‹ Vies de Jean Calvin et de Théodore de BèzeChapitre 28 sur 35 · VIF. T)K CALVIN · texte numérisé non relu

VIF. T)K CALVIN

Somme, c'est une ancienne rase de Satan, d'ex- <'iter quelques hérétiques qui , par fausses interprétations de l'Ecriture, cachent l'honneur de Notre Seigneur, et introduisent fausses doctrines en l'Eglise. Ce que, en notre temps, nous avons connu en Calvin, qui, entre les autres lieux, singulièrement dérobe la gloire de Jésus-Christ, traduisant ce mot : // est descendu aux enfers, il a été mis au sépulcre: et parce qu'il fut repris, dès l'an 1532, par quelque personnage qui lui reprochait que sa battologie était trop déshonnète et vicieuse , et que c'était assez dit au symbole : // a été mort et enseveli, sans y ajouter, a été mis au scpidcre : il a supprimé les premiers catéchismes qu'il a pu ; et, l'an 1562 , ils furent réimprimés; et, en ces dernières éditions, il ne fait aucune mention de cette descente de Notre Seigneur, pour cacher les énormes sentences par lui mises aux premières éditions. En quoi il montre sa malice diabolique , comme celui qui ayant donné un coup de dague h un autre, cache vitement sa dague , et retire sa main en son sein , feignant n'avoir fait le coup.

Toutefois encore se pourront recouvrer de vieux exemplaires des catéchismes, auxquels on trouvera que le ministre interroge l'enfant : « Que veut « dire ce qui est ajouté de sa descente aux enfers? » A quoi l'enfant répond : < C'est que non-seulement « il a souffert la mort naturelle , qui est séparation « du corps et de l'âme ; mais aussi que son âme a « été enserrée en angoisses merveilleuses, que saint

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«Pierre appelle les douleurs de mort.» Puis le ministre demande : « Pour quelle raison cela s'est- « il fait , et comment? » L'enfant répond : < Parce « (jue ce qu'il se présentait h Dieu , pour satisfaire «au nom des pécheurs, il fallait qu'il sentît cette « horrible détresse en sa conscience , comme s'il

< était délaissé de Dieu , et même comme si Diiui « eût été courroucé contre lui. Etant en cet abîme ,

< il a crié : Mon Dieu I mon Dieu ! pourquoi m'un-lu * laissé?» Puis, peu après il ajoute, «qu'il fallait « que Dieu l'aflligeât ainsi, pour vérilier ce qu'a été

< prédit par Esaie , assavoir : qu'il a été frappé de tla main du Père pour nos péchés. * Or, pour r(*futer ceci , je veux commencer par cette dernière sentence, c'est qu'il dit que Jésus-Christ a été ainsi traité , pour vérifici- le dire d'Esaie. En cette sentence, il montre son ignorance trop lourde; et la plupart de ses sectateurs l'cnsuivent , traduisant plusieurs passages de l'Evangile , semblables à celui-ci : Hoc autem faclum est, ut impleretur quod diclum est, etc. Et disent : « Ceci a été fait, afin que fût accompli ce

< qui a été dit par le Prophète, etc. > Mais il devait avoir observé que le mot ut ne signifie pas toujours afin , comme rendant la cause pourquoi une chose est faite; mais signifie quelquefois consécution ou événement des choses ou prédites , ou subséquentes , comme nous lisons au Psaume L : Peccavi , et malum corani le fcci, ut justificcris, etc. «J'ai pé- « ché , et comnïis mal en ta présence , non pas it « C('ll<' lin ni ;i celle cause que tu fusses juste;

< mais il est ensuivi , par mon péché , que ta justice « est apparue , et a été manifestée ta constance et

< fidélité en tes promesses , contre ce que les liomt mes jugeaient de toi : assavoir, que pour mon pé- « ché tu m'abandonnerais et chasserais de toi, com- « me tu avais chassé et abandonné Saùl , mon pré- « décesseur. > Le semblaljle est écrit en i'Epître aux Romains , chap. V : Lex siib'mlravit, lit abundaret dclictiim , c'est-à-dire , « la loi est entrée , ou baillée , « non pas afin que le péché abondât davantage ; mais « il est advenu que la loi étant donnée aux hommes , « le péché a été plus abondant que devant, >

Tout ainsi faut-il dire que Jésus-Christ a souffert, et fait plusieurs choses prédites par les Prophètes; non pas afin que les prophéties fussent accomplies : mais est advenu, que les prophéties et prédictions des saints Prophètes, ont été accomplies en la passion et faits de Notre Seigneur Jésus-Christ. Sur quoi faut apprendre deux choses concordantes en la passion de Notre Seigneur, desquelles saint Pierre fait mention au deuxième chapitre des Actes; assavoir, le conseil défini et déterminé de Dieu , et sa prévoyance qui sont différentes : car aucunes choses Dieu avait défini et arrêté en son conseil éternel; assavoir, que Jésus-Christ s'humilierait à la croix, et souffrirait la mort. Et d'autres choses il avait prévu (comme toutes choses futures lui sont présentes); assavoir, les injures, blasphèmes, calomnies, qui, par les Juifs, seraient faites contre la personne de son l^'ils; lesquelles choses il n'avait

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ordonnées , ni arrêtées en son conseil , et décret éternel, mais seulement prévues. Et faut sagement distinguer entre le décret et conseil déiini de Dieu, et sa prévoyance : ce que l'on peut entendre par ce qui advint à Joseph , fils de Jacob, comme l'histoire est en Genèse (1). Il dit à ses frères, après la mort de leur père , troublés et craignant que ledit Joseph ne se ressentît de l'injure qu'ils lui avaient faite : « Ne craignez point; car telle fut l'ordonnance t et conseil détini de Dieu, que je vinsse en Egypte, « où il avait déterminé de m'exalter, et constituer « en dignité ; » combien que ladétermination de Dieu n'était pas que ses frères usassent de telle cruauté contre lui; ce que toutefois il avait bien prévu.

Or, touchant la proposition que Calvin enseigne et ses adhérens opiniâtrement tiennent, que Dieu avait déterminé et délibéré de la chute d'Adam , et ainsi de toutes autres choses qui se commettent au monde : cela est faux, et jà de long-temps condamné par l'Eglise ; car, quelque excuse couverte, ou subterfuge que Calvin et ses adhérens puissent trouver, ils ne peuvent nier qu'ils ne disent Dieu être auteur de péché. Mais de ceci sera plus amplement traité, s'il plaît à Dieu, en l'œuvre suivant celle-ci, comme j'ai promis (!2).

(1) CliapiUe L, v. 19.

(2) Dans le Iraile de /« rro^'idaiicc . precedeiiunent auiioncc. Uu criliquc, aussi connu (|u'inexact, s'esldonc trompe quand il a nie que ce Iraile' fût de Bolsec. Voir le Piclionnaire de Bayie. arliclc Bolseo, reniar(jue M.

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Secondement , il blasphème sourdement contre l'honneur et gloire de Notre Seigneur, lui attribuant chose qui ne fut onc , et ne pouvait être en lui; assavoir, sijndérèse , remors ^ componction ou ^ressèment en sa conscience : car lui , bien assuré de son intégrité et innocence , demanda aux Juifs : « Qui est celui de vous qui me reprendra de pé- « ché ? T> (1) Et en un autre lieu, il dit : « Le Prince « de ce monde est venu comme pour épier et con- « sidérer ce que je suis , et mes actes; mais il n'a «trouvé en moi chose aucune répréhensible. » (2) Or il faut maintenant parler de la descente de Notre Seigneur aux enfers , qui est un des principaux articles de la foi , autant concernant la gloire de Jésus-Christ, que l'article de sa Résurrection et Ascension au ciel.

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