I.IVRE PREMIER
Jeunesse de Mathieu. — Ses premiers exploits.
La famille de Montmorency , une des plus anciennes de l'Europe, est cependant la plus connuie, parce que cette maison, établie dans l'Ile-de-France, toujours auprès des rois, se trouve mêlée à tous les événements saillants des premiers âges de la monarchie. Ses ancêtres s'appelèrent Bouchard ou Gw/ jusqu'au huitième siècle; l'un d'eux, nommé Gui le filond, contribua puissamment au gain de la bataille de Tours ; il se battit corps à coq:)S avec un chef maure d'une taille gigantesque, et le terrassa. On assure qu'il fonda, en mémoire de ce triomphe, une chapelle dans les environs de Paris, près d'un lieu appelé Monmbjpenciacum : cette chapelle devint le centre d'un village, que l'on nomma par corruption Montmorency, et qiu
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donna son noin à la famille du fondateur (i). Dés le douzième siècle, l'illustration de cette maison s'accrut tellement, qu'Alix de Savoie, veuve de Louis le Gros, épousa Mathieu V ("veuf Im-même d'Aline, fille de Henri I*% roi d'Angleterre). En contractant cette alliance, Alix avait pour Uit de donner un appui à son fils Louis VU, âgé de seize ans.
Les Montmorency se partagèrent en plusieurs branches, dont les plus fameuses furent celles de Marly et d'Écouen. Mathieu II, dont nous écrivons l'histoire, sortait de la derméra; il nuquit en 1166, de Bouchard Vet de Laurence de Hainaut; il descendait par sa mère de Cbarlemagne, et par iboxi père de ce Lisoiequi fut baptisé après Clovis, si l'on en croit nos premiers chroniqueurs. La naissance de Mathieu combla sa maison d'une joie d'autant plus vive , que son père avait déjà perdu trois enfants au berceau.
L'éducation, alora toute militaire, eoasiftlait à savoir bien manier une lance, à pousser un coursier daos l'arène, à exceller dan$ les exercices du corps. Len barons, toujours en guerre entre eux, voyaient dans leurs enfants des défenseurs, et les élevaient dans cette vue; dès la plus tendre jeunesse on leur donnaii; ie goût des armes; on cherchait à développer chesetix une audace précoce : un père regardait dans son fils des încUnaliôns pacifiques comme un maU
(i) Desormênwp* U I. Cet écrivain composa une histoire éd la mtàf son de Montmorency : on lui communiqua à cet eflet des titres authentiques, qui depuis ont été anéantis. André Duchesne, qui précéda Det^rmeauR » fit éf^aleaiênt «ne histoire de Montmorency { ce n'est ^ae Ui réuuoa de pièoet iusUficatîves, dépourvue d'atUeurs de Barration.
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heur. Quant à Mathieu II, il se montra si enflammé d'une ardeur belliqueuse ;*que son oncle Thibault /e BataMeur^ comte de Champagne, n'hésita point de raimer chevalier, quoique le damoisel atteignit à peine sa dix-huitième année.
Là chevalerie, cette admirable institution de nos pé* res, devint une des garanties sociales dans des temps d'anarchie; elle fut la sauvegarde des droits légitimes^ l'appui du iaible, de la veuve, de l'orphelin, dan« «m temps ou le droit de la force régnait à l'etclusion de tout autre. Une piété sincère, un courage à toute épreuve, une galanterie qui s'alliait avec des moeurs austères, distinguaient le chevalier : toutes ces qua^ Htés, jointes à une probité inflexible, enfantèrent des caractères qui comiaandiœt encore notre admiration.
I^a chevalerie n'était conférée qu'après une prépa-> ration religieuse : le néophyte passait quinze jours dans les prières et dans les jeûnes; la cérémonie s'achevait en présence de tous les vassaux; un vietix guerrier, fameux par ses exploits, donnait l'accolade et l'épée; le fils du châtelain était revêtu de toute son armure par les dames de sa famille. Ce n'était qu'après avoir reçu tordre qu'un bauneret jouissait des prérogatives attachées à la chevalerie.
La réception du jeune Mathieu II, dernier espoir d'une des plus illustres races, fut accompagnée de l'ap» pareil le plus pompeux. La mort de Bouchard Y, ar* rivée vers l'an ii85, ne tarda pas de mettre Mont<^ morency en jouissance d'immenses fiefs; il épousa l'année suivante Gertrude de Soissons.
Au commencement de 1 1 90, Phîl^pe-Auguste pro*
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mulgua une ordonnance relative à l'établissement des bftillifs souverains y qui^ par la voie d'appel, devaient accoutumer le peuple des campagnes à reconnaître la justice royale : les villes la reconnaissaient depuis Philippe r*" et Louis le Gros. Ces nouveaux magistrats eurent pour mission spéciale de recevoir dans leurs assises les plaintes des sujets , de rendre une prompte justice, et de tenir les prévôts seigneuriaux dans les bornes de leurs attributions : on enjoignit à chacun d'eux d'adresser tous les mois au conseil du roi un rapport détaillé de ses opérations. L'éta* blissement de ces censeurs de la juridiction féodale trouva beaucoup d'opposition de la part des feudataireSy qui sentaient combien leur influence sur le peuple en serait diminuée. Montmorency, possesseur de six cents fiefs, pouvait le regarder d'un mauvais œil sans encourir de blâme : trop généreux pour ne pas mettre le bien de l'État au-dessus de ses intérêts particuliers, il aida cette mesure de tout son pouvoir; bien plus, moyennant une faible redevance, il affranchit ses vassaux de certaines tailles extraordinaires que tout baron pouvait exiger, suivant son bon plaisir. Cette action, où respire l'humanité, servit d'exemple aux autres leudes.
Mathieu ne s'écarta jamais delà ligne que sa haute raison lui avait tracée. Son empressement à exécuter les volontés de Philippe-Auguste contribua à faire rentrer le monarque dans cette partie de l'autorité que le pouvoir royal avait perdue par la faiblesse de ses prédécesseurs : ce dévouement parut d'autant plus méritoire de sa part, qu'il n'en trouvait point d'exeni-
pie chez ses ancêtres, car ils s'étaient monlrés turbulents et même rebelles sous Ix)nis le Gros et sous Philippe 1^.
Nous n^avons pu découvrir le motif pour lequel Mathieu II ne suivit pas Philippe-Auguste dans la Palestine, en 1190; on peut présumer que le trépas de sa mère, Laurence de Hainaut, en fut la seule raison; car il eut à défendre alors contre plusieurs de ses parents le riche héritage dont cette mort le mettait en possession. Au surplus, Mathieu ne resta pas inactif pendant cette croisade : il combattit et dispersa plusieurs bandes d'aventuriers qui vinrent dévaster ses domaines; non-seulement le jeune baron les chassa tle ses terres, mais encore il fit respecter celles de plusieurs châtelains occupés à l'expédition de la Palestine.
Ces aventuriers, sur lesquels les historiens foui"nissent peu de détails, sortaient de la Germanie, du Brabant, et même des Espagnes ; ils arrivèrent dans le royaume dès que l'armée des croisés fut partie pour rOrient. Profitant de l'absence de Philippe-Auguste, ils se livrèrent aux plus affreux désordres. Mathieu II fut occupé pendant trois ans k défendre ses domaines contre leurs entreprises; il les battit dans plusieurs rencontres , et les dissipa entièrement.
Les succès remportés sur ces aventuriers procurèrent une brillante renommée à Montmorency, et donnèrent lieu à des fêtes, auxquelles furent invités les guerriers revenus depuis peu de temps de la Palestine M la suite de Philippe- Auguste. Le sire de Montargis donna un tournoi auprès de Moret; Mathieu y parut
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ninsi qu'une foule de preux, la fleur de la chevalerie. Le pas d'armes devait durer un mois. Le cinquième jour, les hérauts annoncèrent l'arrivée du roi : en effet, Philippe-Auguste vint prendre place parmi les jugea du Cfimp (tiga)} et au moment où tous les chevaliers se pressaient dans la lice pour commencer la mêlée, le roi se mit debout, et adressa aux barons ce discours : « Preuît de France, je viens vous proposa un champ plus digue de votre valeur et de votre générosité : le duc d'Alençon est assiégé par les soldats de Richard, et prêt à tomber en leur pouvoir; venefc avec moi, dispersons ces Anglais, et lorsque la victoire aura couronné nos efforts, nous reviendrons terminer le pas d'armes, n Cette allocution produisit soneflPet} on s'écria d'une voix unanime : Partons I partons! (i). Montmorency se montra un des plus bouillants. On quitta Moret, et Ton vola vers Alen- Çou, dont les Anglais furent obligés de lever le siège. Tel était l'esprit du temps : Philippe-Auguste n'avait pas trouvé dans ce moment d'autres moyens pour rdssemblerles troupes nécessaires à cette expédition; car toutes ses forces étaient dispersées sur les frontières.
En l'année l 'ioo , Blanche de Castille vint en France ])our épouser Louis, fils de Philippe. Ce monarque, politique dans la moindre de ses actions, fil publier dans les États de la chrétienté le mariage de son fils , afin d'attirer auprès de lui les princes dont il voulait gagner l'amitié. Les fêtes furent pompeuses : Montmorency, un des plus riches banneretsde France, déploya
(0 Rigordus, Gesta Pliilîppi-Aiigustî (contemporain).
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6n Cette rencontre une magnificence surprenante^ et se fit remarqner dans les tournois pat sa force autant que par son adresse; il remporta lé prix , qu'il reçut des mains de Blanche de Castille. IjO guerre lut offrit bientôt l'occasion, si ardemment désirée, d'ac* quérir une gloire plus solide.
Richard Cœur de Lion venait de mourir : Jean lui avait succédé; mais il fut troublé dans la possession de la couronne par le jeune Arthur de Bretagne, qui se regardait comme le légitime souverain, étant fiU de Oeoffroi le Beau, comte d'Anjou, frère puîné de Richard, tandis que Jean n'était que le troisième fils de Henri II. Jean soutenait néanmoins que là législation anglaise n'admettait pasla représentation par primogéniture : aujourd'hui même la validité deleurs droits respectifs est mise en question parmi les publicistes. Arthur prit les armes ; il passait pour le prince le plus brillant et le plus aimable de son temps. Il se ménagea en Angleterre et en France de nombreux partisans. I^ même politique qui avait suggéré à Philippe-Auguste de favoriser les desseins ambitieux des trois fils de Henri II, révoltés contre leur père, l'engagea à secourir .Secrètement le duc de Bretagne. Arthur, battu en Poitou, tomba au pouvoir des vainqueurs ( i aoa). Ce jeune prince périt d'une manière mystérieuse : on accusa avec raison Jean sans Terre d'avoir poignardé luimême son neveu, n'ayant pu trouver une main étran- ' gère pour remplir cet affreux office, quelque riche récompense que promît le tyran.
Constance, mère d'Arthur, demanda justice au roi de France : Philippe se rendit d'autant plus vo-
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lontiers à ses prières, qu'il destinait sa fille Marie au jeune duc de Bretagne. Jean fut cité à la cour des pairs de France, comme vassal de la couronne. Ce tribunal suprême ne put se composer des six pairs qui auraient dû le former, les ducs de Bourgogne, de Guienne et de Normandie, les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne : or Jean réunissait sur sa tête deux de ces pairies, celles de Guienne et de Normand le; des quatre autres pairs, un seul, le duc de Bourgogne, figura au nombre des juges; les trois autres étaient ou trop jeunes, ou absents. Le roi les remplaça par des possesseurs de grands fiefs : Montmorency y siégea à ce titre; on le choisit moins à cause de sa puissance, que pour Testime particulière que le roi faisait de sa haute prudence.
Jean, n*ayant point comparu, fut condamné à mort ; un second arrêt confisqua ses terres aii profit de la couronne. Ce jugement est un des actes les plus marquants du treizième siècle ; il imprima au reste des vassaux une crainte salutaire. Jean, à la tête d'une armée formidable , voulut s'opposer à l'exécution de ce jugement.
En peu de temps la majeure partie de la Normandie tomba au pouvoir de Philippe; il ne resta aux Anglais dans cette province que quelques places. La plus importante était Château-Gaillard, forteresse bâtie sur la rive droite de la Seine : on ne pouvait l'attaquer que d'un côté; une nombreuse garnisoa la défendait. Philippe-iVuguste vint l'assiéger en per* sonne en i2o3. La science de l'attaque et de la défense des places était alors fort peu avancée; il fallait
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des efforts inouïs pour conquérir une ville fortifiée. Grâce à des travaux merveilleux, les Français parvinrent à construire au-dessus de Château-Gaillard uu pont de bateaux qui interceptait tous les secours par eau.
Le roi d'Angleterre ne négligea rien pour contraindre Philippe à lever le siège : il rassembla cent grosses barques destinées à couper le pont; en même temps un corps d'armée commandé par le comte de Pembrok devait attaquer par terre les assiégeants. Les Français ne surent rien du projet de leurs adversairesy dont le plan paraissait bien conçu; mais il manqua d'ensemble, car l'armée anglaise commit la faute d'effectuer son attaque avant l'arrivée de la flotte. Toutefois, elle surprit les assiégants plongés dans le sommeil; le camp, forcé de tous côtés, fut bientôt envahi, en dépit delà résolution que montrèrent le roi et les principaux chefs, parmi lesquels Montmorency se fit remarquer par une bravoure sans égaie, Les Français, accablés, prirent la fuite et abandonnérent leurs quartiers, que les Anglais se mirent à piller au lieu de poursuivre leur victoii*e. Guillaume Desbarres et Montmorency, restés les derniei^, coururent après les fuyards, rallièrent le tiers de l'armée, mirent le feu aux buissons et aux habitations voisines, afin d'éclairer le lieu du combat. Ils vinrent ensuite à leur tour surprendre les insulaires, qui se gorgeaient de butin ; une lutte sanglante s'engagea au milieu des tentes; la victoire, longtemps disputée , demeura aux Français : on en fut redevable à Montmorency. Il déploya dans cette occasion ce counige
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calm^ qui $9àt çowvomder le «uccè^ ^ et qui fut toujours le trait le plua saillant de sou caractère.
A peine oélébrait^on la défaite de Tennemiy que la flotte parut pour rompre le pont de bateaux : Mont*^ morency, et son émule de gloire Guillaume Desbar-r res, repoussèrent ces nouveaux assaillants L'espace rétréci où se livrait le combat ne permit qu'à une partie de l'armée d'y prendre part. L'action se passa sous les yeux de Philippe* Auguste , qui ne put se lasser d'admirer Tintrépidité des deux guerriers. Au fort de ce second engagement, les Anglais, récem* ment débarqués, apprirent la déroute de l'armée de terre; alors ils battirent en retraite, et regagnèreut leur flotte, au bout de quatre heures d'une mêlée trè»? opiniâtre. Ce double triomphe n'assura pas au roi U possession de Château-Gaillard :1e gouverneur, Roger de Lascy, ne capitula que six mois plus tard. Les soldats vainqueurs, irrités de sa longue défense, you<« latent le massacrer; Mathieu le prit sous sa protec-» tion, et le présenta lui-même au roi, qui, en consi-» dération d'une aussi belle défense, donna au général Paris pour prison (i).
La semaine qui suivit la reddition de Château-Gaîl* lard. Montmorency reçut le commandement de trois divisions : il fit , dans le courant de 1 204 1 la conquête de Lisienxetde Falaise; il tailla en pièces les compa* gnies des cottereaux, soldées par Jean sans Terre. Quelque belliqueuses que fussent ces bandes, elles ne purent teiiir. devant Mathieu II; leurs chefs, La^ ficaire et Arcas , expièrent par une mort glorieuse
(f) Rigordus, Gesta Phiiippi , etc. ^ Mathieu Paris, liv. m.
le$ horribles ravages commis dans la province. Le triomphateur remit sous l'obéissance du roi cette belle Normandie» séparée de la couronne depuis plusieurs siècles.
Philippe- Auguste^ jaloux de recouvrer la totalité des provinces que les malheurs de la guerre avaient démembrées de son royaume , passa rapidement dans le Maine et dans l'Anjou ; mais il fut traversé dans ses vues par l'intervention du saint^'Siége: Innocent 111 dé'' pécha vers le roi, eu qualité de légat , l'abbé Casamaire, pour lui commander de conchire la paix avec Jean sans Terre. Philippe avait appris par lui-même combien il était dangereux de décliner la supréq^atie des papes. Ce prince désira, dans cette cirCQUStance, ne se conduire à l'égard du saint»siége que d'après Pavis des grands de son royaume. Matbieu de Montmorency, appelé au conseil, exhorta vivement le monarque à poursuivre ses avantages, à profiter de cette occasion pour ressaisir les provinces que liouis le Jeune avait été obligé de restituer en répudiant Ëléotiore; il entraîna dans son opinion le duc de Bourgogne et le reste de l'assemblée.
A la suite de la résolution prise parle roi, Mathieu et le duc de Bourgogne poursuivirent le cours de leurs conquêtes : les Anglais perdirent eu peu de temps le Maine, l'Anjou, la Touraine; ils ne conservèrent que la Guienne. Cependant le pape insistait pour obtenir la conclusion d'une paix dcfiintive : il menaçait Philippe de sa colère. Ce prince se rappelait les désordres qu'avait occasionnés l'excommunication lancée contre lui par Célestin III; il se crut
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autorisé, dans l'intérêt de ses peuples, à céder aux instances du saint-père, qui n'agissait d'ailleurs que pour empêcher l'effusion du sang. Mathieu de Montmorency et le sire de Couci jetèrent les bases du traité, et surent garantir à la couronne des avantages inappréciables.
Au commencement de l'année 1210, le prince de Césarée et l'évêque d'Acre arrivèrent en France, venant de la Terre-Sainte; on les députait vers Philippe- Auguste pour le supplier d'accorder à la Palestine un guerrier qui , par son mérite et sa valeur, pût soutenir le trône chancelant de Jérusalem : on offrait au baron désigné par le monarque, la main de Marie de Montferrat, veuve d'Amauri, le dernier roi. Les envoyés annoncèrent qu'ils seraient au comble de leurs vœux si le choix tombait sur Mathieu II, que la mort de Gertrude de Soissons affranchissait de tous liens; le nom qu'il portait était célèbre dans tout l'Orient: Montmorency sire de Marli, l'effroi des musulmans, fut un des fondateurs de l'empire latin de Constantinople. Mais Philippe- Auguste , regardant Mathieu II comme un des plus fermes soutiens de la monarchie , ne voulait point s'en séparer. Il désigna donc Jean de Brienne, un des héros de la dernière croisade; ce paladin , avide de gloire, accepta avec transport rhonneur périlleux de s'asseoir sur le trône de Godefroi de Bouillon.
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