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charger sur eux, fut tué du premier choc. L'évéïjufta fie Beauvais prit le commandement des milices de la^ Picardie après la défaite du sire deNesIe, et ramenas une seconde fois contre les Anglais les communales,^ qu'il savait animer autant par ses paroles que par seam actions. Le prélat , armé de sa massue de chêne , abattait les chevaliers, laissant à ses écuyers le soin d les saisir et de les faire prisonniers. L'évéque, ayan rompu plusieurs rangs, se trouva en présence d comte de Salisbury : celui-ci fond sur Philippe de Dreux, et veut le percer de sa longue épée , dont il avait pris le surnom ; mais son adversaire la lui brise dans les mains, l'atteint de plusieurs coups de sa massue, et le précipite de cheval. Heugues de Boves, effrayé du sort de Salisbury , voyant sa droite toiirnée par les Bretons, abandonne lâchement le combat; prend la direction de Camphain , le seul point resté libre, et entraine dans sa fuite les Anglais , tant Texemple est puissant, même sur les hommes valeureux. Le comte de Boulogne cherche vainement à les retenir: il avait formé, derrière la ligne du comte de Salis«bury, quatre bataillons ronds de piquiers, dans le dessein de résister à la cavalerie. En effet, pendant longtemps les charges des féodaux de Bretagne et de France vinrent échouer contre ce triple rang de lances; souvent aussi ces bataillons s'ouvraient, et le comte de Boulogne en sortait à la tête d'un gros de gens d'armes, tombait sur les assaillants et les repoussait. Toutes les chroniques ont décrit d'une manière très-claire cette manœuvre singulière.
Guillaume, comte dePonthieu, jaloux de rétablir
SIRK DK MONTMOREîNCY. 8c)
iia réputation, se distingua en celte circonstance par l'ardeur qu'il mit à rompre ces bataillons : engagé presque seul au milieu d'une de ces phalanges, il eut son cheval tué sous lui; sa lance, son épéeet sa dague furent brisées; alors il se battit à coups de gantelet et à coups de pieds ( brachiis et manibiis loricatis\ Les chevaliers de sa bannière, surmontant tous les obstacles, parvinrent à le dégager. Le péril auquel Guillaume venait d'échapper ne fit que l'enflammer davantage; il se joignit au comte de Dreux pour forcer Renaud dans son dernier refuge. Bientôt le comte de Boulogne eut à résister aux masses réunies du centre et de l'aile gauche de Philippe; bientôt ces bataillons de piquiers furent anéantis; bientôt il se trouva, avec une poignée de cavaliers, en présence des gens d'armes de France. Dans ce moment difficile, il déploya une bravoure surnaturelle; ses chevaliers , enflammés par son exemple, se firent hacher sous ses yeux; enfin , un banneret de la chevauchée du comte de Dreux, Pierre de la Tourrette,qui combattait à pied, s'élance vers Renaud, et plonge son épée dans le poitrail du cheval de ce prince. Un chevalier brabançon , voyant le coursier chanceler, enlève Renaud des arçons, le place sur un nouveau destrier, et l'entraîne dans sa fuite; mais, pressé par les Français, ce généreux guerrier s'arrête et fait tête à l'ennemi, afin de donner le temps au comte de Boulogne de rejoindre un gros de cavaliers belges qui combattait encore valeureusement. Ija fortune trahit les nobles efforts de ce banneret : il fut culbuté et foulé aux pieds des vainqueurs, à qui Renaud lui-
go MATHIEU II y
rnéme ne put échapper; un des varlets du comte de Ponthieu coupa d'un coup de dague le jarret de son cheval, qui tomba en tenant le comte de Boulogne embarrassé sous lui. Alors Hues et Gauthier, Desfontaines et Jean de Roberoi, écuyers picards, se jetèrent sur ce prince, se disputant l'honneur de le faire prisonnier; mais leur querelle s'échauffa tellement qu'ils allaient le tuer pour trancher le différend , lorsque Guérin survint et l'arracha de leurs mains, en interposant son autorité : il fit monter Re^ naud sur un nouveau destrier.
Dans le même instant on vit s'avancer un escadron de gens d'armes brabançons, commandé par Ârnoul d'Oudenarde, qui accourait pour délivrer le comte de Boulogne : à cette vue, celui-ci se laisse gli^ ser de cheval, afin que ses gardiens ne puissent pas l'emmener; mais Guérin, ayant rallié plusieurs centaines de Français qui combattaient en tirailleurs , les pousse contre les Brabançons : ceux-ci sont obligés de chercher leur salut dans une prompte retraite; Guérin reprend Renaud , qui demeure captif.
La défaite du comte de Boulogne étant consommée, le champ de bataille ne présentait plus que l'aspect du désordre; des masses privées de leurs chefs s'échappaient dans toutes les directions : toutefois, au milieu de cette confusion générale, on distinguait un gros de sept cents cavaliers flamands et brabançons armés pesamment, qui, se tenant serrés, cherchaient k gagner la chaussée de Saint-Amand ; ils se battaient en marchant, et leur contenance était propre à remplir d'assurance les fuyards qui venaient se rallier à cette
SIRE U£ MOKTMOaENCT. gi
phalange. Philippe-Auguste 9 craignant que cette division belge ne devint le noyau d'un nouveau corps, lança contre elle trois mille hommes commandés par le comte de Ponthieu et Thomas deSaint-Valeri.Le choc des Français fut si terrible, que ces derniers escadrons de l'armée alliée furent anéantis en un instant. Après leur déroute, la plaine n'offrit plus à tous les regards que des bandes de fuyards ; c'est alors que commença le carnage : car à cette époque ce n'était pas durant le combat qu'il périssait beaucoup de monde, les fortes armures rendaient les hommes impénétrables aux coups : mais lorsque la bataille était décidée, c'est-àdire que Tune des deux armées avait gagné le terrain de Tautre, que celle-ci, privée de ses chefs, déterminait son mouvement de retraite, alors les vaincus, poursuivis, étaient écrasés sous les pieds des chevaux, ou culbutés dans les rivières et dans les fossés : personne ne songeait à sauver les débris de tant de bataillons. Les bannerets, les chevaliers, les simples féodaux, à qui l'honneur interdisait la fuite, périssaient sous des monceaux de cadavres, ayant vainement essayé d'arrêter ces flots de fuyards : voilà pourquoi les vaincus perdaient tant de monde.
Telle fut la bataille deBouvines (i) : malgré l'obscurité des historiens du moyen âge, on trouve dans leurs relations des faits assez précis pour ne point laisser de doute sur les mouvements principaux des
(i) Nous ayons recueilli, au sujet de ce mémorable événement , les détails contenus dans plus de cinquante chroniques écrites par des contemporains, et nous avons étudié pendant quelques jours le terrain «ur lequel Faction fut livrée.
9'JI MATHIKU Jfy
deux armées. Ainsi il est évident que Philippe dut son triomphe à dos manœuvres savamment combinées, qui consistèrent à diriger de fausses attaques sur les flancs de Tennemi pour le tenir en haleine, et à porter le poids de toutes ses forces sur le centre, afin de l'enfoncer et d'isoler les deux ailes, manœuvre reproduite dans les siècles modernes par les généraux les plus expérimentés. Montmorency put s'attribuer la plus large part du succès, puisqu'il atteignit le but principal, percer le centre de l'ennemi : le sort de la journée dépendait de l'exécution de ce mouvement. Dans cette grande bataille de Bouvines, la fougue française eut à lutter contre le flegme germanique, et sa supériorité ne demeura pas un seul moment douteuse. Le courage et l'opiniâtreté de la chevalerie suppléèrent au nombre; l'acharnement fut inexprimable : les hommes s'abordèrent plusieurs fois corps à corps. Les diverses chroniques assurent que des débris d'armes, de cuirasses brisées et de heaumes fendus, couvraient en entier le terrain l'espace de trois lieues: les chevaliers étaient tellement souillés par les taches de sang, qu'on ne distinguait plus sur leurs cottes de mailles les emblèmes féodaux. Les milices des provinces se battirent avec une intrépidité que l'on n'avait pas droit d'attendre de nouvelles levées, ce qui prouve que le génie martial distinguait particulièrement la nation française. Du côté des alliés, les Anglais et les Flamands déployèrent beaucoup de bravoure : les Allemands agirent sans aucune passion, et ne secondèrent pas leurs auxiliaires.
Philippe tint une conduite au-dessus de tout éloge,
payant de sa personne comme le plus simple écuyer ; il eut à défendre non-seulement l'honneur delà couronne, mais encore sa vie, contre laquelle tant de haines se montraient conjurées. En voyant fuir Othon, il dit gaiement aux siens : ce Amis, nous ne le reverrons plus aujourd'hui que par le dos. » Guérin, plus fidèle observateur des convenances de l'état ecclésiastique que l'évéque de Beauvais, ne tira pas une seule fois l'épée, et ne porta pas un seul coup de sa propre main, mais il dirigea tous les mouvements avec une supériorité qui attestait une étude très-approfondie de la science militaire.
Philippe-Auguste, craignant que les Français ne tombassent dans quelques pièges en poursuivant trop chaudement les vaincus, ordonna aux trompettes de sonner le ralliement; il alla se placer auprès de la chapelle Saint-Pierre, et commanda que les prisonniers lui fussent amenés. Leur nombre s'élevait déjà à deux mille, parmi lesquels on distinguait Ferrand, comte de Flandre; Renaud, comte de Boulogne; Guillaume, comte de Salisbury ; le comte de Hollande, et Gilles de Sainte-Aldegonde. « Vous méritez tous la mort, leur dit-il: vous Renaud, vousFerrand, pour avoir levé l'étendard de la rébellion contre votre suzerain; et vous, leudes étrangers, pour avoir fait le serment de m'immoler au milieu des miens sans m'accorder de quartier, serment homicide, défendu par les lois de la guerre et de la chevalerie. Je devrais vous en punir tous en vous envoyant au supplice, mais je veux bien vous laisser la vie : vous expierez
votre crime au fbud des cachots (i). » En effet , il ies fit charger de chaînes : on les distribua dans les prisons des différentes villes de l'Artois et de la Picardie. Des soldats de la chevauchée de Montmorency traînèrent devant le roi le char sur lequel était plantée la bannière de l'empire germanique : Philippe-Auguste déchira lui même la soie delà bannière, et en fit jeter les lambeaux dans le feu, ainsi que le dragon. L'aigle, brisée par mille coups, attestait qu'elle avait été attaquée et défendue avec le même courage : le prince en envoya les débris à Frédéric, compétiteur d'Othon. Déjà la nuit étendait ses ombres, lorsque Mathieu de Montmorency revint sur le premier champ de bataille, conduisant quinze cents prisonniers. Ce général, ayant poursuivi chaudement tout le centre des alliés, l'avait mis dans une entière déroute : il déposa aux pieds de Philippe les douze enseignes surmontées de l'aigle impériale , conquises par lui. Le roi voulut que Mathieu ajoutât dans ses armes douze aigles ou alarions ; elles en contenaient déjà quatre , attendu que sous le règne de Lothaire, dans une bataille gagnée en 978 sur un autre Othon, Bouchard de Montmorency ayant enlevé quatre aigles, Lothaire permit qu'il les fit graver sur son bouclier ; distinction d'autant plus flatteuse qu'elle était nouvelle, car on ne connaissait point encore l'usage des armoiries. Depuis Bouvines, Técusson de Montmorency de la branche d'Écouen fut chargé de seize alarions , tel qu'on le voit aujourd'hui.
(i) Guillaume le Breton^ Philippidos, ch. vu.
SIRE DE MONTMORKNCY. gS
Poar récompenser Philippe de Dreux des services rendus par le prélat dans cette circonstance, le roi lui octroya la licence de dire à l'avenir la messe en cuirasse et les éperons chaussés, privilège que lesévéques de Beauvais conservèrent jusqu'au dix-septième siècle. Le sire de Mareuil, celui qui prit Ferrand, reçut en dotation le fief de Villeboisen Anjou.
Le lendemain, a8 juillet, des rapports successifs apprirent au monarque que la perte des alliés s'élevait à vingt-cinq mille hommes, sans y comprendre trois mille cinq cents prisonniers; celle des Français ne dépassa point deux mille hommes , dont cent ban* nerets ou chevaliers, parmi lesquels on distinguait Etienne de Longchamps et le sire de Nesle. Les morts furent enterrés à Orchies, à Cysotng et à Camphain. Pendant que le roi recueillait ces renseignements, il reçut un message de la part du duc de Brabant, qui le félicitait de sa victoire. Ce prince, toujours incertain dans sa conduite, avait abandonné le premier le champ de bataille et s'était retiré à Mortagne; c'est de ce lieu qu'il fit parvenir à Philippe ses félicitations, ne doutant pasqu'oa ne les reçut très-favorablement en raison de l'avis bienveillant transmis par lui dans la nuit du a6 juillet; mais il est clans la destinée des traîtres d'encourir le mépris de ceux mêmes dont ils ont servi les intérêts. Le roi lui envoya un clerc de son palais, porteur de deux lettres revêtues du sceau royal et superposées l'une sur l'autre. Le duc de Brabant prit la première, l'ouvrit et la trouva toute blanche; justement étonné, il brise le cachet de la seconde, qui
ne renfermait que ces mots : La première lettre moii' quait cT écriture et de sens , comme le clucde liraàani manque de loyauté et de franchise (i).
Les chroniques contemporaines parlent dans le plus grand détail des fêtes données à l'occasion de la victoire de Bouvines, et nous représentent la population de la France ivre de bonheur. Cette joie était d'autant plus légitime, que les succès remportés dans le nord ne furent pas les seuls dont on eut à remercier le ciel : la veille du jour où Philippe battit les Flamands et les Germains , son fils Louis mettait en déroute dans l'Anjou, non loin de la Uoche-aux-Moines, l'armée anglaise, forte de trente mille hommes, et commandée par le roi Jean en personne. Plantagenet ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Les vainqueurs, le père et le fils, s'envoyèrent simultanément des messages pour s'informer de ce qu'ils avaient fait : les deux courriers se rencontrèrent auprès de Senlis. Cet incident singulier fit concevoir la pensée d'élever en ce lieu un monument commémoratif; on fonda une église en l'honneur de la Vierge, et on la nomma Notre-Dame de la Victoire : le roi voulut laissera Guérin l'honneur de poser la première pieiTe de cette église, ce qui n'eut lieu qu'en iai5 (a).
(i) Historia Leodiensîum episcoporutn.
(a) Guérin se démit de son évéché après la mort de Philippe, et se retira dans labbaye de Chaulieu, pour y goûter le repos; il y écrivit des mémoires sur l'histoire des règnes de Philippe- Auguste et de Louis VIU : ces précieux documents furent brûlés avec les Mémoires de Suger pendant les guen^es civiles de Charles VI, dans le château de Wincester (Bicétre), appartenant au duc de Berri, frère de Charles V. (Histoire des Chanceliers , par Duchesne, in-folio, page 217. — Histoire des ministres d'État, par d'Auteiiil^pag. 'iSa, in-folio, ann. 1643.)
SJRE DR MONTMORENCY. Q'J
Le retour de Philippe-Auguste dans ses États ne fut qu'une marche triomphale depuis Lille jusqu'à Paris; les habitants des campagnes quittaient leurs moissons et formaient la haie sur les routes, saluant de leurs acclamatioos le fortuné monarque; les Parisiens et les étudiants tinrent au-devant du roi, et lui servirent d'escorte jusqu'à Saint-Denis : pendant huit jours ce ne fut que réjouissances, et l'on abandonna toute es*pèce d'occupation pour ne songer qu'au plaisir. Ces transports d'allégresse suffiraient pour prouver qu'il existait alors un esprit public très-prononcé , si d'autres circonstances plus sérieuses n'attestaient encore mieux que le gros de la nation ne vivait pas isolé et ne voyait pas avec indifférence les incidents majeurs, comme on Ta si souvent répété. Aucun événement ne paraissait plus propre à frapper l'imagination des peuples , que les succès obtenus dans les plaines de Flandre. La coalition d'Othon, de Jean sans Terre, de Ferrand et de Renaud , avait ébranlé la monarchie française jusque dans ses fondements; la victoire de Bou vines la raffermit sur sa base , et sauva la nation d*une invasion imminente. Le merveilleux qui s'attachait alors aux circonstances extraordinaires ne manqua pas de se mêler à ce triomphe : chacun racontait des prodiges arrivés à son occasion.
Ou assurait que saint Lambert, patron delà ville de Liège, et dont les châsses furent brisées par l'empereur Othon , étant sorti de sa tombe tout armé le ^7 juillet, annonça aux fidèles prosternés la défaite des alliés; d'autres disaient qu'on avait entendu , pendant la nuit du 27 au sà8 , des chants éclatants de
victoire dans Téglise de Saint-Denis. Bien des gens attestaient que les blés foulés par la cavalerie française dans la plaine de Bouvines, loin de périr sur pied y avaient produit un^ récolte quintupla; et ce bruit s'accrédita au point que^ pendant nombre d'années , on fut persuadé que ces terrains rapportaient dix fois plus que les autres. Le temps, loin de d^ tniire ces impressions, ne servit qu'à les fortifier) car chaque jour des événements singuliers venaient étonner le vulgaire , et donner plus de poids à ces pr^ tendus prodiges : en effet, il semblait qu'un Dieu vengeur poursuivait les ennemis de la France. I^e joi^r de la bataille de Bouvines, des orages épouvantables éclatèrent dans toute l'Europe; plusieurs villes d'Allemagne et d'Angleterre furent anéanties par des torrents de pluie. Enfin on fit la remarque que tous les chefs de la coalition formée contre Philippe périrent misérablement, Jean sans Terre , dépossédé du trône^ proscrit par ses sujets, abandonné de sa famille, mourut de chagrin quinze mois après. Othon, échappé des mains des barons français , av^it quitté, en fuyant, le champ de bataille; il coucha à l'abbaye de Saint-Sauveur près Valeuciennes, et en sortit de grand matin pour gagner Bruxelles. En arrivant, il apprit que Mathieu de Montmorency courait à sa poursuite avec un corps de cavalerie : Othon qiiitta précipitamment celte ville, trop heureux, que les magistrats voulussent bien lui prêter six cents marqs d'argent; il se sauva, accompagné de l'impératrice sa femme, qui s'était déguisée en homme afin de pouvoir mieux suivre à cheval son époux.
Le monarque, épouvanté, rentra en Allemagine , où la nouvelle de sa déiaite l'avait pré<^édé. Il y trouva les esprits fort mal disposés en sa fiiveur; les éieo* leurs, ses anciens partisans, l'abandonnèrent et eni'brassèrent la cause de Frédéric : il ne resta plus à Olhon qu'à, chercher un asile dans ses Étals hérédi^ taîres. Il se' retira dans le château deHartlTort, près de Bninswiok, et ne tarda pas d'y apprendre que les électeurs veni^ent de le déclarer déchu de l'empire ; le même jour un autre courrier lui apporta la non* irdle que le du<^ de Brabant, son beau-père, ayant: conclu la pait avec Philippe^ Auguste, avait reconnu IVédérk pour empereur. Ne sachant point contenir* la violence de son caractère , Othon accabla de re^proches Marie de Brabant sa femme, et la répudia sur-le-champ^ L'impératrice épousa, le mois suivant, Guillaume de Hollande, qui venait de racheter sa liberté en payant une rançon considérable au roi de France. Othon, se voyant abandotmé de tout le monde, toitoba dans le marasme : ce prince chercha des consolations dans les secours de la religion; il demanda au pape pardon de ses impiétés. Jaloux d^expier le^ fantesque lui avait fait commettre cette fierté de ca-^ ractère Tunique source de ses malheurs, Tancien «mpefeiir se soumit à des actes d'une humilité dégradante: il se faisait fustiger par ses domestiques j en exigeant même que ses gens le foulassent h leurs pieds. Enfin, au bout de plusieurs mois de langueur, il expira entre les bras de Jean Syph^ide,. évêque d'Heidelberg, en laiS. Quelques instants avant d'expirer, Othon supplia son fcère Heuri, palatin du Rhin,
de faire bouillir son corps et de porter ses osàRome , pour que ces restes mortels pussent recevoir l'absolution du pape Honorius : ses intentions furent exac-. tement remplies (i).
Ferrand orna le triomphe de Philippe à son entrée dans Paris. Cette solennité se fit à la manière des anciens: le prince vaincu était attaché sur un char traîné par quatre cbevaux; les autres prisonniers le suif» Yaient à pied, chargés de chaînes; Philippe-Auguste^ achevai, couronné de lauriers, précédait le char; les grands vassaux formaient , en avant du cort^e , une phalange nombreuse. Le comte de Flandre fut in* carcéré au Louvre. Malgré les mauvais traitements que Jeanne avait éprouvés de la part de son époux ^ elle ne négligea rien pour calmer la colère du monar-* que, et obtenir la liberté de Ferrand. Le roi se laissa fléchir, et consentit à briser les fers de son captif , moyennant une somme de 4o,ooo livres; mais les états de Flandre refusèrent de payer une rançon aussi forte pour un prince qu'ils n'estimaient point. Le Lusitanien languit treize ans dans sa prison , et n'en sortit que sous la régence de la reine Blanche : il mourut l'année suivante, de la pierre, dans les douleurs les plus atroces.
Philippe, dominé par un reste d'affection, voulut un moment accorder le pardon à Renaud, qu'on tenait renfermé dans Bapaume; il manifesta même l'intention de lui rendre une partie de ses États : maison apprit que, du fond de sa prison , le comte de Boulogne entretenait des relations avec plusieurs prinoes^
(i) Chroniqaede Ursperg, i569, in-folio.
SIRE D£ MOffTMOREMCT. lOf
anciens chefs de la coalition ; les magistrats de l'Artois surprirent des lettres par lesquelles Renaud engageait Othon, le duc de Saxe, le duc de Lorraine , à ressaisir les armes et à fondre une seconde fois sur Philippe. Le roi y irrité au dernier point, le fit transférer au château de Péronne, et par ses ordres on at- ^cha Renaud à une énorme boule de fer. Le comte de Boulogne mourut de désespoir dans sa captivité, âgé de cinquante-sept ans, en iaa6; Ide, sa femme, ne lui survécut que de quelques mois.
Guillaume Longue Épée, comte de Salisbury, obtint sa liberté en payant une forte rançon; il mourut du mal de mer, en repassant la Manche. Heugues de Boves, fuyant de Bouvines, avait emporté les fortes sommes qu'on lui confia pour solder la division anglaise ; il se les appropria. Mais ayant quitté le continent, Heugues fut accueilli par une violente tempête; son vaisseau se brisa contre les rochers de Sandwick; lui et tout l'équipage trouvèrent la mort dans ce naufrage, en iai5.
Thibaut, duc de Lorraine, rentra dans ses domaines couvert de honte : l'empereur Frédéric, le regardant comme le plus chaud partisan de son rival Othon, lui déclara la guerre, le battit et le fit prisonnier ; il ne lui donna la liberté qu'au prix de tout l'argent de son duché. Revenu dans ses États, Thibaut fut empoisonné par sa favorite Sodoria, en 1220.
Avant de terminer cet article, nous croyons, dans Tintérêt de la vérité, devoir rétablir un fait important : Mézerai, Velly et tous les historiens modernes assurent qu'au moment de commencer l'action. Phi-
lOSI SfATHIICJ If-,
lippe^Auguste ota ia couronne qui surmontait son casque, et que, la plaçant sur un autel, il dit ans grands vassaux qui l'entouraient : « Vous allez combattre pour la défense de cette couronne^ si l'un de vous se croit plus digne de la porter que moi, qu'il vienne la prendre; je suis prêt à lui obéir. » Ce traita qui est d'un effet dramatique, a servi de sujet de composition à nos peintres; cependant il n'est rien moins que certain : sur cent chroniques contemporaines, une seule en parle (Richerius, religieux de l'abbaye de Senones dans les Vosges) (i); son auteur,. fort éloigné de la scène, a probablement été induit en erreur : Buzelin lui a donné quelque crédit, en la ré* pétant quatre cents ans après. Guillaume le Breton, chapelain du roi, et qui entonna les cantiques sacrés au moment du combat, n'en parle pas dans sa Phl*> lippide, et certainement il n'aurait point paasé bous silence un fait aussi majeur. Meyer,qui met un grand esprit de critique dans ses récits, ne mentionne pafc cet incident. Le père Daniel, dont la perspioacilé est bien reconnue, n'adopte pas cette opinion. Philippe montrait d'ailleurs trop de sagesse pour tenter une p»* reille épreuve; un exemple tout récent l'aurait retenu s'il en eut eu la pensée. Othon , ce même empéreut* battu à Bouvines, avait réuni ^ en laiî^ les électeurs dans la diète de Nuremberg; et afin d'échauffer leur zèle pour sa querelle, il déposa entre leurs maiu Vm^ torité du gouvernement pour les laisser libres dans leur choix : cette démarche généreuse ne fit qu'en^ hardir les mécotitents; plusieui^s d'entre eu», la re-
(i) Collection de dom Bouquet, t. xviii, p. 69».
SIRE DE MOlTTMCmENCT. lo3
gardant comme une abdication réelle^ abandonne» rent la cause du duc de Brunswick. Nul doute^ si Ton en juge d'après le caractère impétueux des grands vassaux de cette époque^ que^ si Philippe leur eut offert sa couronne dans ,ee knoment solenn^^» L'un d'eux ne se fût avancé pours'en emparer^
LIVRÉ m.
MobtnioréDCy réço!t l'épéè de bonnétable. — Il proté^ hi ibiikif îeé dé Lotiî» de. ^ Il «oumct le duo de Bretagne. -^ fit iét>rt.
Le lendemain de la bataille de Bouvinea^ Mathieu de Montmorency, à la tête d'un corps de cavaleriei sé mit sur la trace des Allemands , ef les poussa dana la direction de la Meuse; il fit balte non loin de cette rivière, rallia deux divisions, et retint joihdre aui* près de Beauvais Pbitippe-^Auguste ^ dont la conduite après son triomphe fut encore plus digne d'éloge que le ccnirage qu'il avait montré pendant l'action» Précédé par la terreur de ses armes , de monarque pouvait franchir les frontières, pénétrer au caoat an r Allemagne, et changer la face de l'empire. Philippe^ rempli de modération dans le suceès, préféra une paix solide à des conquêtes éventuelles; dégoûté des expéditions lointaines, dont la gloire trdmpeilse l'avait séduit un moment, il conçut , à son retour de U Palestine^ le projet beaucoup plus sage de former le royaume de France de tout le territoire que les Ro«-
mains désignaient sous le nom de la Gaule, d'en devenir Tunique souverain, comme l'avait tenté Clovis, et comme y était parvenu Charlemagne. Guidé par des motifs aussi sages, le vainqueur, au lieti de pour^ suivre les alliés dans la Germanie, se hâta de conclure la paix; il tira de Jean sans Terre de fortes sommes, acquit dés domaines considérables en Flandre, et consolida sa puissance dans le midi et dans Touest. Une conduite si habile inspira à tous les peuples une haute estime pour Philippe : Frédéric, successeur d'Othon , lui jura une amitié éternelle, et y demeura fidèle; les Anglais appelèi*ent son fils au trône; le pape même voulut l'investir du comté de Toulouse; et ces leudes, si impatients du joug, se soumirent sans murmurer. En définitive, la France y gagna une prépondérance incontestable, et il fitt permis alors à Philippe de tourner ses vues vers la nécessité d'intervenir dans les désordres qui affligeaient le Languedoc.
Dès que la ligue formée contre la France eut été anéantie, Mathieu II partit avec Louis, fils durci, pour le pays des Albigeois. On pourrait témoigner de rétonnement en voyant Montmorency, à qui un caractère magnanime, autant que des exploits éclatants, valut le titre de Grand y prendre part à une guerre dont le souvenir e^ si pénible : des considé* rations de la plus haute politique l'y engagèrent; son véritable but fut de servir les vastes projets de Philippe- Auguste.
De tout temps les sectes dissidentes ont dû leur naissance à des hommes turbulents, qui voulurent
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sortir de Tobscurité à laquelle le sort semblait les avoir condamnés : en conséquence , ils attaquèrent violemment la religion, qui, dans cet âge, était l'objet delà vénération publique. L'hérésie fut préchée en premier lieu à Paris par Araanri de Chartres, tout au commencement du treizième siècle : Philippe-Auguste, indigné, chassa de ses États les sectaires, ainsi que les juifs qui les soutenaient. Presque en même temps l'Allemagne était infectée par les erreurs des Bogo^ mitesj l'Espagne par les PriscillianisteSy l'Italie par les PcUarins, Toutes ces sectes, différant entre elles d'opinions, s'accordaient pour renverser l'autorité légitime; elles trouvèrent dans les souverains de la chrétienté la même rigueur. Les hérétiques de France et d'Allemagne, forcés de sortir d^ p^ys qu'ils voulaient bouleverser par des innovations subversives, se réfugièrent en Languedoc, déjà rempli de sectaires. Alphonse, comte de Toulouse, avait vu ses États désolés par une peste ; il imagina , pour combler le vide de la population, d'appeler de l'Espagne vingt mille Castillans, Aragonais et Maures, qui professaient les erreuoB des Manichéens; les juifs et les novateurs, chassés par Philippe, se réunirent à ces étrangers: cet amalgame forma la secte des Albigeois. Leur croyance fut un mélange de judaïsme, de matérialisme, et d'une superstition extravagante. Les sectaires affectaient en public la plus grande austérité. « Ne croyez rien de bon, dit Bossuet, de ceux qui outrent la vertu (i). ^ Ces dangereux enthousiastes adoptèrent une vie errante, sans jamais vouloir- se
(i) Histoire des Variations , etc.
Iû6 M4TlflBU II,
fixer dans aucun lieu; et comme ils marchaient par bandes, ces gens portaient la confusion dans les diverses contrées , et forçaient les habitants à embrasa ser leur croyance : la résistance devenait périlleuse; souvent même ils se battaient entre eux. Dana tous les temps, la présence de pareils hommes ocoasion^ nerait des désordres très-graves; quelles perturbations ne devaient-ils pas engendrer dans un siàde o& les lois manquaient de la vigueur nécessaire pour protéger la société!
Les évéques déployèrent pendant dix ans Un zèle admirable pour arrêter le mal : animés par l'esprit de tolérance que TÉglise leur commandait , ils Mè* rent jusqu'à permettre aux novateurs de défendit leurs doctrines au milieu des conciles. L'amour-pro« pre se mêla aux discussions religieuses , et les randîl interminables : la secte gagna des partisans , au lieu d'en perdre. Les apôtres des vrais principes neffireitt point écoutés; on les persécuta même, sans que Raymond VI^ comte de Toulouse, voulut mettre un. terme à ces excès. L'histoire nous peint ce prince sotil^ d'étranges couleurs : brave à hi guerre, timide après le combat, il ne cessa de montrer dans sa conduite de l'irrésolution et delà pusiHaniinitë; Raymond prote»» tait de son amour poiir la religion, et protégeait ea secret les hérétiques. Castelnau, légat du pape^ lui remontra d'un ton énergique, dans une assemblée générale, que son hésitation et sa mauvaise foi causaient seules tous les maux qui pesaient sur son pays : il finit par le menacer des foudres de rÉglise. Le comte de Toulouse, naturellement baioeuxi aiais
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trop craintif pout braver ouvertement le légat, dévora son injure; il attaqua sourdement Casteinau. Celui-ci, environné de dangers, abreuvé d^outrages, demanda vainement an pape la permission de se re* tirer <lans son monastère; poussé à bout, voyant tous ses soins infructueux, instruit que Raymond né cessait de favoriser les hérétiques , il Texcommunia et quitta ses États eu laoS. Il dirigea sa marche ven^ Lyon 9 en remontant le Rhône. Un soir plusieurs in-» connus l'assaillirent, au moment où il descendait de sa barque; Tud d'eux le frappa par derrière d'un coup de poignard : Casteinau , gisant à terre, noyé dans le sang , releva la tête pour regarder son assassin ? « le souhake^lui dit^l, que Dieu vous pardonne comnië je vous pardonne. » ( Vaissette , Histoire du Langue^ doc. )
Les diverses circonstances de ce meurtre se réunissaient pour prouver que Raymond Vf en était l'ingtigat^ir : Innocent IH excommunia ce prince, ei prêcha contre lui une croisade comme il Fain'ait pré^ chée contre Saladin, chef des infidèles, et en prô« mottant les mêmes indulgences. On vit accourir âé tous lea jpiys de la chrétienté une foule de croiséSi Philippe craignit un débordement dans ses provtn*ces; il crut prudent de s'unir au saint-mége pour dompter les hérétiques. On put juger néanmoins que le roi envoyait une armée dans le Languedoc^ autant pour se mettre en mesure de profiter des fautes de Raymond YI, que pour céder aux instances d'Inno*cent III. D'ailleurs les divisions françaises nefranchî*rent point les frontières da ct>mté de Toulouse : tous
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les historiens certifient que ce fut contre la volonté du roi que Louis, son fils, courut joindre les croisés. Mathieu de Montmorency , qui connaissait mieux que l'héritier du trône les intentions du monarque , n'accompagna pas le prince, et demeura, ainsi que Far* mée, sur la lisière du Languedoc.
Raymond YI s'imagina qu'il n'aurait qu^à repousser des bandes désordonnées de croisés, qu'il appelait par dérision des Bourdonnais , à cause du bourdon, marque distinctive du pèlerin. Ne doutant pas de les expulser aisément , ce prince ne garda plus de mé» nagement, et mit de l'affectation à traiter les sectaires d'une manière amicale; mais en apprenant que le roi de France se déclarait contre lui , que beaucoup de chevaliers prenaient la croix , il passa de la jactance à la faiblesse. Cet homme si orgueilleux se soumit à toutes les réparations que l'on exigeait de lui : il fit amende honorable entre les mains du légat, et fut battu de verges devant l'église de Saint-Gilles; il supporta ce traitement honteux plutôt par crainte que par repentir. I>e comte finit par se joindre aux croisés pour combattre les sectaires , ses sujets , qu'41 avait encouragés , et dont il avait embrassé publiquement les erreurs. Nonobstant sa soumission, la guerre n'en continua pas moins. Simon de Montfort fut déclaré, en 1^09, chef de la croisade, sur le refus des ducs de Bourgogne et de Nevers. Ce général conduisit à sa suite Raymond comme un prisonnier, l'associant à ses exploits et aux rigueurs qu'il déployait contre les habitants du Languedoc. On le fit assister au siège deBéziers, dont la relation fait horreur : les ribauds,
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ayant pris la ville d^assaut, massacrèrent une partie (le la population.
Le comte de Toulouse put uu instant rompre sa chaîne : il se rendit à Rome, en laio; il y accusa Montfort d'une coupable ambition, et se soumit de nouveau à des pénitences aussi humiliantes que celle de Saint-Gilles; enfin, sa profession de foi ne laissa rien à désirer. Innocent III le renvoya dans ses États, en lui promettant de mettre un terme à la guerre qui les désolait. Au lieu d'aller directement en I-anguedoc, le comte courut à Aix-la-Chapelle, où se trouvaient réunis Othon, les comtes de Flandre et de Boulogne : ces princes se concertaient dans ce moment pour attaquer la France; mais, redoutant le courage et l'activité de Philippe, ils hésitaient à former une entreprise aussi épineuse, lorsque Raymonil vint les raffermir dans ces projets hostiles, en leur promettant d'opérer une puissante diversion dans le midi, au moyen du roi d'Aragon , son beau-frère. Au bout d'une semaine il quitta Aix-la-Chapelle, et regagna ses Érats très-difficilement. Au mépris de ses
serments, fort de l'alliance récemment conclue avec
l'empereur, Raymond embrassa de nouveau la défense des sectaires: on l'excommunia une seconde fois. Alors il implora l'assistance de Pierre III, roi d'Aragon, qui franchit les Pyrénées et vint à son secours, traînant après lui une armée innombrable.
Ce roi d'Aragon , qui semblait protéger les sectaires, les avait chassés de ses provinces , en avait fait brûler un grand nombre, ne craignant pas de comprimer l'hérésie par une sévérité qui tenait de la
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cruauté; mais l'Aragonais espérait tirer un riche 'prix (le ses services, ou s'approprier une partie des dépouilles du comte 9 et augmenter d'autant les domaines qu'il possédait dans le midi de la France. (La vieomté de Montpellier lui appartenait déjà. ) Raymond Yt, aidé des troupes de Pierre III, enleva au comte de Motitfort la plupart de ses conquêtes. Le généml den croisés voulut tenter un dernier effort; i( s^adjoignll un puissant auxiliaire, Guy de I^vis, appelé le mû^ réc/ial de la foi. Simon se jeta dans Muret, en larS, l'année qui précéda la bataille de Bonvine§; il espé* rait échapper aux ennemis qui le harcelaient , et se ménager les moyens de réunir de nouvelles fbr ces. Il fut assiégé dans cette ville par une armée décent mille hommes, suivant tous les historiens : on doit se tenir en garde contre de pareils récits : Pierre III la con* mandait en personne. Durant une sortie, Montfort porta une telle épouvante dans le camp ennemi, qnt les Aragonais furent défaits entièrement. Cet exploit a paru, aux yeux de certains critiques, dépourvu de vraisemblance : on n'a point considéré que Pierre III conduisait à sa suite un ramas tumultueux de fantas* sins, mal équipés, exténués de fatigue et presque nus; qu'il manquait totalement de cavalerie, arme qui décidait alors de toutes les actions, par sa supériorité.
£n sortant de Muret, le général des croisés ne s*é^ tait point flatté de battre complètement les Aragonais ! Montfort se proposait seulement de pj^rcer leurs masses énormes, à la tête de quatre mille cavalien;, qu'il divisa en trois corps, pour s'élancera la fois par trois
portes différeates. Pierre Ciit tué dès le premier choc : la mort, du chef déconcerte ordinairement les soldats ]es plus aguerris : quelle sensation un pareil événe* ment ne devait-il pas produire sur des gens comoie les Âragonaisl En eSEet^ saisis d'une terretir panjyqii^ ila se pirécipitèrent dans la Qaroiuie^ qui en eoglqM^ til dans se(s^ ondes un nombre considérable; le reste fut exterminé f^r les habitants des cam pagnes ^ qi^ voyaient d'un très-mauvais cpil leur cqntrée couvert ç d'étrangers féroces autant qu'avides* A l'issue d'un sucr ces aussi inespéré, le vainqueur ne trouva plus d€ résistance: la rapidité de ses progrès inquiéta même Philippe-Auguste. Ce prince envoya en i^iSsou fiifs dana le Languedoc à la tête d'un? puissante arn)ée; il mit auprès de lui Mathieu de Montmorençyi pouv l'aider autant de ses conseils que de sa valeur. Mon^ fort vit d'un mauvais œil l'arrivée du prince français, jRayinpnd, et le jeune roi d'Aragon son £dUé, firent de nouveau^ efforts ppur ^résister à leurs ennemis; la lutte devint terrible. Les habitants de ces contrées ne cessc^ient de reprocher au>i hérétiques (ï (woif prqvç» que le meurtre et h pillage par le meurtre et lepillag^^ Montmorency essaya vainement d'adoucir les m^ux que souffrait un pays victime de la fourberie des ^^$ et de l'ambition des autres ; en racontant le&atroci^ tés qui remplirent cette affreuse guerre, les histariens nous représentent ce grand homme ne cessant de se signaler par son humanité encore plus qu^ par sa bravoure.
Innocent III , dans le quatrième concile de Latraii, tenu vers la fin de iai5^ dépouilla Raymond de se^
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domaines, et les donna au comte Simon deMontfoit. Philippe, hors d'état de s'opposer à la décision su* préme du saint-siége, flatta le caractère ambitieux de Simon , et sut lui persuader qu'il ne devait sa haute fortune qu'à ses pressantes sollicitations. Il est vrai que le pape avait chargé Philippe de l'exécution de ses volontés. Le monarque, par un acte passé à Me* lunen avril iai6, investit le général des croisés du comté de Toulouse : celui-ci se reconnut solennellement vassal du roi de France , et de plus déclara tenir de lui ses nouveaux États.
Les Anglais, toujours courroucés contre le roi Jean , appelèrent au trône le fils de Philippe. Louis quitta le midi, emmenant la moitié des croisés français. Montmorency resta dans le Languedoc par or^ dre du roi, afin d'aider Montfort à conserver ses conquêtes ou à les augmenter. Ces deux hommes firent des choses surprenantes, quoique le nombre de leurs troupes eût singulièrement diminué. La conduite modérée que Mathieu fit adopter à Simon adoucit les maux de la guerre, et parut légitimer aux yeux d'une partie delà population la cause de Montfort. Quelque avantage que celui-ci retirât des conseils et de la va« leur de Montmorency, il supportait impatiemment sa présence en Languedoc; il ne se dissimulait plus que ce guerrier n'était resté auprès de lui par ordre du roi que pour veiller sur ses démarches, et le tenir dans une espèce de tutelle. Le caractère sévère de Montmorency avait pris un tel ascendant sur l'esprit de l'impcUioux Montfort, que celui-ci s'en indignait; et, malgré la prudence de l'un, le mécontentement
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de Tautre augmentait tous les jours. Une rupture paraissait inévitable , et Raymond se promettait d'en profiter, lorsqu'en 1218 Mathieu II fut rappelé pour exercer la charge de connétable après la mort de Dreux de Mello. Ici les historiens sont tombés dans une erreur manifeste : ils disent que Mathieu II reçut Tépée de connétable pour ses exploits dans la croisade des Albigeois. Philippe- Auguste Taccorda à Montmorency en récompense des services rendus précédemment dans la guerre de Flandre; d'ailleurs, cette charge, purement civile, ne commença à devenir militaire que depuis Mathieu II, et c'est de ce héros qu'elle tira son premier éclat.
En laiQ, Moiîtmorency partit une seconde fois avec le fils du roi pour le Languedoc : les choses y avaient bien changé de face après la mort de Montfort. Ce prince, s'étant fait un parti très-puissant dans le pays des Albigeois , voulut porter le dernier coup à Raymond VI en lui enlevant sa ville capitale; il vint mettre le siège devant Toulouse , et cerna si bien la place qu'elle allait succomber, lorsque les assiégés, poussés par le désespoir, firent une dernière sortie au lever du soleil : ils envahirent le camp en brisant tous les obstacles. On vint avertir Simon, qui entendait la messe dans sa tente; mais quelque pressant que fut le péril, on ne put l'arracher du pied de l'autel avant que le saint sacrifice ne fût achevé. Sa présence valait seule une armée : dès qu'il parut, les Toulousains prirent la fuite ; Montfort les tailla en pièces, les poursuivit jusqu'au bord des fossés, et sans s'arrêter il voulut donner un assaut. S'étant
trop approché des murail|ps, cet ip trépide capitfiine fut renversé d'un coup de pierre lancée par uq^ machine appelée mangonneau. Les assiégés, le voyant étendu, firent pleuvoir sur lui une grêle de traits: il mourut percé de cinq flèches, le ^5 juin iai8. Les écrivains albigeois, animés par la passion, assurent que cet adversaire formidable reçut le coup mortel de la main d'une femme, d'un nain, etc.
Simon de Montfort fut un des hommes les plus saillants de son siècle. Une stature gigantesque, une voix terrible, le rendaient l'pffroi des coipbatts^nts » il était doué de cette beauté martiale si nécessains alors dans un chef. De longs cheveux , qui s'échappaient de son casque à la manière des anciens rois chevelus, donnaient à toute sa personne un aspect extraordinaire, et le faisaient distinguer dans la mêlée* On remarquait en lui un mélange de cruauté et de bonté; féroce envers l'ennemi, bienveillant pour le plus simple chevalier, il passait alternativement de la rage à la douceur ; sa piété était aussi simple que sincère. On le regardait comme le général le plus expérimenté de la chrétienté : ses soldats, remplis d'une confiance aveugle en ses paroles , le croyaient un être surnaturel; il inspirait une telle frayeur aux Albigeois, que ces sectaires le disaient sorcier. Moptmorency devint son rival de gloire, et fut chargé d'enchaîner son ambition ; l'ascendant qu'il sut prendre sur Montfort prouve que Mathieu, son égal en courage, lui était supérieur par l'élévation de son caractère.
Le comte de Toulouse voulut profiter du découra-
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gein^nt dans lequel le trépas de 3imon jpta les croisés : il trouva d^ ressources jnfipies d^iis je zèle des hérétiques.
l4)i|is de FranejB et Mpptnîprpnpy essuyèrent quelques échecs durant la campague d^ l^ic^; ils quittèrent ces contr^eiç , pour qller attaquer les ^nglgis d^QS Isj. Guienne. Le siège de l^aroiaude ^ign^l^ cette expédition; je courte de Newui^nn vint au secpurs de la pl^ce. J-fOujs resta devant la ville pour contenir les alUés; et Mall^ieu II ^'étaut pprté audevant du gépér^l anglais^ le battit, et dispersa totgleiuent pelte nouvelle armée , dqnt les débris eprèp#Qt quelque t^f"ps ^ur les bords de l'Opéan y pour chercher uu refMg^ à bord de }a flotte britanniqiie. Les babitautsde Marwanfje, terrifiés en appreuantpçrfyer^, ouvrirept leurs pprte^, et wqe trêve wit fio k I4 guerre pour le ii^pmei^t-
Moutmoreuey revint dans ses dpujaines; il y 4ppu$a, eu lî^î^i , Emme ^e J^val, et, ppur njieuK «'alliera cette illustre maison , il fit épouser la soeur d'Emme à son fils aîné Bouchard VI. Jl eut de sa nouvelle femme» Guy (}e Lavîïl, qui conupença la I>ranche des Layal, dput MPe de^ petites-fiHes, Je^ione? l'unit à Louis de Bourbon , cpinte de Vendôuîe , trisaïeul de Henri I^-
Philippe-Auguste mourut ^ Minutes, le 1 4 juillet >aa3. Comme tous les grands rpjs, ce prince enfanta en quelque façon une foule de héros et d'hprùmes remarquables, qui vinrent se grouper autour de son trône. Lors des obsèques du monarque, Montmorency remplit les fonctions de sénéchal, charge abolie
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depuis le règne précédent ; il régla toutes les cérémo* nies, honneur que les princes du sang auraient pu lui disputer.
Louis VIII, d'après les conseils de Montmorency, se hâta de terminer une affaire ira portante que son père avait ébauchée : il s'agissait de recevoir d'Amauri de Montfort, fils de Simon , la cession du comté de Toulouse. Philippe, l'ayant refusée plusieurs fois, s'était enfin décidé à l'accepter. Cette cession n'offrait , pour le moment, que des avantages illusoires. Le jeune comte de Toulouse, profitant des chances favorables que lui procura le trépas de Montfort, reconquit tous les États de son père : ce dernier vivait retiré auprès du roi d'Aragon. Il fallait en premier lieu régler les droits du prince de qui émanait la cession, pour que l'acte fut valide. Une assemblée des grands de la couronne fut indiquée à cet effet dans la ville de Melun : on devait y examiner la proposition d'Amauri. Philippe allait partir pour la présider, lorsqu'il ressentit les premières atteintes de la maladie qui le conduisit au tombeau. Les droits d'Amauri sur le comté de Toulouse ne reposaient que sur la décision prise par Innocent III, dans le quatrième concile de Latran, en 121 5; mais le pouvoir du saint-siége dominait encore l'autorité des souverains, et annulait aux yeux des peuples les droits héréditaires du fils de Raymond. Le jeune Montfort demanda en échange des siens la possession de quelques villes, et la survivance delà charge de connétable. Louis VIII accorda sans difficulté la portion du territoire désigné; mais il refusa la survivance, ne voulant pas priver de cette dignité
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les enfants de Montmorency, héros magnanime, duquel lui-même avait reçu les premières leçons de valeur. Montmorency, trop grand pour préférer ses intérêts personnels au bien de l'État, déclara au roi, en pleine assemblée, qu'il abandonnait au nom de ses enfants la survivance de la charge de connétable : « ils sont jeunes, dit-il, ils la gagneront par leur courage et leur dévouement. » Louis VIII persista longtemps dans ses refus; il fallut que Mathieu II le vainquît par ses nobles instances : le traité fut enfin conclu vers le milieu d'août laaS (i). Nous ferons remarquer ici combien les monarques français mettaient de soin à observer religieusement la foi des traités : ils ne profitèrent en aucune manière de la cession consentie parlefilsdeMontfort; ce ne fut qu'en vertu d'une seconde convention conclue par Raymond VII, légitime héritier des anciens comtes de Toulouse, que la France fit définitivement Tacquisition du Languedoc ; et cependant le roi n'en fut pas moins exact à remplir les engagements contractés envers Amauri. A peine Louis VIII montait-il sur le trône, que les grands vassaux essayèrent de ressaisir ce qu'ils avaient perdu sous Philippe-Auguste. Pour parvenir à leur but, les leudes voulurent diminuer l'influence de Montmorency, dont chacun d'eux redoutait la loyale fermeté : ils demandèrent que les dignitaires
(i) Le président Hénault et la plupart des annalistes ont fait d*une manière inexacte Thistorique de la cession du comté de Toulouse : les uns la mettent sous Philippe- Auguste , les autres sous Louis IX, en i33o , attendu que ce ne fut qu*à cette époque qu'Amauri reçut l'épée de connétable , après la mort de Montmorency.
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civils de la couronne fussent exclus du parlètiient, espérant par ce nioyeri éloigner Mathieu II, revéfti de la charge de connétable.
Le parlement, nullement sédentaire à cette époque, n'était qu'un conseil formé des barons les plus puissants, qui accompagnait le roi dans ses déplacements, et décidait des aflaîres majeures. Noft-seulement Louis Vlll ne céda point aux vœux des grands vassaux, mais encore, suivant les avis de Montttldrency, il affranchit, d'après son elcempte, les sét^fs dans les pays conquis par son père.
Henri lit, roi d'Angleterre, somma le nouveau roi de France de lui restituer la Normandie et ld6 autres provinces que Philippe avait confisquées sUf Jean sans Terre. Ceci équivalait à une déclaration dé guerre : on s'y prépara avec ardeur. Louis VIII, craignant quelque agression du côté de Tettipire, demanda à Frédéric II de renouveler le ttâité d^alliatldé signé après la bataille de Bouvines ; Mathieu de Mont* morency fut chargé de cette mission délicate; il s6 rendit à Vaucouleurs vers les derniers jolirs de iaa3, ety trouva les envoyés de l'empereur. Lé négociateur agit si habilement en cette occasion, qu'il détacha entièrement le monarque germanique des intérêts (le l'Angleterre; il obtint même des giiges de la foi jurée.
Délivré de toute inquiétude à cet égard, Louis VIII entra en campagne, bien résolu de ne rien épargner pour chasser entièrement les Anglais de la France. Montmorency reçut le commandement de Tafmée sous \v roi, par commission, et non à titre de côn-
nétabië , cette dignité étant encore purement civile. Lés Français pénétrèrent eh Poitou, où les Anglais possédaient dief à |)laces fortes ; ils défirent les ennemis auprès de Sàint-Maiieiit, enj^24 - ow ï^e donne auctin détail sut' cette bataille. Là semaine qui suivit ce tHomphe, Mathieu ititestit Niort, bdolevard de premiète ligné. Lfes ingénieurs appelés récemment par Philippe- Auguste de la Grèce et de l'Italie, déployèrent à ce siège toutes leurs ressources. Le gouverneur se no'mmait Savari de Mauléon*, chevalier français d'tihe haute réputation de bravoure, entré au service d'Angleterre. Mauléon se vit contraint de capituleron lui permit, en sortant de Niort, d'aller se renfernier dans une autre ville. Montmorency confiale commandement de la place conquise à Guillaume Janvresiré de la Bouchetière, capitaine expérimenté.
Mauléon venait de se jeter dans la Rochelle, la possession la plus importanle de Henri III dans ces contrées : Mathieu accourut l'y assiéger. Celte expé, dition fut si ntieurtrière , que les trois reines, Ingelburge , veuve de Philippe , Blanche de Castille , et sa mère, Bérengère de Jérusalem , firent à Paris des processions polir demander l'assistance de Dieu. Un jourquè le roi venait d'établir sa tente très-près des remparts, les assiégés lancèrent une si grande quantité de pierres , que le prince fut à demi étouffé sous leur poids. Le siège durait depuis huit mois ; les habitants murmuraient : Mauléon demandait à grands cris des secours, et surtout de l'argent, indispensable pour solder les compagnies de mercenaires qui se trouvaient sous ses ordres. Le roi d'Angleterre se défiait de lui ,
lau MATHIEU II,
persuadé qu'il agissait secrètement dans les intérêts de son ancienne patrie. Henri III, ne doutant pas que les Rochellois ne défendissent très-bien leur cité sans le concours du gouverneur, envoya seulement quelques vaisseaux chargés de vivres. Les écrivains favorables à Mauléon disent que le prince joignit à cet envoi plusieurs coffres remplis de pierres, au lieu de numéraire. Ce fait paraît peu vraisemblable; quoi qu'il en soit , Savari se montra très-irrité de Tabandon dans lequel on le laissait. Montmorency, instruit de cette circonstance, fit très-ostensiblement les apprêts d'un assaut vigoureux , et en même temps offrit aux compagnies soldées, formant la garnison, des conditions très-favorables. Les archers les accueillirent, et voulurent capituler sur-le-champ. Les habi« tants élevèrent des difficultés, craignant de perdre les privilèges qu'ils tenaient de la maison Plantagenet. Le connétable leur annonça, de la part de Louis VIII, qu'on respecterait ces franchises dans leur intégralité : sur cette assurance, la villese soumit. Mathieu de Montmorency jura sur l'âme du roi d'observer les conditions précitées : tous les traités contenaient cette clause. Le prince choisissait, pour jurer sur son âme, le baron qu'il affectionnait davantage. La capitulation de la Rochelle fut le premier acte public auquel Mathieu mit son nom en qualité de connétable; on en conservait l'original dans les archives de la ville
Sur ces entrefaites, le pape, redoublant d'instances, obtint que Louis VIII consentirait à signer une
(i) Arcère, Histoire de La Rochelle.
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trêve : le pontife essayait depuis longtemps de mettre un terme aux hostilités. Des annalistes ont signalé comme une faute capitale l'armistice conclu après la conquête du Poitou : ils accusent Louis VIII d'avoir sacrifié les intérêts del'État à unepiété mai entendue, en tournant ses armes contre les Albigeois , au lieu d'expulser les Anglais de la Guienne. On n'a point considéré que Louis VIII s'était attaché à suivre les projets que son père avait formés sur le Languedoc, projets qui se réalisèrent , et dont le résultat fut la réunion à la couronne des vastes États du comte de Toulouse. Louis VIII quitta donc Paris une seconde fois en mô; il rassembla dans le Nivernais de nouvelles divisions, dont il confia le commandement à Mathieu de Montmorency : on embarqua les machines de guerre sur le Rhône. Avignon barrait le chemin du Languedoc : cette ville était infectée de l'hérésie , mais elle vivait sous la protection des empereurs d'Allemagne : en conséquence, il fut décidé que l'on n'agirait pas hostilement à son égard; on lui demanda seulement le passage; ses magistrats l'accordèrent. Mais au moment où les soldats allaient franchir les barrières , les Avignonnais , changeant brusquement de résolution, levèrent le pont-levis. Le roi, irrité de ce procédé, demanda une réparation; n'ayant reçu qu'une réponse inconvenante, il résolut de former le siège de^la place. La situation de cette ville sur les rives du Rhône et près de la Durance, la rendait très-difficile à soumettre. Montmorency, en qualité de général en chef, fit tous les apprêts du siège, et le poussa avec vigueur. Mais l'armée
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ne se composait eu majeure partie que de cavalerie, qii*il fallut mettre à pied, ce qui indisposa les hommes d'armes. Les chevaux mouraient de faim, carie comtat produisait alors peu de fourrages ; les obstacles augmentaient tous les jours. Le comte de Toulouse, voyant l'orage prêt à fondre sur lui, se ménagea des intelligences parmi les principaux leudes : il en résulta un défaut d'ensemble dans les opérations des assiégeants. Thibaut, comte de Champagne, abandonna le camp en dépit des ordres du roi, en disant qu'il avait servi les quarante jours exigés par la constitution féodale. Les maladies affligèrent les troupes; de grosses mouches noires, provenant de la putréfaction des chevaux morts, s'introduisaient jusque dans les aliments, et les empoisonnaient. Lé roi, épouvanté de tant de maux, voulait lever le siège; Mathieu II et le comte de Saint-Paul le détournèrent de cette résolution, lui montrant de quelle coflséquence elle pouvait être, non-seulement pour le reste de l'expédition , mais encore pour toutes les affaires du royaume. Sur ces entrefaites, les assiégée trouvèrent moyen d'inonder le camp des Français, qui se voyaient contraints de se retirer; mais avant de mettre à exécution cette détermination, le connétable insista pour qu'on livrât un dernier assatit. Lé roi et l'élite des chevaliers se précipitèrent les premiers vers les remparts. Le valeureut comte àé Saint-Paul fut tué d'un coup de pierre à côté de Modtmorency ; un javelot blessa mortellement Guillaume Jarivre, sire de la Bouchetière, l'un des preux léd plus célèbres. Enfin, après un combat terrible, la
ville fût obligée de capituler, ce cJUi saliva l'armée d'une ruine inévitable. Le roi , fort irrité , fit raséi* leé fortifications, et traita sévèrement les habitants. Ce Succès inespéré produisit un effet prodigieux sur tôiité^ les provinces méridionales. Les barotis, qui cettainement se seraient déclarés contre Louis VIII sises armes avaient échoué , accoururent eh fouïë lliidfft^ir leurs services. Le roi poursuivit ses avantagés, et réduisit Nîmes, Carcassonne,Béziers etbeaudôufi d'autres places. Au milieu de succès aussi rapides, Louis VIII, éprouva des douleurs d'etitrailles très-âigués; il quitta le Languedoc, laissant, pour garder ses conquêtes, Hurabert deBeaujeu, élève de Mathieu, et reprit le chemin de sa capitale. Il tomba iDàladeéti Auvergne, de l'épidéinie qui avait exercé tant de ravages dans son armée, et dont lui-même etbporta le germe. Sentant que la mort ne tarderait J>a9 à le frapper, il fit appeler les barons et les évêques qui 1 accompagnaient : le roi leur annonça qu'il nommait régente Blanche de Castille, et leur fit jtlrer de reconnaître pour souverain Louis son fils aîné, qu*il n'avait pas eu le temps d'associer à la couronne. Tous le jurèrent, et signèrent leur serment, qui fut revêtu du sceau royal. Cette pièce intéressante tut longtemps conservée dans le trésor des chartréà. Le |)rince recommanda particulièrement à Montmorency là reine et ses enfants; sa maifi débile pressa celle du connétable ; ses derniers regards se tournèrent avec ravissement vers ce preux, qui promettait sur son épée de défendre les objets de sa sollicitude^
Louis Vllt expira à l'âge de trentè-héuf atis , dàiis
l'24 JM^ATUIEU II,
le mois de novembre muG. Ce prince était doué de cette véritable piété, source des vertus les plus sublimes, et qui s'allie à toutes les qualités guerrières : ardent, impétueux, avide de combats, il montra le courage d'un soldat et mêmeles talents d'un général; mais il manqua souvent de prudence. Mathieu de Montmorency et le chevalier Guérin , devenu chancelier, y suppléèrent; on eût dit que Philippe-Auguste régnait encore. Le connétable fit mettre les dépouilles mortelles du monarque dans un sac de cuir pour les conserver : on ne connaissait pas encore la manière d'embaumer les corps; il les déposa dans la sépulture royale de Saint-Denis (i). Les craintes que Louis VIII manifestait sur le lit funèbre n'étaient point imaginaires : au premier bruit de son trépas, les hauts barons qui ne l'avaient point suivi dans cette expédition, se mirent en devoir de profiter de Fenfance de son successeur pour ressaisir les privilèges perdus sous les rois capétiens. Le ton qu'ils prirent pour annoncer leurs intentions effraya Blanche de Castille,qui, au milieu d'une douleur légitime, se vit accablée d'embarras de divers genres. Mais l'arrivée de Montmorency, à la tête de nombreux vassaux et d'hommes fidèles, fit changer la face des affaires : Mathieu, secondé par le chevalier Guérin et par le cardinal Romain, sut relever le courage de la reine, et lui inspira cette énergie qu'elle déploya depuis avec tant d'éclat.
Au premier rang des leudes mécontents on dis-
(i) Lorsque en 1798 on viola les tmnbeaux de nos rois, ce sac de cuir, contenant le squelette de Louis VIII, fut trouvé ioUct.
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Hnguait Philippe, comte de Boulogne, oncle du roî et gendre du fameux Renaud : on le soupçonnait de porter ses vues ambitieuses sur la couronne; Pierre de Dreux, comte de Bretagne; Hugues deLusignan, comte de la Marche; Enguerand de Couci;les comtes de Ponthieu, de Châtillon; Thibaut de Champagne, homme singulier et bizarre, qui, après avoir joué le rôle le moins honorable dans les troubles de Ja régence, finit par devenir un prince remarquable, un législateur éclairé. Les chroniqueurs anglais ont dit que Thibaut se montra très-épris de Blanche de Castille, qui avait le double de son âge; sur cette prétendue passion ils ont bâti un tissu de calomnies et de fictions romanesques, qui ne peuvent trouver grâce devant la sévérité de l'histoire. Malheureusement beaucoup d'écrivains, oubliant leur qualité de Français , ont accrédité ces fables en ne craignant pas de les répéter.
Les mécontents demandaient l'abolition de la justice royale et rétablissement du système communal dans leurs domaines particuliers ; ils insistaient principalement pour que l'un d'eux exerçât la régence à la place de la reine, que spn titre d'étrangère excluait à leurs yeux de toute participation au gouvernement. Les barons, ayant parmi eux les pairs de France, s'imaginaient qu'on ne pourrait pas sacrer le jeune prince sans leur concours : on devait tenir à cette cérémonie , car le peuple la regardait comme le complément essentiel de la royauté. Mathieu ouvrit l'avis de procéder au couronnement, nonobstant l'absence des pairs : cette résolution vigoureuse présentait
quelques dangers, en niiaon de la violation c]ies qsa^ ges observés jusqu'alors religieusement. Montmorency et les barons demeurés fidèles s'e m pressèrent de mettre leur projet à exécution ; ils réunirent bon nombre de chevaliers , afin de. protéger la marche du roi jusqu'à Reims , où la cérémonie s'accomplit au milieu d'un appareil de guerre, le i^' décembre 1296. Le couronnement des rois de la troisième race avait été jusqu'alors une espèce d'élection, où souvent on mettait eu question les droits du monarque; depuis celui de Louis IX les disputes ne roulèrent plqs qu^ sur les préséances ou sur les droits particuliers des^ pairs. £n vain ceux-ci voulurent protester, le peuple les regarda comme des rebelles.
L'éducation de Louis IX fut confiée au Gonnéta — ble, qui s'adjoignit dans ces nobles fonctions 1^ sir^ de Nesle. Si Blanche de Castille inspira à son filmées vertus sublimes qui font encore notre admiriMa tion, ce fut Mathieu de Montmorency qui lui donn les premières leçons de cette valeur brillante, de cett-^ haute politique qui plaça constamment les intérêts de rÉtat au-dessus de toute autre considération. C^" pendant les leudes, toujours en armes, menaçaient la capitale, demandant à Blanche des cautions poLir b i régence , et la liberté des chevaliers pris à Bouvipes. i La reine décida, d'après les opinions de son coni^eil, présidé par Montmorency , qu'il ne serait fait aucune ;j concession ; que Ton marcherait contre les révoltés, I sans les laisser respirer un seul instant. Ceux-ci , étonnés de la fermeté que la régente montrait dans toute sa conduite, commencèrent à se désunir.
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Tt)i()aut , çpmte 4p Champagne , offrit de se soumettre; il entraîna avec lui la moitié des bf^rons : une assemblée fut tenue à Vendôme; les vassaux vinrent y fendre leurs devoirs au roi. Celte souniission n'^- I4it qu'apparente : au mépris de tous les serment^, )|s formèrent, nop pas une nouvelle ligue, mais une yéritable conspiration, dans le but de se safsir de la personne de Lpuis IK. Ce prince résidait à Orléans yvçc ^ mère; il devait revenir à Paris pour recevoir les hommages delà comtesse de Flandre : les conjurés formèrent le projet de l'enlever. Le cortège s'avan- ^it sur la route ({'Orléans, lorsque Thibaut de Champagne, chargé d'exécuter le coup de main, s'étant laissé dominer par son irrésolution accoutumée , fit avertir secrètement la régente : cette princesse n'eut <{Uelete(nps de se jeter dans Mondhéri, dont legouwçrpeur déploya un zèle fort louable. Montmorency , ^ant appris le danger que courait le roi, rassembla ila hâte quelques troupes, dispersa tout ce qu'il rencontra sur son chemin, et ramena en triomphe la flt\ïie avec son fils , aux acclamations des Parisiens , qui se signalèrent dans cette occasion : ils allèrent l^^-devant du prince, et formèrent jusqu'à Mon tlhéri des haies très-ser réps , au travers desquelles le cortège royal passa comme entre deux murs impénétra- )>les. C'est au milieu de ces embarras et de ces dangers que fut conclu le traité définitif qui» dans la 3uite, réunit à la couronne les vastes Etats du comte de Toulouse.
Humbert de fieaujeu , laissé dans le Languedoc par Louis VIII, conduisit }es opérations si vigoureuse-
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ment, que Raymond MI eu hit eiïniyé; désirant deli • rer <es sujets des maux qui les accablaient depuis si longtemps, il conclut lu paix. I^a principale conditioD Qiron lui imposa fut le mariage de sa fille unique avec Alphonse , frère de Louis IX. On se rappelle sans doute que Montmorency fut chargé, sous Philippe-Auguste, de suivre les projets secrets que ce prince avait formés sur le I^nguedoc; on voit que ses avis servaient de règle à la régente : c'est donc à lui qu'il faut attribuer en partie le bien immense que l'État retira de cette négociation.
Tout semblait faire espérer que la France allait goûter enfin une paix durable; mais il n'en fut pas ainsi : vers la fin de l'année iaa8, les barons reprirent les armes; cette ligue parut plus dangereuse que
la première. On voyait à sa tète l'ambitieux Philippe, oncle du roi, Thibaut de Champagne, Enguerand de Couci et le comte de Bretagne : ce dernier eut la hardiesse d'envoyer à son suzerain un chevalier, qui entra armé de pied en cap dans la chambre du conseil, et y déclara de la part de Pierre de Dreux qu'il ne se reconnaissait plus pour vassal du roi de France. Les mécontents , cherchant à grossir le nombre de leurs partisans, s'efforcèrent de mettre Montmorency dans leurs intérêts; on renouvela les mêmes démarches qu'Othon et les alliés avaient faites auprès de ce grand homme; on espérait, par son alliance, sinon détruire une autorité mal affermie, du moins l'empêcher de se consolider : il repoussa ces prolitions du ton le plus décidé , et se prépara à donner nouvelles preuves de sa loyauté. U monarchie
courait un danger évident. Les barons confédérés ne déguisaient point leurs intentions : il ne s'agissait plus pour eux de reconquérir des privilèges; ces perturbateurs tendaient à s'emparer du trône, et dans leur délire, ils avaient choisi pour roi le sire de Couci. Le roi d'Angleterre annonçait en même temps, par des préparatifs hostiles, l'intention manifeste de profiter de l'embarras dans lequel se trou- ?ait le gouvernement. Le comte de Toulouse , éprouvant un certain regret d'avoir conclu son traité , cherchait à le rompre, et croyait y parvenir aisément : sa fille et Alphonse, étant trop jeunes, n'avaient pu être unis sur-le-champ.
Le connétable , accompagné du monarque âgé de treize ans, fondit sur les rebelles; son activité, sa bravoure, portèrent de rudes coups à cette formidable coalition. On sut en détacher une seconde fois Thibaut de Champagne, qui vint joindre l'armée royale avec trois cents cavaliers. La mésintelligence ne tarda pas d'éclater parmi les barons , qui s'accordaient bien pour renverser l'autorité légitime, mais ne s'entendaient nullement pour la remplacer : l'élection du , sire de Couci n'avait servi qu'à découvrir chez les ans une ambition dénjesurée, et chez les autres des prétentions ridicules.
L'hiver ne put arrêter Montmorency dans ses opérations; ayant enlevé aux ennemis une infinité de places, il assiégea Belesme, un de leurs boulevards. L'entreprise parut hardie , car on ne se battait jamais dans la saison rigoureuse. Le connétable, vou-
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l^nt «xcitcr Tardeur des troupes par la présence de leur souverain y fil partager au prince toutes lei fati* gués du siège. La reine Blanche, qui ne pouvait quit ter son Gis, déploya en cette occasion un courage au-dessus de son sexe. Les chevaux, peu accoiitu* mes au froid , périssaient proinptement; ou empêcha la mortaUté parmi ces animaux, en les entourant de fagots et de branchages dont on entretenait le feu sans cesse (i). Les chevaliers firent le service dlnfanterie,pourla première fois depuis Térection des fiefs : la féodalité regardait alors comme un déshonneur de combattre à pied. A force d'audace et d'habileté , la place fut enlevée avant que le duc de Bretagne pût venir à son secours. Le connétable se servit durant ce siège de deux énormes machines, au moyen deaquelles on jeta une telle quantité de pierres, que les fortifications en furent couvertes.
Les barons mécontents, irrités delà conduite du comte de Champagne, tournèrent tous leurs armes contre Thibaut : ce vassal eût certainement perdu ses ÉUits si la régente, oubliant généreusement ses anciens torts, n'eût embrassé sa défense. Le cunné* table rentra en campagne, défit auprès de Laon les troupes seigneuriales, et les chassa entièrement de la province. Thibaut fut obligé de payer d'une partie de ses domaines la protection que Blanche lui avait accordée dans cette circonstance. A l'issue de l'expédition, les révoltés vinrent en foule se jeteraux pieds du roi : les chroniques du temps louent la justice
(i) I^ («lerf^erie, HÎAt. du Perche.
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que mit la régente dans la répartition des châtiments, des pardons et des récompenses (i).
Le duc de Bretagne, se voyant abandonné de la majeure partie de ses auxiliaires, implora l'assistance du roi d'Angleterre. Tous les Français , et principalement la chevalerie, ne purent voir sans indignation un vassal appeler sur le royaume les maux d'une guerre étrangère. On assembla aussitôt une haute cour; le connétable la présida : elle déclara Pierre de Dreux, comte de Bretagne, traître, parjure, méritant la peine capitale, et dépouillé de ses États. C'était la seconde fois , dans Taspace de vingt ans , que le roi faisait condamner à mort un grand feudataire, et prononcer la confiscation de ses domaines : cet exemple suffit pour démontrer quellç marche ascendante suivait la puissance royale depuis Hugues Capet.
Montmorency étonna l'ennemi par une attaque aussi vigoureuse que subite : ses phalanges portèrent la désolation dans le cœur des Etats du comte de Bretagne, avant que celui-ci se fût seulement douté de sa marche. Il le contraignit de se renfermer dans Angers; la place fut prise d'assaut : Pierre de Dreux s'échappa à la» faveur du tumulte. I^ rapidité de ces succès obligea le comte de la Marche à implorer la paix. Ce vassal ne demanda pour garant de l'accommodement que la parole de Montmorency. Le roi d'Angleterre était débarqué en Bretagne au commencement de l'année i23o: au lieu d'entrer
(i) li vederunt dolentes et timentes viddictam regidtt, qui remu- Btrare et punir* sciebat. (Grande chronique de Saint-Denis.)
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subitement eu campagne , Henri III donna pendant tout l'hiver des fêtes dans le château Nantes à la belle comtesse de Bigorre, abandonnant à ses généraux le soin d'agir contre l'infatigable connétable. Les Anglais, supérieurs en nombre, cherchèrent d'abord à accabler les Français sous le poids de leurs masses : ils offrirent la bataille à Montmorency, qui l'évita, les laissant s'engager dans un pays marécageux. Mathieu les harcela sans cesse, puis fondit sur eux d'une manière si impétueuse que le monarque anglais, apprenant une défaite au lieu d'une victoire, se rembarqua précipitamment. Cette campagne mit le comble à la gloire militaire de Montmorency.
Pierre de Dreux n'avait plus qu'à implorer la clémence du roi; il vint, la corde au cou, embrasser ses genoux : il méritait la mort, on lui laissa la vie^ par humanité; on ne le dépouilla pas de ses États ^ mais on ne les lui rendit pas non plus. Il fut décidé que la Bretagne serait gouvernée en son nom par un prince français, jusqu'à ce que son fils fût en âge de régir ses domaines; et que, dans le cas où ce fils mourrait sans enfants, la Bretagne serait réunie à la couronne.
Mathieu de Montmorency, dont le dernier triomphe venait de procurer à la France de si notables avantages, mourut comblé de gloire, le 24 octobre ia3o, à l'âge de soixante-quatre ans. Il fut enterré dans l'abbaye du Val; on y voyait encore sa statue dans le dix-septième siècle. Mathieu II peut servir de modèle aux hommes que leur naissance ou leur propre mérite ont placés dans ime sphère élevée : guerrier in-
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trépide, général expérimenté, politique profond, il défendit sa patrie sous Philippe- Auguste, servit Louis VIII de son épée et de ses conseils, devint le soutien de l'enfance de saint Louis, et devança les idées de son siècle en affranchissant les serfs de ses domaines.
Mathieu II de Montmorency fut grand-oncle, beaufrère, neveu, petit-fils de deux empereurs, de six rois, et allié à tous les souverains de l'Europe. Les princes de la maison de France descendent de ce grand homme, par le mariage de Jeanne de Laval, une de ses petites-filles , avec Louis de Bourbon , comte de Vendôme, trisaïeul de Henri IV.