conduite des Italiens, presque toujours fondée sur ce que sent leur âme, explique bien leur amour pour la musique, qui, en nous donnant des regrets, soulage la mélancolie *, et qu'un homme vif et sanguin, comme sont les trois cfuarts des Français, ne peut aimer de passion, puisqu'elle ne le soulage de rien, et ne lui donne habituellement aucune jouissance vive.
Que dites-vous de ma philosophie ? Elle a le malheur d'être assez conforme à la théorie des philosophes français que vous vilipendez aujourd'hui ; théorie qui fait naître les beaux-arts de Vennui ^ : je mettrais à la place de l'ennui la mélancolie, qui suppose tendresse dans l'âme.
L'ennui de nos Français, que les choses de sentiment n'ont jamais rendus ni très heureux ni très malheureux, et dont les plus grands chagrins sont