Ennui d'un homme tendre, toujours mêlé de regrets
des malheurs de vanité, se dissipe par la conversation, où la vanité, qui est leur passion dominante, trouve à chaque instant l'occasion de briller, soit par le fonds de ce cju'on dit, soit par la manière de le dire. La conversation est pour eux un jeu, une mine d'événements. Cette conversation française, telle qu'un étranger peut l'entendre tous les jours au café de Foy et dans les lieux publics, me paraît le commerce armé de deux vanités.
Toute la différence entre le café de Foy et le salon de madame la marquise du Deffant^, c'est qu'au café de Foy, où se rendent de pauvres rentiers de la petite bourgeoisie, la vanité est basée sur le fonds de ce cju'on dit : chacun raconte à son tour des choses flatteuses qui lui sont arrivées ; celui qui est censé écouter attend, avec une impatience assez mal déguisée, que son tour soit arrivé, et alors entame son histoire, sans répondre à l'autre en aucune manière.
Le bon ton, qui, là comme dans un salon, part du même principe ^, consiste, au café de Foy, à écouter Vautre avec une apparence d'intérêt, à sourire aux parties comiques de ses contes, et, en parlant de soi, à déguiser un peu l'air hagard et inquiet de l'intérêt personnel. Voulez- vous des portraits bien francs de cet intérêt personnel dans toute sa rudesse ?