‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 2)Chapitre 49 sur 54 · DIS ARMES OFFENSIVES ET OFFENSIVES · texte numérisé non relu

DIS ARMES OFFENSIVES ET OFFENSIVES

désirait récompenser le zèle et le dévouement : il les fit chevaliers; mais ces clients, les deux frères, n'étaient point de lignage franc ; en conséquence, le roi Philippe le Hardi condamna le comte de Nevers à payer une forte amende pour avoir, violé les coutumes. Les deux chevaliers intrus furent de leur côté obligés de payer chacun une amende de mille livres tournois ; cependant le monarque, prenant en considération le mérite très-éminent des deux délinquants , finit par confirmer leur chevalerie, et l'amende fut réduite à quatre cents livres. (Règl. du Parlement de Paris. 1 281 . )

Des chevaux de bataille, c est-à-dire des chevaux d'une taille élevée , étaient dans le cours d'une route , menés par des écuyers qui les tenaient à leur droite ( destriers ) , et les donnaient à leur maître lorsque l'ennemi paraissait ou que le danger semblait l'appeler au combat; dans ce cas, on disait, monter sur ses grands chevaux , expression que nous avons conservée aussi bien que celle de haut la main, et qui est venue de la contenance fière avec laquelle un écuyer tenait élevé sur le pommeau de la selle le heaume de son banneret. Ce heaume , aussi

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bien que les autres parties de son armure of* fensive ou défensive, lui étaient remis par les divers écuyers chargés de les porter : précaution fort naturelle , car un banneret n'aurait pu soutenir une journée entière le poids de ces lourdes pièces de fer sans en être accablé. Les historiens du moyen âge , en parlant de ren* contres meurtrières, nous font connaître le nom de valeureux barons qui périrent étouffés en quelque façon dans leur armure par Texès de chaleur. Les Flamands, révoltés contre leur comte Guy et sa chevalerie, mirent sur pied une armée considérable ; ces guerriers improvisés , la plur part artisans , ayant pillé les maisons des no^ blés, s'emparèrent de leurs armures et voulurent * s'en servir; ils parurent dans les champs de Rosebec surchargés de ces vêtements de fer : quantité d'entre eux, ne pouvant se mouvoir, périrent misérablement sans avoir pu se défendre, et il fut prouvé que dans cette fameuse journée les Flamands auraientpuvaincreleursadversaires parla grande supériorité numérique, s'ils s'étaient pre^ sentes au combat avec leur équipement ordinaire. Une fois arrivés en présence de l'ennemi, les chevaliers se rangeaient sur une ligne, éloignés

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les uns des autres de la longueur d'un destrier : les écuyers, montés sur des roussins, ou ches^aux moyens y se formaient en seconde ligne derrière leurs maîtres ; on disait, pour désigner cette disposition , former la haie : expression qui s*est conservée également dans notre langue. Les écuyers demeuraient en qu el qu e sorte spectateurs oisifs delà lutte; mais ils fournissaient de nouvelles armes à leur seigneur^ et aidaient à le relever si un choc violent l'avait renversé. Mille circonstances recueillies dans une foule de chroniqueurs prouvent que le baron , menant au combat sa chevauchée, conservait auprès de lui plusieurs écuyers à pied qui l'entouraient afin de garantir sa personne contre les coups qu'on lui portait; il arrivait que le rôle d'écuyer devenait plus périlleux que celui du banneret. Ce dévouement héroïque fit naître une expression qui s'est accréditée parmi nous \ faire unrem^ part de son corps.

La chevalerie inspirait un enthousiasme uni- , versel : les gens de clergie n'écrivaient que pour en célébrer l'excellence ; mais il faut toujours se rappeler que dans le moyen âge la chevalerie se considérait elle-même comme la première mi*-

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lice de l'Eglise, ce qui devait rehausser sa position aune époque où la foi était répandue dans toutes les classes de la société. Voici en quels termes un vieil auteur dont le nom est inconnu exprime son admiration par la chevalerie dans un roman intitulé ; Les deux ailes :

« Chevalerie est la fontaine de courtoisie , et « Ton ne peut tant y puiser qu'elle en soit ja- « mais tarie : de Dieu vint : et les chevaliers , <c sur qui elle coule delà tête aux pieds, en sont a les possesseurs : ils tiennent en fief tout ce qui a en arrose le reste du monde : autres gens n'en « ont que Técorce. »

Nous n'avons pas cru pouvoir mieux terminer cette exquîsse qu'en citant ce trait remarquable ; nous allons donner la liste des principaux ouvrages anciens , romans ou autres , qui traitent de la chevalerie.

Les historiens du moyen âge sont aussi les historiens de la chevalerie : Rigord , Guillaume leBretou, Geoffroidela Ville-Hardouin, Mathieu Paris, Guillaume de Nangis , le sire de Joinville, Froissart, Monstrelet , Juvénal des Ursins, Lefèvre de Saint-Remi , Pierre de Fenin, Jean Chartier, Mathieu de Coucy, Olivier de la Marche, Philippe de Comines, du Bellay et Brantôme,

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en racontant d'une manière authentique les événements politiques et militaires d'une période de quatre siècles , ont représenté au naturel les mœurs chevaleresques, et ont fait sentir sans y songer toute l'importance d'une institution qui sut pendant si longtemps suppléer au défaut des lois.

Le sire dé Joinville et Froissart ont parlé avec enthousiasme de la chevalerie dans un moment où elle jetait le plus d'éclat : Brantôme, au contraire, arriva quand finissait la chevalerie, dont les derniers reflets surent encore embellir les écrits du favori de Charles IX.

Après les historiens^ nous citerons les principaux romans de chevalerie , ceux qui renferment les détails les pi us complets touchant cette institution ; nous ferons observer qu'ils appartiennent tous à la seconde époque, dite la période galante :

Eustache Deschamps , Poésies manuscrites du

quatorzième siècle; Chmnique des Chevaliers de Catalogne; Petit Jehan de Saintré; Le roi Perceforet ; Gérard de Roussillon; Lancelot du Lac; Le Roman du Brut;

Alain Chartier, Le Bréi^iaire des nobles : le Livre

des quatre dames ; Les fabliaux de Guillaume au faucon ; Tyran le Blanc ;

Le roman de Partenopax de Biais; Poésies de Philippe Mouskes.

Après les romans et les œuvres de fiction , nous citerons les ouvrages didactiques sur la même matière :

Hardouin de la Jaille, Du champ de bataille et du champ clos;

La Thaumassière, les Assises de Jérusalem;

La Colorabière , Théâtre d'honneur et de chevalerie ;

Honoré de Sainte-Marie, ^ej* Ordres dechevalerie;

Le Guidon des Guerres;

Le père Ménétrier, Traité de chevalerie ;

Fa vin, Traité d'honneur et de chevalerie;

Laroque, Traité de la noblesse;

Savaron, Traité de F épée française.

Enfin , pour clore cette liste, les cinq Mémoires sur la chevalerie par la Curne de Sainte-Palaye.

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