Le poignard, appelé plus communément la dague
L'épée varia tellement de forme et de force dans le moyen âge , qu'on n'en peut citer une seule comme modèle : chaque historien les décrit à sa manière. A cette époque, l'uniformité ne régnait nulle part parmi les gens de guerre. Les uns se servaient d'épées très-longues et très-effilées ; l'artisan forgeur et fourbisseur savait donner une force extraordinaire à ces sortes d'armes : les historiens du quatorzième siècle sont unanimes pour dire que les Français portaient généralement des épées courtes et légères. Guillaume Guyart , parlant de la bataille de Bouvines , dit :
Là François esplèes reportent Courtes et roides dont il taillent.
liC même historien, s'occupant des guerres de
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Flandre sous le règne de Philippe le Bel, s*exprime en ces termes (i3oi et i3a4) •
Espèes viennent aux services
Et sont de diverse seniblance :
Mes François qui d'acoulumance
Les ont courtes assez legieres
Gietent aux Fiamans vers les chieres (le visage).
Charles d'Anjou, frère de saint Louis, passa en Italie pour prendre possession du trône de Naples, et battit auprès deBénévent son compétiteur Mainfroi : Hugues de Beauçois, chevalier angevin qui accompagnait Charles, son suzerain, a laissé en latin une relation de cette expédition commencée sous de si brillants auspices; il raconte comment, à la bataille de Bénévent, les Français, très-agiles, joignaient corps à corps les soldats allemands ( auxiliaires de Mainfroi), et leur perçaient le flanc avec leurs courtes épées : et brevibus spathis suis eorum latera perfodie^ bant»
Ordinairement les épées n'étaient tranchantes que d'un seul côté : on ne les faisait très-eflîlées (i) que dans la pensée de s'en servir pour
(i) Les meilleures épées se fabriqufiient à Orléans, à Angers, à Poitiers, à Bourges et à Toulouse: cette dernière ville fourolssait toutes les provinces de la zone méridionale.
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percer le chevalier par les trous de sa visière ou à quelque défaut de la cuirasse , c'est-à-dire au défaut des diverses pièces de son armure, et principalement à raisselle(i). Les croisades apportèrent nécessairement quelques changements dans la forme des épées : on voit dans le quatorzièmii siècle, et au commencement du quinzième, des guerriers illustres adopter des glaives très-larges, recourbes, semblables enfin aux Sabres appelés communément des damas, dont ib avaient pris le modèle sur ceux dont se servaient les infidèles : les chroniqueurs du moyen âge donnent à ce sabre recourbé le nom de fossart (2).
Les épées devinrent plus fortes et plus longues dans les quatorzième et quinzième siècles, durant les luttes sanglantes que les Valois eurent à soutenir contre les princes de la maison de Plantagenet et de la maison de Lancastre. Voici sous quelles dénominations les divers historiens
(0' Voyez dans la vie de Châtillonle récit de la bataille livrée par Charles d*Anjou au jeune Coradin, son compétiteur au trône de Nf pies.
(2) Voyez la vie de Mathieu de Montmorency et celle d*Enguerand de Couci.
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de cette période ont coutume de classer les glaives en usage parmi les gens de guerre.
Le braquemar, épée courte et forte, dont on armait les soldats destinés à escalader les remparts d'une ville; Vépée de rencontre, im peu plus longue et très-effilée , celle dont les preux se servaient de préférence; V estocade, Tépée la plus formidable , car elle avait de la pointe et de la taille des deux côtés : c'est en son honneur que Ton disait , frapper df estoc et de taille. L'homme la saisissaità deux mains, et en déchargeait de rudes coups sur son adversaire ; mais il fallait que la nature eût favorisé sous le rapport de la force le guerrier qui voulait manier une arme pareille : l'imprudent qui osait s'en servir sans cette condition courait à une perte infaillible. Venait en dernier lieu le poignard, ou la dague, qui portait aussi le nom de misé^ ricorde : c'était une arme très-redoutable dans les mains des fantassins. Les soldats à pied savaient se glisser parmi les chevaux des bannerets , leur ouvraient le flanc avec la large lame du poignard ; puis ils se jetaient sur le cavalier engagé sous le poids de son coursier, ets'empres^ saient de déboucler l'un des côtés de sa cuirasse,
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afin de pouvoir introduire leur fer homicide dans le corps du vaincu. Celui-ci , réduit à cette fatale extrémité, poussait le cri de miséricorde^ pour demander quartier : cette expression de détresse servit à désigner vulgairement le poignard du fantassin.
Les tournois , image de la guerre , étaient une école d'adresse et de force , école souvent ensanglantée , malgré les précautions prises par les juges du camp. Ces juges prescrivaient pour la tenue des tournois l'usage d'épées dont la pointe était ronde et le taillant limé : ces épées ainsi rabattues reçurent le nom di* épées gracieuses , glaives courtois y armes courtoises (i). (Dissertations de Ducange sur Join\ille.)
Après répée, la lance tenait le premier rang parmi les armes féodales; elle est appelée en latin lancea^ et quelquefois ha^ta; on les faisait de frêne , dont le bois est roide et peu cassant. La ville de Poitiers excellait dans la fabrication des fers de lance. La longueur de la lance varia comme celle des épées. Ordinairement les lances se brisaient entre les mains des combattants
(i) Combattre avec des armes courtoises est une expression qui est passée au figuré dans la langue française.