DES ARMES DEFENSIVES ET OFFENSIVES
quand elles frappaient en plein les cuirasses. Dans les tournois , on disait rompre une lance, quand on faisait un assaut d'armes; une fois la lance brisée par ce rude choc, les poursuivants en jetaient les tronçons et mettaient Tépée à la main. Le maniement de la lance exigeait une grande aptitude et un exercice très-fréquent; les chevaliers acquéraient cette habitude dans les tournois ou dans les académies que les puissants barons tenaient chaque dimanche au milieu de la cour de leur château. L'adoption des armes à feu fit abandonner l'usage de la lance.
Les chevaliers étant devenus impénétrables aux coups d'épée au moyen des armures de fer, des guerriers audacieux, tels que Duguesclin et Clisson, remirent en honneur la hache dans le quatorzième siècle ; l'arme primitive des Francs, et que l'on appelait jadis la francisque : c'est avec le secours de la hache que Charles Martel avait vaincu Abdéramedans les plaines de Tours,
La hache ne pouvait être maniée que par un homme doué d'une grande force musculaire : le manche était assez menu; le fer avait deux côtés : l'un semblable à celui des haches ordinaires, mais plus large; l'autre consistait en une
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longue pointe de fer et quelquefois en un croissant très-effilé par les deux bouts : les haches d'acier les plus estimées venaient de Danemark. Le romancier Gavin dit à cette occasion :
Et portent glaives et espies poitevines, Haches danoises pour lancier et férir.
L'armure la plus forte, la mieux jointe ne pouvait résister à un coup de hache bien appli-» que; le chevalier le plus vigoureux succombait sous cette terrible atteinte : Duguesclin, par le formidable usage qu'il en faisait, mit cette arme en honneur parmi les guerriers de son temps.
On appelait bésaguë la hache à deux tranchants , la plus dangereuse de toutes , celle que Bertrand avait adoptée. Le héros breton se servait aussi, dans les rencontres périlleuses, de la masse d'armes y qui consistait en une verge de fer longue de trois pieds, dont la tête se composait d'une réunion de dentelures de trois pouces de saillie; à l'aide de cette masse, le guerrier fracassait en entier le casque de son ennemi. Le maillet d'acier remplissait le même ofBce. La plombée étsilt un bâton long de deux pieds et dont le bout supérieur se terminait par une chaîne plus ou moins longue ; à cette chaîne pendait
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une boule de plomb ou de fer, semblable à un de nos boulets de petit calibre : il fallait beaucoup d'adresse pour se servir avantageusement de ces plombées, ce qui en rendait l'usage fort peu commun.
Nous n'avons point fait mention des armes de jet, parce que les chevaliers ne s'en servaient point : dans le moyen âge les fantassins , ramas de paysans et de juifs, faisaient seuls usage de flèches jetées au moyen d'un grand arc : ces flèches portaient vulgairement le nom de vireton, parce qu'elles tournaient en l'air grâce aux ailerons ou pennes attachés à la partie supérieure du javelot. Les soldats appartenant aux villes pourvues d'une commune, c'est-à-dire affranchies du pouvoir féodal, étaient armés d'arba^ lètes y que l'on peut considérer comme un arc perfectionné. Dans cette machine l'arc traversait un fût de bois ; le dard, posé dans une coulisse, était lancé par la corde, faite ordinairement de boyau : on ne pouvait bander les foMes arbalètes qu'avec le secours des deux pieds. Guillaume le Breton , dans son poëme latin de la Philipide, dit
Ballista duplici tensa pede missa aagltta.
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Nous avons dit que les enseignes servaient à distinguer le rang que tenait un chevalier dans la milice féodale; le contingent fourni en temps de guerre par un chevalier de haut lignage se réunissait sous une bannière carrée blasonnée des armoiries du chef : celui-ci portait pour ce motif le titre de banneret, et prenait rang dans la première catégorie. Le chevalier non banneret recevait le titre de bachelier, et son étendard , appelé pennon, se composait d'une flamme à deux pointes. On exprimait le nombre des troupes par celui deâ bannières et des pennons. Froissart faisant le dénombrement des troupes de Philippe de Valois et d'Edouard III, dit : « Le duc de Guéries avait vingt-deux bannières et soixante pennons. » En parlant du duc de Brabant : ce Si avait le duc de Brabant jusqu'à vingt-quatre bannières et quatre-vingts pennons. ... La tierce bataille, la plus grosse, avait le roi d'Angleterre en teste. Si avait le roi vingt-huit bannières et quatre-vingts pennons. » Puis, parlant de l'armée du roi de France, le chroniqueur dit : ce Si avait sur les champs six-vingt bannières. »
Cependant rien n'était régulier dans cette organisation féodale : une bannière comportait
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tantôt quatre pennons, tantôt six, et quelquefois dix. Pour comble d'embarras, les historiens du moyen âge ne fournissent pas des détails as* sez positifs pour faire apprécier le nombre exact des hommes marchant sous un peilnon. Il devient donc impossible de fixer la force d'une armée présentée sous cet aspect.
Les longues guerres des princes de la maison de Valois contre les rois d'Angleterre apportèrent des changements notables dans l'organisa* tion des troupes. Il est certain que les princes anglais, soit les Plantagenets, ou les Lancastres, et surtout Henri V, déployèrent dans cette partie de l'art militaire beaucoup plus de supériorité que les Valois ; c'est une vérité malheureusement incontestable. On doit regarder Henri V comme un législateur en cette matière : ce prince institua d'une manière invariable la lance. On désignait ainsi dans le quinzième siècle un petit groupe de soldats commandé par un chef trèssubalterne appelé chef de lance; le nombre d'hommes réunis sous son commandement variait selon le temps et selon les circonstances. La lance , d'après les principes posés par le monarque anglais, devait se composer de sept soldats^
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plus le commandant; maïs il arrivait qu'à la suite d'une action très-vive , ou après un trajet très-pénible, la lance se trouvait réduite à deux ou quatre hommes. Lorsque la lance était bien complète, elle se désignait par cette épithète, lance bien fournie; dans son récit un historien disait: oc Le sire de l'Aigle, chevalier à bannière, conduisait avec lui dix lances bien fournies , » c'est-à-dire le sire de l'Aigle menait à sa suite quatre-vingts soldats. Juvénaldes Ursins assure queTarmée du maréchal Boucicaut défendant les approches de Paris contre les troupes du duc de Bourgogne se composait de trois mille lances, c'est-à-dire de vingt-quatre mille hommes.
Cependant les chroniqueurs du moyen âge, tous étrangers au métier des armes , ne tranchent point dans leur récit une difficulté capitale : ils laissent ignorer si la lance bien fournie se composait de cavaliers ou de gens à pied ; les détails confus répandus dans leur narration font croire, toutefois , que dans le quinzième siècle l'infanterie commençait à jouir d'une certaine estime chez les Anglais ; elle composait presque en entier leur armée, et les chevaliers, c'est-à-dire les hommes de lignée féodale^ ne se laissaient point