‹ Vies de Jean Calvin et de Théodore de BèzeChapitre 21 sur 35 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Calvin, toujours persévérant en sa haine contre Perrin , comme il était irréconciliable et immuable en mauvaise volonté , cherchait tous les moyens pour le faire mourir , ou , pour le moins , chasser hors la ville; et attendit toujours temps commode et opportun pour exécuter son mauvais désir. Cependant il s'elForça de gagner aucuns des seigneurs du Conseil, donnant de la bourse des pauvres , dons secrètement à aucuns ; du nombre desquels fut un Lambert , qui était nécessiteux , auquel fut quelquefois reproché qu'il portait pourpoint de satin de la bourse des pauvres. A d'autres , il prétait d'argent assez grande somme pour trafiquer , combien que Bèze alFirme qu'il était fort pauvre : toutefois , entre les autres , un Claude du Paon, apothicaire, eut, pour quelque temps, cinq cents livres en prêt; à quelle condition que ce fut, je ne sais. Autres il entretenait, par promesses d'avancement d'honneurs et faveurs : dont par le moyen de telles personnes , il était averti de tout

te qui se faisait au Conseil de la ville , et avait les voix des élections d'offices et dignités à sa dévotion. D'autre côté, il mit ordre et moyenna, par ses subtilités , que plusieurs des étrangers , venus habiter à Genève , tant de la nation française que flamande , anglaise ou italienne , furent reçus bourgeois de la ville, passés par le Petit-Conseil seulement, sans l'aveu des Deux-Cents; ce qui engendra murmure entre les anciens citoyens et bourgeois. Mais on ne fit compte de leur murmure ; car les étrangers déjà surmontaient en nombre , puissance et richesses, les enfans natifs de la ville : et pour mieux les tenir bas, on leur jeta le chat aux jambes , par un bruit qu'on fit courir malicieusement ,' que les Genevesans , enfans de la ville , faisaient secrète délibération de tuer, en une nuit , tous les étrangers. Dont les étrangers commencèrent à se tenir sur leurs gardes ; et faisaient quelques promenades avec armes , par la ville , de nuit , conduits et accompagnés, néanmoins, d'aucuns enfans et citoyens de la ville , des plus favoris et dévots de Calvin : entr' autres un Cotti Baudichon, homme assez connu de génération , de visage , de pelage et de faits^ sans qu'autrement je m'amuse à le déclarer, allait un soir, bien tard , en compagnie de quelques Français armés; ce qui fut aussitôt rapporté par la ville , de maison en maison. Et incontinent, furent assemblés grand nombre d'enfans de la ville , qui vinrent rencontrer lesdits étrangers, et leur demandèrent à quel propos, et de

VIE DK CALVIN. (il)

quelle aiitoiit('' , ils allaient ainsi , par lroii|)cs oi armés, de nuit. Le bruit et tumulte fut grand par la ville, et peu s'en fallut qu'il n'y eût effusion de sang. A ce bruit , courut un des quatre éclievins ou syndics, appelé Henry Haubert, apothicaire; car sa maison était assez voisine du lieu où fut ce bruit; et, portant son bâton syndical, tâchait d'apaiser ce tumulte ; mais on ne fit grand compie de lui ni de ses remontrances , jusqu'à tant quaniva AmyPerrin, capitaine -général de la ville, qui, voyant la sédition toujours de plus séchaulfcr , et les cœurs, de côté et d'autre , s'enllammer, dit au susdit Henry Haubert , syndic, qu'il usât de son autorité , et commandât aigrement ; en quoi il se montrait fort froid et pusillanime, comme celui qui nouvellement avait été élu en ce degré , et se savait mal faire obéir et craindre. Lors, ledit capitaine Perrin lui prit le bâton syndical de la main, et, le haussant bien haut, cria qu'on eiit d'obéir à justice, répétant par plusieurs fois, à haute voix, s'ils voulaient reconnaître ledit bâton, et obéir au magistrat; à laquelle demande et remontrance, chacun se retira chez soi : ainsi fut apaisé ce tumulte et sédition. Après que chacun se fut retiré , et tout ce trouble cessé , les quatre syndics , et les seigneurs du Petit-Conseil , furent assemblés, environ la minuit , en la Maison-de-Ville ; où ledit Haubert récita tout le fait comme il l'avait vu; et donna louange audit seigneur Amy Perrin, affirmant que sans lui, il se fut commis grand meurtre et occision en la i;

(;f; vrE DE CALVIN.

ville. Poui' l'heure, délibération fut faite, qu'on informerait des promoteurs de la sédition , et qu'ils seraient châtiés. Celle même nuit, et le matin, ledit Henry Haubert , syndic , fut tellement pratiqué par Calvin qui lui fit entendre mille folies et balivernes, que, au Conseil du matin, auquel ledit Perrin ne se retrouva point, pour quelques empêchemens survenus particulièrement, il dit tout autrement qu'il n'avait fait à la minuit; car il fit quérimonie (4) contre ledit Perrin , alléguant qu'il lui avait ôté, par force, le bâton syndical de sa main, et qu'il avait dit : Malgré Dieu, Toi, et Qui t'a fait syndic! Les seigneurs du Conseil , amis et dévots de Calvin , semblablement pratiqués et sollicités , poussèrent h la roue pour tourner le chariot contre ledit Perrin, absent, et ignorant la trahison et menée. Or, fut parlé audit Conseil contre lui, voire jusqu'à inférer qu'il était participant, ains auteur de ladite mutinalion et tumulte , excité la nuit précédente ; et qu'il devait être quelque chose de ce qu'on murmurait , de tuer les étrangers. L'affaire fut si bien menée , et sollicitée par lesdits amis et dévots de Calvin , que plusieurs des enfans de la ville furent pris et mis en prison, ce jour même ; entre les autres, deux pâtissiers , jeunes hommes, appelés, et comparés avec plusieurs de leurs compagnons qui avaient été, la nuit précédente, audit tumulte .

(1) Qiicrimonie. plainte.

vir. nF cAi.vtN. 67

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