‹ Vies de Jean Calvin et de Théodore de BèzeChapitre 25 sur 35 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Je viens h parler de ses derniers jours, et des maladies diverses, desquelles il fut affligé avant sa mort. Théodore de Bèze écrit , qu'il fut vexé de phthisie, colique, spasme ou difficulté d'haleine, de calcul, goutte, hémorroïdes; outre sa migraine, de laquelle il était ordinairement tourmenté. Voilà beaucoup de sortes de maladies ensemble, et desquelles il fut en grande misère longuement affligé, voire jusqu'à la mort : [vrai témoignage et bien exprès de l'ire de Dieu sur lui.] Et si on veut alléguer que plusieurs personnes saintes ont eu beaucoup d'afflictions, en leur vie, sur leurs corps et biens; comme un Job, duquel l'histoire est assez connue ; je répondrai que Dieu, pour un exemple de patience, le permit t*tre affligé en ses biens et en son corps ; mais aussi.

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pour assurance qu'il n'abandonne point le juste , qui vraiment se confie en lui, il le délivra de toutes ses afflictions, et le multiplia en toutes prospérités et bénédictions, comme bien dit saint Jaques au cinquième chapitre de son Épître catholique : « Vous « avez, dit-il, ouï la patience de Job, et avez vu la « fin du Seigneur, c'est-à-dire , l'issue laquelle le « Seigneur donna à son affliction, et avez vu que le f Seigneur est grandement miséricordieux. »

Par ces paroles , semble que l'Apôtre nous met en avant les sentences de David , au psaume trente - troisième ; par lesquelles il invite chacun , à son exemple , à louer Dieu , d'avoir foi en lui, et le craindre; proposant sa grâce envers les bons , et sa rigoureuse justice contre les méchans. < Les yeux du Seigneur, dit David , sont « vers les justes , et ses oreilles vers leur cri ; t mais la face du Seigneur est contre ceux qui font f mal, pour exterminer leur mémoire de la terre. « Quand les justes crient , le Seigneur les écoute , « et les délivre de toutes leurs afflictions ou tribula- « tions. Le Seigneur est prochain de ceux qui sont « contrits en leurs cœurs , et sauve ceux qui sont « humiliés et abattus d'esprit. Plusieurs (1) sont « les afflictions du juste ; mais le Seigneur le dé- « livre de toutes. » Puis s'ensuit : (2) « La mort des «iniques et méchans est très-mauvaise, et ceux

(1) Plusieurs, nombreuses.

(2) Ps. XXXIII, V. 18 et seq.

€ qui ont en haine la justice et le droit , périront «malheureusement » (1). Saint Paul, au dixième chapitre de la première aux Corinthiens, assure les enfans et élus de Dieu , que s'il leur advient tribulation ou affliction en ce monde, ils en auront délivrance avec heureux succès. «Dieu, dit-il, est « fidèle en ses promesses , qui ne vous laissera « point affliger plus que vos forces ne pourront por- « ter ; car il vous donnera , avec délivrance , heu- «reuse issue. »

Pour retourner donques à là vexation de diverses grièves maladies , desquelles misérablement fut affligé Calvin, voire jusqu'à la mort; outre celles que Théodore de Bèze récite , il fut encore tourmenté d'un genre de maladie , duquel nous lisons avoir été vexés, par le juste jugement de Dieu, aucuns ennemis de Dieu, usurpateurs de sa gloire et honneur; c'est d'une mangeaison de poux et vermine partout son corps; et singulièrement, d'un ulcère très-puant et virulent au fondement et parties vergogneuses, où il était misérablement rongé de vers. Ainsi Honorius second , roi des Vandales, après avoir, huit ans, persécuté l'Église orthodoxe, périt, finalement, mangé des vers et des poux. Arnoulph, empereur, successeur de Charles-le-Gros, qui fut un grand pilleur et saccageur des temples des Chrétiens, aussi misérablement mourut. Maximien, empereur très-cruel, sanguinaire : Antiochus

(1) Ps. XXXIII, V, 18et seq.

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Epipliane, homme Irès-mécliaul et cauteleux, spoliateur du temple de Dieu, et contempteur de la gloire d'icelui ; qui, parméprisdu seulvraiDieu, colloqua au temple de Jérusalem une idole de Jupiter: Hérode, meurtrier des innocens, et usurpateur de l'honneur et titre de divinité ; et d'autres hypocrites et ennemis de Dieu, qui, sous prétexte et couleur de sainteté ou zèle, persécutèrent la vérité; furent exterminés , par juste jugement et vengeance do Dieu, de tel genre de vexation, rongés de poux eJ vers en leur vie, jusqu'à la mort; et après cette vie, jetés à la mort seconde, en éternelle misère et condamnation infernale , sur lesquels le dire du psalmiste est vérifié : « Dieu l'a consumé de double consumation» [D.

' Ce qu'on peut dire de Calvin : car nonobstant ce qu'en écrit de Bèze, contre ceux qui disent que sa mort a vitupéré ou démenti sa vie ; et ce qu'il soutient, qu'il est décédé de ce monde du trépas des enfans de Dieu; il mourut néanmoins invoquant les diables , jurant , dépitant et maugréant , pour les très-grièves douleurs , et très-âpres afflictions , lesquelles il sentait de la sévère et très-pesante main de Dieu, sur sa personne. Et de cela ont témoigné ceux qui le servirent jusqu'à son dernier soupir (2). Et nie cela Bèze, ou autre qui voudra ; mais cela est bien vérifié ; même qu'il

(1) Celle pensée se trouve dans Isaïe. XL, 2.

(2) Voir la notice ci-desstis.

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maudissait l'heure qu'il avail jamais étudié et écrit ; sortant de ses ulcères et de tout son corps une puanteur exécrable , pour laquelle il était moleste (1) à soi-même et à ses serviteurs domestiques, qui encore ajoutent , qu'il ne voulait, pour cette cause, qu'on l'allàt voir.

Mais je ne puis laisser un point écrit par Théodore de Bèze , au grand honneur , comme il pense , de son maître , père , et ami Calvin. C'est qu'étant contraint de demeurer , pour sa maladie , en la maison , et désister de lire (2) et prêcher, il ne perdit, pour ce, le temps: car il ne laissait de travailler en sa maison; tellement que, durant ce temps-là, il commença et paracheva sa dernière Institution chrétienne, latine et française : sur lesquelles paroles il ne serait sans raison demander audit Bèze , quelle était cette dernière Institution; car on en a vu que la première, laquelle, déjà long-temps auparavant , il avait composée et mise en lumière. Or si la première était si bien faite , et entièrement complète, quel besoin de la refaire tant de fois? Voilà le mensonge découvert, lequel dit ledit Bèze , que sondit maître et père Calvin était si absolument docte, que jamais il ne s'était rétracté de sentence ou proposition, par lui écrite ou dite de bouche. Car ayant été repris par aucuns , et accusé d'hérésie pour plusieurs fausses

(1) Moleste, incommode, à charge.

(2) Life, professer.

sentences , retrouvées en son livre de l'Institution , de la première et seconde édition, il les raccoutrait( 1) et corrigeait : puis , supprimant les premiers , il faisait réimprimer le même livre corrigé. Cependant il faisait tête contre tous ceux qui censuraient et reprenaient ses erreurs, et les appelait menteurs, imposteurs et calomniateurs; se remettant à cette dernière impression de son Institution, en laquelle il avait corrigé sesdites erreurs. Et ainsi, par telle ruse il se voulait faire docteur absolu et irrépréhensible, qui ne s'était jamais rétracté de sentence qu'il eût dite ou écrite.

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