‹ Vies des dames galantesChapitre 6 sur 9 · DISCOURS SECOND · texte numérisé non relu

DISCOURS SECOND

Sur le Mjet qui oODteale le ptns en amoar, ou le tonclicr, ou Ja vettè^ •n la parole.

flITRODUCTtON.

Voici une question en matière d*âinours qui mériteroit nn plus profond et meilleur discoureur que moy, sçavoir qui contente plus en la jouissance d^amour, ou le tact qui est l'attouchement, ou la parole, ou la veuë? M. Pasquier, très-grand personnage certes, en sa jurisprudence, qui est sa profession, comme en autres belles et humaines sciences, en fait un discours dans ses lettres qu'il nous a laissées par escrit ; mais il a esté trop bref, et, pour estre si grand homme, il ne devoit tant là-dessus espai|;ner sa belle parole comme il a fait ; car, s'il l'eust voulue un peu eslargir et en dire bien au vray et au naturel ce qu^il en eust sceu dire, sa lettre qu'il en fait là*dessus en eust esté cent fois bien plus plaisante et jigréable.

11 en fonde son discours principal sur quelques rimes anciennes dn comte Thibault de Champagne , lesquelles je n'avois jamais vues, sinon ce petit fragment que ce M. Pasquier produit là ; et trouve que ce bon et brave et ancien chevalier dit très -bien, non eo si bons termes que nos gallants poètes d'aujourd'hui, mais pourtant en très-bon sens et bonnes raisons; aussi avoit-il un trèsbeau et digne sujet pourquoy il disoit si bien, qui estoit la reyne Blanche de Gastille, mère de saint Louis, de laquelle il fut aucu- Bernent espris, voire beaucoup, et l'avoit prise pour maistresse. Mais, pour cela, quel mal? et quel reproche pour cette reyne? encore qu'elle fast esté très-sage et vertueuse, pouvoil-elle engurder le monde de Taymer et brusler au feu de sa beauté et de ses vertus, puisque c'est le propre de la vertu et d'une perfection que de

se faire aymer? Le tout est de ne se laisser aller à lâ yolonlé de celuy qui ayme.

Yoylà pourquoy il ne faut trouver estrange ny blasmer cette reyne si elle fut tant aimée, et que, durant son règne et son autorité, il y ait eu en France des divisions, séditions et querelles : car, comme j'ay ouy dire à un très-grand personnage, les divisions s'esmeuvent autant pour Famour que pour les brigues de TEstat ; et, du temps de nos pères, il se disoit un proverbe ancien que tout le monde voloit du c. de la reine folle.

Je ne sçay pour quelle reyne ce proverbe se fit, comme possible, fit ce comte Thibault, qui, possible, ou pour n'estre bien trailé d'elle comme il vouloit, ou qu'il en fust desdaigné, ou un autre mieux aimé que luy, conceut en soy ces dépits qui le précipitèrent et firent perdre en ces guerres et tumultes, ainsi qu'il arrive souvent quand une belle ou grande reyne ou dame, ou princesse, se met à régir un Estât : un chacun désire la servir, honorer et respecter, autaut pour avoir l'heur d'estre bien venu d'elle et estre en ses bonnes grâces, comme de se vanter de régir et gouverner l'Estat avec elle et en tirer du profit. J*en alléguerois quelques exemples, mais je m'en passeray bien.

Tant y a, que ce comte Thibault prit sur ce beau sujet, que je viens de dire, à bien escrire, et possible à faire cette demande que nous représente M. Pasquier, auquel je renvoyé le lecteur curieux, sans en toucher icy aucunes rimes ; car ce ne seroit qu'une superfluiié. Maintenant, il me suffira d'en dire ce qu'il m'en semble tant de moy que de l'avis des plus gallants que moy.

ARTICLE PREUIEE.

De i'aUoacbement en amour

Or, quant à l'attouchement, certainement il faut avouer qu'il est très délectable, d'autantquela perfection de l'amour c'est de jouir, et ce jouir ne se peut faire sans l'attouchement; car, tout ainsi que la fnim et la soif ne se peut soulager et appaiser, sinon par le manger et le boire, aussi l'amour ne se passe ny par l'ouye ny par la veuc, mais par le toucher, Tembrasser et par l'usage de Vénus : à quoi le badin fat Dio^ène cyniqu rencontra badinement^ mais

salaudement pourtaol, quand il soubaitoit qu'il peust abattre sa faim eu se frottant le ventre, tout ainsi qu'en se frottant la verge il passoit sa rage d'amour. J'eusse voulu mettre cecy en paroles plus nettes, il le faut ftasser fort légèrement ; ou bien comme fit cet amoureux de Lamia, qui^ ayant esté par trop excessivement rançonné d'elle pour jouir de son amour, n'y put ou n'y voulut entendre ; et, pour ce, s'advisa, songeant en elle, se corrompre, se polluer, et passer son envie en son imagination : ce qu'elle ayant sceuy le fit convenir devant le juge qu'il eust à len satisfaire et la payer, lequel ordonna qu'au son et tintement de l'argent qu'il loi monstreroit, elle seroit payée, et en passeroit ainsi son envie, de mesme que l'autre par songe et imagination , avoit passé la sienne.

Il est bien vray que Ton m'alléguera force espèces de Vénus que les anciens philosophes déguisent; mais de ce, je m'en rapporte à eux et aux plus subtils qui en voudront discourir. Tant y a, puisque le fruit de l'amour mondain n'est autre chose que la jouissance, il ne faut point la penser bien avoir, qu'en touchant et embrassant. Si est-ce que plusieurs ont bien eu opinion que ce plaisir estoit fort maigre sans la veuë et la parole ; et de ce nous en avons un bel exemple dans les Cent Nouvelles de la Reyne de Nwoarrej de cet honneste gentilhomme, lequel , ayant joûy plusieurs fois de cette honneste dame de nuict, bouchée avec son touret de nez (car les masques n'estoient encore en usage), en une galerie sombre et obscure, encore qu'il cogneust bien au toucher qu'il n'y avoit rien que de bon, friant et exquis, ne se contenta point de telle faveur, mais voulut savoir à qui il avoit à faire : par quoy, en l'embrassant et la tenant un jour, il la marqua d'une craye au derrière de sa robe, qui estoit de velours noir; et puis le soir après souper (car leurs assignations estoient à certaine heure assignée), ainsi que les dames entroient dans la salle du bal, il se mit derrière la porte ; et, les espiant attentivement passer, il vient à voir entrer la sienne marquée sur l'espaule, qu'il n'eust jamais pensé, car, en ses façons, contenances et paroles, on l'eust prise pour la Sapiencede Salomon, et telle que La Reyne la descrit. Qui fust esbahy, ce fut ce gentilhomme, pour sa fortune assise sur une femme qui n'eust jamais creu moins d'elle que de toutes les dames de la Cour ; vray est qu'il voulut passer plus outre, et ne s'arrester là, car il luy voulut le tout descouvrir, et sçavoir d'elle pourquoy elle se cachoit ainsi de luy, et se faisoit ainsi servir à couvert et cachet*

les ; mais elle, 4rè8-bien rosée, nia et renia tout, josques k sa part de paradis, et la damnation de son ame, comme est la coustuœe de« dames, quand on leur va objecter des choses de leur ca& qu'elles ne veulent qu'on les sache, encore qu'on en soit bieu certain et qu'elles soient très-vrayes. Elle s'en dépita ; et par ainsi ee gentilhomme perdit sa bonne fortune. Bonne, <:eries, elle es- 4oit; car la dame estoit grande et valoit le faire, et, qui plus est, parce qu'elle faisoit de la sucrée, de la chaste, de la prude, de la feinte; en cela il pouvoit avoir double plaisir : l'un pour cette jouissance si douce, si bonne, si délicate; et le second, à la con iempler souvent devant le monde en sa mixte cointe mine , froide et modeste, et sa parole toute chaste, rigoureuse et rechignarde, songeant en soy son geste lascif, folastre maniement et paillardise, quand ils estoient ensemble. Voilà pourquoy ce gentilhomme eut ^rand tort de luy en avoir parlé, mais devoit tousjours contiouer ses eoups et manger sa viande, aussi bien sans chandelle qu'ayec tous les flambeaux de sa chambre. Bien devoit-il sçavoir qui elle estoit, et en faut loiier sa curiosité, d'autant que, 4x>mme dit le conte, il avoit peur avoir à faire avec quelque espèce de diable ; car volontiers ces diables se transforment et prennent la forme des femmes pour habiter avec les hommes, et les trompent ainsi ; ausqueîs pourtant, à ce que j'ay ouydire à aucuns magiciens subtils, est plus aisé de s'accommoder de la forme et visage de femme, que non pas de la parole. Voilà pourquoy ce gentilhomme avoit raison de la vouloir voir et cognoistre; et, à ce qu'il disoit luy*méme, l'abstinence de la parole lui faisoit plus d'appréhension que la veuë,etle meitoit en resverie de monsieur le diable ; dont en cela il monstra qu'il craignoil Dieu. Mais, après avoir le toul descouvert, il ne devoit rien dire. Mais quoy I ce dira quelqu'un, l'amitié et l'amour n'est point bien parfaite, si on ne la déclare et du cœur et de la bouche; et pour ce, ce gentilhomme la luy vouloit faire bien entendre; mais il n'y gagna rien, car il y perdit tout. Aussi, qui eust cogneu l'humeur de ce gentilhomme, il sera pour excusé, car il n'estoit si froid ny discret pour jouer ce jeu, et se masquer d'une telle discrétion ; et, à ce que j'ay ouy dire à ma mère, qui estoit à la Reyne de Navarre, et qui en sçavoit quelques secrets de ses Nouvelles, et qu'elle en estoit l'une des devisantes, c'estoit feu mon oncle de LaChastaigneraye, qui estoit brusq, prompt et un peu volage. Le conte est déguisé pourtant pour le cacher mieux, car mon dict oncle ne fut jamais au service de la grand princessef

DISCOURS n. 143

malsfrlMede cette dame, oay bien da roy son frère : et si n^en fat autre ebose, car il estoit fort aymé et du Roy ot de la princesse. La dame, je ne la nemtneray peint, mais elle estoit veufVe et dame d'iionnear d'une très-grande princesse, et qui sça?oit faire la mine ÛB prede plus qoe dame de la Cbur.

— J'ay Goy center d'une dame de 1» cour de nos derniers roys, qne je cognois, laquelle, estant amoureuse d'un fort honneste genliUKRBme de hi Cour, Touloit imiter la façon d*amour de celte dame précédente : mais autant de fois qu'elle venoit de son assignation et de son rendez*fous, elle s^en alloit à sa chambre, et se faisoit regarder de tons costez à une ée ses filles ou femmes de chambre si elle n'esioit point marquée; et, par ce moyen, se garda d'estre méprise et reconnue. Aussi ne fut-elle jamais marquée qu'à la neufiesme assignation, que la marque fut aussi tost descouverte et reeogneue de ses femmes ; et pour ce, de peur d'estre scandalisée, et tomber ea opprobre, elle brisa là, et oucques puis ne retourna Il KassîgnatîoB. Il eust mieux talu', ee dit quelqu'un, qu'elle luy eost laissé faire ses marques tant qu'il eust roulu, et autant de feites les deCPaire et effacer; et pour ce eust eu double plaisir, l'un de ce contentement amoureux,et Tautre de se mocquer de son homme, qui travailloit tant à cette pierre philosophale pour la descoimir et cognoistre, et n'y pouvoit jamais parv'enir.

— J^en ay ouy conter d'un autre du tenips du roy François, de ce beau eseuyer Grafff, qui estoit un escuyer de Tescurie du dit roy, et mourut à Naples au voyage de M* de Laulrec, et d'une trèsgrande dame de la Cour, dont en devint très-amoureuse : aussi esloit-il très-beau et ne l'appeloit-on ordinairement que le beau GroSJf, dont j'en ay veu le pourtrait qui ie monstre tel. Elle attira un jour un sien vallet-de-chambre en qui elle se fîoit, pourtant incogneu et non veu, en sa chambre, qui luy vint dire un jour, luy bien habillé, qu'il sentoit son gentilhomme, qu'une très-honneste et belle dame se recommandoit à luy, et qu'elle en estoit si amoureose qu'elfe en désiroit fort faceointance plus que d'homme de la Cotîr, mais par tel si, qu^elle ne vouloit,pour tout le bien du monde, qu'il k vist ni la connust ; mais qu'à l'heure du coucher, et qu'un chacun de la Cour seroit retiré, il le viendroit quérir et prendre en un certain lieu qu'il lui diroit, et de là il le meneroit coudier avec celte dame ; mais par telle pache aussi, qu^il luy vouloit bouscher les yeux arec un beau mouchoir blanc, comme un trompette qu'on neine en Tille ennemie, afin qu'il ne peust voir nj recognoistre le

lieu ny la chambre ïh où il le meneroit, et le deodroit tonsjourl par les mains afin de ne deffaire ledit mouchoir ; car ainsi luy avoit commandé sa maistresse luy proposer ces conditions, pour ne vouloir estre connue de luy jusques à quelque temps certain et préfix qu'il luy dit, et lui promit ; et pour ce qu*il y pensast et advisast bien s^il y Touloit venir à cette condition, afin qu'il luy sceut dire lendemain sa response; car il le viendroit quérir et prendre en un lieu qu'il luy dit, et surtout qu'il fust seul, et il le meneroit en une part si bonne, qu'il ne s'en repentiroit point d'y estre allé. Voilà une plaisante assignation et composée d^une estrange condition. J'aimerois autant celle-là d'une dame espagnole, qui manda à un une assignation, mais qu'il portast avec lui trois S. S. S., qui estoient il dire : sa&to, solo^ segreto ; sage, seuU secret : Tautre luy manda qu'il iroit, mais qu'elle se garnist et fournist de trois F. F. F., qui sont qu'elle ne fust fea^ flaea n'y fria; qui ne fust n'y laide, flaque n'y froide. Attant, le messager se départit d'avec Gruffy. Qui fut en peine et en songe, ce fut luy, ayant grand sujet de penser que ce fust quelque partie jouée de quelque ennemy de Cour^ pour luy donner quelque venue, ou de mort ou de charité envers le Roy. Songeoit aussi quelle dame pouvoit*elie estre, ou grande, ou moyenne, ou petite, ou belle, ou laide, qui plus luy faschoit (encore que tous chats sont gris la nuict, ce dit-on, et tous c... sont c... sans clarté). Par-quoy, après en avoir conféré à un de ses compagnons les plus privez, il se résolut de tenter la risque, et que pour l'amour d'une grande, qu'il présumoit bien estre, il ne falloir rien craindre et appréhender. Par-quoy, \é lendemain que le Roy, les Reynes, les dames et tous et toutes de la Cour se furent retirez pour se coucher, ne faillit de se trouver au lieu que le messager lui avoit assigné, qui ne faillit aussi-tost l'y venir trouver avec un second, pour luy aider à faire le guet si l'autre n'estoit point suîvy de page ni de laquais, ny vallet, ny gentilhomme. Aussi-tost qu'il le vit, luy dit seulement : « Allons, monsieur, madame vous attend.» Soudain il le banda, et le mena par lieux obscurs, estroits, et tra* verses incogneues, de telle façon que l'autre luy dit franchement qu'il ne sçavoit là où il le menoit; puis il entra dans la chambre de la dame, qui estoit si sombre et si obscure qu'il ne pouvoit rien - voir ni cognoistre, non plus que dans un four. Bien la trouva-t-il sentant à bon, et très-bien parfumée, qui luy fit espérer quelque chose de bon ; parquoy le fit deshabiller aussi-tost, et luy-même le deshabilla, et après le mena par la main, luy ayant osté le mouchoir,

•Q Kct de la dame qui rattendoit en bonne dévotion, et se mit auprès ' d'elle à la taster, Pembrasser, la carresser, où il n'y trouva rien que très-bon et exquis, tant à sa peau qu^à son linge et lict très-superbe, qu'il tastonnoit avec les mains ; et ainsi passa joyeusement li ouict avec cette belle dame, que j'ay bien ouy nommer. Pour fin, tout lui contenta en toutes façons, et cognent bien qu'il estoit trèsbien hébergé pour cette nuict ; mais rien ne lui faseboit, disoit-il, si-non que jamais il n^èn sceut tirer aucune parole. Elle n'avoit garde, car il parloit assez souvent à elle le jour comme aux autres dames, et, pour ce, l'eust oogneue aussitost. De folatries, de mignardises, de carresses, d'attouchements et de toute autre sorte de démonstrations d'amour et paillardises, elle n'y espargnoit aucune : tant y a qu'il se trouva bien. Le lendemain, à la pointe du jour, le nessager ne faillit de venir esveiller, et le lever et habiller, le bander et le retourner au lieu où il l'avoit pris, et recommander à Dieu jusqaes au retour, qui seroit bien-tost; et ne fut sans lui demander s'il luy avoit menty, et s'il se trouvoit bien de l'avoir creu, et ce qu'il luy en serabloit de luy avoir servi de fourrier, et s'il luy avoit donné bon logement. Le beau Gruffy, après l'avoir remercié cent fois, luy dit adieu, et qu'il seroit tousjours prest de retourner pour si bon marché, et revoler quand il voudroit; ce qu'il fit, et la feste en dura un bon mois, au bout duquel fallut à Gruffy partir pour son voyage de Naples, qui prit congé de sa dame et luy dit adieu à grand regret, sans en tirer d'elle un seul parler aucunement de sa bouche, sinon soupirs et larmes qu'il lui sentoit couler des yeux. Tant y a qu'il partit d'avec elle sans la cognoistre nullement ny s'en appercevoir. Depuis on dit que cette dame pratiqua cette vie avec deux ou trois autres de cette façon, ke donnant ainsi da bon temps : et disoit-on qu'elle s'accommodoit de cette astuce, d'autant qu'elle estoit fort avare, et par ainsi elle espargnoit le sien etn'estoit sujette à faire présents à ses serviteurs; car enfin, toute grande dame pour son honneur doit donner, soit peu ou prou, soit argent, soit bagues ou joyaux, ou soyent riches faveurs : par ai nsi la gallante se donnoit joye à son c, et espargnoit sa bourse, en ne se manifestant seulement quelle estoit ; et pour ce, ne se pouvoH estre reprise de ses deux bourses, ne se faisant jamais cognoistre. Voilà une terrible humeur de grand dame. Aucuns ne trouveront la façon bonne, autres la blasmeront, autres la tiendront pour trèsexcorte, aucuns Festimeront bonne mesnagere; mais je m'en rapporte à ceux qui en discourront nueux que moy : si est-ce que cette

dame ne peut encourir tel blasme que oelte reyne qui se teooit à Thostel de Neste à Paris, laquelle» faisant le guet aux passants, et ceux qui lui revenoyeat et agréoient le plus, de quelques sortes de gens que ce fussent, les faisoit appeler et venir à soy ; et, après en avoir tiré ce qu'elle en vouloit, les faisoit précipiter du haut de \9k tour, qui paroist encores, en bas en l'eau, et les faisoit noyer (i)» Je ne puis dire que cela soit vray ; mais le vulgaire, au moins la pluspart de Paris, Taffirme ; et n'y a si commua, qu'en luy moastrant la tour seulement, et en l'interrogeant, que de luy-mesme ne le die.

Laissons ces amours, qui sont pluslost des avortons que des amours, lesquelles plusieurs de nos dames d'aujourd'hui abhorrent, comme elles en ont raison, voulant communiquer avec leurs serviteurs, et uou comme avec rochers ou marbres: mais après les avoir bien choisis, se sçavent bravement et gentiment faire servir et aimev d'eux. Et puis, eu ayant cogneu leurs fidéliiez et loyale persévérance, se prostituent avec eux par uno fervente amour, et se donnent du plaisir avec eux, non en mas« ques, ny en silence, ny muettes, ny parmi les nuicts et ténèbres, mais en beau plein jour se font voir, taster, toucher, embrasser, les entretiennent de beaux et lascifs discours, de mots folastres et paroles lubriques: quelques fois pourtant s^aident de masques, car il y a plusieurs dames qui quelques fois sont contraintes d'en prendre en le faisant, si c'est au hasle qu'elles le facent, de peur de se gaster le teint ou ailleurs, afin que, ai elles s'échauffent par trop, et si sont surprises, qu'on ne cognoisse leur rougeur ny leur contenance estoonée, comme j^en ay veu : et le masque cache tout, et ainsi trompent le monde.

(I) Toyes Bayle, Dict, flrt(., ao nei Bq&ioah. VUIm , dtu M btUaio des Dmneê

^ temps jadis : >>

Seint»lablemeikt où est la veiM, Qui co;aiiDaoda que Buridan Ifuii jeté en an sac eu Seine?

DISCOURS n. 147

AKVICLR Ik

De U iMTOIa ea amoat.

fay ony dire à plusieurs dames et cavsllîers q«i ont mené Tanour , que, sans h Teûe et la parole , elles ayroeroient autant refisembler les bestes brutes, lesquelles, par un appétit naturel et seasuel, n*0Bt autres soncy ne amitié que de passer leur rage et ektear. Aussi ay-je ony dire à plusieurs seigneurs et galianis gwulsbemmes qui ont couché avec de grandes daines , ils les ont trouvées cent fois plus lascives et débordées en paroles, que les femmes cemomnes et autres. Elles le peuvent feire à fin^se, d'autant qu'il est impossible à Thomme, tant vigoureux soit-il, de tirer au collier et labourer tousjours; mais, quand il vient à la pose et au relasche » il trouve si bon et si appétissant quand sa dame Têttretient de propos lascife et mots folastrement prononcés , que, qiand Ténus seroit la plus endormie du menée , soudain elle est esveillée ; mesmes que plusieurs dames , entretenant leurs amants devant 1^ monde , f^t aux chambres des reynes et princesses et lifieurs, tes pipoient , car elles leur disoieni des parotes si lascives et si friandes qu'elles et eux se corrompoient comme dedans un iict : nous y les arregardans, pensions qu'elles tinssent autres propos. C'est pourquoy Marc Antoine aima tant Cléopatre et In préféra à sa femme Octavia, qui estoit cent fois plus aimable el belle que la Cléopatre; mais cette Cléopatre avoit la parole ai affettée , et le mot si k propos, avec ses façons et grâces lascives , qn* Antoine oublia tout pour son amour. Plutarque nous en fistit k)y sur aucuns brocards ou sobriquets qu'elle disoit si geatimenl^ qae Marc Antoine, la voulant imiter , ne ressembloit à ses devis (encore qu'il voulust fiiire du gallam) qu'un soldat et gros gendarme, au prix d'elle et de sa belle frase de parler. Pline fait u conte d'elle que je trouve ibrt beau, et , par ce, je le répéteray ici un peu. C*est qu'un jour, ainsi qu'elle estoit en ses plus gaillardes humeurs , et qu'elle s'estoit habillée à l'advenanl et à l'advantage , et surtout de la teste d'une guirlande de diverses fleurs convenante à tonte paillardise , ainsi qu'ils estoient à table, et que Marc Antoine voulut boire , elle l'amusa de quelque gentil disâmrs, et cependant qu'elle parloît» à mesure elle arnchoit de

ses belles fleurs de sa guirlaode, qui oéantmoins estoîent tontes semées de poudre empoisonnée, et les jettoit peu à peu dans la coupe que tenoit Marc Antoine pour boire ; et ayant achevé son discours, ainsi que Marc Antoine voulut porter la coupe au bec pour boire , Cléopatre luy arreste tout court la main , et ayant aposté un esclave ou criminel qui estoit là près, le fit venir à luy, et lui fît donner à boire ce que Marc Antoine alloit avaler , dont soudain il en mourut; et puis, se tournant vers Marc Antoine, lui dit : « Si je ne vous aimois comme je fais, je me fusse main- » tenant défaite de vous, et eusse fait le coup volontiers , sans que » je vois bien que ma vie ne peut estre sans la vostre. » Cette invention et cette parole pouvoient bien confirmer Marc Antoine en son amitié, voire le faire croupir davantage aux costez de sa cbarnure. Voilà comment servit Téloquence à Cléopatre , que les histoires nous ont escrite très-bien disante : aussi ne rappeloit-il que simplement la Reyne, pour plus grand honneur, ainsi qu'il escrît à Octave César, avant quMls fussent déclarés ennemys. « Qui » t'a changé, dit-il, pour ce que j'embrasse la Reyne? elle est ma » femme. Ay-je commencé dès ast heure? Tu embrasses Drasille, » Tortale, Leontile, ou Rufile, ou Salure Litiseme, on toutes : que » t'en cbaut-il sur quelle tu donnes, quand l'envie f en prend ? » Par là Marc Antoine louoit sa constance et blasmoit la variété de l'autre d'en aimer tant au coup, et luy n'aimoit que sa Reyne, dont je m'estonne qu'Octave ne l'aima après la mort de Marc Antoine. Il se peut faire qu'il la vit quand il la vit et la fit venir seule en sa chambre, et qu'elle l'harangua : possible qu'il n'y trouva pas ce qu'il pensoit , ou la méprisa pour quelque autre raison, et en voulut faire son triomphe à Rome et la monstrer en parade ; à quoi elle remédia par sa mort advancée.

Certes , pour retourner à notre dire premier, quand une dame se veut mettre sur l'amour, ou qu'elle y est une fois bien engagée, il n^y a orateur au monde qui die mieux qu^elle. Voyez comme Sopfaonisba nous a esté descrite de Tite Live , d'Appian et d'autres, si bien disante à F endroit de Massinissa, lorsqu'elle vint à luy pour l'aimer , gaigner et réclamer , et après quand il lui fallut avaller le pobon. Bref, toute dame, pour estre bien ai* mée, doit bien parler, et volontiers on en voit peu qui ne parlent bien et n'ayent des mots pour esmouvoir le ciel et la terre, et fust-elle glacée en plein hyver. Celles surtout qui se mettent à l'amouTy el si elles ne savent rien dire, elles sont si dessavou-

fées, que le morceau qu^elles vous donnent n*a ny goust ny saveur : et quand M. du Bellay, parlant de sa courtisanne et déclarant ses mœurs, dit qu'elle estoit.sage au parler et folastre à la couche (l), cela s'entend en parlant devant le monde et entretenant Tun et Fautre ; mais lorsque Ton est à part avec son amy, toute gallante dame veut estre libre en. sa parole et dire ce qu'il luy plaist, afin de tant plus esmouvoir Vénus.

J'ay ouy faire des contes à plusieurs qui ont joui de belles et grandes dames, ou qui otit esté curieux de les escouter parlant avec d'autres dedans le lict, qu'elles esioient aussi libres et folles en leur parler que courtisannés qu'on eust sceu connoistre : et qui est on cas admirable, est que, pour estre ainsi accoustumées à entretenir leurs marys, ou leurs amys, de mots, propos et discours sallaux et lascifs, mesmes nommer tout librement ce qu'elles portent au fond du sac sans farder, et pourtant, quand elles sont en leurs discours , jamais ne s'extravaguent , ni aucun de ces mots sallaux leur vient à la bouche : il faut bien dire qu'elles se savent bien commander et dissimuler ; car il n'y a rien qui frétille tant que la langue d'une dame ou fîUe de joie. S y ay-je cogneu une très-belle et honneste dame de par le monde, qui, devisant avec on honneste gentilhomme de la Cour des affaires de la guerre dorant ces civiles, elle lui dit : « J'ay ouy dire que le Roy à fait rompre tous les c... de ce pays- là. » Elle vouloit dire les ponts. Pensez que, venant de coucher d'avec son mary, ou songeant à son amant , elle avoit encore ce nom frais en la bouche : et le gentilhomme s'en escbaufl^ en amours d'elle pour ce mot.

— Une autre dame que j'ai cogneue, entretenant une autre grand dame plus qu'elle, et luy louant et exaltant ses beautez, elle lui dit après ; « Non, madame, ce que je vous en dis, ce n'est 9 point pour vous adultérer; » voulant dire adulater, comme elle le rhabilla ainsi : pensez qu'elle songeoit à l'adulière et à adultérer. Bref, la parole en jeu d'amours a une très-grande efficace ; et où elle manque le plaisir en est imparfait : aussi, à la

(1) La Yieilie Courtiiaiine, fol. 449. B. des OEuvrtê poit. de JoacK duBitta^ mx, ée 11^97 :

De la Tertu je tçavois deviier,

Et je sçaTOis tellement éguiter,

Que rien qu'honneur ne sortoit de ma bouche;

Sace au parler et folastre à 1» couche.

vérité, si un beau corps n'a ude belle ame, il ressemble mlaii son idole qa*un corps humain ; et s'il se vent faire bien aimer, tant beau soit-îl, il faut quMl se fasse seconder dhtue belle ame : que s'il ne Fa de nature, il la faut façonner par art.

— Les courtisannes de Rome se moquent fort des gentilles idames de Rome, lesquelles ne sont apprises à la parole comme elles; et disent que chiavano corne cani, ma che sono qmete délia }>occa como sassi (1).

Et voilà pourquoy j'ai cogneu beaucoup d*homie!Stes gent^hommes qui ont refusé Taccointance de plusieurs dames, je vous di^ très-belles, parce qu'elles estoient idiotes, sans am«, sans esprit et sans parole, et les ont quittées tout à plat : et disment qu'ils aimoîent autant avoir à faire avec une belle statue de quelque beau marbre blanc, comme celuy qui en aima une à Adieoes jusquesà enjoûir.

Et pour ce, les estrangers qui vont par pays ne se mettent ï guières aymer les femmes estrangères, uy volontiers s'en caprichent pour elles, d'autant qu'ils ne s'entendent point, ny leur parole ne leur touche aucunement au cœur ; j'entends ceux qui n'entendent leur langage : et s*ils s'accostent d'elles, ce n'est que pour contenter autant nature, et esteindre le feu naturel besiialenipit, et puis andar in barca (2) ; comme dist un ItaUen un jour desembarqué à Marseille, allant en Espagne, et demandant où il y avoit des femmes. On luy monstre un lieu où se faisoil le hsA de quelques nopces. Ainsi qu'une dame le vint accoste^et arraisonner, il lui dit : F. S. mi perdonna, non voglio parlare, vogîio solamente chiavare, e poi me n* andar in harca (5).

le François ne prend grand plaisir avec une Allemande ^ tme Suisse, une Flamande, une Angloise* Êoossoise, une Esclavonne on autre estrangère, encore qu'el^ .dOlllast le mieui au moode^ «'il ne l'entend ; mais il se plaint grandement avec sa dame françoise ou avec l'Italienne ou l'Espagnolle , car coustumièrement, la plus par\ des François aujourd'hui, an moins ceux qui ont ven un peu, sçavent parler ou entendent ce langage; et Dieu sait s'il est affetté et propre pour l'amour? Car quiconque aura à fûre avec

(1) Elles s'abandonnent comme chiennes, et sont muettes de la bonche comme pierres.

(2) Se retirer k la barque.

(3) Pardonnez-moi , madame; je ne veux pomt jaser^ mais seulement agir et pois me retirer à la barque.

DISCOURS II. lâl

uoe dame françoise, italienne, espagnolle ou grecque, et qu'elle soit diserte, qu'il die hardiment qu'il est pris et vaincu.

D'autres fois nosire langue françoise n'a esté si belle ny si enricbie comme elle Test aujourd'hui ; mais il y a long-temps que l'italienne, Tespagnolle et la grecque le sont : et volontiers n'ay-je guieres veu dame de celte langue, si elle a pratiqué tant soit peu le mestier de l'amour, qui ne sache très-bien dire. Je m'en rapporte à ceux qui ont traitlé celles-là.

Tant y a qu'une belle dame et remplie de belle parole contente doublement.

AATICLB III.

De la venë en amour.

Parlons maintenant de la veuê. Certainement, puisque les yens sont les premiers qui attaquent le combat de Tamour, il faut admktT qu'ils donnent un très-grand contentement quand ils nous iiat voir quelque chose de rare en beauté.

Hé, quelle est la chose au monde que l'on puisse voir plus belle qu'une belle femme, soit habillée ou bien parée, ou nvk entre deux draps ? Pour l'habillée, vous n'en voyez que le visage à nud ; Biais aussi, quand un beau corps, orné d'une riche et belle taille, d'un port et d'une grtce, d'une apparence et superbe majesté, à nous se présente à plein, quelle plus belle monstre et agréable veuê peut-il estre au monde? Et puis, quand vous en venez à jouir tout ainsi couverte et superbement habillée, la convoitise et jouissance en redoublent, encore que l'on ne voye que le seul visage de tout le reste des autres parties du corps : car malaisément peut-on jouir d'une grande dame selon toutes les commoditez que l'on défireroit bien, si ce n'estoit dans une chambre bien à loisir et lieu secret, ou dans un lict bien à plaisir; car elle est tant éclairée.

Et c'est pourquoy une grande dame, dont j'ay ouy parler, quand elle rencontroit son serviteur à propos, et hors de veuë et descouverte, elle prenoit l'opcasion tout aussi-iost^ pour s'en contenter k

plus promptement et briefvemeDl qu'elle pou voit» en lui disant un jour : « C'estoient les sottes» le temps passée qui, par trop se vou- )t lant délicater en leurs amours et plaisirs, se renfermoièot, ou en » leurs cabinets, ou autres lieux couverts, et là faisoient tant dorer » leurs jeux et esbats, qu'aussi-tost elles estoient descouvertes et » divulguées. Aujourd'buy, il faut prendre le temps, et le plus » bref que Ton pourra, et, aussi-tost assailly, aussi-iost investj et » achevé ; et par ainsi nous ne pouvons estre scandalisées. » Je trouve que cette dame avoit raison ; car ceux qui se sont meslez de cet estât d*amour, ils ont toujours tenu cette maxime, qu'il n'y a que le coup en robbe.

Aussi, quand Ton songe que Ton brave, Ton toule, presse et gourmande, abat et. porte par terre les draps d'or, les toiles d'argenty les clinquants^ les esloffes de soye, avec des perles et pierreries, l'ardeur, le contentement, s'en augmentent bien davantage, et certes, plus qu*eo une bergère ou autre fenmie de pareille qualité, quelque belle qu'elle soit.

Et pourquoy jadis Vénus fut trouvée si belle et tant désirée, sinon qu'avec sa beauté elle estoit toujours gentiment habillée, et ordinairement parfumée, qu'elle sentoit toujours bon de cent pai loin? Aussi tenoit-on que les parfums animent fort à l'amour.

Voilà pourquoy les empérieres et grandes dames de Rome s'en tccommodoient bien fort, comme font aussi nos grandes dames de France, et sur-tout aussi celles d'Espagne et d'Italie, qui, de tout temps, en sont esté plus curieuses et exquises que les nostres, tant en parfums qu'en parures de superbes habits, desquelles nos dames en ont pris depuis les patrons et belles inTentions ; aussi les autres les avoient apprises des médailles et statues antiques de ces dames romaines, que Ton voit encor parmy plusieurs antiquitez qui sont encore en Espagne et en Italie; lesquelles, qui les contemplera bien, trouvera leurs coiffures et leurs habits en perfection, et trèspropres à se faire aimer. Mais aujourd'huy, nos dames françoises surpassent tout : à la reyne de Navarre elles en doivent ce grand* mercy.

Voilà pourquoy il fait bon et beau d'avoir à faire à ces belles dames si bien en poinct, si richement et pompeusement parées.

De sorte que j'ay ouy dire à aucuns courtisant, mes compagnons, einsi que nous devisions ensemble, qu'ils les aimoient mieux ainsi que desacoustrées et couchées nues entre deux linceux, et dans un lict le plus eorichy de broderies que Ton sceut faire.

DISCOURS II. ibZ

D'autres disolent , qu'il n*y avoit que le naturel , sans aucun

fiurd ny artifice , comme un grand prince que je sçay, lequel

pourtant faisoit coucher ses courtisannes ou dames dans des draps

V de taffetas noir (l) bien tendus, toutes nues, afin que leur blan-

. cbeur et délicatesse de chair parust bien mieux parmy ce noir , et

donnast plus d*esbat.

- ^ U ne faut douter vrayment que la veuë ne soit plus agréable que toutes celles du monde d*une belle femme toute parfaite en beauté; nais mal-aisément se trouve-t-elle.

Aussi on trouve par escrit que Zeuxis , cet excellent peintre , ayant este prié , par quelques honuestes dames et filles de sa eonnoissance , de leur donner le pourtrait de la belle Helaine et la leur représenter si belle comme Ton disoit qu'elle avoit esté , il ne leur en voulut point refuser; mais , avant qu*eu faire le pourtrait, il les contempla toutes fixement, et en prenant de l'une et de l'autre ce qu'il y put trouver de plus beau , il en fit le tableau comme de belles pièces rapportées , et en représenta par icelles Helaine si belle, qu'il n'y avoit rien à dire, et qui fut tant admirable à .toutes, mais , Dieu mercy, à elles, qui y avoient bien tant aidé par leurs beautés et parcelles, comme Zeuxis avoit fait par son pinceau. Cela vouloit dire , que de trouver sur Helaine toutes les perfections de beauté il n'estoit pas possible, encore qu'elle ait esté en extrémité très-belle.

En cas qu'il ne soit vrai , TEspagnol dit que pour rendre une femme toute parfaite et absolue en beauté, il lui faut trente beaux sis (i)f qu'une dame espagnoUe me dit une fois dans Tolède, là où il y en a de très -belles, bien gentilles et bien apprises. Les trente donc sont telles :

Trti cotai blanetu : «1 euero, la dtenfM, y lai manot,

Tm ntgrat : loi ejoit lai eejai, y Uu pettannoi,

Tra eoldradoi : loi lahioi, lai mexilUUf y las unnas,

Tra longai : et euerpOt loi cahella, y las tnanoi.

Tm eortoi : <o» dionta , lai or^ai , y la piei,

Tm anehas : loi peehoSt la fnntif y il entrejico*

Tra Mnchai : la boca, Puna y otray la eintaf y Fintrada âel pi$.

Tm grumai : il braço, il muslOf y la paniorilla.

(1) Le Divorci iatyriqui aUribue cette lOYention à la reine Marguerite, pooL* nndre le roi de Navarre, son làari, plus amoureux d'elle et plus lascif.

(2) Ils sont pris d'un Tieuz lirre français intitulé : Di la louangi it hiauté dm Dama. François Gornigerlesa mis en dlz-huit vers latins. Vincentio Galroeta lea i auil tÛÊ m ven ittliess, qui eoMaencent par Dota Flaminia,

Trm dê^fuiâët : lot éUêê$^ Im MèeRM, f 1m kMa»« Tm pequtnna* : <a« IMM, la iMim, y te Mè«fa.

Qui sont en frftoçois , afin qu on Teatende ;

Trois cliotes blanches : U peaa, les Aenu €ft les mains.

Trois noires : les yens, les soorcils et les paupières.

Trois roages : les lèvres , les Jones et les ongles. •

Trois longues : le corps , les cheveut et les nains.

Trois ooartes : les rfents, les oreilles et les pieds.

Trois larges : la poitrine ou le sein, le front et i' O at tt O W f C ii.

Trois estroites : la bouche , l'une et l'autre , la ceinture ou la taille, et

fenirée dn pied.

Vrots grosses : le bras, ta misse et le gros de k |ainb«» Trois déli^ : les doigts , les cheveux et les lèvres. Trois pentes : les tetins, le net et la teste.

Sont trente en tenu

Il n*est pas inoonvéniem^ «t &e pent tfae tons tes sis en nne éame peuvent estre tons ensemble ; mais il fant qu*dlle soit faite BU meuie de k perfection; car de les voir ions assemblez sans qu*tl y en ait quelqu'un à redire et qu'il ne soit en défaut, il n*es(t possible.

le m*en rapporte à ceux qui ont teu de belles finnines, ou em iFerront, et qui voudront esire soigneux de les contempler et essayer ee qu'Hs en sauront dire. Mats pourtant , encore qu'elles ne soient accomplies ny embellies de tous ces poincts, une belle femme sert tewsjours belle, mais qu^elle eu aye la moitié et en aye les points principaux que je viens de dire : car j^en ay veu force qui eu avœent à dire plus de la moitié, qui estoient très -bel les et fort aimables ; ny plus ny moins qu'un bocage est trouvé tousjours beau en printemps, encore qu'il ne soit remply de tant de petits arbrisseaux qu'on voudroit bien ; mais que les beaux et gi^nds arbres touffus paroissent, c'est assee de ces grands qui peuvent estouffer la deffectuosité des autres petits*

M. de Ronsard me pardonne, s'il lui plaist; jamais sa mais* tresse, qu^il a faite si belle, ne parvint à cette beauté , ny quelqu*autre dame qu'il ait veue de son temps ou en ait escrit : et fust sa belle Gassandre qui je sçay bien qu'elle a esté belle, mais il l'a déguisée d'un faux nom : ou bien sa Marie, qui n'a jamais autre nom porté que celuy-là , quant à celle-U ; mais il est permis lux poêles et peintres dire et faire ce qu'il leur plaist , ainsi que irous avez dans Roland le furieux de très-belles beauteZ| descrites par l'Arioste, d'Alcine et autres.

Tout cela est bon ; mais, comme je tiens d'un très-grand per« sonnage, jamais nature ne sçauroit faire une femme si parfaite comme une ame vive et subtile de quelque bien-disant, ou le crayon et pinceau de quelque divin peintre la nous pourroient représenter. Baste, les yeux humains se contentent toujours de voir une belle femme de visage beau, blanc, bien fait : et encore qu'il soit brunet, c'est tout un ; il vaut bien quelquefois le blanc, comme dit TEspagnole : Aunque io sia mormica, no 8oy da menos preeiar ; « encorqueje sois brunette, je ne suis à mépriser, n Aussi la belle Marfise era hrunetta alquan{o{i). Mais que le brun n*efface le blanc par trop : un visage aussi beau, faut qu'ils soit porté par un corps façonné et fait de mesme : je dis autant des grands que des petits ; mais les grandes tailles passent tout.

Or, d'aller chercher des points si exquis de beauté, comme je viens de dire ou qu'on nous les dépeint, nous nous en passerons bien, et nous resjoiiirons à voir nos beautez communes : non que je les veuille dire communes autrement , car nous en avons de si rares, que, ma foy, elles valent bien plus que toutes celles que nos poêles fantasques, nos quinteus peintres et nos pindariseurs de beautez, sçauroient .représenter.

Hélas ! voicy le pis ; telles beautez belles , tels beaux visages, en voyons-nous aucuns, 'admirons, desirons leur beau corps, pour l'amour de leurs belles faces, que néantmoins, quand elles viennent à estre descouvertes et mises à blanc, nous en font perdre le goust; car ils sont si laids, tarez, tachez, marquez et si hideux, qu'ils en démentent bien le visage ; et voilà comme souvent nous y sommes

Kous en avons un bel exemple d'un gentilhomme de Pisle de Mojofque, qui s'ay^nelloit Raymond Lulle, de fort bonne, riche et ancienne maison, qui, pour sa noblesse, valeur et vertu, fut appelé en ses plus belles années au gouvernement de cette isle. Estant en celle charge, comment souvent arrive aux gouverneurs des provinces ev places, il devint amoureux d'une belle dame de l'isle des plus habilles, belles et mieux disantes de-là. Il la servit longuement et kri bien ; et luy demandant toujours ce bon point de joliissance, elle, après l'en avoir refusé tant qu'elle put, luy donna un jour assignation, où il ne manqua ny elle aussi , et comparut plus belle q%e jamais et mieux en point. Ainsi qu'il pensoit entrer*

^) Cest-è-dlr», était un peu brunette.

166 VIES DES DAMES GALAin:ES.

en paradis, elle luy tIdI à descouvrir son sein et sa poitrine toute couverte d'une douzaine d'emplastres» et, les arrachant Tun après Fautre, et de dépit les jetant par terre, luy monstra un effroyable cancer, et, les larmes aux yeux, luy remonstra ses misères et son ma), luy disant et demandant s'il y avoit tant de quoy en elle qu'il en dust esire tant espris; et sur ce, lui en fit un si pitoyable discours , que luy , tout vaincu de pitié du mal de celte belle dame , la laissa ; et l'ayant recommandée à Dieu pour sa santé, se défit de sa charge et se rendit hermite. Et estant de retour de la guerre sainte, où il avoit fait vœux, s'en alla estudier à Paris sous Arnaldus de Yillanova, sçavant philosophe, et ayant fait son cours^ se retira en Angleterre, où le Roy pour lors le receut avec tous les bons recueils du monde pour son grand sçavoir, et qu'il transmua plusieurs lingots et barres de fer, de cuivre et d'estain, mesprisant cette commune et triviale façon de transmuer le plomb et le fer en or, parce qu'il sçavoit que plusieurs de son temps sçavoient faire cette besogne aussi bien que luy, qui sçavoit faire l'un et l'autre : mais il vouloit faire un pardessus les autres.

Je tiens ce conte d'un gallant homme qui m'a dît le tenir dn jurisconsulte Oldrade, qui parle de Raymond Lulle au commentaire qu'ila faiit sur le code de falsa Moneta, Aussi le tenoit-il, ce disoit-il, de Garolus Bovillus (l), Picard de nation, qui a composé un livre en latin de la vie de Raymond de Lulle (2).

Voilà comment il passa sa fantaisie de l'amour de cette belle dame; si que possible d'autres n'eussent pas fait, et n'eussent laissé k l'aimer et fermer les yeux , mesme en tirer ce qu'il vouloit , puisqu'il esioit à mesme; car la partie où il tendoit n'esioit touchée d'un tel mal.

J'ay cogneu un gentilhomme et une dame veufti de par le monde, qui ne firent pas ses scrupules ; cai la dame estant touchée d'un gros vilain cancer au tetin, il ne laissa de l'espouser, et elle aussi le prendre, contre l'advîs de sa mère, et toute malade et maléficiée qu'elle estoit, et elle et luy s'esmeurent et se remuèrent tellement toute la nuict, qu'ils en rompirent et enfoncèrent le fond du châlit.

i'ai cogneu aussi un fort honneste gentilhomme , mon grand

(1) En françoii, Charles de Bouvellet. Oo a de lui plusieurs ouvrages. (3) C'est ott in-4* imprimé i Paris, cbca Ascensius, le 3 des lones de déeemm t&a.

amy, qvi me dît qu'an jour estant à Rome, il luy advint d^aimer une dame espagnolle, et des belles qui fust en la ville jamaig.* Quand il Taccostoit, elle ne vouloit permettre qu'il la vist» ny qu'il la touchast par ses cuisses nues, si-non avec ses callesons; si bien que quand il la vouloit toucher, elle lui disoit en espagnol: jih ! no me tocays, hareis me eosquillas (l), qui esta dire : «Vous me chatouillez. » Un matin, passant devant sa maison, trouvant sa porte ouverte, il monte tout bellement, où estant entré sans ren* contrer ny fantesque ny page, ny personne, et entrant dans sa chambre, la trouva qui dormoit si profondément, qu'il eut loisir de la voir toute nue sur le lict, et la contempler à son aise, car il faisoit très-grand chaud ; et il dit qu'il ne vid jamais rien de si beau que ce corps, fors qu'il vit une cuisse belle, blanche, pollie et refaite, mais l'autre elle l'avoit toute seiche, atténuée et estiomenée, qui ne paroissoit pas plus grosse que le bras d'un petit enfant. Qui fust estonné? ce fut le gentilhomme, qui la plaignit fort, et oncques plus ne la tourna visiter ny avoir à faire avec elle.

Il se voit force dames qui ne sont pas ainsi esiiomenées de catherres ; mais elles sont si maigres, dénuées, asséchées et deschar- Dées, qu'elles n'en peuvent rien monstrer que lebastiment: comme j'ay cogneu une très-grande que M. l'evesque de Cisieron, qui disoit le mot mieux qu'homme de la Gonr, en brocardant affermoit qu'il valoit mieux de coucher avec une ratoire de fil d'archal qu'avec elle ; et, comme dit aussi un honneste gentilhomme de la Cour, auqtiel nous faisions la guerre qu'il avoit à faire avec une dame assez grande: « Vous vous trompez, dit-il, car j'aime trop la chair, et elle n'a que les os ; » et pourtant, à voir ces deux dames, si belles par letirs beaux visages, on les eust jugées pour des morceaux très-charnus et bien friands.

Un très-grand prince de par le monde vint une fois à estre amoureux de deux belles dames tout à coup, ainsi que cela arrive souvent aux grands, qui ayment les variétez. L'une estoit fort blanche, et l'autre brunette, mais toutes deux très-belles et fort aimables. Ainsi qu^il venoit un jour de voir la brunette, la blanche jalouse luy dit : « Vous venez de voiler pour corneille. » A quoy lui respondit le prince un peu irrité, et fasché de ce moi: « Et quand je suis avec vous, pour qui volle-je? » La dame respondit: « Pour un phénix. » Le prince^ qui disoit des

(1) Akl ne me touchei pai.

mieux, répliqua: « Mais dites plustost pour Toiseati ôe paradis, » là où il y a plus de plume que de chair; » la taxant par là qu'elle estoit maigre aucunement: aussi estoit-elle fort jova^ note pour estre grasse, ne se logeant coustumièrement que sur celles qui entrent dans Taage, qu'elles commencent à se fortifier et renforcer de membres et autres choses.

— Un gentilhomme la donna bonne à un grand seigneur que |e sçay. Tous deux avoient belles femmes. Ce grand seigneur trouva celle du gentilhomme fort belle et bien advenante. Il luy dit un jour : « Un tel, il faut que je couche avec vostre femme. *» Le gentilhomme, sans songer, car il disoit très-bien le mot, luy respondit: « Je le veqx, mais je couche avec la vostre. » Le seigneur lui répliqua: « Qu'en ferois-tu? car la mienne est si maigre, que tu B^y prendrois nul goust. » Le gentilhomme respondit: « Je la larderay si menu, que je la rendray de bon goust. %

— Il s'en voit tant d'autres que leurs visages poupins et gentils font désirer leurs corps ; mais quand on y vient, on les trouve si décharnées, que le plaisir et la tentation en sont bien-tost passez. Ëntr'autres, l'on y trouve Tes barré qu'on appelle, si sec et si décharné, qu'il foule et masche plus tout nud que le bast d'un mulet qu'il auroit sur luy. A quoy pour suppléer, telles dames sont coustumières de s*aider de petits coussins bien mollets et délicats à soutenir le coup et engarder de la mascheure; ainsi que j'ay ouy parler d'aucunes, qui s'en sont ai* dées souvent, voire de callesons gentiment rembourez et faits de satin, de sorte que les ignorants, les venants à toucher, n'y trouvent rien que tout bon, et croyent fermement que c^est leur embonpoint naturel ; car par>dessus ce satin il y avoit des petits callesons de toile volante et blanche ; si bien que l'amant, donnant le coup en robbe, s'en alloit de sa dame si content et satisfait, qu'il l'a tenoît pour très-bonne robbe.

D'autres y a-t-il encore qui sont de la peau fort maléficiées et marquetées comme marbre, ou en œuvre à la mosaïque, tavellées comme faons de bische, gratteleuses, et subjectes à dartes forineuses et fascineuses; bref, gasiées tellement, que la veuë n^en est pas guieres plaisante.

— J'ay ouy parler d'une dame grande, et Tay cogneue et cognois encore, qui est pelue, velue sur la poitrine, sur l'estomac, sur les espaules et le long de l'eschine, et à son bas, comme un sauvage.

Je vous laisse à penser ce que veut dire cela : si le proverbe est

DISCOURS II. 16t

mijf que penônm ams% velue est ou riche, au tubrique^ celle-là i l'sii et l*a<itfe , je vous en ssseurè, et s*eft fiit fort bien donner, m foîr et désirer.

D'autres ont U chair d'oison on d'estoameau plomé, harée, brodequittée, et pl«s noire qa*un beau diable.

D'antres sont opulentes en tétasses avalées, pendantes plus que dhuie vache allûtant son veau.

Je m'asseure que ce ne sont pas les beaux tetins d'Hélaine» laquelle, voulant un jour présenter au temple de Diane une coupe lentille par certain voeu, employant Torfevre pour la luy faire, luy en fit prendre le modeHe sur un de ses beaux tetins, et en fit la coupe d*cr blanc, qu'on ne sçauroit qu'admirer de plus, ou la coupe ou la ressemblance du tetin sur quoy il avoit pris le patron , qui se Monstrok si g^til et si poupin, que l'art en pou voit faire désirer le naturel. Pline dit cecy par grande spédauté, où il traite qu'il y a de l'or Uanc Ce qui est fort estrange est que cette coupe fut laite d'or blanc.

Qui voudroît Aiire des coupes d'or sur ces grandes tétasses que je & et que je cognois, il faudroit bien fournir de l'or à monsieur foifevre, et ne serait après sans coust et grand risée, quand on diroit : « Voilà des coupes faites sur le modelle des testins de telles > et lolles dames. »

Ces coupes ressembleroient, non pas coupes, mais de vrayes augesy qu'on voit de bois toutes rondes, dont on donne à manger aux pourceaux; et d'autres y a-t-il, que le bout de leur tetin ressemble à une vraye guine pourrie.

D'autres y a-t-il , pour descendre plus bas, qui ont le ventre si Bal poly et ridé, qu'on les prendrait pour de vieilles gibessières ridées de sergents ou d'hosteliers; ce qui advient aux femmes qui on eu des enfants, et qui ne s'ont esté bien secourues et graissées de graisse de baleine de leurs sages-femmes. Mais d'autres y a-t-il, qui les ont aussi beaux et polis, et le sein aussi follet, comme si elles estoient encore filles.

D'autres il y en a, pour venir encore plus bas, qui ont leurs aitures hideuses et peu agréables. Les unes y ont le poil nullement frisé, mais si long et pendant, que vous diriez que ce sont les moustaches d'un Sarrasin ; et pourtant n'en estent jamais la toison, et se plaisent à la porter telle, d'autant qu'on dit : Chemin jonchu et c. velu sont fort propres pour chevaucher. J'ay ouy parler de quelqu'une très-grande qui les porte ainsi.

J'ay oay parler d'une autre belle et honneste dame qui les avok ainsi longues, qu'elle les entorCilIoit/ avec des cordons ou rubans de ioye cramoisie ou autre couleur, et se les frisonnoit ainsi coomie des frisons de perruques, et puis se les attachoit à ses cuisses, et eu tel estât quelquefois se les présentoit à son mary et à son amant, ou bien se les destortoit de son ruban et cordon , si qu'elles paroissoient frisonnées par après, et plus gentilles qu'elles n'eussent fait autrement.

Il y avoit bien là de la curiosité» et de la paillardise et tout; car, ne pouvant d'elle-mesme faire et suivre ses. frisons, il falioit qu'une de ses femmes, de ses plus favorites, la servit en cela ; en quoy ne peut estre autrement qu'il n'y ayt de la lubricité en tontes façons qu'on la pourra imaginer.

Aucunes, au contraire, se plaisent le tenir et porter raz, comme la barbe d'un prestre.

D'autres femmes y a-t-il, qui n'ont de poil point du tout, m peu, comme j'ay ouy parler d'une fort grande et beUe dame que j'aye cogneue ; ce qui n'est guières beau, et donne un mauvais soupçon : ainsi qu'il y a des hommes qui n'ont que de petits boucquets de barbe au menton, et n'en sont pas plus estimez de bon sang, ainsi que sont les blanquets et blanquettes (l).

D'autres en ont l'entrée si grande, vague et large, qu'on la prendroitpour l'antre de la Sibylle.

J'en ay ouy parler d'aucunes, et bien grandes, qui les ont telles qu'une jument ne les a si amples, encore qu'elles s'aident d'artifice le plus qu'elles peuvent pour estrecir la porte ; mais, dans deux ou trois fréquentations, la mesme ouverture tourne : et, qui plus est, j'ay ouy dire que, quand bien on les arregarde le cas d'aucunes, il leur cloise comme celuy d'une jument quand elle est en chaleur. L'on m'en a conté trois qui monstrent telles cloyses quand on y prend garde de les voir.

— J'ay ouy parler d'une dame grande, belle et de qualité, à qui un de nos roys avoit imposé le nom de P<m de c, tant il es toit large et grand ; et non sans raison, car elle se l'est fait en son vivant souvent mesurer h plusieurs merciers et arpenteurs, et que tant plus elle s'esiudioit le jour de l'estrecir, la nuict en deux heures on le lui eslargissoit si bien, que ce qu'elle faisoit en une heure, on le défaisoît en l'autre, comme la toille de Pénélope. Enfin,

(1) Les Itdret, lei ladretKS

elle en quitta tous artifices, et en fut quille pour faire élection des plus gros moules qu'elle pouvoit trouver.

Tel remède fut très-bon, ainsi que j'ay ouy dire d'une fort belle et honneste fille de la Cour, laquelle Tout au contraire si petit et si «stroit, qu*on en désespéroit à jamais le forcement du pucelage ; mais par ad vis de quelques médecins ou de sages femmes, ou de ses amys ou amyes, elle en fit tenter le gué ou le forcement par des plus menus et pelits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands, à mode des talus que Ton fait, ainsi que Rabelais ordonna les murailles de Paris imprenables; et puis, par lelsessays les uns ^rès les autres, s'accousluma si bien à tous, que les plus grands ne luy faisoient la peur que les petits paravant faisoient si grande.

Une grande princesse estrangere que j'ay cogneue, laquelle l'avoit si petit et estroit, qu'elle aima mieux de n'en taster jamais que de se faire inciser, comme les médecins le conseilloient. Grande vertu certes de continence, et rare!...'

D'autres en ont les labiés longues et pendantes plus qu'une creste de coq d'Inde quand il est en colère ; comme j'ay ouy dire que plusieurs dames ont, non-seulement elles, mais aussi des filles.

— J*ay ouy faire ce conté à feu M. de Randan, qu'une fois estants de bons compagnons à la Cour ensemble^ comme M. de Nemours, M. le vidame de Chartres, M. le comte de la Rochefoucâult, MM. de Montpezaz, Givry, Genlis et autres, ne sachants que faire» allèrent voir pisser les filles un jour, cela s'emend cachés en bas et elles en haut. Il y en eut une qui pissst contre terre : je ne la nomme point ; et d'autant que le plancher estoit de tables, elle avoit ses lendilles si grandes, qu'elles passèrent par la fente des tables si avant, qu'elle en monstra la longueur d'un doigt, si que M. de Randan, par cas fortuit, ayant un baston qu'il avoit pris à un laquais, où il y avoit un fiçon, en perça si dextrement ses lendilles, et les cousit si bien contre la table, que la fille, sentant la piqûre, tout à coup s'esleva si fort, qu'elle les escarta toutes, et de deux parts qu'il en avoit en fit quatre, et les dites lendilles en demeurèrent découpées en forme de barbe d'escrevisses, dont pourtant la fille s'en trouva très-mal, et la maistresse en fut fort en colère.

M. de Randan et la compagnie en firent conte au roy Henry, qui estoit bon compagnon, qui en rit pour sa part son saoul, et en apaisa le tout envers la Reyne, sans rien en déguiser.

Ces grandes lendilles sont cause qu'une fois j'en demanday la raison à un médecin excellent, qui me dit que, quand les filles el femmes estoîent en ruth, elles les touchoient, manioient, vîroyent, conioumoient, atlongeoient et tiroient si souvent, qu'estants ensemble s'entredonnoient mieux du plaisir.

Telles filles et femmes seroient bonnes en Perse, non en Turquie, d'autant qu'en Perse les femmes sont circoncises, parce que leur nature ressemble de je ne sçay quoy le membre viril (disent-ib) : au contraire, en Turquie» les femmes ne le sont jamais, «t pour ce les Perses les appellent hérétiques, pour n'estre circoncises, d'autant que leur cas, disent *ils, n'a nulle forme, et ne prennent plaisir de les regarder comme les Gbrestiens. Voilà ee qu'en disent ceux qui ont voyagé en Levante

Telles femmes et filles, dtsoit ce médecin, sont fort sujettes à faire la fricarelle, donna con donna.

J'ay ouy parler 'd'une très-belle dame, et des plus qui ait eue en la Cour, qui ne les a si longues ; car elles luy sont accourctes pour un mal que son mary luy donna, voire qu'elle n'a de lèvre d'un costé pour avoir esté tout mangé de chancres ; si bien qu'elle peut dire son cas estropié et à demy démembré; et néanmoins cette dame a esté fort recherchée de plusieurs, mesme elle a esté la moitié d'un grand quelques fois dans son lict.

Un grand disoiti à la Cour un jour qu'il voudroit que sa femme ressemblast à celle-là, et qu'elle n'en eust qu'à demy, tant elle en a voit trop.

J'ay aussi ouy parler d'une autre bien plus grande qu'elle cent fois, qui avoitun boyau qui luy pendilloit long d'un grand doigt au dehors de sa nature, et, disoit-on, pour n'avoir pas esté bien servie en l'une de ses couches par sa sage-femme ; ce cjui arrive souvent aux filles et femmes qui ont fait des couches à la dérobade, ou qui par accident se sont gastées et grevées ; comme une des belles femmes de par le monde que j'ay cogneue, qui, estant veufve, ne voulut jamais se remarier, pour estre descouverte d'un second mary de cecy, qui l'en eust peu prisée, et possible maltraitée.

Celte grande que je viens de dire, nonobstant son accident, enfantoit aussi aisément comme si elle eust pissé ; car on disoit sa nature très-ample ; et si pourtant elle a esté bien aimée et bien servie à couvert ; mais mal-aisément se laissoit-«lle voir là '

Aussi volontiers, quand une belle et konneste f^mme se met à

îamoQr et à la prtvaitté, si elle ne vous permet de voir on taster cela, dites hardiment qu'elle y a quelque tare, ou si que la veue ni le toucher n^approuvera guières» atusi que je tiens d'une honneste Itome; car s'il n'y en a point, et qu'il soit beau (comnM certes il y en a et de plaisants à voir et manier), elle est aussi cutieme et contente d'en faire ta «lonsire et en firester l'attouchement, que de quelqo'autre de ses beautez qu'elle ait, autaut pour ton hoMieor à n'estre soupçonnée de qoelque défottt ou laideur en cet endroit, que pour le plaisir qu'elle y prend elle^mesme à le contempler et mîmr, et surtout aussi pour accroistre la passion et tentation dafvantage à son amant.

De plus, les mains et les yeux ne tout pas nerebres virils pourfendre les femmes putains et leurs ntrys oocus, encore ^^près la bouche aident à £iire de grands approches pour gaigner k place.

D'autres feomes y a-t-îl qui ont la boviche de là si pasle, qu'on diioit ^u^elles y ont la ôevre : et telles ressemblent aucuns y vrognes, lesquels, encor qu'ils borvent plus de vin qu'une truie de laict, ils iOBt pasies comme trespassez : aussi les appelle-t-on traistres au tin, non pas ceux qui sont rubiconds : aussi telles par ce costé-là on les peut dire traistraisses à Vénus» si ce n'est que Ton dit pasle p%h tain et rougè paillard. Tant y a que celte partie ainsi pasle et transie n'est point plaisante à voir, et n'a garde de ressembler à ceUe d'nne des plus belles dames que l'on voye, et qui tient grand vang, laquelle j'ay veu qu'on dtsoii qu'elle portoit là trois belles couleurs ordinairement ensemble, ^ui estoient incarnat, blanc et noir : car cette bouche de là estoit colorée et vermeille comme cofail, le poil d'alentour gentiment frisonne et noir comme ébene ; «însi le Carat^-il, et c'est Tune des beautez : la peau estoit blanche comme albastre, qui estoit ombragée de ce poil noir. Cette veuë est Mie de oelle>4à, et non des autres que je viens de dire.

D'autres il y en a aussi qui sont si bas ennaturées et fendues jusques au cul, mesme les petites femmes, que l'on devroit faire scrupule de tes toucher pour beaucoup d'ordes et salles raisons que je n'eoeroit dira ; car on diroit que, les deux rivières s'assemblant et at touchant quasi ensemble, il est en danger de laisser l'une et naviguer k l'autre t ce qui est par trop vilain.

J'ay ouy conter à madame de Fontaine-Chalandray, dite la belle Torcy, que la reyne Eléonor sa maistresse, estant habillée et veslue, paroissoit une très-belle princesse, comme il y en a encor

plusieurs qui Font veue telle en nostre Cour, et de belle et riche taille; mais, estant déshabillée, elle paroissoit du corps une géante, tant elle Tavoit long et grand : mais tirant en bas, elle paroissoit une naine, tant elle avoit les cuisses et les jambes courtes avec le reste.

D'une autre grande dame ay-je ouy parler qui estoit bien au contraire ; car par le corps elle se monstroit une naine, tant eUe Tavoit court et petit, et du reste en bas une géante ou colosse, tant elle avoit ses cuisse^ et jambes grandes, hautes et fendues, et pourtant bien proportionnées et charnues, si qu'elle en ooufroit son homme sous elle, mais qu'il fust petit, fort aisément, comme d'une tirasse de chien couchant.

— Il y a force marys et amys parmi nos Ghrestiens, qui voulaos en tout différer des Turcs, ne prennent plaiser d'arregarder le cas des dames, d'autant, disent-ils, comme je viens de dire, qu'ils n'ont nulle forme : nos Ghrestiens au contraire qui en ont, disent-ils, de grands contentements à les contempler fort et se délecter en telles visions, et non-seulement se plaisent à les voir,. mais k les baiser, comme beaucoup de dames l'ont dit et descouvert à leurs amants^ ainsi que dit une dame espagnole à son serviteur, qui, la saluant un jour, luy dit : Bezo las manos y los pie$, senora (1) ; elle luy dit : Senor, en el medio esta la mejor station (2). Gomme voulant dire qu'il pouvoit baiser le mitant aussi-bien que les pieds et mains. Et, pour ce, disent aucunes dames que leurs marys et serviteurs y prennent quelque délicatesse et plaisir, et en ardent davantage : ainsi que j'ay ouy dire d'un très-grand prince, fib d'un grand roy de par le monde, qui avoit pour maistresse une très-grande princesse. Jamais il ne la touchoit qu'il ne luy vist cela et ne le baisast plusieurs fois. Et la première fois quMl le fit, ce fut par la persuasion d'une très-grande dame, favorite du roy ; laquelle, tous trois un jour estants ensemble, ainsi que ce prince muguettoit sa dame, luy demanda s'il n'avoit jamais veu cette belle partie dont il jouissoit. Il respondit que non : « Vous n'avez donc rien fait, dit-elle, et me » sçavez ce que vous aimez ; vostre plaisir est imparfait, il faut que » vous le voyiés. » Par-quoy, ainsi qu'il s'en vouloit essayer el qu'elle en faisoit de la revesche, l'autre vint par derrière, et la prit et renversa sur un lict, et la tint tousjours jusques à ce que le prince

(1) C'eit-à-dirQ : Madame, je yont baise let pieds et les mains.

(2) C'est-A-dire t Monsieur, la sution du mUien est bien BBeillenr*.

Penst eontemplée à son aise et baisée son saoul, tant qu^il le trou» fMt beau et gentil; et pour ce, continua tousjours.

D'antres y art-il qui ont leurs cuisses si mal proportionnées, mal advenantes et si mal faites en olive, qu'elles ne méritent d'estre regardées et désirées, comme de leurs jambes, qui en sont de même, dont aucunes sont si grosses qu'on en diroit le grases tue le ventre d'une conille qui est pleioe.

D'autres les ont si gresles et menues, et si heronnières, qu'on les prendroit plustost pour des fleutes que pour cuisses et jambes i je vous laisse à penser que peut estre le reste.

Elles ne ressemblent pas une belle et honneste dame dont j'ay ony parler, laquelle estant en bon point; et non trop en extrémité (car en toutes choses il faut un médium)^ après avoir donné à coucher à son amy, elle lui demanda le lendemain au matin comment il s'en trou voit. Il luy respondit que très-bien, et que sa bonne et grasse chair luy awit fait grand bien. « Pour le «moins, dit-elle, avez-vous couru la poste sans emprunter de Kcoissinet. »

D'autres dames y a-t-il qui ont tant d'autres vices cachés, ainsi qoe j'en ay ouy parler d'une qui estoit dame de réputation, qui bisoit ses affaires fécales par le devant ; et de ce j'en demanday la raison k un médecin suffisant , qui me dit parce qu^elle a voit esté percée trop jeune et d'un homme trop fourny et robuste ; dont ce fut grand dommage, car c'estoit une très-belle femme et veufve, qu'un honneste gentilhomme que je sçay la vouloit espouser; mais, en sachant tel vice, la quita soudain , et un autre après la prit aussi-tost.

— J*ay ony parler d'un gallant gentilhomme qui avoit une des belles femmes de la Cour et n'en faisoit cas. Un autre, n'estant si lempuleux que luy, habitant avec elle, trouva que son cas puoit a fort qu'on ne pouvoit endurer cette senteur, et, par ainsi, cognent l'encloûeure du mary.

J'ay ouy parler d'une autre, laquelle estant Tune des filles d'une grande princesse, qui petoît de son devant : des médecins m'ont dit que cela se pouvoit faire à cause des vents et ventositez qui peuvent sortir par-là, et mesmes quand elles font la fricarelle.

Cette fille estoit avec cette princesse lorsqu'elle vint à Moulins, b Cour y estant, du temps du roy Charles neuviesme, qui en fut abreuvé, dont on en rioit bien.

D'autres y en at-il qui ne peuvent tenir leur urine , qu'il faut

qu'elles ayeot toujours la petite espoDge entre les jinfees, een j'en ay cogneu deux grandes, et plus que dunes, ddm l'biie < fille, fit Tévasion tout à trac dans la salle du bal, dit temps do wj Charles neuf iesme, dont fut fort scandalisée.

D'une autre grande dame ay-je ouy parler, que quand oB.hi faisoit cela, elle se compissoit à bon escient, ou sur le dit, on après, comme une jument quand elle a esté saillie : k elle falloift^il jetterle seillaud d'eau comme à la jument, pour la £aure retenir.

Tant d'autres y a-t-â qui sont ordinairement en sang et leurs mois, et autres qui sont viciées, taroltées, marquetées et marquées, tant par accident de vérolle de kurs marys ou de leurs amys, que par leurs mauvaises habitudes et humeurs ; comme celles qui ont les jambes louventines et autres fluxions et marques , que par les envies de leurs mères estant enceintes. d^elles^ portent sur ellet, comme j'en ay ouy parler d'une qui est toute rouge par une moitié du corps, et l'autre non, comme un eschevin de ville.

D'autres sont si sujettes à leurs flux menstruaux, que quesi ordinairement leur nature flue comme un mouton à qui on acoopé la gorge de frais; dont leurs marys ou amants ne s'en contentent guieresy pour l'assidue fréquentation que Vénus ordonne et désire en ces jeux : car , si elles sont saioes et nettes une semaine da mois, c'est tout, et leur font perdre le reste de Tannée : si que des douze mois ils n'en ont cinq ou six francs, voire moins; c'est beaucoup, à la mode de nos soldats desbandez, auxquels à la monstre les commissaires et trésoriers font perdre, de douze mois, de l'an, plus de quatre, en leur faisant monter les mois jusques^ quarante et'cinquante jours, si que les douze mois de Tan ne leur reviennent pas à huit. Ainsi s'en trouvent les. marys et amants qui telles femmes ont et se servent, si ce n'est que , du tout, pour assoupir leur paillardise, se veulent souiller vilainement sans aucoA respect d'impudicité ; et leurs enfants qui en sortent s'en Uouieal mal et s^én ressentent.

Si j^en voulois raconter d'autres, je n'aurois jamais fait, et aus9 que les discours, en seroient trop sallauds^et déplaisants : et ce que j'en dis et dirois ce ne seroit des femmes petites et communes, mais des grandes et moyennes dames qui de leurs visages beaux font mourir le monde, et point le couvert.

Si feray-je encore ce petit conte, qui est plai^nt, d'un gentilhomme qu'il me fit, qui est qu'en couchant avec une fort belle dame, et d'estoffe, en faisant sa besogne il luy trouva en cette partie

quelques poils û piquants et si aigus, qu'avec toutes les incommodités il la put achever, tant cela le piquoit et le fiçonnoit. ËnOn , ajant fait, il voulut taster avec la main : il trouva qu'alentour de sa motte il j avoit une demi-douzaine de certains fils garnis de ces poils si aigus, longs, roides et piquants, qu'ils en eussent servy aux cordonniers à faire des rivets comme de ceux de pourceaux^ ei les voulut voir; ce (|ue la dame luy permit avec grande difScullé ; et trouva que tels fils entournoient la pièce ny plus ny moins que vous voyez une médaille en tournée de quelques diamants et rubis» pour servir et mettre en enseigne en un chapeau ou au bonnet.

— Il n'y a pas long-temps qu'en une certaine contrée de Guyenue, une damoiselle mariée, de fort bon lieu et bonne part, ainsi qu'elle advisoit estudier ses enfants, leur précepteur, par une certaine manie et frénésie, ou possible pour rage d'amour qui luy vint soudain, il prit une espée qui estoit de son mary sur le lict, et luy en donna si bien, qu'il luy perça les deux cuisses et les deux labiés de sa nature de part en part, dont depuis elle en cuida mourir, sans le secours d'un bon chirurgien. Son cas pouvoit bien dire qu'il avoit esté en deux diverses guerres et attaqué fort diversement. Je crois que la veuê après n^en estoit guères plaisante, pour estre ainsi balafré et ses aisles ainsi bri-« sées : je les dis aisles, par ce que les Grecs appellent ces labiés hymenœa; les Latins les nomment alœ^ et les François, labiés, lèvres, landrons, landilles et autres mots*, mais je trouve qu'^ bon droit les Lalios les appellent aisles ; car il n*y a ny animal ny oiseau, soli-il faucoo, niais ou sor, comme celuy de nos fillaudes» s(Mt-il de passage, ou hagard ou bien dressé, de nos femmes mariées ou veufves, qui aille mieux ny ail l'aisle si viste.

Je le puis appeler aussi animal avec Rabelais, d'autant qu'il i^esmeut de soy-mesme; et, soit à le toucher ou à le voir, on le sent et le void s^esmouvoir et remuer de luy-mesme, quand il est en appétit.

D'autreSy de peur de rhumes et eatheres, se couvrent dans le lict de couvre-chefs alentour de la teste, par Dieu, plus que sorcières: au partir de-là, bien habillées, elles sont safTrettes comme poupines, et d'autres fardées et peinlrées comme images, belles au jour, et la nuict dépeintes et très-laides.

Il faudroit visiter telles dames avant les aimer, espouser et fin jouir, ainsi que faisoit Octave César avec ses amis, qui faisoit ^pouiller aucunes grandes dames et matrosnes romaines^ voire

des vierges mûres d'aage, et les vîsîtoit d'un bout à l'autre, comme si ce fussent esclaves et serves vendues par un certain maquignon iiommé Torane; et selon qu'il les trouvoit à son gré et son point, ny tarées, il en joûissoit.

De mesme en font les Turcs en leur bazestan de Gonstantinopie et autres grandes villes, quand ils acbettent des esclaves de l'un et de l'autre sexe.

Or je n'en parleray plus, encore pensé-je en avoir trop dit; et voilà comment nous sommes bien trompez en beaucoup de veuës que nous pensons et croyons très-belles. Mais, si nous y som« mes bien autant édifiés et satisfaits en d'aucunes autres, lesquelles sont si belles, si nettes, propres, fraiscbes, caillées, si aimables et si en bon point, bref, si accomplies en toutes parties du corps, qu'après elles toutes veuês mondaines sont cbétives et vaines; dont il y a des hommes qui, en telles contemplations, s'y perdent tellen^ent, qu'ils ne songent qu'aux actions : aussi, bien souvent telles dames se plaisent à se monstrer sans nulle difSculté, pour ne se sentir tascbées d'aucunes macules, pour nous faire plus entrer en tentation et concupiscence.

Nous estans un jour au siège de La Rochelle, le pauvre feu M. de Guise , qui me faisoit l'honneur de m'aimer, s'en vint me monstrer des tablettes qu'il venoit de prendre à Monsieur^ frère du Roy, nostre général, dans la poche de ses chausses, et me dit: « Monsieur me vient de faire un desplaisir et la guerre pour l'a- » mour d'une dame; mais je veux avoir ma revanche; voyez ce V que j'y ai mis dedans et lisez. » Me donnant les tablettes, je vis escrits de sa main ces quatre vers qu'il venoit de faire* mais le mot de f. y estoit tout à trac.

Si TOUS ne m'avez cognue, Il n'a pas tenu à moy ; Car vous m'avez bien vea nne^ Et vous ay monstre de quoy.

Puis, me nommant la dame, ou pour mieux dire fille, de laquelle je me doutois pourtant, je lui dis que je m'estonnois fort qu'il ne l'eust touchée et cogneue, d'autant que les approches en avoient esté grandes, et que le bruit en estoit par trop commun ; mais il m'asseura que non, et que ce n'avoit esté que sa faute. Je luy replicquay: « Il falloit donc, Monsieur^ ou qu'a-

■ Jors il fast si las et recréa d'ailleurs, qu'il n'y pust fournir, ou

• qu^Jl fust si ravi en la contemplation de cette beauté nue, qu'il

• ne se souciast de l'action ! — Possible, me respondit ce prince, » qu'il se pourroit faire ; mais tant y a que ce coup il y faillit, » et je luy en fais la guerre, et je luy vais remettre ces tablettes

■ dans sa poche, qu'il visitera selon sa coustume, et y lira ce qu'il i y faut ; et, amprès, me voilà vengé. » Ce qu'il fit, et ne fut amprès sans en rire tous deux à bon escient, et s'en faire la guerre plaisamment; car, pour lors, c'estoit une très-grande amitié et privante entr'eux deux, bien depuis es^angement changée.

— Une dame de par le monde, ou plustost fille, estant fort aimée et privée d'une très-grande princesse, estoit dans le lict se nfraischissant, comme estoit la coutume : vint un gentilhomme lavoir, qui pour elle brusloit d'amour; mais il n'en avoit autre chose. Cette dame fille estant ainsi aimée et privée de sa maistresse, s'approchant d'elle tout bellement, sans faire semblant de rien, tout- à-coup vint à tirer toute la couverture de dessus elle, si bien que le gentilhomme, point paresseux de ses yeux aucunement, les jetta aussi-tost, dessus qui vid, à ce que depuis il m'a fait le conte, la plus belle chose qu'il vid ny qu'il verra jamais, qui estoit ce beau corps nud, et ses belles parties, et cette blanche, jolie et belle charnure, qu'il pensa voir les beàutez du paradis. Mais cela ne dura guieres ; car, tout aussi-tost la couverture fut tournée prendre par la dame, la fille en estant partie de là, et de bonheur. Cette belle dame, tant plus elle se remuoit à reprendre la couverture, tant plus elle se faisoit paroistre ; ce qui n'endommageoit nullement la veuê et le plaisir du gentilhomme, qui autrement ne s'empeschoit à la recouvrir, bien sot fust esté : pourtant, tellement quellement, elle recouvra sa couverture, se remit, en se courouçant assez doucement contre la fille, et luy disant qu'elle le payeroit. La demoiselle luy dit, qui estoit un petit à Tescart : « Madame, vous m'en aviez fait une ; pardohnez-moy si i je vous l'ay rendue ; » et, passant la porte, s^en alla. Mais l'accord fut fait aussi-tost.

Cependant le gentilhomme se trouva si bien de telle veuê, et en telle extase de plaisir et contentement, que je luy ay ouy dire cent fois qu'il n'en VQuIoit d'autre en sa vie, que de vivre au songer de cette ordinaire contemplation; et certes il avoit raison : car, selon la monstre de son beau visage, le non -pareil, et sa belle gorge, dont elle a tant repeu le monde, pouvoit assez mons- ^.~ 10

trer que dessous il y ayoit de caché de plus exquis^ et me disoit qu'entre telles beautez, c^estoît la dame la mieux flanquée et le plus haut qu'il eust jamais veue : ainsi le pouvoit-elle estre, car elle estoit de très-riche taille ; mesme entre les beautez il faut qu'elle le soit, ny plus ny moios qu'une forteresse de frontière.

Amprès que ce gentilhomme m'eut tout conté, j,e ne lui peus que dire : « Vivez donc, vivez, mon grand amy, avec cette con- » templation divine et cette béatitude que jamais ne pûissiez-vous » mourir; et moy au moins, avant mourir» puisse-je avoir une telle » veuël »

Ledit gentilhomme en eut pour jamais cette obligation à la demoiselle, et tousjours depuis Thonora et l'aima de tout son cœur« Aussy luy estoit- il serviteur fort; mais il ne l'espousa, car un autre plus riche que luy la luy embla, ainsi qu'est la coustume à toutes de courir aux biens.

Telles veuës sont belles et agréables; mais il se faut donner garde qu'elles ne nuisent, comme celle de la belle Diane nue au. pauvre Actéon, ou bien une que je vais dire.

— Un Roy de par le monde aima fort en son temps une bien belle, honneste et grand dame veufve, si bien qu'on l'en tenoit charmé ; car peu il se soucioit des autres, voire de sa femme, si non que par intervalles, car cette dame emportoit tousjours les plus belles fieurs de son jardin; ce qui faschoit fort à la Reyne» car elle se sentoit aussi belle et agréable que serviable, et digne d'avoir d* aussi friands morceaux, dont elle s'en esbahissoit fort; de quoy en ayant fait sa complainte à une sienne grand'dame favorite, elle complotta avec elle d'aviser s'il y avoit tant de quoy, mesmes espier par un trou le jeu que joûeroient son mary et la dame. Par quoy elle advisa de faire plusieurs trous au-dessus de la chambre de ladite dame, pour voir le tout et la vie qu'Us demeneroient tous deux ensemble : dont se mirent à tel spectacle; mais ils n'y virent rien que très-beau, car elles y apperceureni une femme très-belle, blanche, délicate et très-fraîsche, moitié en chemise et moitié nue, faire des caresses à son amant, des mignardises, des folastreries bien grande^ , et son amant lui rendre la pareille, de sorte qu'ils sortoient du lict, et tout en chemise se couchoient et s'esbattoient sur le tapis velu qui estoit auprès du lict, affin d'éviter la chaleur du lict, et pour mieux en prendre le frais; car c'estoit aux plus grandes chaleurs.

Ainsi que j'ay cogneu aussi un très-grand prince, qui prenoit de

mesme son dééoit avec, sa feimne, tfui estoit la plus belle femme du monde , affin d'éviter le chaud que produisoieM les {grandes «faadears de l'esté, «tnsi qae luy-nesine disoit.

Cette princesse donc, ayant vea et apperceu le tout, de dépit sVd nàl k fAorety gémir, simspirer et attrister, luy seuiysnt, et aussi le disant, que som mary ne ky rei>doii le sei»biable, et ne fawoit les folies qu^eMe hiy a voit ve« fkîpe t\tt l'autre.

L^^atre daiaie qui i'accompagnoit se «it à ta cofisoler et luy rcMéRsftrer pofurquoy elle s'attristoit ainsi , ou bien , puisqu'elle iwoii esté si curieuse de voir telles dïoses, quil n>a Moit pas espérer de moins.

La princesse «e respondit avtre chose, si nen : « Hélas, ou y I » j'ay voulu voir diose q«e je ne devois avoir voulu voir , ptitsque » la veuë.m'en fait mal. »

¥«uies1««s, après s'erre «eonsoM et résoke, elle «e s'en soucia fias, et le pks qu'elle pet, oomimia ce passe-temps de venè, et àe convertit en risée, et pos^ble en autre cbose.

— l'ay ouy parler d'une grande dame de par le snonde, mais grandissime, qui, ne se contentant de la iascivilé naturelle, car elle estoit grand pmain, et mariée et veafve, aussi estoit-elle Ibrt belle : pour se provoquer et excher davantage, elle faisoit dessiller ses ésmes et tUes , je dis les phas belles, et se déHcaloit fbn à les voir; et puis elle les batloii du plat de la ntayn sur les •fesses avec de grandes claquades «t planirassades asscE rudes, et les filles qui avoient délinqué quelqae 'cbose, avec de bonnes verges; et alors son eementement esftoit de les voir remuer ^ faire les meuvemenfs t^ tordions de leur corps et fesses, lesquelles, selon les coups qu'elles reeevoient, en mons^reient de biea estranges et

Aucunes fffis, sans les despmiitler, les faisait trousser en robbe (car pour lors elles ne portoient pas de calsons), et les daqiietoit ^t foiieitok sur les fasses, selon le fiujet qu'elles luy doMment, ou pour les faire rire, ou pour plorer : et, sur ces visions et covteaiiplatioM, y aiguisoft si bten aet appeës, qu'après elle les «lloit passer birâ sauvent à bon escieat avec quelque gatlant honame bien ft>rt et robuste.

Quelle buraeur de femme! Si bien qu'on dit qu'ayant une fois ▼eu par la fenestre de sont obasteau, qui visoit sur la me, un grand cordonnier, estrangeraent proportionné, pisser contre la muraille dudit chasteau, elle eut envie d'une si belle et grande proportion;

et de peur de gaster son fruît pour son eoyîe, elle luy manda par un page de la tenir trouver en une allée secrète de son parc, oi elle s'estoit retirée, et là elle se prostitua à luy en telle façon qu'elle en engrossa. Voilà ce que servit la veué à ce;te dame.

Et de plus, j'ay ouy dire qu'outre ses femmes et filles ordinaires qui estoient à sa suite, les eslrangeres qui la venaient voir, dans les deux ou trois jours, ou toutes les fois qu'elles y venoient, elle les apprivoisoit aussi-tost à ce jeu, faisant monstrer aux siennes premièrement le chemin, et aller devant elles, et les autres après ; si bien qu'elles estoient estonnées de ce jeu les unes, et les autres non. Vraymenty voilà un plaisant exercice!

— J'ay ouy parler d'un grand aussi qui prenoit plaisir de voir ainsi sa femme nue ou habillée, et la fouetter de claquades, et la voir manier de son corps.

— J'ay ouy dire à une honneste dame qu'estant fille sa mère la fouettoit tous les jours deux fois, non pour avoir forfait, mais parce qu'elle pensoit qu'elle prenoit plaisir à la voir ainsi remuer les fesses et le corps, pour autant d'en prendre d^appetit ailleurs : et tant plus elle alla sur î'age de quatorze ans, elle persista et s'y acharna de telle taçouy qu'à mode qu'elle l'accostoit elle la contemploit encore plus.

— J^ay bien ouy dire pis d'un grand seigneur et prince, il y a plus de quatre-vingts ans, qu'avant qu'aller habiter avec sa femme se faisoit fouetter, ne pouvant s'esmouvoir ny relever sa nature baissante sans ce sot remède. Je desirerois volontiers qu'un médecin excellent m'en dist la raison.

Ce grand personnage, Picus Mirandula, raconte avoir veu na certain gallant en son temps, qui, d'autant plus qu'on l'estriUoit k grandes sanglades d'estrivieres, c'estoit lors qu'il estoit le plus enragé après les femmes ; et n'estoit jamais si vaillant après elles s'il n'estoit ainsi estrillé : après il faisoit rage. Voilà de terribles humeurs de personnes 1

Encore celle de la veuë des autres est plus agréable que la dernière.

— Moy estant à Milan, un jour on me fit un conte de bonne part, que feu M. le marquis de Pescaire, dernier mort, vice-roy en Sicile, vint grandement amoureux d'une fort belle dame ; sibien qu'un matin, pensant que son mary fust allé dehors, l'alia visiter qu'il la trouva encores au lict; et, en devisant avec elle, n'en obtint rien que la voir et la contempler à son aise sous le linge, et la toucher de la main.

DISCOURS lî. 178

, Sur ces entrefaites survint le mary» qni n*estoit du calibre du narquis en rien, et les surprit de telle sorte, que le marquis D'eut loisir de retirer son gand, qui s*estoit perdu, je ne sçai comment, parmy les draps, comme il arrive souvent. Puis, luy ayant dit quelques mots, il sortit de la chambre, conduii pourtant du gentilhomme, qui amprès estre retourné, par cas for* toit trouva le gand du marquis perdu dans les draps, dont la dame ne s'en estoit pas apperceue. 11 le prit et le serra, et puis Msant la mine froide à sa femme, demeura long-temps sans eoucher avec elle, ny la toucher : parquoy un jour elle seule dans sa chambre, mettant la main à la plume, se mit à faire ce quatrain :

Vigna era, vig'na ton, Era podata, or piit non ton; S son sa per quai eagion Non nU poda il mio patron.

Et puis laissant ce quatrain escrit sur la table, le mary vint, qui vid ces vers sur lat able, prend la plume et fait response :

Vigna en', 9igna m, Sri podata, e pt'à non «et, Per la granfa del leon , Non ti poda il tuo patron.

Et puis les laissa aussi sur la table. Le tout fut appporté au marquis, qui fit response :

À la vigna che voi dieêtê

lo fui, e qui reiteuf

AlMai il pamparo, guardat la vitof

Ma non toceaif et Dio m' njut».

Cela fut rapporté au mary, qiii, se contentant d'une si honora* ble réponse et juste satisfaction, rejprit sa vigne et la cultiva aussibien que devant; et jamais mary et femme ne furent mieux.

Je m'en vais les traduire en firançois, afin que chacun l'eiilende.

Je mit esté une belle vigne et le raii encore, le sais esté d'iotrefoit très- bien cultivée; Alt heure je ne le suie point ; et si ne içty on pairoo ne m» cultive plus.

Bespome,

0«y» TOUS aTez e«té vigoe telle, et Testes racoro, Bt d*aati«1bi« bien oalUvëe, ast heure plus; Peur Tadrainr de la griffe éû iyoB, Toitre nar? oe vmu cuItlTe plis.

Re^^onsê du marfuit .

A h Ttgne <t«e vots autres dftes

le «ois «aie certes, et j reauy «n peu;'

J*«n haussay le pampre et eu regardai la tîs «t le raisin.

■ais Dieu oe me puisse aider si jamais j'y ay touché 1

Par celte griffe de lion il veut dire le gand qu*il avoit trouvé esgare entre les linceuls. Yoylà encor un bon mary qui ne s*oinbra* gea pas trop, et se despouillant de soubçon, pardonna ainsi à sa femme : et certes il y a des dames, lesquelles se plS^isent tant en elles-mesmes, qu'elles se contemplent et se regardent nues, de sorte qu'elles te ravissent se voyans si belles, comtne Narcîssos. Que pouvoBS-DOus donc faire les voyant et arregapdantt

— Marianne, femme d'Hérode, belle et honneste femme, son mary voulant un jour coucher avec elle en plein midy et voir k plein ce qu'elle porloit, lui refusa à plat, ce dit Josephe. Il n'usa pas de puissance de mary, comme un grand seigneur que j'ay cogneu, à l'endroit de sa femme, qui estoit des belles, qu'il assaillit ainsi en plein jour, et la mit toute nue, elle le déniant fort. Après il luy renvoya ses femmes pour l'habiller, qui la trouvèrent te«Ae honteuse et esplorée.

— D'autres dames y a-t-il lesquelles k dessein ne font pas grand scrupule de faire à pleine veuê la monstre de leur beauté» et se descouvrir nues, 'atin de mieux encapricier et marteller leurs serviteurs, et les mieux attirer à elles; mais ne veulent permettre nullement la touche précieuse, au moins aucunes, pour quelque temps ; car, ne se voulans arrester en si beau chemin, passent plus outre, comme j'en ay ouy parler de plusieurs, qui Wït ainsi long-temps entretenu leurs serviteurs de si beaux aspects. Bien-heureux sont-ils ceux qui s'y arrestent aux patiences, sans se perdre par trop en tentation : et faut que celuy soit bien enchanté de vertu, qui, en voyant une belle femme, ne se gaste point les yeux; ainsi que disoit Alexandre quelquesfois à ses amis, que les Mejs des Perses faisoient grand mai

%,nx jtmx à ceux qui Ses regardbient; et, pour ce, tenant les filles éû ray Duins ses prisonnières, jamais ne les saludt qu'a* fec les yeux banseï, et encor le moins qu'il pcmToît^ de peur qa*'û 9^ym d'éstre surpris de leur excellente beauté* Ce n'est dès-lors seuIeflMAt, amis d'aajourd'kui , qii*entre toutes les femmes d'Onrat les Persiennes oal le los el le prix d'estre les plus belles et accomplies en proportions de leur corps et beauté naturelle, fentilles, propres en leurs babits et eboussures, mesmemeot, et sur toutes, ceiies de Pnodenne et royale ville de Seiras, lesquelles sont tellement lotées en leurs beautés, b!anibeurs «t plaisantes «dvitites et èonne grtce, que les Mores, par un «ntiqoe et commun proverbe, disent que kiur prophète Maèomet ne veulut jamais aller à Sdras, de ominte que s'il y •ust Yen «ne ibis ces belles femmes , jamais amprès sa mort son ame me fust entrée en paradis. Ceux qui y ont esté et en ont osent le disent ainsi ; en. quoy on notera rbypocrite contenance de ce bon marautt et rompu prophète, comme s*il ne se trouvoit pas escrit, œdit Belon, en un livre arabe, intitulé Dts bormes touHuêms de Mahomet^ le louant de ses forces corporelles, qui se vaaioit de pratiquer et repasser ces unxe femmes qu'il avoit en une mesnie heure fane après l'autre. Au diable soft lemafsnk] n'en parlons pkis : quand tout est dit, je sms bien à loisir d'en parler, i'ay veu feire cette question, sur ce trait d'Alexandre que je viens de dk*, et de Scipion l'Afriquain , lequel des deux acquist plus grand louange de continence. Alexandre^ se défiant éeB forces de sa ehasteté, ne voulut point voir ces belles dames persiennes : Scipion, après la prise de Garthage la neufve, vid oetto belle fille espagnole que ses soldats luy amenèrent, et l»y offrirent pour la part de son butin, laquelle ostoit si excellente en beauté et en si bel aage de prise, que par-tout où elle passoit eMe animoit et admiroit les yeux de tous à la regarder, tt Scipion mesme; lequel, l'ayant saluée hri courtoisement^ s'enqoist de quelle ville d'Espagne elle estoit, et de ses parents. Il luy fkl dit, entr'autres choses, qu'elle estoit accordée à un jeune homme nommé Alucius, prince des Geliibériens, à qui il la rendit, et à ses père et mère, sans la toucher; dont il obligea la dame, les parents a le fiancé, si bien qu'ils se rendirent depuis tr^-afiéctionnez à la ville de Rome et à la République. Maib que sçait-on si dans son ame cette belle dame n'eust point désiré avoir esté un peu percée et entamée premièrement de Scipion,

de luy, dis-je, qui estoit beau, jeune, brave, vaillant et vicio» lieux? Possible que si quelque privé ou privée des siennes et des siens luy eust demandé en foy et consci mce si elle ne Teust pas voulu, je laisse à penser ce qu'elle eust respondu, ou fait quelque petite mine approchant de l'avoir désiré, et, s*il vous plaist, si son climat d'Espagne et son soleil couchant ne la sçavoit pas rendre, et plusieurs autres dames d'aujourd'huy et de cette contrée^ belles et pareilles à elle, chaudes et aspres à cela, comme j'en ay veu quantité. Il ne faut donf point douter si cette belle et honneste fille fut esté requise et sollicitée de ce beau jeune homme Scipion, qu'elle ne Teust pris au mot, voire sur l'autel de ses dieux propbanes. En cela ce Scipion a esté certes loué d'aucuns de ce grand don de continence ; d'autres il en a esté blasmé : car en quoy peut monstrer un brave et valleureux cavallier la générosité de son cœur, qu'envers une belle et honneste dame^ si-non luy faire ^re^tre par effet qu'il prise sa beauté et l'ayme beaucoup, sans luy user de ces respects^ froideurs, modesties et discrétions, que j'ay veu souvent appelier, à plusieurs cavalliers et dames, plustost sottises et faillement de cœur que vertus. Non, ce n'est pas qu'une belle et honneste dame aime dans son cœur, mais une bonne jouissance, sage, discrète et secrète. Enfin, comme dbt un jour une honneste dame lisant celte histoire, c'estoit un sot que Scipion, tout brave et généreux capitaine qu'il fust , d'aller obliger des personnes k soy et au party romain par un si sot moyen, qu'il eust pu faire par un autre plus convenable, et mesmes puis que c'estoit ub butin de guerre, duquel en cela on doit triompher autant ou plus que de toute autre chose. Le grand fondateur de sa ville ne fit pas ainsi, quand les belles dames sabines furent ravies, à l'endroit de celle qu'il eust pour sa part, et en fit à son bon plaisir, sans aucun respect; dont elle s'en trouva bien, et ne s'en soucia guières^ ny elle ny ses compagnes, qui firent leur Accord aussi-tost avec leurs marys et ravisseurs, et ne s'en for* malisèrent comme leurs pères et mères, qui en firent esmouvoir grosse guerre. Il est vray qu'il y a gens et gens, femmes et femmes, qui ne veulent accointance de tout le monde en cette façon : et toutes ne sont pareilles à la femme du roy Ortragon, l'un des roys gaulois d'Asie, qui fut belle en perfection; et, ayant esté prise en sa deffaite par un centenicr romain, et solicitée de son honneur, la trouvant ferme* elle qui eut horreur

de se prostltaer à luy, et à ane personne si vile et basse, il la prit par force et violence, que la fortune et advanture de guerre lai avoit donné par droit d'esclavilude ; dont bien-tost il s'en repentit et en eut la vengeance ; car elle luy ayant promis une grande rançon pour sa liberté, et tous deux estants allez au lieu assigné pour en toucher l'argent, le fit tuer ainsi qu'il le con» toit, et pois remporta et la teste à son mary, auquel confessa librement que celuy-là lui avoit violé véritablement sa chasteté, mais qu'elle en avoit eu la vengeance en cette façon : ce que son mary l'approuva et Thonora grandement. Et depuis ce temps-là, dit l'histoire, conserva son honneur jusques au dernier de sa vie avec toute sainteté et gravité : enfin elle en eut ee bon morceau, fust qu'il vint d'un homme de peu. Lucrèce n'en fit pas de mesme , car elle n'en tasta point, bien qu'elle fust sollicitée d'un brave roy : en quoy elle fit doublement de la sotte, de ne luy complaire sur-le-champ et peur un peu, et de se tuer. Pour tourner encore à Scipion, il ne sçavoit point encore bien le train de la guerre pour le butin et pour le pillage : car, à ce que je tiens d'un grand capitaine des nostres, il n'est telle viande au monde pour cela qu'une femme prise de guerre, et se mocquoit de plusieurs autres de ses compagnons, qui recommandoient sur toutes choses, aux assauts et surprises des villes, l'honneur des dames, mesmes aux autres lieux et rencontres : car elles aiment les hommes de guerre toujours plus que les autres, et leur violence leur en fait venir plus d'appétit et puis on n'y trouve rien à redire, le plaisir leur en demeure, l'honneur des marys et d'elles n'en est nullement honny; et puis les voilà bien gastées! et qui plus est, sauvent les biens et les vies de leurs marys, ainsi que la belle Eonoe, femme de Bogudou Bocchus, roy de Mauritanie, à laquelle César fit de grands biens et à son mary, non tant, faut-il croire, pour avoir suivy son party, comme Juba, roy de Bithynie, celuy de Pompée, mab parce que c'estoit une belle femme, et que César et eut l'accointance et douce jouissance. Tant d'autres commoditez de ces amours y a-t-il que je passe : et toutesfois, ce disoit ee grand capitaine, ses autres grands compagnons pareils à luy, s'amusants à de vieilles routines et ordonnanèes de guerre, veulent qu'on garde Thonneur des femmes, desquelles il faudroil auparavant sçavoir en secret et en conscience î'advis, et puis en décider : ou possible sont-ils du naturel de notre Scipion, lequel^ ne se contentant tenir de celuy du chien de l'ortolan, lequel, comme

j*ay dit cy-devant, ne voulant vanger des «hovz in jtr^ , «nqpefdie qne les antres n'en finangeat. Ainsi qu'il ôt à i'enéroit dd jpanwe Massîotssa , lequd «yant tont de fois hasaréé sa vie poiur ioy et pour le peuple romaîn, tant peiné , sié et travaillé pour Va «cqaérhr gloire et iFidioirey il ky refusa et o^ la èdiie reyne Stphoniiba, qu'il avoit prise et «^oisie peur son principal et précieux ëotia : il la luy enleva poar l'envoyer à Roiae à vivre le reale^tses jours ea msérable esclave, si Massinissa n'y eust remédiée Sa gloire <» lut esté pins belle et plus wnpie si ette e«sl compara mi gioneaseet superbe reyne, femine de ffassioissa, et que l'on evst dit» la voyant passer: « Voilà l'une des belles vestiges <les coaqnestesde Scipioo ; aear la gloire certes gisl bien plus en l'apparence des choses grande^ et hautes, que des basses. Pour fiii> Scipion em toiA oe 4iscours fit de grandes fastes, on ëien il estoit eûoewy du umt du 9fabe féiafoin, ou du tout impuissant de le contenter, bien qu'on die que sur ses vieux jours il se mk à faire l'jMnoor à use des servantes de sa femme : ce qu'elle comporta fort patiemmeait «pour des raisons qui se pourrroient là-'dessuB allaiter. Or^ pour sortir de b digressk>a que je viens d'en fiaine, et pour rentrer au plain cbemia qee j'^afois laissé, je dis, pour faire fin i œ disomrs, que rien un monde n'est si beau k voiret reganier qu^une belle fiemaie pomipeusemeaft babillée, on . délioaAement desbabiUée et coueiiée, mais •qu'elle soit «aine, ne«te, ssaiœtave, «nros ny «aaliandre, «omae j'ay dit. Le roy François diseit ^'«u gentilbomne, Idtnt superbe soit-il, me sçauroit mieux recevoir un se^iiew, tant grand smt-tl, et sa maison nu ch88tea% mais qu'il y opposast à sa vue et prenière rencontre une belle femme sienne, xm beau dwval et •« beau lévrier : car, en jettant son oeil tantosl sur l'un, tantost sur l'autre, et tantost sur le tiers, il ne se sçauroit junais l»cber eu cette maison ; ntettant oes trois choses belles pour très^aisailes à voir et admirer, et en faisant cet exercice très-agréaUe. Lu reyne de CasiiUe disoit qu'elle prenoit uii trés-gr.ind plaisir de voir quatre choses : Nombre d' armas en campo^ obhbo pfmséo en pofUijical, hnda êama en la çama, y kéron en la horca. C'est-à-diTe : < Un homme d'armes sur les chumps, un évesque en son poad- » fical, une belle dame dans «n lict, et un laripon au gibet, a

i'ay ouy raconter à feu M. le cardinal de Lorraine le Graid, dernier décédé, que, l(Mrs«^'il alla à Rome vars le pape PmiI IV, pour rompre la trêve faite avec l'Empereur, il passa à Veaise, oà il ftit trè84ionorablenient receu. Il n'en ÙMi ipoiat douter,

IHSCOUR& IL 179

pHÎs ^'à €6lûîl aoL sft gniod faver y d'un si grand roy. Tout t» grand et magnifique sénat alla au-defant de luy; et, passant par le giacd canalv Qà lautes Itts fsMstceft de» BiaisoBs. estoieut bordées Û0 toutes tes résines- de k vitte^ et des plus belles, qui estoîent là afCMiruea pei» voir cette enteée, il y eu eut uià des plus grands qui Tentrelenoil sur les afi^res àt TEstat, et luy en pailoil fort : Qiais» ainsi qu'il jettoit font les yeux SixaisMo^ sur ces belles dames, il luy dit eu son peteis laa^^agei: « Alonseigoeur, je crois que tous » ne m'entendais, et aies raisen, car il y » bien |^ d» plaisir et » diffîireBoe de voir ces belles dames à ces fenestres, et se ravir » en elles, que ^euyr parler un faucheux vieillard comme moy,^et * parlast-il àe quelque grande conqiieste à vostre advatttage. » IL le cardinal, qui n'avoit faute d^esprit et de mémoire, luy respendît de mot à mot à tout ce qu'il avoit dit; laissant ce bon vieillard) fort satisfait de luy, et en admirable estime qu'il eut de luy qoi^ po«r s'amuser à k veuô de ces belles dames, il n'avoit rien onÛié ny obnis de ce qu'il hiy aveit di^ Qui aura veu la Gonr de nos roys François premier et Henry deuxiesme et autres roys ses enfants, advouera bien, quel qu'il soit, et eust^il veu tout le monde, u^avoir rien veu jamais de si beau que nos dames qui sont estées en leur Cour, et de nos reyœs, leurs femmes, mcres et sœurs ; mais plus belle ebose encore euswil veu, ce dit quelqu'un, si le grand-pere de maisUpe Gminin eust vescu, qui, par ses inventions, illusions et sorcelleries et encbantements, les eust peu représenter devestues et nues, comme Ton dit qu'il !e Gi une fois en quelque compagnie privée, q«e le roy Fraofois luy commanda; car il eMoit un bomnM fort expert et subûl en son art ; et son petit-fils, que nous avons veu, n'y enteuduii rien au prix de luy« Je pense q/M cette veuë aeroit aussi plaisante eomme fut jadis celle des dames égyptiennes ea Alexandrie & i*accueU et réception de leur grand dieu Apis, au devant duquel elles alloient en très-grande cérémonie, et levant leurs robbes , coites et chemises, et les retroussant le plus haut qu'elles pouvoient, les jambes fort eslargies et escarquillées, leur montDoient leur cas toul-à-fait; et puis, ne le revoyant plus, pense? qu'elles cuidoient ravoir bien payé de cela, ({ui en voudra voir le conte, pu'il lise Alexand. ab Alexandrat au sixiesme livre des Jours jovials Je pense que telle veuë en estoit bien plaisante, car pour lors les dames d'Alexandrie estoieat belles, ôomme encor sont aujourd'huy. Si les vieilles et laides faisolent de mesme

passe, car la veuë ne se doit jamais estendre que sur le beau, et fuir le laid tant que Ton peut.

En Suisse, les homnaes et les femmes sont pesle mesle aux bains et estuves sans faire aucun acte deshonneste, et en sont quittes en mettant un linn^e devant: sMl est bien délié, encor peut-on voir chose qui plaist ou desplait, selon le beau ou le laid.

Avant que finir ce discours, si diray-je encor ce mot. En quelles tentations et récréations de veuë pouvoient entrer aussi les jeunes seigneurs, chevaliers, gentilshommes, plébéans et autres Romains, le temps passé, le jour que se célébroit la feste de Flora à Rome, laquelle on dit avoir esté la plus gentille et la plus triomphante courtisanne qu'oncques exerça le putanisme dans Rome, voire ailleurs ! et qui plus la recommandoit en cela, c'est qu'elle estoit de bonne maison et de grande lignée ; et, pour ce, telles dames de si grande estoffé volontiers plaisent plus, et la rencontre en est plus excellente que des autres. Aussi cette dame Flora eut cela de bon et de meilleur que Lays, qui s'abandonnoit à tout le monde comme une bagasse , et Flora aux grands; si bien que sur le seuil de sa porte elle a voit mis cet escriteau : « Roys, princes, dictateurs! con- » suis, censeurs, pontifes, questeurs, ambassadeurs, et autres grands i> seigneurs, entrez, et non d'autres, m Lays se faisoit tousjours payer avant la main, et Flora point, disant qu'elle faisoit ainsi avec les grands, afin qu'ils fissent de mesme avec e*lle comme grands et ^lustres, et aussi qu'une femme d'une grande beauté et haut lignage sera tousjours autant estimée qu'elle se prise : et si ne prenoit si non ce qu'on luy donnoit, disant que toute dame gentille devoit faire plaisir à son amoureux pour amour, et non pour avarice, d'autant que toutes choses ont certain prix, fors l'amour. Pour fin, en son temps elle fit si gentiment Pamour, et se fit si bravement servir, que quand elle sortoit du logis quelquesfois pour se promener en ville, il y a voit assez à parler d'elle pour un mois, tant pour sa beauté, ses belles et riches parures, ses superbes façons, sa bonne grâce, que pour là grande suite des courtisans et serviteurs, et grands seigneurs qui estoient avec elle, et qui la suivoient et accompagnoient comme vrays esclaves, ce qu'elle enduroit fort patiemment: et les ambassadeurs estrangers, quand ils s'en retournoient en leurs provinces, se plaisoient plus à faire des contes de la beauté et singularité de la belle Flora que de la grandeur de la république de Rome, et sur-tout de sa grande libéralité > contre le naturel pourtant

de telles dames; mais aussi estoit-elle outre le commun, puisqu'elle estoit noble. Enfin elle mourut si riche et si opulente, qae la valeur de son argent, meubles et joyaux, estoit suflisante poar refaire les murs de Rome, et encor pour desengager la République. Elle fit le peuple romain son héritier principal, et pour ce luy fut édifié dans Rome un temple très-somptueux, qui de Flora fut appelé Florian.

L a première feste que Fempereur Galba célébra jamais fut celle de l'amoureuse Flora, en laquelle estoit permis aux* Romains et Romaines de faire toutes les desbauches, deshonnesteiez, sallau* deries et débordements à Tenvy dont se pourroient adviser ; en sorte que l'on estimoit la plus sainte et la plus gallante celle qui, ce jour- là, faisoit plus de la dissolue et de la deshonnesteiez débordée. Pensez qu'il n'y avoit ny fiscaigne (que les chambrières et esclaves mores dansent les dimanches à Mallhe en pleino place devant le monde), ny sarabande qui en approchast, et qu'elles n'y oublioienl ny mouvement ny remuements lascils, ny gestes paillards , ny tordions bizarres ; et qui en pouvoit escogiter de plus dissolus et débordez, tant plus gallante estoit la dame ; d'autant que telle opinion estoit parmi les Romains, que, qui alloit au temple de cette déesse en habit et geste et façon plus lascive et paillarde, auroit raesme grâce et opulents biens que Flora avoIt eu. Yrayment voilà de belles opinions et belle solemnisation de festes; aussi estoient-ils payons : là-dessus ne faut douter si elles y oublioient nul genre de lasciveté, et si longtemps avant ces bonnes dames estudioient leurs leçons, ny plus ny moins que les nostres à apprendre un ballet, et si elles estoient affectiounées en cela. Les jeunes hommes» voire les vieux, y estoient bien autant empressez à voir et contempler telles lascives simagrées. Si telles se pouvoient représenter parmy nous, le monde en feroit bieu SOQ proffit en toutes sortes ; et pour ei»tre à telles veués le monde se tueroit de la presse. Il y a assez-là à gloser qui voudra; je le laisse aux bons galands : qu'on lise Suétone, Pausanias grec et Manilius latin, aux livres qu'ils ont fait des dames illustres, fameuses et amoureuses, on verra tout. Ce conte encor, et puis plus.

11 se lit que les Lacédémoniens allèrent une fois pour mettre k) siège devant Messene, à quoy les Mecéniens les prévindrent, car ils sortirent d'abord sur eux les uns et les autres, tirèrent et counirent i Lacédémone, pensant la surprendre et la piller cependant

qu'ils s*amusoient devant leur yille; mais ils furent yaleureusèment repoussés et chassés par les femmes qui estoieot demeurées : ce que sçachants, les Lacédémoniens rebroussèrent chemin et tournèrent vers leur ville: mab de loin ils découvrent leurs femmes toutes en armes, qui avoient donné la chasse» dont ils furent en alarme ; mais elles se firent aussi-tost à eux recognotstre et leur racontèrent leur fortune, dont ils se mirent de joie à les baiser, embrasser et caresser, de telle sorte que, per dants toute honte, et sans avoir la patience d'oster leurs ar«ies, ny eux ni elles, leur firent cela bravcEient en mesme place qu'ils les rencontrèrent, où l'on put voir choses et autres, et oujr m plaisent son et cliquetis d'armes et d'autre chose; en mémoire de qiioy ils firent bastir un temple et simulacre à la déesse Vénus, qu'ils appelèrent Férvus l'armée, au contraire de tous les autres, qui la peignent toute nue. Voilà une plaisante cohabitation, et un beau sujet de peindre Vénus armée, et l'appeler ainsi I II se voit souvent parmi les gens de guerres, mesmes aux prises de villes par assauts, force soldats tous armés jouir des femmes, n'ayant le loisir et la patience de se désarmer pour passer leur rage et appétit, tant ils sont tentez ; mais de voir le soldat armé habiter avec la femme armée, il s^en void -peu. 11 faut là-dessus songer le plaisir qui à'en peut ensuivre, et quel plus grand pouvoir estre en ce beau mystère, ou pour l'action ou pour la veuê, ou pour la sonnerie des armes. Cela gisl en l'imagination qu'on en pourrait faire, tant pour les agents que pour les arregardants qui estoient là pour lors. Or c'est assez, faisons fin : j'eusse fait ce discours plus ample de plusieurs exemples, mais je craignois que, pour estre trop lascif, j'en eusse encouru mauvaise réputation.

Si faut-il qu'après avoir tant loué les belles femmes, que je fasse le conte d'un Espagnol qui, voulant mal à une femme, me le d «^peignit un jour comme il fa'loit, et me dit : Senor^ vieja; es como la lampada azeintunada d'ty lesta, y de hechura del armario larga y desvayada^ el color y gesto como mascara mal fintada,, el talle como una campana b mola de molino^la vis ta como idolo del tiempo antiquo, el andar y vision d'uM an tigua fantasma de lanoche,,que tanto tuviesse enconirarla ie noche , corne ver una mandagora. lesus^ lesus, Dios me fibre de su makncuentro, no se contenta de tener en su easa par huesped al provisor de ohisbo, ny se contenta con la dema- •ta da conversacion del vicario, ny del guardian, ny de k

amistad antigua del deen, sino que agora de nuevo atomado al çue pide para las animas de purgatoriOf paracabar iu negra vida. C'est-à-dire : « Voyez-la ; elle est comme une lampe vieille et » toute graisseuse d'huile d'église ; de forme et façon, elle ressemble » un armoire grand et vague et mal basti ; la couleur et la grâce

■ comme d^un masque mal peint; la taille comme une cloche de I monastère ou meule de moulin ; le visage comme d'un idole du

> temps passé ; le regard et l'aller comme un ^ntosme antique

> qui va de nuict : de sorte que je craindrois autant de la ren-

■ contrer de nuict comme de voir une mandragore. Jésus I Jésus t

■ Dieu m'en garde de telle rencontre 1 fille ne se contente pas

> d'avoir pour hoste ordinaire <^z soy le proviseur de l'evesque,

> oy se contente de la démesurée conversation du vicaire, ny de la

> eentimiê visite du gardien, uy de l'ancienne amitié du doyen,

> sifion qu'à cette heure de nouveau elle a pris en main celui qui

■ demande pour les âmes du Purgatoire, et ce pour achever sa

> noire vie. » Voilà * comment l'Espagnol, qui a si bien dépeint tes trente beantez d'une dame, comme j'ay dit cy-dessus en ce diioours, quand il veut, la fçait bkn déprimer.

Sur la beauté de la belle iamb« et de la Tertu qn'elle a.

Entre plusieurs belles beautez que j*ay veu louer quelques fois parmi nous autres courtisans, et autant propres à attirer à l'amour» c'est qu'on estime fort une belle jambe à une belle dame, dont j'ay Yeu plusieurs dames en avoir gloire, et soin de les avoir et eU'^ tretenir belles. Entre autres, j'ay ouy raconter d une très-grande princesse de par le monde, que j'ay cogneu, laquelle aimoit une de ses dames par-dessus toutes les siennes, et la favorisoit paradessus les autres, seulement parce qu'elle iuy tiroit ses chausses si bien tendues, et en accommodoit la grève, et mettoit si proprement la jarretière, et mieux que toute autre, de sorte qu'elle estoit fort avancée auprès d'elle, mesme Iuy fit de grands biens : et par ainsi, sur cette curiosité qu'elle avoii d'entretenir ainsi sa jambe belle, faut penser que ce n'estoit pour la cacher sous sa juppe, ny son cotillon ou sa robbe, mais pour en faire parade quelques fois avec de beaux calleçons de toille d'or et d'argent, ou d'autre estoffe, très-proprement et mignonnement fails^ qu'elle poptoit d'ordinaire: car l'on ne se plaist point tant en soy, que l'on n'en veuille faire part à d'autres de la veuë et du reste. Cette dame aussi ne se ponvoit pas «xcuser en disant que c'estoit pour plaire à son mary, comme la pluspart d'elles le disent, et mesmes les vieilles, quand elles se font si pimpantes et gorgiases, encores qu'elles soient vieilles ; mais cette-cy estoit veufve : il est vray que du temps de son mary elle faisoit de mesme, et pour ce ne voulut discontinuer par amprès, l'ayant perdu. J'ay cogneu force belles, honnestes dames et filles, qui sont autant curieuses de tenir ainsi précieuses et propres et gentilles leurs belles jambes : aussi elles en ont raison, car il y gist plus de lasciveté qu'on ne pense. J'ay ouy parler d'une très-grande dame, du temps du roy François, et très-belle, laquelle, s'estant rompu une jambe, et se l'estant faitte rabiller, elle trouva qu'elle n'estoit pas bien , et estoit demeurée toute torte : elle

ibt si resolae, qu'elle se la fit rompre ane autre fois au rabilleur, pour la remettre en son point, comme auparavant, et la rendre aussi belle et aussi droite. Il y en eut quelqu'une qui s'en esbabit fort ; mais à celle une autre belle dame fort entendue fit response et lui dit : a A ce que je vois, vous ne savez pas quelle vertu amou* reuse porte en soy une belle jambe. »

•— J'ay cogneu autresfois une fort belle et bonneste fille de par le monde, laquelle estant fort amoureuse d'un grand seigneur, pour l'attirer à soy, et en escroquer quelque bonne pratique, et n'y pouvant parvenir, un jour, estant en une allée de parc, et le loyant venir, elle fit semblant que sa jarretière lui tomboit; et, se mettant un peu à l'escart, haussa sa jambe, et se mit à ti» rer sa chausse et rabiller sa jarretière. Ce grand seigneur l'adfisa fort, et en trouva la jambe très-belle, et s'y perdit si bien, que cette jambe opéra en luy plus que n^avoit fait son beau viiige ; jugeant bien en soy que ces deux belles colonnes souste- Doient un beau bastiment ; et depuis Tadvoua-t-il à sa maisiresse, qui en disposa après comme elle voulut. Notez cette invention et gentille façon d'amour.

— J'ay ouy parler aussi d*une belle et honneste dame, surtout fort spirituelle, de plaisante et bonne humeur, laquelle, se faisant un jour tirer sa chausse à son vallet-de-chambre, elle by demanda sll n'entroit point pour cela en ruth, tentation et concupiscence (l) : encore dit-elle et franchit le mot tout outre* Le vallet, pensant bien dire, pour le respect qu'il luy portoit, tespondit que non. Elle soudain, haussant la main, luy donna ID grand soufflet. « Allez, dit-elle, vous ne me servirez jamais > plus ; vous estes un sot, je vous donne vostre congé. » Il y a force vallets de filles aojourd'huy qui ne sont si continents, en levant, habillant et chaussant leurs maistresses : il y a aussi des gentilshommes qui n'eussent fait ce trait, voyant un si bel appas.

Ce n'est d'aujourd'huy seulement que l'on a estimé la beauté des belles jambes et beaux pieds, car c'est une mesme chose; nais, du temps des Romains, nous lisons que Lucius Yitellius, père de l'empereur Vitellius, estant fort amoureux de Messaline, et désirant estre en grâce avec son mary par son moyen, la pria

U) Oo en a dit aatant de Mademoigelle, cousine germaine de Louis XIV, à cela Pm qu'à ceux de ses pages à qui ses charmes donnaieut de la tCDialion elle doni»lt ^elques loula pour pouvoir se satisfaire ailleurs.

un jour de luy faire cet hmioeur de ky accorder an don. L'Emperiere luy demanda : « Et quoy? — C'est, madame, dit-il^ c||i*il » vous plaise qu'un jour je tous deschausse vos escarpias. » Messaline, qui esioit toute courtoise pour ses sujets; ne luy vou^lut refuser cette grâce; et Tayant descbaussée, en garda on es* carpin et le porta tousjours sur soy entre la chemise et la peau, le baisant le plus souvent qu'il pouvoir, adorant ainsi le beau pied de sa dame par Tescarfûn, puisqu'il ne pouvcit avoir à sa disposition le pied naturel ny la belle jambe. Tous avei le Mi* lord d'Angleterre des Cent Nouvelles de la Reyne de Navarre^ qui porta de mesme le gand de sa maistresse à son oosté, et si bien enrichy. J'ay cogneu force gentilshommes qui, premier que porter leurs bas de soye, prioient les dames et maistresses de les essayer et les porter devant eux quelques huict ou dix joiurs, da plus que du moins, et puis les portoient en très-grand vénén^ tion et contentement d'esprit et de corps.

—J'ai cogneu un seigneur de par le monde, qui, estant rar la mer avec une grande dame des plus belles du monde, qnî, voyageant par son pays, et d'autant que ses femmes estoient malades de la marette, et par ce très-mal disposées pour la servir» le bonheur fut pour luy quUl fallut qu'il la oouchast et levast; mais en la couchant et levant, la chaussant et deschaussant, ii en devint si amoureux qu'il s'en cuida désespérer, encor qu'il luy fust proche : comme certes la tentation en est par trop ex.tresme, et il n'y a nul si mortifié qui ne s'en esmeust. Nous U^ sons de Poppea Sabina, femme de Néron, qui estoit la plus favorite des siennes, laquelle, outre qu'elle fut la plus profuse en toutes sortes de superfluitez, d'ornements, de parures, de pompes et (k ses coustrements d'habits, elle portoit des esci^pios et pianelles toutes d'or. Cette curiosité ne tendoit pas pour cacher sa jambe ny son pied à Néron, son cocu de mary : luy seul n^en avoit pas tout le plaisir ny la veuê, il y en avoit bien d'autres. Elle pouvoit bien avoir cette curiosité pour elle, puisqu'elle fai* soit ferrer les pieds de ses juments qui traisnoient son coche de fers d'argent. M. Saint Jerosme reprend bien fort une dame de FOU temps qui estoit trop curieuse de la beauté de sa jambe, par ces propres mots : « Par la petite boline brunette, et bien tirée » et luisante, efie sert d appeau aux jeunes gens, et d'amorces » par le son des oouciettes. » Pensez que c estoit quelque façon de chaussure qui couroit de ce temps-là, qw estoit par trop af^

DISCOURS IIL 187

fe^y et peu séante aax prudes femmes. La chaussure de ces botines est eneor» aojourd'huy en usage parmy les dames de Turquie, et des plus grades et plus chastes» J*ay yeu discourir et faire question quelle jambe estoit pks tentative et attrayante, M la nue ou la^ couverte et chaussée. Plusieurs croyent qu'il n'y a que le naturel, mesme quand elle est Inen faite au tour de la perfection et selon la beauté que dh T^pagnol que j*ay dit cy« devant, et qu'elle est bien blancfaO) belle et bien polie, et monstrée à propos dans un beau lict; car autrement, si une dame la vonloit monstrer toute nue en marchant ou autrement, et des aouHers aux pieds, quand bien elle seroit la pkis pompeusement habillée du monde, elle ne seroit jamais trouvée bien décente ny bdle ; comme une qui seroit bien (haussée d'une belle chaussure de soye de couleur ou de fillet blanc, comme on fait à Pleurence pew- porter l'ealé, dont j'ayveu d'antresfois nos dames en porter avant le grand usage que nous avons eu depuis des chausses de soye; et après faiodroit qu'elle fust tirée et tendue comme la peau d'un tabourin, et puis attachée ou afvee esguillettes ou autrement, selon la volonté et Thumeur des dames : puis faut accompagner le pied d'un be^ escarpin -bkne, et dNme nHile de velours noir ou d^autre couleur, oo bien d%) beau petit patin, taiU bien fait que rien plus, comme j'en ay vea porter à une trèsgrande dame de par le monde, des mieux faits et plus mignon- Bêment. En qœy faut ad viser aussi la beauté du pied; car s'il est par trop grand il n'est plus beau ; s'il est par- trop petit, il donne mauvaise opinion et signHianee de sa dame, d'autant qu'on dit petit pieu grand c, ce qui est un peu odiecrx : mab il faut qu'il soît un peu médiocre, comme j'en ay veu plusieurs qui en ont porté grandes tentations, et mesmes quand leurs dames le fatsoient sortir et paroistre à demy hors du cotillon, et le faisoient remuer et fretîHer par certains petits tours et remuenrients lascifs, estant couverts d'un beau petit patin peu liégé, et d'un escarpin bUae, poimu et peint q narré par le devant, et le blanc est le plus beau* Mais ces petits patins* et escarpins sont pour les grandes et hautes* femmes, non pour les courtaudes et nabottes, qui ont leurs g^nds chevaux de patins liégés de deux pieds : autant vaudroit voir remuer cela comme la massue d'un géant ou la marotte d'un fou^ D'une aotre chose aussi se doit bien garder la dame, de ne déguiser son sexe, et ne s'habiller en garçon, soit pour une mascarade ou autre chose : car eneor au'elle eust la plus belle jambe

du monde, elle s'en monstre difforme,, d'autant qu'il faut que toutes choses ayent leur propriété et leur séance; tellement qu'en démentant leur sexe, défigurent du tout leur beauté et gentillesse naturelle, Voylà pourquoy il n'est bien-séant qu'une femme se garçonne pour se faire monstrer plus belle, si ce n*est pour se gentiment adoniser d'un beau bonnet avec la plume à la Guelfe ou Gibeline attachée» ou bien au-devant du front, pour ne trancher ny de l'un ny de l'autre, comme depuis peu de temps nos dames d'aujourd'huy l'ont mis en vogue : mais pourtant à toutes il ne sied pas bien ; il faut en avoir le visage poup'in et fait exprès, ainsi que l'on a vu à nostre reyne de Navarre, qui s'en accommodait si bien, qu'à voir le visage seulement adonisé, on n'eust sceu jiiger de quel sexe elle trancboit, ou d'un beau jeune enfant, ou d'une très-belle dame qu'elle estoit.

Dont il me souvient qu'une de par le monde que j'ay cognene qui, la voulant imiter sur 1 âge de vingt-cinq ans, et de par trop haute et grande taille, hommasse et nouvellement venue à la Cour, pensant faire de la galante, comparut un jour en la salle du bal, et ne fut sans estre fort regardée et assez brocardée, jusques au Boy qui en donna aussi-tost sa sentence, car il disoit des mieux de son royaume, et dit qu'elle ressembloit fort bien une batteleuse, ou, pour dire plus proprement, de ces femmes en peinture que l'on porte de Flandres, et que Ton met au-devant des cheminées d'hoslellerie et cabarets avec des fleustes d'Allemant au bec; si bien qu'il luy fit dire, si elle comparessoit plus en cet habit et contenance, qu'il luy feroit signifier de porter sa fleuste pour donner l'aubade et récréation à la noble compagnie. Telle guerre lui fit-il, autant pour ce que cette coiffure lui séoit mal, que pour haine qu'il portoit à son mary. Voilà pourquoy tels déguisements ne siezent bien à toutes dames; car quand bien cette reyne de Navarre, qui est la plus belle du monde, se fust voulu autrement déguiser de son bonnet, elle n'eust jamais comparu si belle comme elle est, et n'eust peu : aussi, qu'auroil-elle sceu prendre forme plus belle que la sienne, car de plus belle n'en pouvoit-elle prendre n'y emprunter de tout le monde? Et si elle eust voulu monstrer sa jambe, que j'ay ouy dire à aucunes de ses femmes, et la peindre pour la plus belle et mieux faite du monde, autrement qu'en son naturel, ou bien estant chaussée proprement sous ses beaux habits, on ne l'eust jamais trouvée si belle. Ainsi faut-il que les belles dames comparoissent et fassent monstre de leurs beautez.

— • ray la dans un irvre espagnol, intitulé el Tiagt del Prin' eipe (]), qui fut celui que le roy d*£spagne fit en ses Pays-Bas da temps de Tempereur Charles son père, entr'autres beaux recaeils qu'il receut parmi ses riches et opulentes villes, ce fut de la reyne d'Hongrie en sa belle ville de Bains, dont le proverbes dit : Mas brava que las fiestas de Bains (2). Entre autres magnificences fut que, durant le siège d'un chasteau qui fut bnttu en feinte, et assiégé en forme de place de guerre (je le descris ailleurs), elle fit un jour un festin, sur tous autres, à l'Empereur son bon frère, à la reyne Eleonor sa sœur, au Roy son nepveu, et à tous les seigneurs, chevaliers et dames de la Cour. Sur la fin du festin comparut une dame, accompagnée de six nymphes Oréades, vestues à F antique, à la nymphale et mode de la vierge chasseresse, toutes vestues d'une toilïe d'argent et vert, et un croissant au front, tout couvert de diamants, qu'ils sembloient imiter la lueur de la lune, portant chacune son arc et ses flèches en la main, et leurs carquois fort riches au costé, leurs butines de mesme toille d'argent, tant bien tirées que rien plus. Et ainsi entrèrent en la salle, menans leurs chiens après elles, et présentèrent à l'Empereur, et luy mirent sur sa table toute sorte de venaison en paste, qu'elles avoient prise en leur chasse. Et, après, vint Paies, la déesse des pasteurs, avec six nymphes Napées, vestues toutes de blanc de toille d'argent, avec les garnitures de mesme en la teste, toutes couvertes de perles; et avoient aussi des chausses de pareille toille avec l'escarpin blanc, qui portèrent de toute sorte de laitage, et le posèrent devant l'Empereur. Puis, pour la troisième bande, vint la déesse Pomona, avec ses nymphes Nayades/^qui portèrent le dernier service du fruict< Celte déesse estoit la fille de donna Béatrix Pacheco, comtesse d'Autremont, dame d'honneur de k reyne Eleonor, laquelle pouvoit avoir alors que neuf ans. C'est celle qui est aujourd'huy madame l'admirale de Chastillon, que M. l'admirai espousa en secondes nopces; laquelle fille et déesse apporta, avec ses compagnes, toutes sortes de fruicts qui se pouvoient alors trouver, car c'estoit en esté, des plus beaux et plus exquis, et les présenta à l'Empereur avec une harangue si éloquente, si belle> et prononcée de si bonne grâce, qu'elle s'en fit fort aimer et ad-

(i) le Voyage da Prince.

(f) Pins magnifique que les (êtes de Baina.

it-

mirer de TEmpereur et de tottte Tinsenibiée, vea son jeune âge, que dès lors on présagea qa'«lie seroit œ qif elle est sujourd'hoy, me betle, s»ge, heimeste, vertoeuse, habile et spirituelle dame. Bile estoit pareiUement habillée à la nymphàle oonne les astres, * yestue de toiUes d'argent et blane, cbasssée de mesme, et garnie à la teste de force pierreries; mais c'estoient toutes esmeraudes^ pour représenter en partie la couleur du fruict qu'elles a^mi^ toient; et outre le présent du fruict, die en fil un à l'Empereur et au roj d'Espagne d'un ranwau de: vieteire tout esmaHlé de yerd, les braacliea toutes chargées de grosses perles et pierr». ries, ce qui estoit fort riche à voir et inestimable; à la reynt Eleonor un es?antail» avec un mirouer dedans, teut g«rni de pierreries de grande valeur. Certes cette princesse et reyni d'Hongrie . monstroit bien qu'elle estek une honnesle dame en tout, et qu'elle savoit son entregent aussi* bien que 1» méfier de la guerre; et à ce que j'ay ouy dire, TEaiperettr son frère avoit un grand contentement et soulagement d'avoir une si lienneslt SGeur et digne de luyé Or; l'on me ponrrott objecter pomrquey j*ay fait cette disgression en forme de discours. C'est pour dire que toutes ces filles, qui avoient* joué ces personnages avoient esté choisies et prises pour les plus belles d'entre toutes celles des reynes de France et de Hongrie et madame de Lorraine, qm estoient françoises, italiennes, flamandes, allemandes et iomines; parmy lesquelles n'y aveit faute de beauté; et Dieu stà^sk la reyne d'Hongrie avoit esté cnrieuse d'en choisir de plus beUes el de meilleure grâce. Madame- de Foetaine-Chalandry, qoi est encore en vie, en sauroit bien que dire, qui estoic lors fille de la reyne Eleonor, et de» plus belles : or l'appeleit aussi la b^e Tbrcy, qui m'en a bien conté. Tant il y a que je tiens d'elle eft ailleurs, que les seigneurs, gentilshommes et cavaliers de cette cour, s'amusèrent à regarder et contempler les beUes jambes, grèves et beaux petits pieds de ces'dames ; car, vestues ainsi àla nymphale, elles estoient cotfrtement habillée» et en pouvoient f^ire une très^ belle monstre, plus que de leurs i)eattk visages qu'ib pouvoient voir tous les jours, mais mua leurs belles jani'^ bes ; dont aucuns en vindrent plus amoureux par là vené et monstre d'icelles belles jambes , que non^ pas de leors belks faces; d'autant qu'au dessus des belles colonnes, coustumièrement il y a de belles corniches de frize, de beaux architraves, riches chapiteaux, bien polis et entaillés. Si fattt*il que je fasse

eneor cette digresrton et q«ie j'en fasse ma fantaisie, puisque DOW sommes sur les feintes et représentations. Qnasi en mesme tenps qae ces beiles festes se faisoîenies Pays-Bas, et surtout à Bains, s«r la réception da roj d'Espagne, se Ht l'entrée du roy fieorj, tournant de visiter son pays de Piedmend eC ses gam»* sons à Lyon, qoi certes fat des belles et plus triomphantes, ainsi que j^y ouy dire à d'honnestes dames el gentibhommes de la Cour qui y estoient. Or, si celte feinte et représentation de Diane et de sa chasse fat trouvée bette en ce ropl festin de la* reyne d'Honte» il s'en fit une à Lyon^ qai fut bien antre et mieax imitée; car, ainsi que le Rey marchoit, venant à rencon^ trer un grand obélisque à Tantique, à costé de la main droite, il resfontra dcj^mesme un préan ceint, sur le grand chemin, d'une nraraille de quelque peu plus de six pieds de hauteur, et ledit préan aussi haut de terre, lequel avoit esté distinctement rempiy d'>arbres de moyenne fustaye, entrepHintez de taillis espais et à^force de touffes d'autres petits arbrisseaux, avec aussi force* aihree fruitiers; El en cette petite forest s^sbattoîent force petits cerfs tous en vie, biches, chevreuib, toutefois privex. Et 1ers 9i Majesté entrouyt aucuns cornets et trompes sonner, et tout aossitost apperceut venir, au travers laiKte forest, Dime cbas^* sant avee ses compagnes et vierges forestières, elle tenant à la mtin^ un riche arc turquois, avee sa trousse pendant au costé, accoutrée en atours de nymphe, à la mode que l'antiquité nous b représente encore; son corps estoît vestn avec un demy bas à six grands lambeaux ronds de toile d'or noire, semée d'estetles d'argent, les manches et le demeurant de satin cramoisy, avec profilure d'or, troussée jusques à demy jambe, découvrant sa belle jambe et grève, et ses bolines à l'antique de satin cmmoisy , couvertes de perles en broderie : sestîheveux estoient entrelacés de gros cordons de riches perles, avec quantité de pierreries et joyaux' de grand valeur; et au dessus du front- un petit croissant d'ar« gent, briHant de menus petits diamants'; car d'or- ne fusl esté si beau ny si bien représentant le croissant naturel» qui est clair et ar^ gentin.

9es compagnes estoient accoutrées dé diverses façons d'habits et de taffetas rayez d'or, tant plein que vuide, le tout à l'antique, et de plusieurs autres couleurs à l'antique, entremesiées tant pour la bixarretèque pour la gayté; les chausses et botioes de satin: leurs testes adomées de mesme à la nymphale, avec force perles

et pierreries. Aacanes conduisoient des limiers et petits lévriers^ espaigneuls et autres chiens, en laisse avec des cordons de soye blanche et noire, couleurs du Roy pour Tamour d'une dame du nom de Diane qu*il aimoit: les autres accompagnoient et faisoient courre les chiens courants qui faisoient grand bruit. Les autres portoient de petits dards de bresil, le fer doré avec de petites et gentilles houppes pendantes, de soye blanche et noire, les cornets et trompes momées d'or et d'argent pendantes en escharpes ii cordons de fil d'argent et soye noire. Et ainsi qu'elles apperceurent le Roy, un lion sortit du bois, qui estoit privé et fait de longue main à cela, qui se vint jetter aux pieds de la dite déesse, loi faisant feste; laquelle, le voyant ainsi doux et privé, le prit avec un gros cordon d'argent et de soye noire, et sur l'hepre le présenta au Roy; et s'approchant avec le lion jusque sur le bord do mur du préau joignant le chemin^ et à un pas près de Sa Majesté, lui offrit ce lion par un dixain en rime, tel qu'il se faisoit de ce temps, mais non pourtant trop mal limée et sonnante ; et par icelle rime, qu'elle prononça de fort bonne grâce, sous ce lion doux et gracieux luy offroit*sa ville de Lyon, toute douce, gracieuse, et humiliée à ses loix et commandements. Cela dit et fait de fort bonne grâce, Diane et toutes ses compagnes lui firent une humble révérence, qui, les ayant toutes regardées et saluées de bon œil» monstrant qu'il avoit très-agréable leur chasse, et les en remerciant de bon cœur, se partit d'elles et suivit son chemin de son entrée. Or notez que celte Diane et toutes ses belles compagnes estoient les plus apparentes et belles femmes mariées, veufves et filles de Lyon, où il n^y en a point de faute, qui jouèrent leurs mystères si bien et de si bonne sorte, que la pluspart des princes, seigneurs, gentilhommes et courtisans, en demeurèrent fort ravis. Je vous laisse à penser s'ils en avoient raison. Madame de Yalentinois, dite Diane de Poictiers, que le Ro; servoit, au nom de laquelle cette chasse se faisoit, n'en fut pas moins contente, et en aima toute sa vie fort la ville de Lyon; aussi esloit-elie leur voisine, à cause de la duché de Valentinois qui en est fort proche. Or, puis que nous sommes sur le plaisir qu^il y a de voir une belle jambe, il faut croire, comme j'ay ouy dire, que;^ non le Roy seulement, mais tous ces gallants de la Cour, prirent un beau et merveilleux plaisir à contempler et mirer celles de ces belles nymphes si folastrement accoutrées et retroussées « qu'elles en donnaient autant ou plus de tentation pour monter

an second estage, que d'admiration et de sujet à louer une si gentille invention.

Pour laisser donc notre digression et retourner où je Tavoif prise, je dis que nous avons veu faire en nos Cours et représenter par nos Reynes, et principalement par la Reyne-mere, de fort gentils ballets; mais d'ordinaire, entre nous autres courtisan^, nous jettions nos yeux sur les pieds et jambes des dames qui les représentoient, et prenions par dessus très-grand plaisir leur voir porter leurs jambes si gentiment» et démener et frétiller leurs pieds si affettement que rien plus; car leurs robbes et cottes estoient bien plus courtes que de l'ordinaire , mais non pourtant si bien à la nymphale que de l'ordinaire, ny si hautes comme il le falloit et qu*on eust désiré; néantmoins nos yeux s'y baissoient un peu, et mesme lorsqu'on dansoit la voile, qui, en faisant voleter la robbe, monstroit toujours quelque chose agréable à la veuë, dont j'en ay veu plusieurs s'y perdre et s'en ravir entr'euxmesmes. Ces belles dames de Sienne, au commencement de la révolte de leur ville et république, firent trois bandes des plus belles et des plus grandes dames qui fussent; chacune bande mon toit à mille, qui estoit en tout trois mille, l'un^ vestue de tafietas violet, Tautre de blanc, et l'autre incarnat ; toutes habillées à la nymphale d'un fort court accoustrement, si-bien qu'à plein elles monstroient la belle jambe et belle grève ; et firent , ainsi leur monstre par la ville devant tout le monde, et mesme devant M. le cardinal de Ferrare et M. de Thermes, lieutenantsgénéraux de nostre roy Henry; toutes résolues, et promettant de mourir pour la république et pour la France, et toutes prestes de mettre la main à l'œuvre pour la fortification de la ville, comme desjà elles avoient la fascine sur Tespaule; ce qui rendit en admiration tout le monde. Je mets ce conte ailleurs, où je parle des femmes généreuses; car il touche l'un des plus beaux traits qui fut jamais fait parmy galantes dames. Pour ce coup je me contenteray de dire que j'ay ouy raconter à plusieurs gentilshommes et soldats, tant François qu'estrangers, mesmes à aucuns de la ville, que jamais chose du monde plus belle ne fut veuë, à « cause qu'elles estoient toutes grandes dames, et principales citadines de ladite ville, les unes plus belles que les autres, comme Ton sçail qu'en cette ville la beauté n'y manque point parmy les dames, car elle y est très-commune ; mais s'il faisoit beau voir leur beau visage, il faisoit bien autant beau voir et contempler

leurs belles jambes et grèves, par leurs gentilles chaussures tant bien tirées et accommodées, comme elles sçavent très* bien faire^ et aussi qu^ elles s'estoient fait faire leurs robbes fort courtes à la nymphale, afia de plus légèrement marcher, ce qui tenloit et esebauffoit les plus refroidis et mortifiés; et ce qui faisoît bien autant de plaisir aux regardants, estoit que les visages estoient bien veus toujours et se pouvoient voir, mais non pas ces belles jambes et grèves. Et ne fut sans raison qui inventa cette forme d'habiller à la nymphale ; car elle produisit beaucoup de bons aspects et belles œillades ; car si Taccoustrement en est court, 11 est fendu par les costez, amsi que nous voyons encor par ces belles anliquitez de Rome, qui en augmente davantage la veué lascive* Mats aujourd'huy les belles dames et filles de l'isle de Sie, quoi et qui les rend aimables? Certes ce sont bien leurs beautez et leurs gentillesses, mais aussi leurs gorgiases façons de s'habiller, et surtout leurs robbes fort courtes, qui monstrent à plein leurs belles jambes et belles grèves et leurs pieds atteliez et bien chaussés. Surquoy il me souvient qu'une fois à la Ooutt une dame de fort belle et riche taille, contemplant une belle' et magnifique .tapisserie de chasse où Diane et toute sa bande de vierges chasseresses y estoient fort naifvement représentées, et toutes vestues montroient leurs beaux pieds et belles jambes, efle avoit une de ses compagnes auprès d'elle, qui estoit de fort basse et petite taiUe, qui s'amusdt aussi à regarder avec elle icelle ta* pisserie ; elle luy dit : « Ha I petite, si nous nous habillions toutes » de cette façon, vous le perdriez comptant, et n'auriez grand » avantage, car vos gros patins vous decouvriroient , et n*aurieft » jamais t^le grâce en vostre marcher, ny à monstrer vostre »> jambe, comme nous autres qui avons la taille grande et haute : » par quoy il vous faudroit cacher et ne paroistre gutéres. Re« ]^ merciez donc la saison et les robbes longues que nous portons, »' qui vous favorisent beaucoup et qui vous couvrent vos jambes^ » si dextrement, qu'elles ressemblent, avec vos grands et haut* » patins d'un pied de hauteur, plustostune massue qu'une jambe, a.car qui n'auroit de quoy se battre il ne faudroit que vous cou* » per une jambe et la prendre par le bout, et du costé de vostre » pied chaussé et enté dans vos patins, et on feroit rage de bien » battre. » Cette dame avoit beaucoup de sujet de dire de telles paroles, car là plus belle ']zwhe du monde, si elle est ainsi enchâssée dans cet gros patins, elle perd du tout sa beavté, d*aa*

DISCOURS IIL 195

lant qse ce gros i^ed bol luy rend une diffbitnité par trop grande, our ai le pied n^acooflipagne la^ jambe en belle cbaussvre et gen« dlle forme, tout n'en vaut rien* Bomrqooy les dames qui pren<* sent ces gro» et grands lourdauts de patins pensent embellir et enrichir leurs tailles et par elles s'en faire miens aimer et paroistie; omis de leur oosié elles appauvrissent leur belle jambe et belle grere, qui vaut bien autant en son naturel qu'une grande taille contrefaite. Aussi, le temps passé, le beau pied portoit une telle lasciveté en sof, que plusieurs dames romanes prudes et chastes, au ramns qui le yeuloîent contrefûre, et encore aujourd'hui pkistaurs antres en Italie, à Tinfitation du vieux temp», font aucam de scrupule de le monstrer au monde comme leur visage» et le cachent sous leurs grandes robbes le plus qu'elles peuvent afin qu'on ne le voye pas, et conduisent en leur marcher si sagement, discrètement et oompassément, qu'il ne passe jamais devant la robbe. Cela est bon pour celles qui sont confites en preud'hommie ou semblance, et qui ne veulent point donner de tenution; nous leur devons cette obligation, mais je croy que, si elles avoient la liberté» elles feroient monstre et du pied et de la jambe et d'autres choses. Aussi qu'elles veulent monstrer à leurs marys, par certaine hypocrisie et ce petit scrupule, qu'elles sont dames de bien : d'ailteurs je m'en rapporte à ce qui en est.

Je sçay un gentilhomme fort galent et honneste, qui» pour avoir veu à Rheims, au sacre au roy dernier, la belle jambe, chaussée d'un bas de soie blanc, d'une belle et grande dame veufve et de haute taille, par dessous les escbaffaux que l'on fait pour les dames à voir le sacre, en devint si épris, que depuis il se cuida désespérer d'amour; et ce que n'avoit peu faire le beau visage, la belle jambe et la belle grève le firent : aussi cette dame mériloit bien en toutes ses belles parties de faire mourir un bonneste gentilhomme. J'en ay tant cogneu d'autres pareils en ceste humeur. Tant y a, pour fin, ainsi que j'ay veu tenir par maxime à plusieurs gallants courtisans mes compagnons, la monstre d^une belle jambe et d'un beau pied estre fort dangereuse et ensorceler les yeux lascifs à l'amour; et je m'estonne que plusieurs bons escrivains, tant de nos poètes qu'autres, n'en ont escrit des louanges comme ils ont fait d'autres parties de leur corps. De moy, j'en eusse écrit davantage; mais j'aiirois peur que, pour trop louer ces parties du corps, l'on m'objectast que je ne me souciasse gueres des autres, et aussi qu'il me faut escrire d'au.

très sujets, et ne m'est permis de m'arrester tant sur un. Parquoy je fais fin eu disant ce petit mot : « Pour Dien, Mesdames, » ne soyez si curieuses à wus faire paroistre grandes de taille » et vous monstrer autres^ que vous n'advisiés à la beauté de vos » jambes, lesquelles vous avez belles, au moins aucunes; mais » vous en gastez le lustre par ces bauts patins et grands cbevaux. ]» Certes il vous en faut bien ; mais si démesurément, vous en » dégouslez le monde plus que vous ne pensez. »

Sur ce discours louera qui voudra les autres beautez de la dame, comme ont fait plusieurs poètes; mais une belle jambe, une grève bien façonnée et un beau pied, ont une grande faveur et pouvoir ^ Tempire d'amour.

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