‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 2)Chapitre 5 sur 54 · SIRE BE MOVTMOIIENCT. SS · texte numérisé non relu

SIRE BE MOVTMOIIENCT. SS

Pierre de Courtenayy comte d'Auxerre, p6tît-61s de Louis le Gros : Philippe- Auguste lui ménagea) en 1 185, ralliance de rhéritière de la maison deMev^rtf; veuf d'Agoèsy en 1 1929 Pierre de Courtenay épousa Tannée suivante Yolande , qui lui apporta le comté de Namur* Le roi le choisit, en 1 194^ pour traiter de la paix avec Richard ; des démêlés très- vifs qu'il soutint contre Févéque d'Auxerre vinrent troubler le CQurs ^e ses proepérités. l^ prélat ayant refusé la sépulture à lin des officiers de la maison du comte 9 celui-ei fit entenrer le cadavre dans la chambre basse où coijichait Tévéque ( iao4). Ce fait attira sur lui les femdrefs de l'Église; tout le clergé se ligua contre ce le^ide; se( vassaux ne voulaient plus reconnaître son autorité. Pierre de Courtenay se vit obligé de faire amende honorable : on lui prescrivit de déterrer le corps de ses propres mains, et de le porter sur les épaules^ nu-pieds, au cimetière public, pendant la procession des rameaux.

Guillaume de Ponthieu. Ce baron se comporta naal dans la croisade des Albigeois (1309); le désir de se réhabiliter auprès de la chevalerie de France le fit sortir de son apathie ordinaire* Il avait épousé Alix, sœur de Philippe-Auguste : son gendre, SiaGU>n de Dammartin , servait dans l'armée des alliés.

Gauthier 111 y de la maison de Châtillon, frère de l'évéque de Laon, s'unit, en 1 196, à Elisabeth, héritière du comté de Saint-Paul , et fille de Heugues IV, le même qui frappa de son gantelet Renaud, comte de Boulogne. Gauthier prit le titre de comte de Saint- Paul, sous lequel il est plus connu dans l'histoire ; ou

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le regardait comme le guerrier le pins franc et le pUis résolu de son temps: il se signala au siège de Saint* Jean-d'Âcre, et seconda puissamment Philippe-A.u<guste dans la conquête de la Normandie. Se trouvant dans le Languedoc en 1209, il imita le refus gêné* i*eux du duc de Bourgogne ^ et ne voulut pas s'approprier les dépouilles de Raymond. D'injustes soupçons planaient sur son compte : il passait pour entretenir des liaisons secrètes avK les princes alliés, et il savait qu'on se défiait de lui; mais, dédaignant de se justifier, Gauthier désirait ardemment que les combats pussent lui fournir l'occasion de montrer toute sa loyauté.

Enguerand 111 ^ sire de Couci , possédait des terres immenses; son aïeul avait soutenu la guerre contre le roi Louis le Gros : loin de suivre cet exemple, le petit-fils ne cessa de donner des preuves de dévouement àPhilippe-Auguste, qu'il accompagna en Palestine et dans les expéditions les plus difficiles. Ce puissant baron employait ses richesses à des objets de magni* ficence ; il fit bâtir unsuperbe château, dont ou voit encore la haute tour à six lieues de Laon : une tendre amitié unissait Enguerand à Mathieu de Montmorency.

Anioidy comte de Guines , jadis fort dévoué à l'Angleterre, changea de parti pour des raisons très-légitimes : ayant eu des démêlés avec Ferrand (laia), au sujet de quelques empiétements exercés sur ses terres, il fut très-maitraité; son ennemi ravagea ses domaines, et prit un château qu'habitait Béatrix de Bourbourg, comtesse de Guines, la personne la plus accomplie de son temps. Ferrand se saisit de cette

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je^une femme, et ne voulut jamais la rendre à sa famille, malgré l'offre cUune forte rançon. Béatrix gémissait encore dans la plus dure captivité en 12 14- Ainsi le comte Arnoul , en embrassant les intérêts de Philippe-Auguste, servait sa propre querelle; il brûlait de briser les fers de la femme qu'on lui avait ravie d'une manière si cruelle.

Thomas de SainUValeriy sire de DommaTrt, banneret riche, valeureux et très-dévoué : il amena deux mille cinq cents hommes levés dans les domaines du Ponthieu, qu'il tenait de sa femme Edèle : sa fille uni- <ju«, nommée Aliénor, avait épousé en 12 10 Robert, Gât€-Bled, fils du comte de Dreux.

Henriy sire de Grand-Pré, fort estimé de Philippe- Auguste, était vaillant guerrier et surtouty?A2 coutumier ( légiste). Tous les barons ses voisins , les évêques et même le roi, le prenaient souvent pour arbitre dans leurs contestations. Ordile, fille du sire de Grand-Pré, épousa le sire de Joinville (l'historien).

Adam y vicomte de Melun : ce feudataire descendait, par les femmes, de Hugues Capet; ou le regardait comme l'un des plus braves et des plus riches vassaux de la couronne. Il se signala, en 1207, par une victoire qu'il remporta sur Emery VII, comte lie Thouars, commandant les forces anglaises.

Simon y sire de Joinville, le père de l'historien :il se montra le seigneur le plus intraitable de son temps, et eut de vifs démêlés avec les comtes de Champagne. J-.e roi de France se vit obligé souvent d'intervenir dans ces querelles.

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Henriy comte de Bar, prince jeune elbrillanl^que la chronique de Flandre (Albéric) appelle vÂr /nve»is œtaie^ animo senex, ei forma venusias; aon neveti le duc de Lorraine^ plus àfi;é que lui^ savait dans Tarmée des alliés.

Barihélefni de Roye, Tun des plus dévoués serviteurs de Philippe-Augustei accompagna ce prince dans la conquête de la Normandie , et s'y distingua. Le roi, voulant récompenser ses services , le nomma, en iao9, chambrier de France.

Parmi les autres bannerets ou distinguait : GuUhume de Garlande^ allié à la famille des Montmo» rency, possesseur de riches domaines dana la Brie; Pierre de Mtku^HHsin^ Gérard de Trie du Vesiii» parent de Renaud, comte de Boulogne; Etienne de léOngchafnps, Dieudonné Tristan ou Desiaing^ Guil^ laume Desbarres ^ banneret picard déjà célèbre par ses exploits en Normandie; Raoul île Clermoni^ de* venu seigneur de Nesie par son mariage avec Thé* ritière de cette maison ; les deux MareuilAw Ponthieu, et Pierre de la Tounr.tiey bannerets du pays cbartrain (i).

Nous finirons cette nomenclature parle nom d'un personnage illustre, et qui joua un des principaux r61es dans cette mémorable campagne. Guérie^ issu d'une famille obscure, originaire de Pont-Saîiiti3« Maxence, s'était fait admettre fort jeune parmi les chevaliers hospitaliers de Jérusalem, ordre religieux et militaire; il tit en Palestine l'apprentissage de la

(i) Voyez, à la dn du volume , la liste en latin et en français de tous les chevaliers à bannière qui assistèrent à la btUilt* d« BottvioM.

SIRE PB MONTXORKNCY. JH^

guerre. Qn le crut capable , à lage de dix-huit tu^i en raison de sa précoce perspicacité, de remplir atn près du roi de France une mission très-délicat^. Philippe, démêlant dans le chevalier de précieuses qualités, le retint en France, le nomma conseiUei* d'État en l'adjoignant au cardinal de Champagne, son premier ministre. Ce prince, partant pour la Terre- Sainte ) laissa à sa^mère la régence, et à Guérin U soin de diriger les affaires. Malgré ses fonctions ad* miDistratires*, ce ministre s'occupa toujours du militaire : la campagne de Normandie de i.io5 et celle de 12106 se firent d'après ses plans.

PhilipperAuguste choisit Guérin pour son ami de cœur, comme Louis le Gros agit à l'égard de Suger; il le nomma garde des sceaux et premier ministre, après la mort du cardinal de Champagne. Le roi demanda pour lui le chapeau de cardinal; on lui objecta que Guérin n'avait point encore exercé l'é^* piscopat : le ministre fut alors nommé évéque 4f Senlis à la place de Geoffroi, qui, ne pouvant continuer ses fonctions vu son énorme corpulence, se démit de son siège (1). Guérin n'était point encore sacré en i2i4; aussi Tappelait-one/^c/oj, ^/i^. Malgré ses hautes dignités, il se faisait appeler frère Guériot et conservait pour le métier des armes une prédileotion particulière : il portait toujours sur sa cotte de mailles Temprein^e de la croix blanche, signe distinctîf de l'ordre hospitalier de Jérusalem. Philippe- Auguste voulut que le prélat l'accompagnât dans la campagne qui allait s'ouvrir, et qu'il remplît auprès

Ci) Gallia christianai Sainte-Marthe, in-fol., t. x» p. 104S*

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de lui les fonctions les plus élevées : Guillaume le Breton dit qu'il était le premier après le roi. Dix chapelains accompagnaient Philippe-Auguste dans ses voyages et dans ses guerres. Le premiei* chapelain , lors de la bataille de Bouvines , était ce Guillaume le Breton qui a laissé un poème latin intitulé Philippidos^ plus une chronique latine, qui est la continuation de celle de Rigord , son prédécesseur dans la charge de premier chapelain (i).

Le roi partit de Lille le 2 5 juillet, franchit la Marque, et laissa une forte division au pont de Bouvines (2) , deux lieues et demie sud-est de Lille et trois lieues sud-ouest de Tournay; point très-important, car la rivière traversait des marais qui formaient un obstacle invincible. La Marque ayant changé son cours, le lit a incliné vers la route de Lille; le pont existant en iai4 était en bois, et se trouvait cent pas plus rapproché de Cysoing. Quoîqu'au milieu de Tété, la Marque se trouvait fort enflée, par suite des orages continuels du mois de juin.

Philippe-Auguste poussa jusqu'à Tournay , naguère occupé par une garnison française; mais le gouverneur, Érard de Montfaucon , cédant aux instances de Ferrand, ouvrit ses portes aux alliés. Les Flamands pénétrèrent dans l'intérieur, et pillèrent plusieurs

(i) Les historiens modernes citent Rigord pour la bataille de Boovines; c'est une erreur : Rigord, médecin et chapelain de Philippe- Auguste, commença à écrire en 11791 et mourut en laog, cinq ans avant la bataille de Bouvines.

(a) Mézerai place Bouvines sur la Meuse, et fait jouer à ce fleuve un rôle dans cette circonstance; reppiidanl la Meuse se Irouvr vinjift lieues plus en arrière.

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églises; ce qui irrita tellement les habitants, qu ils se soulevèrent en voyant approcher Tavant-garde des Français, et forcèrent les soldats étrangers à baisser les ponts-Ievis. Philippe- Auguste arriva avec toute son armée ; il avait suivi la route de Bouvines, carie chemin direct de Lille à Tournay que Ton tient aujourd'hui n'existait pas alors: il fit son entrée dans Tournay aux acclamations de la population. Mathieu Je Montmorency et le comte de Saint-Paul, ayant précédé le roi à la tête d'une forte division, s'emparèrent des postes principaux , de manière à rester mattresdes passages de l'Escaut. Philippe, en portant son quartier général à Tournay, se proposait d'éloigner de ses frontières le théâtre de la guerre; il savait que l'empereur occupait déjà Valenciennes, mais» il ignorait sur quel point l'ennemi dirigerait toutes ses forces. Dans la nuit du a6 au 27 juillet, ses espions l'informèrent que l'empereur, ayant laissé ses bagages à Valenciennes, était arrivé le matin à Mortagne , petite vil le situéeau confluent de la Scarpe et de l'Escaut, à trois lieues sud-ouest de Tournay. Un poste français défendait ce point intéressant; mais Érard de Montfaucon entraîna dans la défection le commandant et la garnison de Mortagne, de manière que les alliés ne trouvèrent aucune résistance. Othon suivit la chaussée de Saint^Amand, en côtoyant la rive gauche de la Scarpe; il fit prendre position à son armée en avant de la ville , se fortifia dans ce lieu, en annonçant l'intention d'y attendre la totahté de son armée, dont plusieurs divisions, marchant sur ses flancs , n'avaient point encore opéré leur

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jonction : dès l'arrivée de ces dernières cohortes , il devait marcher sur Touroay afin d'enfermer dans cette place les Français et leur roi.

Aussitôt que Philippe eut recueilli ces renseignements, il assembla le conseil, où furent appelés les principaux barons. U y fut reconnu que la position de Tournay n'offrait aucun avantage, mais on se partagea sur la question de savoir si Ton battrait en retraite vers Lille, ou si l'on irait droit & Mortagne attaquer l'empereur. Philippe penchait pour le dernier parti : ce prince voulait aller fondre incontinent sur son rival; il devait rencontrer peu de contradicteurs parmi cette bouillante chevalerie de France : en eflet chacun se rangea de cet avis. L'asseinblée agitait les moyens d'exécution , lorsque l'on introduisit dans la salle du conseil un émissaire envoyé secrètement par le duc de Brabant. Ce prince, entraîna trop légèrement dans la querelle de Ferrand, éprouvait du regret de se battre contre Philippe-Auguste son beau-père, dont il estimait le caractère et redoutait l'énergie; soit reste d'affection, soit désir de calmer la colère du roi, le duc voulut lui prouver son dévouement en lui donnant un avis essentiel : il lui fit dire par un clerc de sa maison qu'on n'eût pas à s'engager dans les chemins de Mortagne, attendu que le terrain fangeux arrêterait nécessairement la marche de la cavalerie, la principale force des Français, et que les alliés occupaient une position capable de défier l'attaque la mieux combinée.

Des informations prises sur les localités vinrent donner plus de poids à cet avis bienveillant : le roi

SIRE DM ]ffONTMd&ENCY. 63

et ses lieutenants abandonnèrent leur première réso*' lutîoa ; on décida de partir de très-bonne heure de Tournay, et de gsgner la plaine de Lille par le pont de Bouvines, afin d'engager leê Impériaux à sortir de leur position , et de les attirer dans un lieu plus propioe Mfit ftianceuvres 4e la cavalerie. On fit les dispositions nécessaires pour mettre ce plan à exé* cution dans le plus court délai.

- Le camp fiit levé dans la nuit, et l'armée se forma en eotoenede marche par divisions; les milices com^ munâles tenaient la tête, précédées néanmoins d'un corps de féodaux commandé par Mathieu de Mont«> morenejr : le reste delà chevalerie devait servir d'ar«* rière garde et couvrir la marche de l'infanterie. On se mit en route vers cinq heures du matin : le roi , entooré de ses clercs et de ses chapelains , cheminait sur le flaac des commune. Mais l'on n'avait pu cacher ces préparatifs de départ aux espions de Ferrand^ qui allèrent en toute hâte annoncer à l'empereur qua les Français prenaient la direction de Lille; et commey en courant 9 le trajet de Tonrnay à Mortagne pouvait s'exécuter en moins de deux heures, Othon fut averti assM à temps pour changer ses mesures. U i^unit les principaux chefs dee alliés, et leur annonça que les Français, effrayés de l'approche de l'ariiiée impériale, battaient en retraite rapidement sur l'Artois^ et qu*il fallait se mettre à lenr poursuite sur l'bçûre même : cet avis fut accueilli avec transport; une joie insensée régnait dans cette conférence. Othon pro^ nonça un discours dans lequel son animosité contre Philippe parut dans toute sa force: « Jurez ^ dit41aux

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princes confédérés , que si clans le cours de la cam» pagne qui va s'ouvrir vous vous trouvez en présence de Philippe, vous ne lui ferez aucun quartier, et que sa mon sera pour chacun de vous l'exploit le plus envié. Pour moi, je jure sur ce fer, ajouta-t-il en tirant son épée, de ne reparaître en Germanie que lorsque je serai entré dans Paris et que j'y aurai fait le partage du royaume de France. »

Ces paroles exaltèrent tellement les esprits, que les princes coalisés ne voulurent pas attendre que Ton fût réuni dans la capitale des Gaules pour démembrer l'empire des Francs; et sans différer l'on procéda au partage, comme si la conquête en fut déjà achevée. Othon s'adjugea le pays de Metz et une partie delà Champagne; Ferrand, Paris et rUe-de-France; Renaud, la Picardie; Salisbury, le pays de Dreux; if Palatin du Rhin, le Gâtinais; Heugues de Boyes, la Brie; Conrad de Spolette, le Beauvoisis; le duc de Lorraine, la Touraine; Hervé de Donzi, le Soisson* nais; on abandonnait au roi d'Angleterre la Norman^ die et toutes les provinces conquises par Philippe- Auguste. Othon, s'étant attiré les foudres de FÈglise, détestait le clergé : il insistait pour qu'on distribuât les biens des abbayes aux capitaines et aux soldats. Cependant Renaud, comte deBoulogne,ne montrait point la même confiance; il laissa évaporer cette fougue, et voulut éclairer les autres vassaux : a Soyez persuadés, leur dit-il, que si les Français quittent Tournay ce n'est point pour prendre la fuite, et au lieu de ne songer qu'à les atteindre dans leur retraite, disposez-vous plutôt à les combattre de front; ne

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cloutez pas qae pour les vaincre aussi facilement qu'on le dit, il faudrait les trouver plongés dans lesommeil et privés de leurs armes : je regarderais comme plus prudent de se contenter de les suivre dans leur mou- Yement rétrograde, et d'observer leur attitude sans en venir à uneaction générale. »

Albert, duc de Saxe, interrompit vivement le comte de Boulogne , en objectant que les Français n'étaient point aussi redoutables qu on voulait bien l'annoncer : ff Et bientôt, dit-il, mes Saxons leur apprendront à se battre; ce que je crains le plus, c'est qu'ils ne nous échappent. — Soyez sur qu'ils ne fuiront pas , reprit Renaud avec impétuosité : je persiste à soutenir qu'on ne doit pas se presser d'engager l'action; voilà mon avis. — Cet avis est dicté par la crainte, » s'écria Heugues de Boves, ennemi de Renaud, quoique servant sous les mêmes enseignes. Cette apostrophe blessa singulièrement le comte de Boulogne : ce La crainte! répliqua-t-il en courroux; nous verrons lequel de nous deux aura le plus de peur. » £n disant ces mots il sort du conseil, fait monter à cheval ses hommes d'armes, et, sans attendre aucun ordre, se met en marche en prenant la direction de Tournay(i).

Cependant les discours de Renaud produisirent quelque sensation sur l'esprit de l'empereur Othon, dont la faiblesse égalait la jactance : il aurait cédé^ux conseils du comte de Boulogne si on lui en eut laissé le loisir; mais, n'étant pas le maître d'en imposer aux

'i; Le récit de celle scène se trouve raconté fort an long dans la chronique de l'abbé de Senones. (Collection de dom Bouquet.)

passions tumultueuses de ces grands vassaux, il se vit contraint de suivre le mouvement.

L'armée alliée se forma en trois grandes colonnes, qui marchèrent à la même hauteur; celle duc^utre ne rencontra point d'obstacle, mais les deux autras percèrent fort difficilement au travers des bois du pays d'Orchies et de Tournay. On laissa à Morlagne les varlets et les bagages : toutefois Othon n'oublia point d'amener quatre chariots chargés de cordes^ lesquelles devaient servir à lier les chevaliers français dont ses soldats allaient se saisir. Des rapports successifs apprirent à l'empereur que Philippe dirigeait les divisions d'avant-garde, et qu'il passerait le pont de Bouvines le premier : les propos des principaux chefs alliés confirmèrent Othon dans ctttte croyance. Dès lors le plan des opérations fut modifié^ et Ton se décida à fondre sur la queue de l'armée française, pour que la journée ne se passât point sans qu'elle essuyât un échec notable : on devait le lendemain se mettre à la poursuite de Philippe, pour l'immoler au milieu de sa chevalerie. Ces informations manquaient d'exactitude, et l'ennemi s'abusa sur la situation des choses : Philippe était loin de reculer devant l'occasion de combattre, et s'il n'eût écouté que son humeur martiale, on serait allé audevailt des Allemands; la raison, puissante sur sou Ame, lui fit une loi de ne point s'exposer à uu grand revers par trop de précipitation. Les espions l'instruisirent d'une manière si exacte, qu'il sut parfaitement ce qui se tramait à Mortagne, et les déterminations prises dans le conseil.

SIRE Dfe HfÔîftMohENCT. 67

• Le roi bi^oiiiiti à Guérin et au vîcotme de Meluii de

barrer Je chemin de Mortdgne avec deux mille ciiiq

cetitft hottttnes de éavAlerie; qtiant k lui, il s*arréia à

deUK cents pas du (M>Dtde6dUvinespûur roir filer les

trou^. Guérin et le vicomte de Melun ne fiik-ent [ias

longtemps sans apeircevoit* les alliés : Tempereur s^avan-

Çiit difficilement au travers d'un pays de tourbières,

mtyemélé de petits ruisseâut ; son armée cheminait

bÉfmvftfes déplojrées, comme pour commencer Tâc-

ttbb'i les gens d*armes brabançons marchaient eu

tête, sOUs tes ordres du comte de Boulogne. Si Othou

IHtpârtiquelques heures plus tôt, il serait venu tomber

Ml milieu de la colonne de Philippe, car le chemin

d6 Mortagne coupait à angle droit celui de Toiirnay.

diiéHti n'eut pas plutôt aperçu ces épaisses divi-

ftotis qui s'étendaient à perte de vue dans le pays

ée Saint* Amand , que, laissant le vicomte de Melun à

l^embouchu^e de la chaussée , il revint en toute hâte

àttprès de Philippe pour lui faire Son rapport.

Guérin trouva le roi assis sous un frêne , désarmé , Ift tête nue, et même un peu assoupi : la chaleur commeiiÇail Jl devenir fort incommode. Le monarque ne pftrut point troublé de ce qu'on lui apprenait , et il ne changea point de résolution ; il laissa les milices passer le pont de Bouvines, en ordonnant à Mathieu de Montmorency de suivre la chaussée de Lille. Guérin fit déployer en ligne parallèlement à la Marque les troupes féodales, formant une masse de dix-huit raille hommes tous à cheval, afin de masquer et de protéger à la fois la marche de l'infanterie. Va chevalier

68 MATHIEU If 9

envoyé par le vicomte de Melun vint annoncer que Taroiée impériale , abandonnant le dessein de s'enga* gerdans la plaine de Bouvines, exécutait un mouvement sur son flanc droit pour prendre la direction de Tournay : en effet, à la hauteur de Vèze l'ennemi avait trouvé des obstacles qui l'obligèrent d'obliquer; il essaya inutilement de percer au travers du pays d'Orchies, pour arriver droit à la Marque et couper ainsi la retraite aux Français : deux divisions, égaréesdans ces bois, ne purent rejoindre le corps principal. Cet avis détermina Philippe à presser le passage du pont, bien persuadé qu'on ne verrait point d'engagement ce jour-là, 27 juillet (dimanche), attendu que dans les mœurs du temps la règle prescrivait de ne point combattre un jour sanctifié. Un second chevalier de la division du vicomte de Melun, accouru à toute bride, apprit au roi que la cavalerie flamande en était venue aux mains avec l'arrière-garde française. A cette nouvelle, Philippe se lève, va droit à sa noblesse, en criant d'une voix éclatante : Auxarmes^ bamnsl awi armes! 11 appelle aussitôt autour de lui les principaux vas* snux , et met en délibération si l'on doit demeurer sur la place ou hâter la retraite. Le duc de Bourgogne fut d'avis de passer la Marque, de rompre le pont (le Buuvines, et d'aller attendre l'ennemi dans les plaines de Lens : la majorité des barons adopta cette opinion; mais Philippe-Auguste, Guérin, et surtout Pierre deCourtenay, s'y opposèrent, en objectant que !<*s alliés ne leur donneraient pas le temps d'exécuter V ;*lte manœuvre, et qu'il valait mieux présenter k

SIRE DR MOBTTMORENCY. 69

Tennenii une ligne de bataille pour le contenir; que, dans cette position , on serait à même d'effectuer un mouvement décisif pendant la nuit.

Cette opinion prévalut : Philippe envoya l'ordre à Montmorency de revenir sur ses pas, et de repasser la Marque avec les milices et l'oriflamme. De son côté, Guérin rangea en bataille la cavalerie en la formant sur son arrière-garde, qui venait de se replier ; toutes les chroniques s'accordent sur ce point, que Guérin dit aux nobles, en les plaçant sur huit ligues simples : « Il faut que dans ce jour tout homme d'armes puisse voir l'ennemi; et d'ailleurs, il n'est pas juste que l'un serve de bouclier à l'autre. » Ce discours prouverait qu'il disposa les lignes à rangs ouverts : ce prélat chevalier, doué d'un bel organe (voce clarissima)^ transmettait ses commandements avec rapidité. Tandis que Guérin achevait les dispositions matérielles en général expérimenté, le roi ne négligeait rien pour exaU ter le moral de ses soldats : il se mit au centre de la ligne , réunit les feudataires les plus influents , les entretint de l'honneur de la France, des intérêts de la patrie. Il fallait songer à un soin toutparticulier, celui de choisir un chevalier pour tenir la bannière royale, parfaitement distincte de l'oriflamme. Nous avons dit que pendant les marches un chapelain la portait suspendue au cou, mais on la déployait au moment du combat : il s'agissait de la mettre aux mains d'un guerrier dont le courage fût éprouvé; car cet étendard précédait le roi , qui s'enfonçait fréquemment dans la mêlée.

Philippe, enloiu'é de tant de braves, hésitait dans

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son choix ^ lorsque le duc Bourgogne lui dit : « V%i dans m4 chevauchée un chevalier nommé GalpQ fit Montigny, pauvre nnai$ valeureux (pas riche houM d'avoir^ mais riche de proëce); il a engagé son dernier morceau de terre pour se procurer des armw neuves et up hon destrier propre à faire cette cam* pagne, i» Le roi agréa Galon de Montigny, qui ^rtUt. aussitôt des rangs desféodaui; bourguignons, vfe^ confie, avec Tétendard royal, dit le monarque au chevalier, l'honneur de la couronne, p Le paladiu r^ rut fprt respectueusement le précieux dépôt : « Quelle sera ma tâche au milieu de^ combats? demanda^t-'il* -r- £lle se bornera à demeurer constamment devaut moi sans concevoir la moindre crainte, quelque preih saut que paraisse le danger- — Rien n'est plus faciU, reprit le guerrier; cependant je vois à sa couUur rouge que la bannière est altérée de sang humain , Qt je pense que , Dieu aidant, je pourrai aujourd'hui lui faire étancher sa soif dans le sang ennemi (i). » Cett€ heureuse repartie circula en peu de temps dans toua les rangs I et transporta ces preux de France, qui fré' missaient d'impatience à la seule idée de CQmh^ttrf. Philippe I que ces dispositions martiales flattaient ai bien , sut les entretenir par ses actions. Il fit placer à terre,, au milieu du groupe qui l'entourait, un vastfi bassin d'argent ; des varlets y versèrent du vin ^t y coupèrent des tranches de pain. Le roi en prit un^, et dit : « Amis, voici peut-être le dernier repas qud

(i) Sed ut video quia auriflamma ista huraanum sitit sanguîoetn, Deo mihi vires praestante, hodie eam sanguine adversariorum potabo. ("Iironica Senonî^nsi;). Dow Bouquet.)

SIRE DE MONTMORBNGT. Jl'

je ferai; je n'invite aie partager avec moi que ceux qui sont bien décidés à partager également mon sort, qui est de vaincre ou de périr, » A peine lui lais^at-oB le temps de prononcer la phrase; tous les ban? murets se précipitèrent sur le bassin d argent , et le vidèrent en un instant. Dans ce moment des tour<p billons de poussière annoncèrent l'approche de Y^nnemi; à cette vue, Philippe-Auguste quitta ses vas- S8IUK, et, suivi de ses clercs, il entra dans une petite chapelle consacrée à saint Pierre (i), qui se trou-, vail quelques pas en arrière de son aile droite : le prince $t upe courte prière, puis sortant de la chapelle il s^utp légèrement à cheval , et s'élança vigoureu£^eipeiit dao|i la plaine pour aller se placer au ceptre de la li*^ gne, « aussi gai, dit la chronique, que s'il eût étéaui^ noces; » icpi^s ceu nuptiale cowmuni peteref.

L'empereur Othon ne montrait pas la même cqufiance que Philippe; sa principale colonne, ayant dér bouché sur le chemin de Tournay, fut abordée avec iippétUQsité parle vicomte deMelun : la cavalerie tudesque se vit obligée de se déployer pour repousser les Français; ceux-ci, contraints de céder à la supériorité du nombre, se replièrent vivenient sur le grps de r^roiée* Cette escarmouche, ayant retardé 1^ mar^ clie des Impériaux, donna le temps à Qruérin ^e t^tr oaioer ses arrangements les plusi ndispensables. Otb^on, arrivant dans la plaine, fut très-étonné lorsqu'il dé-. couvrit cette ligne de féodaux, semblable à une mu-

(i) Cjelle chapelle n'existe plus depuis trois siècles; mais les habi- UuiU du pays assurent que l'église actuelle de Bouvines fut bâtie sur son «mpUcement.

75k MATHÎF.U If,

raille de» fer; il put même clistitii^uer an centre Philippe-Auguste, qu'on disait avoir franchi le premier le pont de Bouvines : « Voilà donc ces Français, qui, selon vous, se retiraient en toute hâte ! dit l'empereur aux généraux alliés; distinguez-vous au milieu deux leur roi, qui, suivant tous les rapports, avait reculé jusque sousles remparts de Lille?» Dans ce moment un chevalier bourguignon traversa rapidement la plaine, et apporta à Othon un message de la part de Philippe, qui demandait de remettre le combat au lendemain, regardant comme un sacrilège de verser le sang un dimanche. Avant même que l'empereur eût prononcé un mot de sa réponse, les princes confédérés s'écrièrent brusquement que c'était une ruse; que Philippe ne demandait un jour de retard que pour se ménager la facilité de passer la Marque pendant la nuit, et de s'échapper par le pays de Lens. La divergence d'opinions provoqua parmi tous ces chefs un tumulte inexprimable : on répondit enfin au messager, que le roi eiit à se tenir prêt à combattre. Il est à propos de rappeler que, dans le moyen âge, les Jois de la guerre prescrivaient de ne jamais attaquer rennemi à l'improviste (excepté les infidèles), et de lui donner le temps de terminer les dispositions nécessaires à sa défense : c'est ainsi que Ion peut expliquer comment les alliés laissèrent échapper l'occasion d'accabler les Français au milieu de la confusion qu'amène inévitablement le passage d'une rivière (i).

(i) Nous dirons aussi que l'horizon irétant pas obscurci par des tourbillons de fumée comme de nos jours , les hommes se voyaient distinctement; de là ces rencontres entre les hén»s de la fable, entre

SIRE DK MONTMOMNCY. 7^

Olhon, eu quittant la chaussée de Mortagne, dut nécessairement déployer sa colonne en ligne, en faisant un à gauche en bataille; car Renaud, qui était en tête, se trouva former l'aile droite. Dans ce moment ce vassal s'approcha de Heugues de Boves, qui l'avait accusé de pusillanimité quelques heures auparavant : « Nous voilà maintenant, lui dit-il, sur le champ de bataille, que, selon toi, je voulais éviter; nous verrons lequel de nous deux le quittera le plus tôt : je pense que tu pourrais bien l'abandonner en fuyant; pour moi, je jure d'y rester mort ou victorieux. » En disant ces mots, il courut joindre la tête de Taiie droite, afin de presser la formation des lignes. IjCS alliés étaient entrés en campagne avec cent cinquante mille hommes, mais ils avaient laissé deux forts détachements à Valenciennes et à Mortagne; deux autres divisions, composant vingt mille hommes, s'égarèrent dans les immenses bois d'Orchies : de sorte que l'empereur traînait après lui cent mille combattants, ce qui lui donnait encore sur les Français une supériorité numérique bien notable ; mais son armée, composée d'éléments divers, manquait d'ensemble et d'union.

Avant d'aller prendre leurs places respectives, les principaux chefs alliés, à l'exception de Renaud, se groupèrent autour d'Othon, et jurèrenl'une seconde fois de n'accorder aucun quartier à Philippe, de s'attacher à sa personne, et de ne l'abandonner que lors-

les paladins de l'histoire , et même entre les monarques ; rencontres , défis, discours qui nous paraissent tenir de la fiction, quand nous comparons la manière de combattre de ces temps éloignés à celle cPaaiourdliuî.

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qu'ils l'auraient contemplé étendu mort. Bien plus, Othon choisit parmi ses Allemands cinquante hommes déterminés, qui promirent de percera travers la foule des combattants et de massacrer le roi de France au milieu des siens. Heureusement pour Philippe, la haine si violente de ses ennemis ne leur tenait pas lieu d'habileté : ils ne cessaient de commettre des fautes. On a vu que l'armée impériale, en^ débouchant dans la plaine de Cysoing, s'était formée à gauche en bataille : elle eut alors le visage tourné au midi, •! les soldats ne pouvaient éviter de recevoir les rayons du soleil dans les yeux; car l'on était en juillet, le mois le plus chaud de l'année, et à peine commeof çait-on la onzième heure de la journée; par conséquent le soleil devait darder avec force durant la mat jeure partie de l'action : cet inconvénient devenait très-grave à une époque où les hommes s'abordaient corps à corps. TjCs alliés y auraient remédié en prenant leur front dans un sens oblique; mais la règle générale dans ce siècle voulait que l'on opposât d'une manière symétrique ligne contre ligne.

Le comte de Boulogne, ayant débouché le premier dans la plaine avec sa cavalerie, devint natureliemeRt Taile droite, et servit de base à la formation de toute l'armée. On lui donna comme auxiliaires des masses d'infanterie brabançonne et anglaise, divisées ep ba- . taillons ronds qui devaient; résister à la cavalerie en présentant \\u triple rang de lances, ce qvii est la véritable figure du porc-épic. Quoique d'une taille fort élevée, Renaud voulait encore se grandir davantage: il ajouta h son heaume des barbes de baleine. Othoii

SIRE DE MOJyTHO&ENCY. 7$

se mit au centre, formé d'infanterie divisée en bouillons çarré^i et dont les soldats savaient se battra ^vl miJÎQll dfis chcv^u^. he^ Allemands se servaient prin- . cipaleipept d'upQ lance dont le fer ^^ terminait pai^* UQ double crochet, qu'on introduisait dans i'^rmura du qayaiUer; ils le désarçonnaient et l'entr^inaieut k t«rriU Ce« peuples conservaient plusieurs ancienntil foriaatipw des Romains , notamment le coin , çuwuf : c'était un corps dont le front, très-étroit d'abord , ^'é% largîs^ait progressivement vers la base; 1^ Roniain# le tenni^nt des Grecs, et s'en servaient pour enfon* cçr les lignes ; toutes les chroniques signalent cette formation, qu'elles appellent le triangle^ comme elles appellcmt 4chelle^ scala, chaque section commandée p«r un vassal ou un chevalier. L^ section d'infante^ ris tudasque se groupait autour d'une enseigne surmoQtéQ de l'aigle, désignée dans le moyen âge sous le nom ài'a/arion. Albert, duc de Saxe, occupait avec seiz^ mille des siens les dernières lignes du centre. Othon se plaça sur le troisième r^ng, revêtu des habits impériaux : en avant de ce prince se trouvait im char attelé de quatre chevaux blancs couverts de magnifiques draperies, et dans ce char s'élevait un pal haut de vingt pieds, au bout duquel flottait Ter tendard de l'empire germanique; le fer de la lance sf( terminait par une aigle déployant ses ailes et terrassant un dragon, emblème anticipé d'une victoire qufi le prince allemand regardait comme assurée.

Plusieurs chroniques font une description pompeuse de ce char et de ces deux figures; mais le manuscrit de Tramecourt assure que ce groupe , de fort

76 MàTHfEr IT,

mauvais goût, était loin d'égaler ce que les Français faisaient alors en sculpture et en dorure. Huit cents gens d'armes du pays de Rrimswick, commandés par le baron Ostermall, servaient de garde particulière à Tempereur et à l'aigle. Othon , persuadé qu'on enve* lopperait facilement l'armée française, la moitié moins nombreuse que la sienne, regarda comme inutile de former un corps de réserve, chose que les Allemands n^oubliaient jamais; car c'était le grand principe de la tactique romaine, dont ils conservaient plus de traditions que les autres peuples. Othon, excommunié, rejeté de l'Église, affectait l'impiété; il s'abstint de faire dire des prières pendant que Ton rangeait l'armée, ainsi qu'on le pratiquait au moment du combat . La plupart des principaux alliés, ayant également encouru la colère du saint-siége, affichaient un mépris outrageant pour les préceptes de notre sainte religion. Philippe- Auguste sut tirer parti de l'excommunication qui pe* sait sur Othon, et de l'obstination que les princes alliés mettaient à vouloir combattre un dimanche. T^ roi parcourait toutes les lignes; et comme les rangs étaient ouverts, il pouvait circuler aisément, se montrer aus troupes et se faire entendre d'elles. On sait quel pouvoir magique les paroles d'un chef exercent sur Ve»prit des soldats dans ces moments solennels. Philippe disait aux féodaux ; « Vous avez à défendre aujourd'hui votre honneur, votre patrie, et la couronne de France; n'ayez point de répugnance à combattre un dimanche, car on vient nous attaquer, et le ciel se servira de nos bras pour frapper des impies qui ne craignent pas de profaner un jour consacré à la

SfBE DE MOWTMOKKA'Cy. 'J'J

prière. » Il disait aux communes : ce Le ciel nous livre des hérétiques , des excommuniés; vous voyez, ils viennent à nous : ce ne sera pas vous qui combat* Irez, ce sera Dieu lui-même qui lancera les traits; et dans ce moment, à cette heure même, vos femmes, vos filles et tous vos parents sont réunis dans les églises de France, et prient Dieu pour le succès de nos armes (i). »

Pendant que Philippe s'acquittait si bien du rôle de roi en exaltant Tesprit des Français, Guérin remplissait avec une grande habileté l'office de général en chef. Au fur et à mesure qu'une division d'infanterie communale repassait le pont de Bouvines, il la Élisait couler par demi-peloton entre les intervalles de la cavalerie; les chroniques précisent si bien ce mouvement , qu'on ne peut douter que ce ne fût le passage des lignes bien circonstancié : de cette manière, la cavalerie féodale devint seconde ligne, à l'exception des deux extrémités, qui furent occupées en saillie par les ribauds et les gens d'armes de Bourgogne d'un côté, et par les gens d'armes picards de l'autre. L'ordre de bataille représentait ainsi une espèce de croissant. Le front des Français s'étendait d'abord sur un développement de deux mille toises; mais Guérin l'élargit progressivement au moyen des troupes communales, ce qui empêcha les Impériaux de déborder la gauche , car l'ennemi chercha longtemps à filer entre les Français et la Marque. L'armée de Philippe s'étendait dans des champs de blé prêt à être coupé, et celle des alliés dans un terrain vague

;i) GuillauiDe le Breton, Philippidos, chaot vi.

jB MATfiltIT n,

en majeure partie. Le duc de Bourgogne prit U mtindeinent de l'aile droite, formée de noMefe d^ gbgne , de Champagne , du Soissotinais , et des i communales de ces provinces ; on adjoignit ic? sant vasèal le comte de Saint-Paul et le sire de mont : ils se trouvaient ainsi opposés à Ferrand ^ de Flandre.

Le comte de Dreux reçut le commandement d gàucb^^ quoique sa réputation de valeur fôtbiei voque; mais sa qualité de prince du ftftng le i en évidence ^ et d ailleurs le roi lui donna pou tenants le vaillant évéque de Béauvàis et les dei reuil. Le comte de Dreux avait ^ous ses ordi nobles 6t les communales de Picardie, et troii Bretons que conduisaient les ^ires de Ch&tealll: de Vitré, Chàteaugirons et de Beaumanoir. Ph Auguste se mit aii centre, dans un endroit où rain s'exhaussait légèrement, derrière les det mières lignes des milices de l'Ile-de-France e Iformandie, commatidées par le sire de Nesl sire de Couci. Vingt-quatre preux choisis par lu posaient ce jour-là sa garde particulière : on guait parmi eux Sargine, Dieudonné Destaiug laume^Desbarres , Rouvray, Etienne de LongqJ Guillaume de Garlànde, Gérard de Trie, et le eëmte de Bar. Galon de Montigny, monté s haut destrier, et tenant la bannière royale, Et devant le monarque. La plaine dans laquelle ï allait se passer s'étendait sur un plan incliné • au nord; on n'apercevait entre les deux armi cun obstacle intermédiaire. Les Français, ayai

rière eux Ja Marque et des marais^ ne pouvaient se retirer, en cas de revers , que par lé pont de Bouvinés, trèi-étroit et fort peu solide. Philippe-Auguète voidait d'tibord qu'on ie coupât, afin d'oter àut troupes toute idéede retraite; mais il changea d'avis, et plaça mdoits à m poste , pour en défendre les abords , la compa- ^le des ftergetits d'armes, instituée en Palestine.

Il était dik heures du matin lorsque l'empereur Otfaon déboucha daAs la plaine de Cysoitig; il passa tli^t helirrs à se développer et à ranger son armée Ml bataille. Enfin , vers midi , une rumeur subite sie manifesta au centre des Allemands : Philippe savait ((ué ces peuples poussaient ordinairement des cris effroyables au moment de l'action; désirant couvrir mclameurs, qui pouvaient étonner les milices, il eti- )fApAt auiL trompettes de sonner toutes à la fois, et loi-ttiéme^ dominant l'armée du haut de son grand destrier^ étendit la main en signe de croix, donna la bénédiction aux guerriers prosternés : puis Guillaume bBreton et left autres chapelains entonnèrent les cantiques sacrés, et le combat corlimença.

Suivant leur coutume, les Français attaquèrent les

premiers; le duc de Bourgogne lança sur les gens

ti'armea de Flandre les ribauds, bien distincts des

chevaliers^ à caus€ de leur armure incomplète ; aussi

iei féodaux belges, indignés qu'on les fit attaquer par

des gens de si bas étage , dédaignèrent de croiser la

lance avec eux, se bornant à tuer les chevaux sans

Vouloir toucher aux hommes : les ribauds démontés

sa jetèrent à pied dans les rangs ennemis , et j portée

rent le désordre en frappant de tous côtés à coups de

So . MATHIEU II»

dague. Ce désordre fut néanmoins réparé eu peu d'instants : les chefs principaux des Flamands, Jean Guistall, Gille de Sainte- Aldegonde, Jean Buridand et £ustache de Malines, se précipitèrent sur les nobles de Champagne, commandés parle sire de Saint-Rémi, qui présentaient en seconde ligne un front très«serré Les Flamands furent repoussés , battus; la plupart d'entre eux tombèrent au pouvoir des Français, no^ tamment Guistall et Buridand; Pierre d'Hénin, séné^ chai de Hainaut, Gilles de Sainte-Aldegoçde , Pierre de Béthune et le palatin d'Hazehruck éprouvèrent uvzz peu phis tard le même sort, après s'être signalés pa des traits de valeur. Raso Gauvin, châtelain de Termonde, fut tué ainsi que ses trois fils. Eustache de Malines, ralliant les gens d'armes, revient à la charge en criant : -^ mort les Français! Ceux-ci repoussent encore cette agression y et un chevalier d'une stature colossale se jette sur Eustache de Malines, le prend par le heaume, déboucle sa cuirasse, et lui enfonce son épée dans le flanc, en disant : Reçois la mon que tu voulais nous donner. Cet avantage, remporté au début de Faction, inspira aux troupes une ardeur surnaturelle.

Le comte de Saint-Paul, profitant de cette disposition , s'avança avec ses hommes d'armes contre l'aile gauche ennemie, déjà entamée; il savait qu'on soupçonnait sa fidélité: « Allons, dit ce vassal, montrons aujourd'hui que je suis un bon traître ; » et il se précipita sur les gens d'armes hollandais, qui appuyaient les Flamands. Michel de Harmes, commandant ces escadrons, fut atteint d'un coup de pique qui le tra-

SIBK l>R MONTBIORENCT. 8l

versa de part en part et le cloua sur sa selle. Guillaume, comte de Hollande, désirant secourir les siens, fut batUi et pris par le valeureux comte de Saint- Paul. Ferrand, voyant cette déroute^ se mit en mouvement à la tête de toute la gauche, et l'engagement devint général sur ce point. Le comte de Flandre , animé de fureur, pousse à son tour les Français, re* gagne le terrain perdu; et, diaprés le plan convenu entre les chefs alliés, il cherche à obliquer sur le centre afin d'opérer sa jonction avec Othon et d'écraser Philippe, qui n'avait pas encore été abordé. Ferrand aurait effectué ce mouvement sans l'arrivée de Mathieu de Montmorency : ce preux ayant repassé Iç pont de Bouvines, accompagné de l'extrême avantgarde, composée des nobles de l'Ile-de-France, accourut à la droite, et ralliant sur son passage les milices de Corbie, de Beau vais et de Laon, il forma de toutes ces forces une colonne serrée, et apparut au moment où le duc de Bourgogne pliait devant les Belges.

Ce prince, fort replet, venait d'être jeté à terre; on lui avait même pris son destrier, richement ca- ^ paraçonné. Mathieu le releva, et lui donna un autre cheval; il fondit ensuite sur Tennemi avec une telle impétuosité, que rien ne put l'arrêter. La chronique de Tramecourt nous le représente monté sur un grand coursier, tenant un fossart (un large sabre) et commandant à la victoire : il fut dignement secondé par le vicomte de Melun et Arnoul de Guines. Les Belges, obligés de reculer, forment une troisième fois leurs escadrons, et reviennent à la charge : le combat re-

T. I, fi

8a MATHIEU II,

commence de la manière la plus acharnée. Le comte de Saint* Paul reconnaît dans la mêlée un chevalier de sa maison, qui seul tenait tête à une foule d*as* saillants : à cette vue , Heugues se courbe sur Ten* Goltire de son cheval et serre les éperons; le cheval 8*enlève, renverse tout sur son passage, et tombe au milieu du groupe des Flamands ; alors le comte se met droit sur ses étriers, et de sa redoutable épée il frappe les plus acharnés et délivre son chevalier. Il reçut dans ses armes quantité de coups de lance, mais la cuirasse de mailles ne put être traversée; elle demeura faussée en douze endroits : la maison de Saint-Paul conserva longtemps cette cuirasse.

Cependant le duc deBourgogne ne pouvait se consoler que son cheval fut resté entre les mains des Belges; il rallie ses hommes d armes, et se joint à Mathieu, qui tenait toujours en échec la gauche de Fennemi. Guérin avait vu fléchir la droite des Français ; il guide vers ce point des renforts tirés du centre, à l'aide desquels Montmorency parvient enfin à redresser l'aile droite. Le preux regagne tout le terrain perdu; et, à la suite de plusieurs charges brillantes, il perce la ligne ennemie : le jeune Roberoi, un des bacheliers de sa maison . traversa deux fois les épais bataillons des Flamands, et ouvrit ainsi un passage aux Français, qui s'y précipitèrent avec leur furie accoutumée. L'avantage remporté par Mathieu de Montmorency devint le premier indice de ta victoire; il rendit impossible la jonction d'Othon et de Ferrand : ce dernier, privé de ses plus braves soldats, tués sous ses yeux, fut abordé corps à corps par les

SIRE DE MOHTMOREJVCT. 83

féodaux de rile-de-France. Deux fois le Lusitanien Ail renversé, deux fois il se releva plus terrible encore; enfin, entouré de toutes parts, atteint de plusieurs blessures graves, dépouillé de toute son armure, il reste au pouvoir de la chevauchée de Montmorency : la prise de Ferrand fit pousser aux Français des cris de joie. >

Nonobstant la perte de leur chef, les Flamands ne furent point déconcertés, ils reculèrent lentement vers le duc de Brabant; mais ce prince, chargé de les appuyer, abandonna le combat, et détermina le premier mouvement de retraite. Guérin , dont le coup d'œil rapide embrassait toute la scène, fit suivre les Flamands par les milices du Vermandois , afin de ne pas leur laisser la faculté de se rallier; en même temps il envoya Mathieu de Montmorency et le gros de l'aile droite au secours de Philippe, qui était aux prises avec tout le centre des alliés. Mathieu arriva au moment où le roi courait le danger le plus imminent : Othon avait poussé contre Philippe des masses énormes d'infanterie tudesque , la meilleure de l'Europe* Les premières lignes de milice française , brisées par ce choc, se redressèrent, et soutinrent cette attaque sans désavantage : accablées enfin par le nombre, ces communales furent obligées de battre en retraite, et s'échappèrent au travers des divisions de la cavalerie féodale. Le roi, se trouvant alors à découvert, fut assailli par les Allemands, que les hommes d'armes ne purent arrêter : les vingt-quatre chevaliers commis à la garde du monarque (^posèrent longtemps une résistance héroïque. Etienne de Loug<*

84 HkTHlKV If,

champs, qui combattait devant la tète du cheval de Philippe, reçut plusieurs coups d'épée,qui, pénétrant par les ouvertures de son casque, lui percèrent les yeux et le crâne; il tomba tout armé : la secousse fut telle, que la cervelle s'épancha par les trous de la visière. Le cercle se rétrécissait insensiblement autour de Philippe, et racharnement des assaillants ne pouvait être comparé qu'à la vigueur de ceuic: qui le défendaient. Un fantassin du pays de Brunswick parvient à se glisser entre les chevaux, frappe le prince de sa demi-lance; l'arme s'engage entre Isê. visière et le collier du roi ; et comme la lance formait crampon , le soldat, à force de tirer, désarçonne le monarque et l'entraîne à terre : alors une foule d'ennemis se jetèrent siu* le prince , qui n'avait pour le garantirquequelqueschevaliers. Le jeune comtede Bar, Rouvray, Tristan, Sargiue, Garlande, lui firent un rempart de leurs corps; mais des flots de com-^ battants les écartaient ou les abattaient. Philippe était foulé aux pieds des chevaux : Galon de Montigîiy, resté auprès de lui , d'un bras agitait la bannière royale, pour avertir l'armée du danger que courait le prince, et de l'autre écartait à coups d'épée ceux qui osaient approcher; ce vaillant guerrier fut quelques instants seul pour défendre son roi et l'étendard de la patrie.

Dans ce moment critique se présente Renaud , comte de Boulogne. Ce vassal avait pénétré dans le centre des Français, en faisant un mouvement brusque sur son flanc gauche : guidé soit par la haine, soit par le désir de se signaler, il abandonna ses esca-

SJRE DE MOJVTMORENCY. 85

drous, s'enfonça dans la mêlée, et arriva sur Philippe la lance en arrêt; mais à Taspect du suzerain, son ancien bienfaiteur, qui se défendait péniblement contre une multitude d'agresseurs, il fut saisi d'un frémissement involontaire, tourna bride, et regagna l'aile droite, en portant ses redoutables coups sur dos ennemis plus obscurs. La retraite de Renaud changea la situation des affaires; c'est alors que Montmorency survint. Stimulé par les mouvements précipités de la bannière royale, qui lui annonçaient le danger du Poi, il serre les rangs, forme de ses chevaliers une épaisse cohmne, prend à revers l'infanterie allemande, la renverse, et dégage le monarque. Guillaume Desi>arres, attiré également par les oscillations de la bannière royale, apparaît en même temps; il s'était arraché de la mêlée pour presser la marche des mi- ■îces qui repassaient le pont de Bouvines. La jonction de ces deux chefs permit à Philippe de reprendre Toffensive; Destaing lui donna son cheval , et arracha des mains des Allemands le bouclier enlevé par eux au roi de France.

Philippe sut mettre à profit cette impétuosité française, souvent aveugle, mais toujours redoutable; il fondit sur le corps de bataille de l'empereur : Pierre de Mauvoisin s'élança le premier dans les rangs de Tinfanterie allemande. Ce banneret, d'une stature très-élevée, s'ouvrit un chemin en prenant les lances dans ses mains; il se jeta dans cette voie, et entraîna sur ses pas une foule de chevaliers; ils parvinrent ainsi au centre de la troisième ligne, où se tenait Othon. Dès le premier choc l'empereur est culbuté.

86 MATHIKU II 9

son cheval est tué sous lui : le baron Ostermali, corn* mandant la garde du monarque , lui donne son propre cheval, et veut le défendre contre ces hardis assaillants; mais Ostermall, renversé hii-méme, expire sous les roues du char impérial. Othon courait à son tour le plus grand danger. Un chevalier picard, nommé Gérard de Trie, se précipite sur le prince, et cherche à le percer de sa dague; mais les pièces de l'armure sont si bien jointes, qu'elle ne peut se frayer une voie. Ces jeunes preux, qui ve* naient de sauver leur roi, voulaient tous avoir la gloire de faire prisonnier un empereur; les plus ardents sont Mauvoisin, Sargine, Grérard, Garlande, et le comte de Bar: la querelle qui s'éleva entre eux devint le salut d'Othon , en lui laissant le loisir de s'échapper de leurs mains et de gagner la plaine. Guillaume Desbarres se trouva sur le passage du fuyard : son cheval venait d'être tué; il arrête par la bride celui de l'empereur; sa haute taille lui permet de saisir le monarque a bras le corps : il pensait l'entraîner et le jeter sur la poussière, mais le coursier, ayant reçu au même instant un coup d'épée dans Fœil , fit un effort extraordinaire et enleva son maitre; l'intrépide Français, quoique armé pesamment, le suivit à pied au milieu des escadrons alliés. Desbarres se vit bientôt entouré, et allait devenir la victime de son audacieuse valeur, lorsqu'il fut dégagé par le sire de Couci , qui conduisait les milices de Laon.

Othon, blessé dangereusement à la tête et au bras droit, abandonna précipitamment le champ de ba*^

taille, quoique les dernières lignes allemandes lui of« frissent un refuge assuré. Ces troupes voyant le nrïo* narque troublé , cherchant son salut dans la fuite , durent perdre toute confiance. Albert, duc de Saxe, qui montrait la veille tant de jactance dans le conseil, se battit mollement : il détermina son mouvement de retraite, entraînant aprèslui lesseize mille hommes for* mant les derniers obstacles. Mathieu de Montmorency se mit alors à le pousser, afin d'empêcher les Saxons de revenir sur leurs pas : en effet , ces bataillons tu« desques présentaient une masse capable de recommencer Faction sans trop de désavantage. Le héros français les harcela sans cesse, et les entama plusieurs fois; il lutta longtemps contre eux loin du premier champ de bataille, et prit de sa main douze enseignes surmontées de l'aigle impériale.

La déÊiite du centre et la retraite des Saxons laissèrent à découvert les deux ailes; elles furent tournées entièrement. Quoique enveloppées et privées de leurs chefs, elles disputaient encore la victoire. L'aile gauche^ qui avait perdu le plus de monde, et dont le commandant supérieur, Ferrand, venait de tomber au pouvoir des Français, se trouvait dans une désor ganisation totale. Le roi chargea Thomas de Saint- Yaleri et le sire de Mareuil d'achever sa défaite ; quant à lui , il dirigea tous ses efforts contre Renaud , qui résistait toujours à la tête de l'aile droite. Les soldats anglais, excellente troupe réglée, opposaient une impassible roideur à la fougue des Français ; depuis trois heures que durait Faction , ils n'avaient point recalé d'un seul pas: le sire de Nesle, qui voulut

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