JOHN MUERAY, ALBEMARLE-STREET
TiTRK DE I.A TRADUCTION ANGLAISE.
se moque ; on y reconnaît son style, et surtout les petites affectations et les petites erreurs dans lesquelles il est sujet à tomber.
Du temps de Charles VI, le célèbre Porpora vivait à Vienne, pauvre et sans travail : sa musique ne plaisait pas à ce monarque connaisseur, comme trop pleine de trilles et de mordenti. liasse fit un oratorio pour l'empereur, qui lui en demanda un second. Il supplia Sa Majesté de permettre que Porpora exécutât ce travail : l'empereur refusa d'abord, disant qu'il n'aimait point ce style chevrotant : mais touché de la générosité de Hasse, il finit par consentir à sa demande. Porpora, prévenu par son ami, ne mit pas un trille dans tout l'oratorio. L'empereur étonné répétait pendant la répétition générale : « C'est un autre homme : plus de trilles ! » Mais, arrivé à la fugue qui terminait la composition sacrée, il vit que le thème commençait par quatre notes trillées. Or vous savez que dans les fugues le Sujet passe d'une partie à une autre, mais ne change pas : quand l'empereur, qui avait le privilège de ne rire jamais, entendit, dans le grand plein de la fugue, ce déluge de trilles qui semblait faire une musique de paralytiques enragés, il n'y put tenir, et rit peut-être pour la première fois de sa vie. En France, pays de la plaisanterie, celle-ci eût peut-être paru déplacée ; à Vienne, elle commença la fortune de Porpora.
De tous les morceaux comiques de Haydn, il ne
nous en reste qu'un : c'est cette symphonie connue, pendant laquelle tous les instruments disparaissent successivement, de façon qu'à la fin le premier violon se trouve jouer tout seul. Cette pièce singulière a fourni trois anecdotes, qui toutes sont attestées à Vienne par des témoins oculaires ; jugez de mon embarras. Les uns disent que Haydn, s'apercevant que ses innovations le faisaient voir de mauvais œil par les musiciens du prince, voulut se moquer d'eux. Il fit jouer sa symphonie, sans répétition préliminaire, devant Son Altesse, qui avait le mot de l'énigme : l'embarras des musiciens qui croyaient tous s'être trompés, et surtout la confusion du premier violon, quand à la fin il s'entendait jouer seul, divertit la cour d'Eisenstadt.
D'autres assurent que, le prince voulant congédier tout son orchestre, à l'exception de Haydn, celui-ci trouva ce moyen ingénieux de figurer le départ général, et la tristesse qui s'ensuivrait : chaque musicien sortait de la salle à mesure que sa partie avait fini. Je vous fais grâce de la troisième version.
Une autre fois, Haydn cherchant à amuser la société du prince, alla acheter, dans une foire d'un bourg de Hongrie, voisin d'Eisenstadt, un plein panier de sifflets, de petits violons, de coucous, de trompettes de bois, et de tous les instruments qui font le bonheur des enfants. Il prit la peine d'étudier leur portée et leur caractère, et composa la sympho-
nie la plus plaisante avec ces seuls instruments, dont quelques-uns même exécutent des solo : le coucou est la basse générale de cette pièce.
Beaucoup d'années après, Haydn, étant en Angleterre, s'aperçut que les Anglais, qui aimaient beaucoup ses compositions instrumentales quand le mouvement en était vif et allegro, s'endormaient ordinairement à Vandante ou à V adagio, quelques beautés qu'il cherchât à y accumuler : il fit un andanie plein de douceur, de suavité, et du chant le plus tranquille ; tous les instruments semblèrent s'éteindre peu à peu ; et au milieu du plus grand pianissimo, partant tous à la fois, et renforcés par un coup de timbale, ils firent ressauter l'auditoire endormi *.