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LETTRE XIIL
Salzbourg, iSmai 1809-
La mélodie, c'est-à-dire cette succession agréable de tons analogues qui émeuvent doucement Foreille , sans jamais lui déplaire^ la mélodie , par exemple l'air
Signora contessina (i),
chanté par madame Barilli dans le Matrimonio segreto , est le moyen principal de produire ce plaisir physique. L'harmonie
(i) Je parle si souvent du Matrimonio segreto , qui est le chef-d'œuvre de Cimarosa, et que je regarde comme très connu à Paris, que l'on me conseille de nicher dans quelque coin un petit extrait de la pièce pour les amateurs de musique qui n'hahitent pas Paris.
Geronimo , un marchand de Venise très riche et un peu sourd, avait deux filles, Caroline et Elisette. L'aimâble Caroline venait de consentir à épouser secrète^
SUR HAYDN. ï3g vient ensuite. C'est le chant qui est le charme de la musique^ disait sans cesse Haydn. C'est
ment Paolino , le premier commis de son père («2)5 mais celui-ci avait la manie de la noblesse, et ils étaient fort embarrassés pour lui déclarer leur mariage. Paolino, qui cherchait toutes les occasions de lui faire sa cour, avait arranj^é celui d'Elisette, sa fdle aînée, avec le comte Robinson : Geronimo est charmé de s'allier à un homme titré, et de voir sa fdle devenir comtesse (6). Le comte arrive, on le présente à la famille (c): les grâces de Caroline lui font changer de dessein (d) } il déclare à Paolino, l'amant de Caroline, qu'il va la demander pour épouse au lieu d'Elisette , et que, pour faire consentir le vieux marchand à ce troc, assez
(«) La pièce commence par deux duo pleins de tendresse, qui nous inte'ressent sur-le-champ aux amans, et qui font l'exposition. Caral Cara/ est]e commencement du premier duo. Les premières paroles du second sont : lotilascio perche unilL
{h) Il chante ce bel air de basse-taille, le Orechie spalaircate y où se trouve la réunion singulière du ridicule le pliis vrai et d'une onction touchante. On rit de Geronimo, mais on l'aime, et le sentiment de l'odieux est éloigné de l'ame du spectateur pour tout le reste de la pièce.
(c) Il chante, en entrant, l'air Senzafar cerijnonie,
[d] Il cor rri' a inganatoj et ensuite beau quatuor peignant les passions les plus profondes sans mélange de tristesse. C'est un des morceaux qui marquent le mieux la différence de.s routes suivies par Cimarosa et par Mozart, Qu'on se figure ce dernier traitant le sujet de ce quatuor.
î4o LETTRES
aussi ce qu'il y a de plus difficile à faire. II
ne faut que de l'étude et de la patience pour
simple dans un mariage de convenance, il se contentera d'une dot de 5o,ooo écus au lieu de 100,000 qui ont été promis (e). Elisette, très piquée de la froideur du comte, et qui le surprend baisant la main de Caroline, le dénonce à Fidalma , sœur du vieux marchand (/), qui, de son côté, pense que sa grande fortune la rend un parti très sortable pour Paolino. Geronimo , qui est sourd , n'entend pas bien la propo^ sition du comte et les plaintes d'Elisetie (^), et entre dans un accès de colère qui fait le final du premier acte {h).
Au second , dispute entre le comte et Geronimo : c'est le fameux duo Se fiato in corpo avete. Désespoir de Caroline, qu'on veut mettre au couvent^ proposition de Fidalma à Paolino jalousie de Caroline, air superbe chanté par elle et supprimé à Paris : elle pardonne à Pàolino, qui lui expose les mesures qu'il a
[e) Duo touchant que Paolino commence par cette belle prase : Deh signore!
[f) Air : In voglio suzurar la casa e la cita.
[g) Air : Voi credete che i sposifacian corne li plehei.
{h) On ne trouve jamais, dans Mozart, de ces sortes de morceaux, chefs-d'œuvre de verve et de gaieté; mais aussi un air tel que Doue sono i bei momenti^ dans la bouche de Caroline, peindrait sa situation d'une manière plus touchante^
(i) Air ; Ma con un marito via megUo sistâ.
SUR HAYDN. i4i
produire des accords agréables j mais trouver un beau chant est l'œuvre du génie. J'ai sou-
prises pour leur secret départ^ c'est Tair à prétention de la pièce : Pria che spunti in ciel V aurora.
Le comte et Elisette se rencontrent en venant prendre des flambeaux au salon pour rentrer se coucher dans leurs appartemens. Le comte lui déclare qu'il ne peut l'épouser {h). Il est près de minuit , la tremblante Caroline paraît avec son amant : comme ils traversent le salon pour prendre la fuite, ils entendent encore quelque bruit dans la maison , et Paolino rentre avec sa femme dans la chambre de celle-ci. Elisette, que la jalousie tient éveillée , entend parler distinctement dans cette chambre , croit que c'est le comte , appelle son père(/) et sa tante, qui s'étaient déjà retirés chez eux. On frappe à la porte de Caroline ^ elle en sort avec son amant : tout se découvre , et sur les instances du comte^ qui chante au père le bel air Ascoltate un nom delmondo, et qui, pour obtenir la grâce de Caroline, consent à épouser Elisette , celui-ci pardonne aux amans.
Cette pièce est originairement du fameux acteur Garrick. En anglais, le caractère de la sœur est atroce j et tout le drame est sombre et triste j la pièce italienne est , au contraire, une jolie petite comédie, très bieq, coupée par la musique.
(^) Très joli air de Farinelli : Signorina , io nonv* amo, ( V) Air : // conte, sta chiuso con mia sorelina.
s LETTRES vent pensé que s'il y avait une académie de musiciens en France , il y aurait un moyen bien simple de leur faire faire leurs preuves; ce serait de les prier d'envoyer à l'académie dix lignes de musique , sans plus.
Mozart écrirait :
Voi che sapete.- Cimarosa^
Da che il caso è disperato.
Matrimomo.
Paësiello ,
Quelli là.
La Molinara.
Mais qu'écriraient M.**, et M.**, et M.**?
En effet, un beau chant n'a pas besoin d'ornemens ni d'accessoires pour donner du plaisir. Voulez -vous voir si un chant est beau ? Dépouillez - le de ses accompagnemens. On peut dire d'une belle mélodie ce qu'Aristenette disait de son amie :
Induituj' y formosa est y exuitur ipsa forma est. Vêtue, elle est belle j nue, c'est la beauté elle-même. .
SUR HAYDN. i43
Quant à la musique de Gluck^ que vous me citez 5 César dit à un poète qui lui récitait des vers : (( Tu chantes trop pour un « homme qui lit , et tu lis trop pour un « homme qui chante. » Quelquefois cependant Gluck a su parler au cœur^ ou avec des chants délicats et tendres^ comme dans les gémissemens des Nymphes de Thessalie sur la tombe d'Admète^ ou par des notes fortes et vibrées ^ comme dans la scène d'Orphée avec les Furies.
Il en est de la musique dans une pièce comme de l'amour dans un cœurj s'il n'y règne pas en despote, si tout ne lui a pas été sacrifié, ce n'est pas de l'amour.
Cela posé , comment trouver un beau chant? Justement par la méthode que Corneille employa pour trouver le qu'il mourût. Deux cents Laharpe peuvent faire des tragédies raisonnables , ce sont les musiciens grands harmonistes qui remplissent l'Allemagne. Leur musique est correcte, elle est savante , elle est bien travaillée ; elle n'a qu'un seul défaut, c'est qu'on y bâille.
Je croirais que pour faire un Corneille en musique, il faut que le hasard réunisse à
ï44 LETTRES line ame passionnée une oreille très sensible. Il faut que ces deux genres de sensations soient liés de manière que, dans ses momens les plus tristes, lorsqu'il croit sa maîtresse infidèle, le jeune Sacliini soit un peu consolé par quelques notes qu'il entend chanter à demi-voix par un passant. Or, jusqu'ici, de telles ames ne sont guère nées que dans les environs du Vésuve. Pourquoi? Je n'en sais rien ; mais voyez la liste des grands musiciens.
La musique des Allemands est trop altérée par la fréquence des modulations et la richesse des accords. Cette nation veut du savoir en tout , et aurait sans doute une meilleure musique, ou plutôt une musique plus italienne, si ses jeunes gens, un peu moins fidèles à la science, aimaient un peu plus le plaisir. Promenez-vous dans Gœttingue, vous remarquerez de grands jeunes gens blonds un peu pédans, un peu mélancoliques, marchant par ressorts dans les rues, scrupuleusement exacts à leurs heures de travail , dominés par l'imagination , mais rarement très passionnés.
L'ancienne musique des Flamands n'était
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qu'un tissu d'accords ^ dénué de pensées. Cette nation faisait sa musique comme ses tableaux^ beaucoup de travail ^ beaucoup de patience^ et rien de plus.
Les amateurs de toute l'Europe, à l'exception des Français^ trouvent que la mélodie d'une nation voisine est irrégulière et sautillante, languissante à la fois et barbare, sur- tout très sujette à ennuyer. La mélodie des Anglais est trop uniforme, si toutefois ils en ont une. Il en est de même des Russes et, chose étonnante, des Espagnols. Gomment se figurer que ce pays favorisé du soleil, que la patrie du Gid et de ces guerriers troubadours qu'on trouvait encore dans les armées de Charles-Quint, n'ait pas produit des musiciens célèbres? Cette brave nation, si ca|)able de grandes choses , dont les romances respirent tant de sensibilité et de mélancolie, a deux ou trois chants différens, et puis c'est tout. On dirait que les Espagnols n'aiment pas la multiplicité des idées dans leurs affections j une ou deux idées, mais profondes, mais constantes, mais indestruc-* tibles.
La musique des Orientaux n'est pas assez
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distincte^ et ressemble plutôt à un gémisse^
ment continu qu'à un chant quelconque.
En Italie, un opéra est composé de chant et d'accompagnemens ou de musique instrumentale : celle-ci doit être la très-humble servante de l'autre, et servir seulement à en augmenter l'effet ; quelquefois cependant la peinture de quelque grande révolution de la nature, donne à la musique instrumentale une occasion raisonnable de briller. Les instrumens ayant une échelle plus étendue que la voix de l'homme, et une grande variété de sons, peuvent figurer des choses auxquelles la voix ne saurait atteindre : ils feront, par exemple, la peinture d'une tempête, celle d'une forêt troublée la nuit par les hurlemens des bêtes féroces.
Dans l'opéra, les instrumens peuvent donner de temps en temps ces touches énergiques, claires et caractéristiques qui raniment toute la composition. Par exemple , dans le Mariage secret, le trait de l'orchestre, dans le quatuor du premier acte, après ces
Cosi un poco ilsuo orgolio.
Haydn ^ accoutumé à se livrer ^ la fougue de son imagination , à manier Forchestre comme Hercule se servait de sa massue, obligé de suivre les idées du poète, et de modérer son luxe instrumental, se trouve comme un géant enchaîné : c'est de la musique bien faite, mais plus de chaleur, plus de génie, plus de naturel j cette originalité brillante a disparu, et^ chose étonnante! cet homme qui vante le chant à tout propos ^ qui revient sans cesse à ce précepte , ne met pas assez de chant dans ses ouvrages. Je crois entendre vos auteurs à la mode nous vanter, en style d'amphigouri, la belle simplicité des écrivains du siècle de Louis XIV.
Haydn avoue en quelque sorte sa médiocrité en ce genre. Il dit que s'il avait pu passer quelques années en Italie, entendre les voix délicieuses, et étudier les maîtres de l'école de INaples, il aurait aussi bien fait dans Fopéra que dans la musique instrumentale^ c'est ce dont je doute : imagination et sensibilité sont deux choses. On peut faire le cinquième livre de l'Énéide, décrire des jeux funèbres avec une touche brillante et majestueuse, faire combattre Entelle et Darès, et
i48 LETTRES ne savoir pas faire mourir Didon d'une manière vraisemblable et touchante. On ne voit pas les passions comme un coucher du soleil. Vingt fois par mois^ à Naples^ la nature présente de superbes couchers du soleil aux Claude Lorrain ; mais oii Raphaël a-t-il pris l'expression de la Madonna alla seggiola ? dans son cœur.
LETTRE XIY.
Salzbourg, le 21 mai 1809.
Vous désirez^ mon cher Louis, que j'écrive à Naples pour avoir une notice sur la musique de ce paysj puisque je la cite si souvent, dites-vous, je dois vous la faire connaître. Vous avez ouï dire que la musique devenait plus originale à mesure qu'on avançait dans l'espèce de botte que forme l'Italie : vous aimez la douce Partenope qui inspira Virgile ; vous enviez son sort : fatigués de tempêtes révolutionnaires , nous voudrions pouvoir dire :
Illo me tempore dulcis alehat Parthenope , studiis florentem ignobilis oti.
Enfin , vous prétendez que la musique qu'on y faisait du temps de ce bienheureux repos ^ ayant été destinée à plaire à des Napolitains, et ayant si bien rempli son objet,
ï5o LETTRES
c'est par un homme du pays qu'elle doit être
jugée.
Ce que vous désirez^ je l'ai fait depuis long-temps. Voici une esquisse delà musique de l'école de Naples^ qui m'a été fournie ^ il y a quelques années , par un grand abbé sec^ fou du violoncelle 5 et habitué du théâtre de Saint-Charles^ où il n'a pas manqué une représentation depuis quarante ans^ je crois.
Je ne suis que traducteur^ et ne change rien à ses jugemens ^ qui ne sont pas les miens tout-à-fait. Vous remarquerez qu'il ne parle pas de Cimarosa; c'est qu'en i8o3 ; il ne fallait pas nommer Cimarosa à Naples.
Napîes, lo oetobie ï8oS,
Amico STIMATISSSMO^j
« Naples a eu quatre écoles de musique vocale et instrumentale ^ mais il n'en existe plus aujourd'hui que trois^ oii se trouvent environ deux cent trente élèves. Ceux de chaque école ont un uniforme différent : les élèves de Sainte-Marie de Lorette sont en blanc ; ceux de la Pietà en bleu turquin ou bleu de
SUR HAYDN. i5i ciel^ delà vient qu'on les appelle Tarchini; ceux de Saint-Onuphre sont couleur de puce et blanc. C'est de ces écoles que sont sortis les plus grands musiciens du monde ; chose naturelle^ notre pays est celui où l'on aime le mieux la musique. Les grands compositeurs que Naples a produits vécurent vers le commencement du dix-huitième siècle.
« Il est naturel de distinguer les chefs d'école qui ont produit des révolutions dans toute la musique^ de ceux qui n'ont cultivé qu'un seul genre de composition.
« Parmi les premiers, nous mettrons^ avant tous les autres, Alexandre Scarlatti, qui doit être considéré comme le fondateur de l'art musical moderne , puisqu'on lui doit la science du contrepoint. Il était de Messine, et mourut vers 1725.
« Porpora mourut pauvre, à quatre-vingtdix ans, vers 1770. Il a donné au théâtre un grand nombre d'ouvrages qui sont regardés comme des modèles. Ses cantates leur sont encore supérieures.
(( Léo fut son disciple , et surpassa son maître. Il mourut à quarante-deux ans, en 174^. Sa manière est inimitable : l'air
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Misero pargoletto (i)
de Démophon^ est un chef-d'œuvre d'expression.
(c Francesco Durante naquit à Grumo , village des environs de Naples. La gloire de
(i) Cette situation est une des plus touchantes du théâtre de Métastase, et Léo Ta rendue divinement. Timante, jeune prince qui s€ croit fils du farouche Démophon, roi d'Epire, est marié secrètement depuis deux ans à Dircée 5 il en a un fds. Démophon découvre ce mariage, et trouve dans les lois de son royaume le moyen de les faire périr tous deux : on les conduit à la mort; mais son ame cruelle est touchée par les prières du peuple; il leur pardonne. Au moment où Timante vole dans les bras de Dircée, un ami fidèle hii donne la preuve évidente que Dircée est fille de Démophon»
Plein d'horreur pour le crime involontaire dont il s'est rendu coupable en épousant sa sœur, au désespoir d'être obligé de renoncer à Dircée , il voit en lui un nouvel OEdipe , il demeure immobile et plongé dans^ une sombre horreur,
Dircée , qui ne peut comprendre cette étrange froideur, le supplie de parler, au nom de leur amour; son horreur redouble : elle lui présente son fils , en le suppliant dù moins de jeter un regard sur cet enfant, qui le caresse : le malheureux Timante ne peut plus.
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rendre facile le contrepoint lui était réservée. Je regarde comme son plus bel ouvrage les cantates de Scarlati arrangées en duo,
« Nous mettrons au premier rang des mu-
contenir sa douleur j il embrasse son fils y et Tair commence ;
Misero pargoletto, II tuo destin non sai :
Ah! non gli dite mai Quai era il genitor.
Corne in un punto , oh Dio l , Tutto cambio d'aspetto!
Voi foste il mio diletto, Voi siete il mio terror.
c'est-à-dire,
Trop malheureux enfant, Tu ignores ton destin :
Ah! ne lui dites jamais Quel fut son triste père.
Grands Dieux! combien en un instant Tout a changé d^aspect pour moi !
Vous fûtes un jour le bonheur de ma vie, Et vous en êtes le tourment.
A chaque répétition de ces paroles que Timante adresse tantôt à son fils, tantôt à Dircée, Léo a supeindre une nouvelle nuance de son profond désespoir.
i54 LETTRES siciens du second genre^ Vinci ^ le père de ceux qui ont écrit pour le théâtre. Son mérite est de réunir l'expression la plus vive à une profonde connaissance du contrepoint. Son chef-d'œuvre est l'Artaxerce de Métastase. Il mourut en 1782, à la fleur de l'âge^ et^ à ce qu'on dit^ empoisonné par un parent d'une dame romaine qu'il avait aimée.
« Jean-Baptiste Jesi était né à Pergola^ dans la Marche, ce qui le fit appeler Pergolèse. Il fut élevé dans une des écoles de Naples, où Durante fut son maître, et il mourut à vingtcinq ans, en 1733. Celui-ci fut un vrai génie. Ses ouvrages immortels sont le Stabat Mater, l'air Se cerca se dice de l'Olimpiade , et la Servante maîtresse dans le genre bouffe. Le P. Martini a dit que Pergolèse était tellement supérieur dans ce genre, et y était tellement porté par la nature, qu'il y a des motifs bouffes jusque dans le Stahat Mater. En général, sa manière est mélancolique et expressive.
« Hasse, appelé il Sassone^ fut élevé d'Alexandre Scarlatti , et le plus naturel des compositeurs de son temps.
« Jomelli naquit à Averse , et mourut en
SUR HAYDN. i55 1775. 11 a montré un génie étendu. Le Miserere et le Benedictus sont ses plus beaux ouvrages dans la manière noble et simple ^ TArmide et l'Iphigénie^ ce qu'il a fait de mieux pour le théâtre. Il a trop aimé les instrumens.
« David Ferez ^ né à Naples ^ et qui est mort vers 1790^ a composé un Credo qui^ à certaines solennités , se chante encore dans Téglise des Pères de l'Oratoire j où l'on va l'entendre comme original. C'est un des compositeurs qui ont soutenu le plus tard la rigueur d'un contrepoint. Il a travaillé avec succès pour le théâtre et pour l'église.
(( Traetta , le maître et le compagnon de Sacchini dans le Conservatoire de Sainte- Marie de Lorette^ a couru la même carrière que lui. Il eut plus d'art que Sacchini, qui passe pour avoir eu plus de génie. Le caractère de Sacchini est une facilité pleine de gaieté. On distingue parmi ses compositions série le récitatif Bérénice che fai? avec l'air qui le suit.
« Bacch, né en Allemagne, fut élevé à Naples. On l'aime à cause de la tendresse qui
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anime ses compositions. La musique qu'il fit
sur le duo
Se mai pih sarb geloso ,
paraît avec avantage dans le recueil des airs que les plus excellens maîtres ont composés sur ces paroles. On pourrait dire que Bacch a particulièrement réussi à exprimer Fironie.
« Tous ces musiciens moururent vers 1 780.
(( Piccini a été le rival de Jomelli dans la manière noble. On ne peut rien préférer à son duo
Fra queste omhre meste, o carat
Peut-être doit-on le regarder comme le fondateur du Théâtre buffa actuel.
(( Paësiello^ Guglielmi et Anfossi sont ceux de ses disciples qui ont un nom. Mais malgré leurs ouvrages ^ la décadence de la musique à Naples est sensible et rapide (i). Adieu. >x
(i) Époques de quelques compositeurs:
Durante, né en 1693, mort en 1755.
Léo, 1694? 174^'
Vinci, 1705, 1732.
TT
Masse,
né en 1705, mort en
Hœndel,
Galuppi,
Jomelli,
Porpora ,
Benda,
"it "k 'te
Piccini,
i8oo.
oaccmni,
Paesiello ,
Ijruglielmi y
Antossi,
barti,
/mgarelli ,
1 raetta ,
Ch. Bachç
Mayer,
né vers 1760.
Mosca,
né vers 1775.
{à) Traetta, artiste profond et mélancolique, excelle dans les effets pittoresques et sombres de l'harmonie. Dans sa So» phonisbe, cette reine se jette entre son époux et son amant, qui veulent combattre: « Cruels, leur dit-elle, que faites-vous? <f si vous voulez du sang, frappez, voilà mon seinw; et comme ils s'obstinent à sortir, elle s'écrie : « Où allez-vous? Ah! non!» Sur cet Ah! l'air est interrompu : le compositeur voyant qu'il fallait ici sortir de la règle générale, et ne sachant comment exprimer le degré de voix que l'actrice devait donner, a mis au-dessus de la note sol, entre deux parenthèses, ( m/z urJo francese).
Salzbourg, 25 mai i8og.