‹ Vies de Jean Calvin et de Théodore de BèzeChapitre 24 sur 35 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Calvin, enclin à remuement et inventions nouvelles pour troubler le monde, après, se va iuiaginer de solliciter les ministres des terres de Berne ,

VÎK Î>K CALVIN,

aSsî»voii', (lu pays coïKiiK'lé (cuimiie ils appellent), h demander que les biens ecclésiastiques des abbayes , évêchés et prébendes , prieurés , cures , et de tous les bénéfices possédés par les prêtres, avant le changement de la religion , fussent commis à la dispensation d'iceux ministres et prédicans. Et fondait sa demande sur ce qui est écrit aux Actes des Apôtres, assavoir, que l'argent et prix des biens vendus par le°s chrétiens nouvellement baptisés, et adjoints à l'Eglise , était apporté aux pieds des Apôtres ; et par eux distribués aux nécessiteux , selon qu'ils connaissaient être besoin. Et, par ce moyen, voulait avoir le maniement et gouvernement des biens qui soûlaient (1) être des ecclésiastiques; mais les seigneurs de Berne ne voulurent entendre de cette oreille ; et renvoyèrent leurs ministres, leur défendant fort bien qu'ils ne parlassent plus de telle matière, et qu'ils ne s'empêchassent seulement dé bien prêcher et enseigner le peuple. Ce chemin lui ayant été clos et bouché, il mit en tête h maître Pierre Viret, ministre de Lausanne , et à d'autres du pays conquête, qu'il fallait que le ministre eût la puissance d'excommunier; et que , sans telle puissance et autorité de chasser et séparer les méchans et faux chrétiens, des bons et sincères, le ministre était vitupéré , cl la Parole de Dieu était déprisée. Ce point, mis en avant en leurs congrégations , fut (;onclu en toutes leui-s

(1) Soitlaienl, avaient coutume.

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classes, qu'aucuns d'entre eux seraient députes, pour présenter requête aux seigneurs du Conseil , de la part des classes du pays conquête , sur cet article et demande.

Lesdits seigneurs, sagement considérant ce que demandaient lesdits ministres, et de quel poids était ce qu'ils voulaient leur être octroyé , fut, par quelqu'un d'entre eux, remontré qu'autant vaudrait être en Espagne , sous l'inquisition , qu'au pays de Berne , les ministres ayant telle autorité d'excommunier ceux qu'il leur plairait. Dont leur fut répondu , qu'ils se contentassent de la charge de prêcher et enseigner; et qu'ils ne parlassent plus de cette matière.

Calvin , averti de la réponse des seigneurs de Berne à leurs ministres, indéfatigable qu'il était, et obstiné en ce qu'il se délibérait d'exécuter , sollicita tant plus lesdits ministres , et par lettres , et par paroles de bouche , de manière que grande partie d'eux délibéra, plutôt d'abandonner le ministère que ladite puissance d'excommunier ne leur fût octroyée; alléguant que c'était contaminer (i) l'Evangile et le Sacrement de la Cène , de la bailler inditféremment à bons et mauvais, vertueux et vicieux. Dont, derechef, retournèrent h Berne , présenter supplication sur la même demande. Il leur fut fait réponse, par l'avoyer, de la part de tout le Conseil, qu'ils s'en

(1) Contaminer^ sonillpr.

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retournassent , cl tissent leur devoir do piocher et enseigner; et que plus, ils ne retournassent pour telle demande ou requête ; car du tout les seigneurs n'y voulaient entendre , et qu'ils ne voulaient autre sorte d'excommunication en leur terre, que le bâton de justice , pour punir les vicieux et délinquans , selon leurs démérites et crimes ; et que pour cela, les seigneurs portaient le glaive.

Calvin , d'autre côté , plus dur qu'un rocher, et immuable en ce qu'il désirait faire, ne désista de solliciter Viret et les autres ministres , ses affectionnés et dévots; leur remontrant, que l'oiTice d'un bon pasteur n'est pas seulement donner pâture bonne à ses brebis , mais encore d'avoir égard que maladie et corruption ne gâtât son troupeau: pour ce, qu'il devait séparer les rogneuses , et les jeter hors du troupeau. A ces persuasions, ajouta qu'il avait reçu lettres de divers lieux de France , villes et châteaux, par lesquelles ils demandaient des ministres, pour prêcher en France. Cette nouvelle augmenta fort l'audace desdits ministres; desquels aucuns, avec Viret même, s'en retournèrent pour la troisième fois à Berne , à leur propre et particulier nom , arrogamment et opiniâtrement demandant , leur être octroyée la puissance et autorité d'excommunier, et priver de la Cène les mal vivans; ou bien , qu'ils ne bailleraient la Cène , à la fête de la Nativité, qui était prochaine; ains qu'ils quitteraient le ministère. Les seigneurs du Conseil, considérant telle protervité desdits ministres , fort indi-

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gnés de leur orgueil , conclurent qu'ils seraient bannis de leurs terres et pays , avec note honteuse et infamie ; et que chacun d'eux porterait lettres de la seigneurie aux baillis des lieux , auxquels ils habitaient, de telle teneur : « Que, incontinent, vues « les lettres, ils bannissent honteusement, à son de « trompette , lesdits ministres porteurs et exhibi- « teurs d'icelles lettres. » A chacun desdils ministres fut baillée une lettre de telle teneur, pour porter à leurs baillis, bien cachetée et serrée ; et ainsi s'en allèrent, sans savoir ce qu'ils portaient; ce qui fut à leur grand vitupère et déshonneur. Car, arrivés subitement , fiu-ent publiquement et honteusement bannis des pays et terres de Berne , fors \ iret , qui, averti sourdement du fait par quelques intimes amis, s'en alla tout de ce pas à Genève , sans bailler sa lettre au bailli de Lausanne.

Ledit bailli , assuré du tour qu'avait fait Viret , s'en alla avec aucuns des plus principaux de la ville , au logis dudit Viret ; et visitant partout , singulièrement son cabinet, trouvèrent grand nombre de lettres de la main de Calvin , à icelui Viret , par lesquelles furent découvertes plusieurs subtiles menées, et fines pratiques; lesquelles Calvin inventait , et induisait ledit Viret à y prêter la main chaudement. Singulièrement furent trouvées les lettres , par lesquelles il incitait icelui Viret a demander la puissance d'exoommunier, ou qu'ils quittassent le ministère : plus, la pratique et entreprise d'Amboise ; et mille au-

très inventions et nouveautés, qu il lâchait de mettre en avant. Or , de telles lettres furent portées aux seigneurs de Berne , quarante et deux , en la lecture desquelles lesdits seigneurs furent fort offensés et scandalisés de l'esprit malin, et iniquités de Calvin ; nonobstant que Théodore de Bèze s'efforce de le louer, surtout d'esprit doux, bénin et tranquille, et pense amuseler les oies ou les veaux.

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