CHAPITRE XX
Un jeune homme étantnouvellemenl venu habiter en Geïiève, de Lombardie, du service du duc d'Albe, lors gouverneur de Milan , pour le roi d'Espagne ; Calvin averti de sa venue, comme il était de toute autre chose, pour petite qu'elle fût en Genève, l'envoya quérir, et le sollicita si bien, avec d'autres de son pays , qu'il contrefit l'espion ; comme envoyé et commis expressément par ledit duc d'Albe , son maître , pour remarquer la situation de la ville de Genève ; et pour pratiquer, avec le capitaine Amy Perrin , Wandel , et Baldazar , qui avaient promis à sondit maître de lui rendre la ville. Lesdits Perrin, AVandel et Baldazar, habitans es terres de Berne, avertis de cette nouvelle calomnie, s'en allèrent à Berne , et firent requête à la seigneurie, que ledit espion fût mené h Berne, et confronté avec les accusés, pour soutenir son dire. A la réquisition desdits seigneurs bernois , l'espion fut conduit et mené en leur ville, sous garde, mais non trop rigoureuse ; et, par chemin, fut fort bien instruit de ce qu'il avait à faire et dire , avec contresignes desdits calomniés, pour les reconnaître et faire distinction entre eux. 11 dit fort bien tout co qui lui
avait été enseigné et recordé ; mais il faillit aux marques qu'on lui avait donné pour distinguer l'un de l'autre. Car, ayant assuré de les avoir vus et bien les connaître , il prit l'un pour l'autre , assavoir , un des Baldazar pour Amy Perrin , et Amy Perrin pour Wandel. Sur quoi les sages seigneurs de Berne, prudemment considérant, bien entendirent que c'était une ruSe et menée de la pratique de Calvin et ses adliérens. Dont renvoyèrent les commis de Genève avec leur espion , et délivrèrent les accusés et calomniés à tort , les laissant aller librement en leurs maisons et habitations.
Théodore de Bèze et les siens pourraient nier cela , ne fût que ledit espion , tôt après , en allant hors de Genève , vers Italie , déguisé et masqué d'une fausse barbe blanche , fut à la poursuite diligente desdits fugitifs, repris près Evian, et de là ramené à Berne , où libi-ement et entièrement il confessa la vérité du fait; assavoir, conmient, par qui et pourquoi, il avait été ainsi pratiqué, et induit à calomnier ceux lesquels il ne connaissait, et par lesquels il n'avait reçu oncques déplaisirs. Lesdits fugitifs de Genève et calomniés en demandèrent acte, et témoignage par écrit, du secrétaire de la seigneurie ; ce qui leur fut accordé ; et l'ont montré à plusieurs pour leur justification et confusion de leurs ennemis. Mais je laisse le jugement de telles inventions et pratiques, h toutes personnes de bon et sain ontt'ndement, qui ne sont point liées et
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consacrées à la secte calvinienne ; car c'est le propre de tous ceux qui se sont voués , dédiés , et adonnés à quelque secte que ce soit, de trouver bon, approuver et louer tout ce qui est fait par les chefs de leur secte ; de les excuser et soutenir à leur pouvoir; finalement, d'endurer la ruine de leur pays, maisons, l)iens temporels, voire de leurs plus proches pârens; plutôt que de souffrir la honte et destruction de leur secte, et des docteurs et maîtres d'icelle. Et sais bien, qu'étant faite remontrance à quelques ministres, dévots de Calvin, comment, avec conscience, ils pouvaient adhérer à si grands mensonges et calomnies contre leur prochain; ils répondirent, que c'était pour la gloire de Dieu et la destruction des méchans ennemis de l'Evangile , contredisans à la réformation ; et qu'ils avaient cela pour résolu en l'Eglise de Genève , que, pour la gloire de Dieu, il était hcite, ains nécessaire quelquefois, de mentir et contrefaire laver FÎté.