X.O¥it DE GLfiRMOKT. fff
satisfaits de cette première épreuve , et, scmis prétexte que la poussière, très-épaisse ce jour-là, avait empêché les dames de bien Toir leurs prouesses, ils demandèrent que l'on continuât les joutes le lende^ main : en effet, elles recommencèrent ie jour suîr vant à la barrière Saint-Antoine, et, par up raffine* «eut de précaution inco^^u jusqu'sdors, deux cents |MMt«urs d'eau réunis mit ce point arrosèrent la lice. (Froissart.)
4 l'îiBsue de ces fêtes le toi partit paar Nonlpei-^
lier, le i septembre 1389, et se drrig^ea vers Atî-*
gnon^ désirant y saluer le pape Clément Vil. Les
ducs de Botn^ogne et de Berri facoompagnèrent,
Louis de Q^mont n'avait pas quitté son neveu de^
puis 1^ changement du ministère ; sa prudence , son
zèie pour le bien puUic, ju$tifiaîent la confiance
qu'on lui témoignait. Les Languedociens avaient îm^
ploré son assistance; il les engagea à mettre leurs
rkîlamations aux pieds du roi. Arrivé dans le comtat
Yenaissin , limitrophe du Ijanguedoc , Charles ¥1 fut
^m portion de prendre des informations qui lui prmi»'
vèmt que Granselve n'avait point chargé le tableau f
le Toile qui couvrait ses yeux se déchira , il frémit à
ridée de se voir forcé de sonder tant d'iniquité^ ç il
congédia brusquement les ducs de Bourgogne et dé
Berri ^ le dernier, ayant insisté pour demeurer au*
près de son neveu, reçut l'ordre formel de rebrous*-
ser chemin. Charles YI ressentait une vive douleur
en voyant son oncle si coupable : il supplia le duc de
Boarbcm de ne point l'abandonner dans cette cir^^
constance , et de l'aider de ses conseib.
lia LOUIS DE CLSRKOITT.
11 est difficile de peindre Tenthousiasme que les habitants du pays firent éclater à la vue de leur roi, venant de sa capitale pour alléger leurs malheurs : comme la misère était générale dans cette province , jadis si opulente , la magnificence n'accompagna point les fêtes que l'on offrit au souverain ; mais le géùie in» ventif des habitants y suppléa par des danses gracieuses , par des chants nationaux , et par des cour* ses à pied qui rappelaient celles des anciens. Le jeune prince paraissait ravi : les femmes de Montpellier , de tout temps célèbres par. la vivacité de leur esprit et la fraîcheur de leur teint, le charmèrent au dernier point; mais, au milieu de l'ivresse universelle » le sévère Louis de Clermont lui rappela l'objet principal du voyage : réformer les abus sous lesquels gémissait depuis six ans ce peuple si expansif , et qui semblait avoir perdu le souvenir de ses infortunes en're* voyant son roi.
On chargea les sires d'Estouteville et de Chevreuse d'examiner les griefs dont se plaignaient. les états du Languedoc : les premières investigations eurent lieu à Béziers ; elles prouvèrent que les délégués du duc de Berri renouvelaient les impositions cinq ou six fois dans la même année. On les arrêta tous comme prévaricateurs, notamment Betizac^ l'homme de confiance du duc de Berri : ce prince l'avait tiré de la condition la plus vile pour l'élever jusqu'à lui. Betizac, reconnu coupable, fut livré au dernier supplice sur la place de la Fontaine, à Béziers, suivant Froissart, et à Toulouse, suivant le moine de Saint-Denis; mais l'autorité de Froissart
LOUIS DE CLERMOKf. ^ uS
est plus respectable, car cet historien accompagna le roi dans ce yoyage.
Charles VI ôta le gouvernement du Languedoc à son oncle, et ie confia au sire de Ghevreuse. Après avoir exercé dans les provinces méridionales ie plus beau droit de la puissance souveraine y celui de con** soier ses peuples, la légèreté de l'âge reprit le des* sus : l'ardeur de son sang était extrême , des mouvements impétueux se faisaient remarquer souvent en lui; mais à travers cette fougue perçait une débilité d'organes qui inquiétait sa famille. Son frère , pressé du désir de revoir sa femme, la belle Yalentine, lui proposa de se dérober à leur suite et de regagner Paris y par les moyens les plus prompts qu'ils pourraient se procurer* Le prince paria 5,ooo livres d'arriver le premier : la gageure fut tenue; on convint de n'emmener qu'un seul chevalier : le roi choisit le sire de Garancière , et le duc d'Orléans le sire de la Yieuville. Les deux frères partiren t le lendemain à cheval , à la même heure , et marchèrent la nuit comme le jour, en prenant des ehevaux frais partout où ils en trouvaient; quand la fatigue les accablait trop, ils se faisaient charrier. Le duc d'Orléans atteignit les barrières de Paris le cinquième jour de bonne heure : on ne comprend pas comment un pareil trajet ait pu se faire en si peu de temps , la poste n'existant pas encore. Le, roi arriva le même jour^ mais tard : se sentant harassé de lassitude non loin de Blois, il s'était couché dans une hôtellerie, y avait dormi huit heures, et en était reparti sans que per^
sonne l'eût reconnu. Quand son frère le vit entrer à T. IV. s
Ïl4 XOOIS BE CLERVOirr.
l'hôtel Saint-Paul 9 il s'écria : k Monseigneur, j'ai gagné la gageure, faites-moi payer! — C'est raison, répondit le roi, et le serez; et le fut. Les dames tournèrent tout ceci en ris, en esbattements; mais bien jugèrent qu'ils avoient eu grand'peine , fors tant que jeunesse de corps et de cœur leur avoit ce bât hire. » ( Froissart )
Cependant l'ardeur que Louis de Clermont avait mise à réprimer les abus de l'administratioa du doc de Berri effraya les autres ministres ; cette austérité ne leur convenait point. Le vigilant chef du conseil voyait toutes les fautes qui se commettaient; mais, aussi timide dans le commerce de la vie qu'intrépide au milieu des combats, il n'osait ni adresser des re* présentations au roi, ni l'instruire de la conduite coupable des dépositaires du pouvoir, lie duc de Bourbon se borna à ne plus se mêler des aCGsiires pi»* bliques ; sa probité tranquille s'accommodait peu da la fierté de Clisson et des intrigues que Noviant^ Larivière et Montagu mettaient en jeu dans le seul but de conserver leurs emplois; il résolut de saisir la première occasion qui lui permettrait de se retirer honorablement d'une cour où tant de choses le cho* quaient : cette occasion ne tarda point à se présenter.
tùCt$ DB OLKRMOirT. Il 5
UVRE m.
RipédidoB do doc de Bourbon en AfKque.
Deux peuples» daoi le quatorzième siècle » exploitaient uns partage le commerce du Levant : les Yéoitieoa et les Génois. Les derniers entretenaient des relations encore plus étendues que celles de leurs rivaux ; mais ils virent enfin le cours de leur prospérité arrêté par les attaques des Barbaresques de la côte d'Afrique, qui couvraient la Méditerranée de corsaires» et pillaient les vaisseaux marchands : les succès augmen* talent l'audace de ces forbans; ib se réunissaient à la pointe de l'Afrique» et envoyaient ensuite des expéditions en Europe. S'étant emparés de la partie orientale de llle de Sardaigne» ils en avaient fait un point d'appui intermédiaire; les mécréants se jetaient sur la Sicile» désolaient les côtes de l'Italie, parvenaient touventjusqu'i la grève de Gênes, et portaient l'effroi au sein de cette riche cité. On les vit entrer dans le port de Marseille , et enlever sur la jetée des habitants qu'ils emmenèrent en esclavage. Comme le frnatisme liait d'une manière intime tous les croyants eu Mahomet» les Arabes d'Afrique voulaient par leurs ravages non«seulement s'enrichir, mais opérer encore une diversion qui pût favoriser les entreprises des
Il6 LOUIS DB CLERMONt;
Turcs y dont les conquêtes resserraient chaque jour l'empire de Constantinople. Adome était alors doge de Gènes; son ambition ne le cédait qu'à son habi* leté. Il luttait depuis dix ans contre une faction puissante, à la tête de laquelle on distinguait les Justiniani et les Fregose. Adorne résolut d'augmenter sa popularité, pour mieux accabler ses rivaux; le moyen qu'il choisit fut de former un vaste plan d'attaque contre les Barbaresques : si l'entreprise réussissait , la gloire devait en rejaillir tout entière sur lui. La république de Gênes ne pouvait mettre sur pied des forces assez considérables pour porter la guerre chez les Africains : en conséquence, le doge résolut de publier une croisade contre les infidèles de Tunis, d'Alger et de Fez. Dans une circonstance semblable on s'adressait d'abord à la France, tou j ours bien fournie d'une chevalerie avide de gloire et d'aventures. Quatre Génois, membres du sénat, arrivèrent à Paris en iSSg, le surlendemain de la rentrée de Charles YI; ce prince les reçut eu plein conseil : ils implorèrent l'assistance de la France contre les Barbaresques, en faisant observer que ces infidèles ne respectaient aucun pays, et que la Provence, dépendante du royaume, voyait chaque jour ses côtes insultées; ib finirent par demander qu'on leur envoyât quatre on cinq mille chevaliers, écuyers ou varlets commandés par un baron du plus haut lignage, et autant de troupes soldées; qu'ils se chargeaient des frais de la guerre, promettant des vivres en abondance, et tout ce que l'on jugerait nécessaire à la réussite de Tezpé* dition.
JU>UI8 DE GLERMONT. îîj
Les ambassadeurs s'étant retirés, le conseil mit QD délibération les demandes des Grénois : il fut décidé, séance tenante, qu'on y aurait égard. Le duc d'Orléans et Louis de Clermont s'offrirent les premiers pour être les chefs de cette croisade : le conseil jugea le premier trop jeune (i); de son côté, le roi s'effrayait à la seule idée de voir le duc de Bourbon s'éloigner de Paris. « Bel oncle , dit-il à Louis de Clermont, vous savez les grandes affaires que nous avons , et aussi à grand' peine les gens qui voulsissent aller si loin; » et lors répondit le duc de Bourbon : a 3 'ai chevaliers et escuyers de mon pays, qui ne me faillirent oncques; » et tant pressa le roi de France son seigneur, qui fut forcé de lui octroyer la licence; et le lendemain vindrent les Géneois devant le roi pour avoir la réponse, et leur dit le roi : « Je vous baille bel oncle de Bourbon pour votre chef, qui est tel chevalier comme vous le savez, et ne vous pourrois bailler un plus grand de mon sang. » A l'heure s'agenouillèrent les ambassadeurs de Gènes devant le roi, le remerciant très-humblement , de ce qu'il leur bailloit le prince que plus ils désiroient. » (Oronvitle, p. 276.)
La nouvelle se répandit bientôt dans Paris et dans les provinces voisines qu'une croisade allait être publiée : la chevalerie ne pouvais modérer son impa-
(i) « Et il fratello del re Ludovico, giovenetto, richiedeya essere faUe capitano di questa impresa; ma parve ai barbi del re di coin« mettere la cosa a capitano vecchio e esercitato, e fu data Fimpresa al duca di Borbon , e la nobiltà di Francia fu molto pronta. >» ( Histolia di Genova. Justtniaoo , libro IV» p. i54.)
lia LOUIS DS CLKRHOHT.
tience; elle accourut de tous lespoitifs, et demâiida à mardiM* sous les bannières de Louis de dermonf* Les temps avaietit changé depuis le premier voyage en Terre Sainte de Pierre l'Ermite : ce n'était pas tumultueusement que l'on formait les armées destinées à des expéditions lointaines. Le roi publia une ordonnance pour régler le mode de renrôlement : nul ne pouvait partir sans la permission du prince , disait l'édit, et qu'il ne passerait aucuns varlets^farâ gentilhomme et gens de fait et de défense. Cbacuii devait prouver qu'il était à même de pourvoir aux frais de cette campagne : par ce moyen on écartait une foule d'aventuriers sans existence positive, qui ne suivaient les armées que pour piller. IjC roi limita le nombre de ces permissicMis j car tous les bannerets voulaient partir : on vit l'amiral Jean de Vienne, déjà vieux, se jeter aux genoux de Charles VI, pouf obtenir la licence d'aller en guerre.
Le schisme déplorable qui déchirait alors TÉgliae n'empêcha pas de prêcher la croisade dans TEurope entière. Chacun des deux papes, Clément VII, Ur* bain VI, fit annoncer dans les États de son obédience, qu'ils accordaient les indulgences et remettaient les péchés à ceux dont le courage se signalerait durant la gu^t*e d'Afrique : c'était déjà une restriction ; car> lors des levées faites par Godefroi de Bouillon et fdns tard par Philippe-Auguste, les papes accordaient les indulgenets indistin<!;temênt à tous ceux qui entreprenaient seulement le voyage,
Louis de Clermont, chef de cette bouillante chevalerie, fît ses préparatifs de départ. D'après la règle
XOmS DE GLERMONT. JI9
qu'il s'était imposée en entrant dans la carrière des armes ^ loin de profiter de sa qualité de prince du .sang pour tirer des grâces du souverain, il ne voulut ^méine pas que l'État payât aucune de ses dépenses personnelles. £n c^te circonstance il aliéna pour la somme de ia,ooo livres son hôtel de Forez, rue delà Harpe, et du produit de cette vente il monta ^es équipagies de guerre* Au bout d'un mois mille ^chevaliers à bannière ou k pennon, cinq cents écujers et trms mille gens de trait se trouvèrent réunis sous ses ordres. La trêve avec l'Atigleterre subsistait encore, ce qui permit au comte de Derbi de venir le joindre à Foniaindaleau , accompagné de six cents chevaliers de son pays; et comme le moindre rassemblement n'avait lieu sans qu'on y remarquât quelques Bretons, les sires de Bieux , de Rohan , de Tintiniac , accouru^ rent escortés de deux cents de leurs compatriotes : on vit arriver pareillement quatre ce^ts écmyers de Flandre et du Hainaut, guidés uniquement par le zèle religieux, car les habitants de ces contrées avaient conservé la foi dans toute sa pureté.
Louis de Clermont se mit en route vers la fin de éévrîer 1 389 (alors le dernier de l'année) avec huit mille hommes; d'autres troupes devaient le joindre en Bourgogne et en Dauphiné. Il traversa la France en se dirigeant sur Marseille , s'étudiant à maintenir la plus sévère discipline parmi ses divisions. Juvénal des Ursins £siit remarquer comme une chose surprenante, qu'elles payaient comptant tout ce qu'on leur fournissait.
Tandis que Louis de Clenncmt gagnait le pays
laO LOUIS DE CLERMOUT.
de Gènes, trois autres expéditions étaient commencées également par des Français. Quantité de barons venaient de s% réunir à Aix pour suivre Louis d'Anjou à la conquête de Naples; un nombre plus considérable encore de paladins , conduits par le comte d'Armagnac, soutenaient en Italie la querelle d'Urbain VI contre les Visconti, Il était de l'intérêt de nos rois d'encourager ces entreprises lointaines : pendant l'absence de cette chevalerie inquiète et turbulente, les lois acquéraient plus de force, l'autorité royale se raffermissait, et la monarchie s'établissait sur des bases plus larges.
Louis' de Glermont arriva sous les murs de Marseille , après deux mois de marche : les habitants le saluèrent de mille acclamations; chacun d'eux espérait que, grâce au courage de ces guerriers réunis sous les enseignes du prince français, le commerce de la Provence serait délivré pour toujours de la fureur des Maures qui portaient le fer et le feu jusque dans leur cité. Oronville, assez exact dans les détails, rapporte un fait qui atteste les progrès de l'administra* tion militaire : pendant leur séjour à Marseille, les chevaliers reçurent des billets de logement, on les plaça dans les meilleures maisons, suivant le nombre d'hommes que chacun d'eux menait avec lui, ce qui établissait alors les distinctions; car les grades n'exis» taient point : on ne comptait que trois dignités militaires , le connétable , le maréchal , et le grand-maître des arbalétriers. Louis de Glermont fît la montre des troupes réunies sous ses ordres; il trouva deux mille chevaliers à bannière ou à pennon, sept mille écuyers,
XOUIS DE GLERMONT. lai
cinq mille gros varlets, arrière-vassaux des nobles, armés à la légère , et trois mille gens de traits^ soldats salariés, la plupart Gascons; en tout, dix-sept mille lances ou épées.
Parmi les hauts barons on distinguait Charles, fils du duc de Lorraine , Tamiral Jean de Vienne , le comte àe Derbi , le comte d'Eu , Guillaume de la Trémouille, Guillaume de Hainaut; parmi les bannerets, les sires deLignac, de Hangest , Hélion d'Hainuyers, de Ligni, de Matefalon, de Culan, de Linières, de Thiret Damerai, Gauthier de Champeron ,* Jean de Châteaumorand^ le sire de Lucassière (c'est Foulques de Courtarvel, mort en i4oa), Jean d'Acy, Philippe de Sancerre, Pierre de Roussy, Jean le Barrois, Guillaume de Morles, Longueval, Jean de Roye, le sire du Roure, d'Aunay, d'Âusemont, Jean de Beaufort, Jean Leboutillier, Jean de Crama, le Souldich de Lestrade, Jean de Harcourt, le dauphin d'Auvergne, Bethancourt, Chatellux, Pierre de Rohan, Gillede Rieux, Tintiniac, Lebègue de Beaussé, de Saint-Germain, Philippe de Bar, Robert de Calabre, vicomte de Seez, le sire de Montagu, le sire de Villeneuve, Raoul de Couci (qui n'était pas Enguerand de Couci, comme quelques historiens l'ont cru).
Le quinzième jour après son arrivée en Provence, le duc de Bourbon se rendit en grande pompe à l'église de Saint-Joseph et y consacra une armure complète, en faisant vœu de ne mettre pied à terre qu'à Marseille, lors de son retour de la guerre d'Afrique. Les vingt-deux galères génoises destinées à trans?porter les soldats furent disposées de manière à loger com-
laa LOUfft BE CLBAMOFR
modémeni tout le inonde; rembarquement s'opéra sans confusion , chacun se trouva placé sur les navires comme par enchantement. Le prince n'emmena que mille deux cents chevaux; il acheta dans le Ijangue* doc , aux frais de la république de Gènes ^ deux mille tonneaux de vin y cent tonneaux de viande fiimée^ quatre mille charges de froment pour faire du biscuit^ et deux mille volailles destinées aux malades : vingt navires légers portaient ces provisions. Avant de lever Tancre, le duc dépécha son chambellan à Avignon pour supplier le pape de vouloir bien donner sa bé« nédicliou aux troupes partant pour aller combattre les infidèles. Le pontife remit à l'envoyé le bref par le-» quel il donnait la bénédiction demandée.
Enfin, au commencement de juillet iScjo, oncin* gla vers les côtes d'Italie : le général ordonna que pendant la traversée les vieux guerriers instruiraient les bacheliers des devoirs que leur imposait le métier des armes ; et lui-même tint à son bord une école de guerre, où il se faisait admirer par son éloquence et son rare savoir. La flotte arriva en peu de jours dans le golfe de Ligurie : la descente eut lieu près de Rapt palo. Le duc de Bourbon ne permit pas que ses soldats entrassent dans Gènes, une des villes les plus opu« lentes de l'Europe, et par conséquent une des plus corrompues; il s'y rendit accompagné de quatre ba* rons seulement, le comte de Derbi, les sires de Lestrade, de Couci et de Rieux : il ne demeura à terre que le temps indispensable pour s'aboucher avec le doge et le sénat, à l'effet d'arrêter d'une manière définitive les mesures indispensables pour assurer le
SOirCS BB GLERMOIfr. i&3
succès de l'espédition. On lui remit des proTi&ions fraîches et des liqueurs fortes, dont Tusage ét^it re« comâiandé dans un pays brûlant, afin de riparer les pertes otcaâonnées par d'abondantes sueurs. Ces précautions décelaient un esprit de prévoyance inconnu jusqu'alors , et annonçaient que le chef de Tentreprise ne voulait tien négliger pour 9t mélia^r des chances favorables.
Louis de Clermont passa une dernière revue; son armée^ accrue de quintse cents Espagnols et de neuf mille aiiialétriers fournis par la r^ublique, présentait un effectif de trente mille hommes, dont un tiers était français, un tiers génois, et l'autre tiers se composait d'Espagnols, d'Allemands, d'Anglais et de Flamands: le duc de Bourbon fut soiaineliement proclamé gênératissime de cette croisade. La flotte, composée de quatre-vingts vai^eaux ou galères et de trente bâti^ ments légers qui portaient les bagages ainsi que les provisions, avait pour amiral Juan Centurione, patricien gén<Ms, surnommé Ultramarino à cause de ses ex«ploit» d'outre^mer. Au moment du départ , une vive contestation s'éleva parmi les croisés au sujet d'une pratique religieuse. D'après l'uss^e suivi dans toute là chrétienté, on bénissait les vaisseaux lorsqu'ils levaient l'ancrepour un voyage de long cours. Louis de Clermont ordonna à ses chapelains de donner la bénédiction ; mais les Génois se récrièrent, en refusant de la recevoir des prêtres français , partisans de Wn^ tipape Qément VU *, ils furent soutenus par les AK lemands et 1^ Espagnols, et demandèrent que des gens de teur nation /étissent chargés de c^tecérémo-
1^4 LOUIS DE CLEltHONT.
nie. Les Français réclamèrent à leur tour, en repous<* sant comme schismatiques les ecclésiastiques italiens vivant sous Tobédiencede Tantipape Urbain YI. La querelle s'échauffait, et Ton fut au moment de voir des chrétiens armés pour la défense de la foi se battre entre eux, au sujet de deux pontifes illégitimement élus. Le duc de Bourbon, avec sa sagesse accoutu^ niée, fit cesser ces débats en ordonnant que chaque nation recevrait la bénédiction de ses prêtres respec* tifs; ce qui était d'autant plus praticable, que les soldats d'un pays montaient les mêmes vaisseaux : il défendit, sous des peines très-sévères, d'engager au*» cune discussion sur des matières religieuses.
La flotte prit le large le 1 5 août , et passa devant Gènes; jamais le peuple de cette ville n'avait été témoin d'un spectacle aussi imposant : l'éclat de$ armes éblouissait la vue; les bannières placées sur le pont, voltigeant au gré des vents, produisaient un effet merveilleux ; les chants d'allégresse des habitants cou« vrant le rivage se mêlaient aux sons des instruments de guerre ; le zéphyr enflait les voiles et poussait les vaisseaux sur une mer légèrement agitée. Mais le temps ne tarda pas à changer : des tempêtes épou* vantables accueillirent les chrétiens à l'entrée du golfe du Lion; la flotte, au lieu de prendre la route de l'île d'Elbe, doubla le cap de Calvi ; enfin , longtemps dispersés par les ouragans, les navires parvinrent à se rallier devant Âlghieri sur les côtes de la Sardaigne : ils y relâchèrent. Le péril que l'on venait de courir, la vue des vagues courroucées contre lesquelles Tin* trépidité des hommes est impuissante, avaient déjà
refroidi le zèle des croisés : un assez grand nombre d'entre eux descendirent à terre, en déclarant qu'ils renonçaient à poursuivre l'entreprise. Louis de Clermont les réunit sur le rivage , et employa pour les émouvoir tout ce que l'honneur lui inspirait; il parvint très-di£6cilement à leur faire abandonner une si funeste résolution : <c mais le vaillant duc de Bourbon si doucement les confortoit et donnoit courage^ que tous délibérèrent de le suivre, rentrèrent dans leurs vaisseaux et voguèrent en mer* » (Juvénal des Ur* sins, p. 8i. )
Enfin les vents s'apaisèrent, la flotte reprit la pleine mer entre Cagliari et File de Minorque, arriva à la hauteur de Bougie , et longea ensuite la partie orientale de l'Afrique. A l'aspect de ce nouveau continent, de ces côtes couvertes des ruines d'anciennes cités, les chrétiens, naguère rebutés, passèrent d'une extrémité à l'autre, et, dans leur enthousiasme, ils voulaient descendre à terre sans plus attendre et s'emparer des villes qui se présentaient devant eux. Afin de contenir l'extrême ardeur des chevaliers, Louis de Clermont se vit obligé d'employer autant d'instances qu'il en avait mis les jours précédents pour relever leur courage abattu ; mais le plan de la campagne arrêté dans le sénat de Gênes prescrivait de ne débarquer que près du golfe Hamamest , devant une ville désignée par Froissart sous le nom d'Africa(i) : sa position maritime la rendait très-favora-
(i) Yillaret, Daniel et les historiens plus modernes prennent le nom d'Africa pour une erreur, et disent que la ville dont Froissart Tent parler était Tancienne Carlhage; mais il est de toute notoriété
ia6 xouift DS GLiRMOirr.
-bie aux expéditions des Barbaresques ; Us en &iMiènt le boulevard de leurs forces militaires, et l'entrepAt de leurs marchandises : c'est de ce lieu que partaient tous les armements; c'est là que tout le butin venait se réunir en commun, et qu'on le partageait. Cest aussi là qu'on voulait avec raison porter les plus grands coups. Les Arabes, bien persuadés qu*Afriça serait le premier point attaqué , y avaient mis une garnison de dix mille hommes : les habitants, la plupart pirates , se regardaient comme les meilleurs défenseurs de leurs remparts. Les beys de Maroc, de Fez, de Boujie et de Bonne, avaient envoyé des contingents destinés à former une armée capaUc de couvrir la place et d'empêcher le débarque* ment. Ces forces réunies s'élevaient à quarante mille combattants : le bey de Tunis les commandait en chef.
En apercevant les voiles chrétiennes, ceux d'AfrIca frappèrent stir des tamtanty instrument de métal dont le bruit retentissant s'entendait fort au loin: c^étatt le signal convenu pour avertir l'armée de l'approche de l'ennemi. De leur côté, les croisés poussèrent des cris dejoieàla vue d'une ville qui paraissait florissante, et dont ils regardaient la conquête comme assurée: enfin les pilotes génois conduisirent la flotte vers le lieo
que la rivale de Rome n'existait plus , et que Too oe bâtit jamaif d'autre ville sur ses ruines. Ne vaudrait-il pas mieux s'en tenir au texte de Frolssart , et adopter l'idée que ce ae pouvait être qa'Apbrodisium, située à vingt lieues d'Adrumetum, avec laquelle on la confond souvent? Au reste, cette ville d'Africa , rtfag^ des Barbaresques, était devenue fort peu de chose lorsque Chavlet-Qoiot la dé» truisit entièrement.
connu pour le plus propice au débarquement : mais les habiles le couYraient en entier, et leur attitude m^fiaçante annonçait qu'ils ne laisseraient pas aborder ûopunément. Le duc de Bourbon voulut que l'on approchât à portée de trait, pour mie«rx observer la position des infidèles ; il s'aboucba avec l'amiral gé« noiSy durant ol^enir de lui des rensetgoements positifs siv les moeurs et k manière de combattre de ces peuplesL Centurione faisait depuis vingt ans la guerre contre eux ; on l'avait vu souvent porter la terreur jusque sous les murs d'Africa : [^usieurs fois il avait battu les Maures en rase campagne : «c Sire de BcHirbon , dit-il au général, vos soldats ne doivent pas se laisser étonner par tes cris confus de cette multitude rassemblée sur la plage ; ce ne sont pas des hommes aifôsi redoutables que les Turcs de l'Orient ; ib n'attendent pas leur ennemi de pied ferme; ik fuient d'abord, mais ils reviennent ensuite plus prompts que la foudre; ils assaillent leur ennemi au moment où celui-ci les croit bien éloignés; ils ne connaissent point les pesantes armures, couvrent leurs corps et' une tunique de cuir bouilli difiQciie à percer, et portent un bouclier de tôle long, et pointu d'un bout. Ces Arabes sont si agtf es, qu'ils parvien* nent à éviter les traits de nos arbalétriers : en les voyant partir, ils se jettent à terre, se relèvent suc* cessivement, arrivent sur l'homme par bonds et le frappent de leur javdot. »
Louis de Ciermont prit les précautions les plus sages pour effectuer la descente : il fit embosser la flotte, mettant en première ligne les vaisseaux por->
ia8 LOUIS DE CLBRMOim
tant des machines de guerre et les canons en bois cerclé. Tous ces engins commencèrent à jouer, en lançant sur la ville des quartiers de pierre et des morceaux de fer. Les Africains, dit Froissart, répon* daient également par des canons , moins bien servis cependant que ceux des chrétiens. Durant cet enga* gement, des brigantins chargés de troupes longeaient le rivage; le débarquement s'efFectua au son de mille instruments et sous une nuée de traits qui obscurcissaient Tair. Les Anglais eurent l'honneur d'aborder les premiers y le jour de la Magdeleine iSgo^les Français prirent terre après eux. Louis de Clermont de»* cendit avec les dernières divisions; il marcha aussitôt à la tête de la moitié de l'armée contre les Maures, qui, à l'aspect d*un déploiement de forces aussi con* sidérable, avaient reculé vers la ville : on leur livra sur toute la ligne un combat court et meurtrier. Les Africainsne purent résister à la tactique européenne, qui avait fait des progrès notables ; mais ils se bat« taient avec plus d'acharnement que les chrétiens. On en vit qui, percés de flèches, combattaient jusqu^à ce que la perte de leur sang les eût entièrement épuisés; d'autres, traversés par l'épée des chevaliers, au lieu de reculer, s'enferraient davantage pour atteindre leur ennemi et le frapper avant de mourir. Le duc de Bourbon rompit les rangs des Maures, et les contrai* gnit d'abandonner le champ de bataille : cent vingt ans auparavant, Louis IX expira sur ce même sol, après avoir également terrassé les ennemis du Christ. Les Arabes, repoussés et battus, allèrent se ren* fermer dans Africa.Le premier soin du général fran«
LOUIS DB CL£RMONT« f 0^
çais, à l'issue de cet avantage signalé, fut de créer beaucoup de chevaliers , selon la coutume du temps : les jeunes écuyers demandaient Tordre à grands cris j plusieurs, grièven^ient blessés, voulaient recevoir l'accolade avant d'expirer. Plus de quinze cents che*^ yaliers furent institués dans cette circonstance.
Louis de Glermont s'occupa ensuite d'asseoir son camp, ce qui n'était pas l'objet le moins important; il s'était muni à Gènes de tentes faites en toile très* épaisse , capable de garantir les soldats des ardeurs du soleil; il en établit un triple rang à six cents pas de la mer, de manière à conserver libres ses commu* nications avec la flotte : il se plaça au centre, mit le comte de Derbi à l'aile droite, et le sire de Lestrade à Taile gauche. Chaque tente contenait un nombre ^al de soldats; elle se trouvait sous le commande* ment des deux chevaliers dont les bannières flottaient à l'entrée, ce qui servait à désigner les quartiers. Les Génois formaient en avant une ligne courbe qui, dans son étendue, enfermait le camp par un cordon dont les extrémités venaient toucher le rivage dans la forme d'un arc. Des navires de Candie, de Malte, de Sicile, n'étaient occupés qu'à porter des vivres frais, de sorte que l'abondance régnait parmi les troupes expéditionnaires. Néanmoins l'ardeur du climat ne tarda pointa dévorer quantité d'hommes : l'eau manquait; on avait à combattre les mêmes difficultés dont Louis IX fut la victime. Il importait de pousser l'entreprise avec le plus de célérité possible : le point capital était d'amener les Africains à des réparations envers la république, à les obliger de contracter
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l'obligatioa de cesser leurs ravages sur Içs côtes de rEuropCj et de ne plus insulter les navires cbrétiensi. Louis de Clermont espérait que le déploiement d^ forces aussi considérables déterminerait les infidèles à conclure la pai« sans en venir à des hostilités ouvertes. Il voulut donc tenter la voie des négoi^iatiom avant de commencer le siège d'Africa : la conquête de ce boulevard semblait être le principal but de TexpéditioB. T^e général français envoya un chevalier pour sommer le gouverneur de rendre la place, pt (l'embrasser la religion chrétienne : Louis IX avait voulu pareillement convertir le bey de Tunis. Voici, d'après Froissart, le sens de la réponse que fille Turc : « J'ai depuis cinquante ans la garde de eetle ville; je ne déshonorerai point ma longue vie par une lâcheté. Quant à l'abandon de ma croyence, c'eqt encore moins facile : je ne me trouve nullement die» posé à embrasser une religion que j'ai appris k dé* tester depuis mon enfance. » Le ton de oes paro* les ne laissait aucun espoir de conciliation; on dut commencer le siège. La ville, de forme triangn» laire, adossée à une chaîne de montagnes , se trau» vait environnée de murailles excessivement épaisses et assez élevées : des tours placées de distance en distance se défendaient mutuellement; chaque saiKlant se terminait par un fortin; les maisons^ tvès» basses y pratiquées dans le roc, ne dépassaient point les créneaux , de sorte qu'au premier aspect on aurait pris la ville pour une large plate-forme. Les portes, à l'exception d'une seule, étaient murées; il n'existait' pas de fossé.
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On débuta par un assaut général, ou plutôt par uae Qsetlade; <iar les coups des machines de guerre ne pro^ dqîsaiwt aucun effet sur cette masse de travaux ex^ térieurs. Les Génois, portant âe longues échelles^ s'ayancèrent les premiers; Louis de Clermont les soutenait à la tête de divisions d'Anglais et de Français. Les Génois appliquèrent les échelles, mais la plupart de cQs machines se trouvaient trop courtes ; peu de monde pouvait à la fois atteindre les remparts. Les Arabes couvraient les murailles, et repoussaient vailkunment ceux qui parv^iaient aux créneaux. On livia sans succès quatre assauts consécutifs. Le duc de Bourbon, ayant abandonné Fusage des échelles, assembla un conseil de guerre afin d'aviser aun moyens de tenir l'ennemi éloigné des bastions, pendant que les chrétiens monteraient à l'assaut. On résolut de construire, en se servant des grosses poutres dont l'amiral génois s'était pourvu, une maison à triple étage , sur le modèle des tours des ancieiis. I^es ouvriers génois déployèrent une habileté remarquable dans la construction de cette machine, au moyen de laquelle on espérait balayer les mura et favoriser l'assaut par escalade : mais on commît la faute d'approcher cette tour trop près de la lâle; les Africains , à l'aide de crocs de fer, la renversèrent et la dépecèrent en quelque sorte dans l'espace d'une nuit. Cet échec ne rebuta pas les assiégeants. Les ingénieurs italiens construisirent un pont vetan^ lequel, en s^appuyant d'un bout sur une plateforme mouvante, devait porter de l'autre sur lin des aogles de la muraille et offrir aux assaillants un
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passage assuré. Cette tentative ne réussit point : le pont ne présentait pas un débouché assez large ; ce n'était qu'un défilé très-étroit, dont les assiégés pouvaient facilement défendre la sortie. Deux écuyer» normands, ayant voulu essayer de passer, périrent victimes de leur intrépidité : l'un fut précipité dans la mer du haut d'une tour, l'autre fut pris et massacré; les Sarrasins envoyèrent^par des pier« riers , sa tête ainsi que ses bras dans les lignes des chrétiens.
Le gouverneur d'Africa déployait d'autant plus de vigueur dans sa défense ^ que des messagers lui annonçaient chaque jour l'approche du bey de Tunis , qui arrivait suivi de quarante mille hommes, dont dix mille de cavalerie. Ces forces accouraient pour faire lever le siège : les chefs maures de Fez, de Ma« roc, de Boujie, avaient envoyé leurs contingents des divers points de l'Afrique, dans l'intérêt de la cause commune; car l'islamisme menacé trouvait toujours de nombreux défenseurs. L'approche de cette formidable armée, en relevant le courage des assiégés, abattit celui de leurs adversaires; ces chevaliers, pleins d'ardeur au moment du combat, se rebutaient facilement lorsqu'ils calculaient les diffî* cultes : l'entreprise commencée depuis une semaine leur en montrait d'insurmontables; tous s'écrièrent hautement que, vu l'impossibilité d'enlever la place, il fallait retourner en Europe. Les Génois, dont on défendait principalement la querelle, adoptèrent sans pudeur cette opinion. Louis de Clermont s'en indigna : <c Je ne veux pas, dit-il dans le conseil, deve-
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nir la fable de la chrétienté en quittant rAfrique si brusquement lorsqu'à peine nous y avons pris terre; si les obstacles sont réellement de nature à ne pouvoir être surmontés , l'honneur nous fait une loi de pousser plus loin l'entreprise, et de préparer notre retraite par quelque exploit dont le souvenir puisse se perpétuer. » Ce discours calma les esprits; le duc de Bourbon fit rentrer les chrétiens dans le camp , et abandonna momentanément le siège pour tourner ses efforts contre l'armée du bey de Tunis, qui se tenait en observation k une lieue d'Africa. Ne voulant pas s'enfoncer dans les sables , le prince français se contenta d'envoyer deux divisions sous les ordres des sires de Chastellux et de l'Anglais Cliffort, pour engager une escarmouche avec l'ennemi , afin de l'attirer vers la grève. L'action fut vive; les Sarrasins vinrent assaillir les chrétiens par nuées, mais on les battit complètement : Chastellux et Cliffort regagnèrent les lignes sans avoir essuyé aucune perte. Les Maures, irrités de cet échec, ne laissèrent passer aucun jour sans venir attaquer le camp. Dans l'intervalle de l'une de ces escarmouches, Louis de Clermont reçut une ambassade des chefs musulmans. Un truchement arriva de la part du bey de Tunis pour faire une communication au général des chrétiens; le duc de Bourbon le fit introduire dans sa tente, et y appela ses principaux officiers : « Je viens au nom de mon maître, dit l'envoyé, savoir pour quel motif les chrétiens sont venus attaquer les Africains , qui n'ont jamais eu rien à démêler avec eux. » On aurait dû lui répondre : « Nous sommes venus pour venger
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les ravages que vous ne cessez de comnfiettre sur les côtes (leiltalie, de l'Espagne ^ de la Provence; pour rendre la liberté à notre commerce , pour arracher de vos mains des milliers de nos frères qui gémissent dans Tesclavage. » Ces motifs existaient alors, on en aurait difficilement allégué de plus légitimes; mais il n'était pas dans les mœurs de ce siècle de traiter les
affaires de cette manière. Si l'on en croit «.«,«o«>»«i.y Ju vénal des Ursins et le moine de Saint-Denis, on se rejeta sur des dissertations religieuses, et Ton se së^ para sans s'accorder.
Louis de Clermont avait fait élever des palissades capables de contenir les charges de cavalerie; les Génois, à couvert derrière ces remparts de bois, abattaient les Maures, et leur faisaient éprouver des pertes continuelles : ces pertes étaient facilemetit ré^ parées par l'arrivée successive des Kabiles, des Bé^ douins qui accouraient de l'intérieur des terres. Ce genre de guerre durait depuis quarante jours : les Arabes refusaient d'engager une action générale avec des ennemis dont ils redoutaient l'habileté dans Tàrfe militaire; ils voulaient seulement les tenir en haleine, et les vaincre par la fatigue. Déjà les maladies se éé^ claraient dans le camp des croisés; la chaleur accà^ blante les énervait; les hommes dépérissaient k vue d'œil : de nouvelles tentatives avaient échoué; tout faisait présumer que l'on serait obligé de reprendre la nier sans avoir planté l'étendard de la croix sur les remparts d'Africa. Louis de Clermont, jaloux de soustraire à une mort certaine le reste de sort afttiée, tenait néanmoins à faire excuser la non-réussite As
tOUlS D£ GLERMONT. l5&
cette expédition par quelque fait d'armes que la re-^ itommée s'empresserait de publier : il prit une de ces résolutions hardies dont là seule conception décelait tin vaste génie.
Les Africains savaient que les chrétiens redoutaient la chaleur beaucoup plus que les javelots enbemis, et, dans Cette persuasion , ils se livraient avec sécurité âtfl douceUWS du sommeil pendant les heures où lé soleil est le plus brûlant : les Maures ne doutaient pas (faé Tardeur de cet astre he les gardât mieut que tous les postes avancés. Contre leur calcul , Lotiis de GlerttiDnt conçut le projet de les attaquer ^ut Ife tiiîdi, précisétnént à l'heiire où Pair est le plus enflamthé. Il fit part de soii dessein aux principaux croisés, leur moiltira la fin de leurs travàtix , et la gloire qu'ils allaient Retirer du succès : sa voix pénétra dans tous le* ôœurs; elle releva les doûra^ àbâtttis. L'idée d'affronter de nouveaux datigèrs , de vt)lër à des triomphes , ranima des hommes affaissés. Lé dtlc de Bourbon ednfia la garde du camp au sire Raoul de Couci, en hri laissant deux mille archers ; il plaça deVâiit là Tille, afin dé conletiif lès assiégés^ une divifeibri de ^Btte mille hommes , côttimandée pslr le dômte d'Ed. Le prinfce sortit de ses lignés avec qtiîtiise iriille conlbàttatits , tous à pied : c'était l'élite de ses troupes. U les divisa en quatre corps , à ïa tête desquels furent placés l'amiral de Vienne, le comte de Derbi, les sires de Lestrade et de TEspinasse. 11 garda autour de lui les officiers de son hôtel : Châteaumorand , Saint-Priest, leBarrois, la Vieuville,Lèborgne, Chastellux et Robert de Damas, portant sa bannière. Lé
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chef des croisés partit sans se faire précéder d'une avant-garde; le terrain lui permettait de se déployer en avançant. Sa marche fut rapide, mais ferme, imi<* forme; il franchit l'espace qui le séparait de l'armée africaine, et fut assez heureux pour écraser les premiers postes sans leur laisser ie loisir de jeter l'alarme; il envahit le camp, où tout était plongé dans la sécu* rite la plus parfaite. Jamais surprise de nuit i\e réussît mieux. Ces quinze mille chrétiens tombèrent toua ensemble au milieu des tentes , et commencèrent le massacre. Les Arabes poussaient des cris affr^Éu*; doués d'une agilité surprenante, ils se trouvèrentwi peu d'instants, et comme par enchantement, hors du camp : mais on les serra de trop près pour qu'ils eussent le temps de se servir de leurs flèches; on ea tua des milliers avant qu'un seul d'entre eux eût pu lancer son trait. Louis de Clermont, conservant un sang-froid admirable au milieu démette scène tumut tueuse, rallia son armée au centre du camp, forma de nouveau ses rangs; et, afin de donner quelque repos à ses soldats harassés de fatigue, il n'employa alternativement qu'une seule division pour combattre les musulmans qui, ralliés dans la plaine, faisaient les démonstrations d'une attaque prochaine. Après quelques instants d'engagement, la division, relevée par une nouvelle troupe, venait se rallier au reste de l'armée. Cette manœuvre, exécutée avec précision, dirigée par Louis de Clermont en personne, procura une heure de repos aux croisés, et les sauva d'une ruiue certaine en leur fournissant les moyens de reprendre , baleine sous les tentes des Maures, et d'étancher la
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soif grâce aux fruits qu'on y trouva amoncelés. Enfin ^ le combat cessa sur tous les points ; les Bédouins, pre^ nant la.fiiite, regagnèrent le désert : mais, deux heures après, on aperçut un épais tourbillon de sable qui s'avançait rapidement^ c'était la cavalerie arabe con* duite par le bey de Tunis en personne : cette troupe avait été obligée de s'établir à une lieue en arrière, au pied»des montagnes qui couvrent Âfrica, le seul endroit capable de lui fournir l'eau nécessaire pour abreuver ses chevaux.
A^ succès que l'on venait de remporter mettaient lei chrétiens en position de pouvoir, sans désavantage, recommencer la lutte; ils s'y préparèrent sans crainte. Le duc de Bourbon mit à l'entrée du camp les archers génois, les plus propres pour arrêter le premier élan de la cavalerie ennemie; il disposa ensuite le reste de son armée sur les quatre faces, afin que les infidèles n'eussent accès d'aucun côté. On fut bientôt à même de reconnaître l'excellence de cette précaution, car ces dix mille hommes de cavalerie se partagèrent, en arrivant impétueusement, pour forcer l'enceinte sur quatre points , mais ils furent repoussés partout : les chevaliers, les laissant approcher, plongeaient leur longue épée dans le poitrail des chevaux^ ou leur brisaient la tête à coups de masses d'armes. Les charges se répétaient sans interruption ; le courage calme des chrétiens, l'ordre qu'ils observaient dans cette position difficile, vainquit les assaillants. Au bout de deux heures cette nuée de cavaliers, diminuée de la moitié, s'aggloméra une seconde fois sur un des flancs des croisés, et détermina son
lâ8 LOUIS DE CLSEMOirr.
mouvement de retraite. Louis de Clermont s'élança vers les Africains, au moment où ils passaient assez près d'un des angles du camp ; il porta la terreur dans les rangs , et obligea les Kabiles à précipiter leur fuite. La victoire avait été complète ; les infidèles l'avaient vaillamment disputée : des milliers se firent tuer soub les tentes sans vouloir les abandonner. Ils y laistôrënt^ ainsi que dans la plaine y quatorze mille des leurs ; les archers génois leur avaient causé une perte cimmàè^ rable. Avec quinze raille combattante , le duc de BmiN bon en avait battu quarante mille (i), s'était emparé de leurs bagages ainsi que de leur camp. tJn pareil triomphe devait l'enol^ueillir ; on en était redevable à sa vaillance 9 autant qu'à son habileté : mais 1111 f^sultat considérable ne pouvait s'acquérir qu'au prit de grands sacrifices. En formant ses divisiobs, le prince vit la perte cruelle que l'armée venait d'esSUye^ î te nombre des morts s'élevait à deux mille, parMi lèS* quels on comptait les sires de Voilly, de Garet, éè Blot, de Bellefayè, Gnichard de Mallet, Géofh)i db la Salle, Yon de Chollet, Guy de Chollet, Jean Périér, Robert de Hangest, Geofroi de Dinan, Gui d'Andôli** reau, Jean Desilles, Jean de Trye, Machecôl, EcRsfia-* che de Mailly, Bertrand de Chevreuse, Guy de VafCEê, Etienne Duport et Alain de Champîgny. Le site de Rieux fut grièvemeht blessé; quantité de chevaliers moururent de chaud , accablés sous le poids de lèut^ armes : ils expiraient en jetant du sang par la bouche et par les oreilles. Au nombre de ceux qui périMnt
(i) Oronville dit soixante mille/ Froissart cinquante mille; mais il faut toujours rabattre de ces sortes de calcub.
liOUIS DE CLERMONT. iSg
ainsi on comptait le sire de Clairveauz , Robert de BbiUardety Amauri de Graon, Charles d'Uxdles, Bobert d'Haroourt, Jean de Greuillj, le ticomie fl'Uiea^ Robert Dumont, Perducat dé Sévastre, Mi«^ gnotel, Leborgne de Gluis, Philippe de Hodenc^ Robert de Renneval, Robert de Preuilli j Denis Duval^ iMn Auger et Philippe de GhauTtgni. ( Le moioe de SûBt«I>ems^ liv. II, p. 1914)
%m duc de Roorbon^ voyant la nuit s'approcber^ songea à regagner ses lignes ; il fit mettre le feu aux tenles des Maures, ce qui occasionna un embrasement effiroyable : ceux d' Africa le contemplaient du haut de kois morailles, ett poussant des cris aigus. Le prince finançais se replia en bon ordre , emmenant ses blessé* et quelques prisoniiiérs. Le lendemain de cette victoire, il reçut un houveau message des chefs de faniée musulmane : l'envoyé demandait à parlei* an gâoéràlissime en particulier; mais Louis deGlër*» Inoiit ne voulut Tadmettre qu'en présence des officiers de Son hôtel. Les beys offraient de traiter séparément avee le duc, lui promettant les t-éparations qu'on exigerait : TAfricain alléguait que la Franc* n'at^if tiulletflent à Sé plaindre de!^ Tutiisietis , puisque pas Ufi de ses Mjets ne se trouvait au pouvoir des . (^ciefS de la régetite.
U était facile de toîr que ce message h'avait pour but que de détacher le général français des. Génois et des autres confédérés. Le duc répondit que, décidé à ttë point Séparei^ sa cause de celle de ses alliés, il pôiis* serait Tentreprise jusqu'au bout, afin de contraindre te bey de Tunis à donner i^éparation aux puissances
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(le la chrétienté. Le croirait-on? tandis que ce prince déployait tant de générosité, tant de délicatesse , la république de Gènes acceptait de son côté les propositions des Maures , et traitait secrètement avec les Barbaresques. (Lacroix, Hist. de Gènes , 1. 1, in-ia^ p. 4oo.)
Les avantages remportés par Louis de Clermont et sa réponse énergique effrayèrent les musulmans, qui résolurent d'éloigner à tout prix des ennemis aussi redoutables. Ils considéraient que si les chrétiens parvenaient à passer Thiver sur les côtes d*A« frique, indubitablement d'autres Européens vien-. draient les joindre au printemps suivant; ce qui les mettrait à même de prendre des places fortes, et de pousser leurs excursions jusque dans l'intérieur des terres : c'est ce que les infidèles redoutaient le plus* De son côté, le généralissime des croisés voyait dépérir son armée : il savait que l'automne, fort prochain, serait aussi fatal à ses troupes que les grandes chaleurs; car les pluies continuelles, succédant à la sécheresse, engendraient des maladies mortelles. Les tempêtes , qui désolaient ces parages vers l'équinoxe , avaient déjà forcé les navires génois, vénitiens et siciliens, à se réfugier dans les ports; déjà les vivres devenaient très-rares, ils pouvaient manquer totalement. Ces divers motifs lui firent accueillir les nouvelles propositions du bey de Tunis. Le prince français dicta luimême les conditions du traité de paix; il consentit à quitter l'Afrique pourvu que les Barbaresques prissent l'engagement de ne plus exercer leurs ravages sur les côtes de la Provence, de Naples et de toute
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ritalie; qu'ils mettraient en liberté les esclaves chrétiens; qu'ils payeraient sur-le-champ 10,000 besants d'or pour les frais de la guerre , et pendant quinze ans un tribut annuel à la république de Gènes, en réparation des dommages causés par eux au commerce ligurien (i). Le duc soumit le projet de ce traité à la sanction des principaux officiers de l'armée , aux sires de Couci, de Rieux, d'£u, de Saint-Priest, de Graville, de Châtillon , de Lestrade, de Chastellux, de Cliffort, ^u comte de Derbi : tous ces barons l'approuvèrent, en déclarant que , suivant eux, cette expédition devait être regardée comme très-glorieuse, et qu'ils n'auraient jamais cru qu'elle pût avoir une issue aussi satisfaisante. Le duc de Bourbon avait exigé que les 10,000 besants d'or fussent livrés avant son départ. Lé bey de Tunis s'adressa , pour former cette somme en numéraire, à des négociants catalans, napolitains et sardes, lesquels, établis dans la ville d'Africa, profitaient des prises faites sur les chrétiens par les pirates. Ce£.marchands résistèrent plusieurs jours aux sommations des beys ; il fallut en venir aux menaces pour les engager à fournir cet argent. Les 10,000 besants furent enfin apportés dans la tente de Louis de Bourbon , qui les employa à payer la solde des troupes salariées marchant sous ses ordres : il distribua le reste aux chevaliers ou écuyers les moins riches.
Trois jours après, la flotte se remit en ligne devant le rivage; on disposa les navires pour recevoir les croisés. Tandis que ces préparatifs se poussaient avec
(i) Froissart, liv. IV.
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ardeur, on vit approcher une division asseï nom-* breuse de cavalerie maure, qui s'avançait lentement, à mesure que les chrétiens montaient sur les vaisseaux. Le duc de Bourbon connaissait le caractère perfide de ces peuples, et, voulant se mettre en sarde contre quelque surprise , il fit cacher six cents hom* mes derrière une vieille muraille, reste d'une ancienne jetée qui s'étendait jusqu'à la mer; il se mit à la tète de cette division pour attendre Tennemi. En vain le sire de Couci lui représenta que ses fonctions de g^ néralen chef imposaient d'autres obligations an due de Bourbon, et qu'il devait laisser à un de ses officiers le soin de repousser cette cavalerie ; mais le duc per* sista à quitter le dernier le sol africain. Il ne tardft point à s'applaudir d'avoir pris d'aussi sages mesures : car les Arabes, ne voyant plus sur le rivage que le quart des troupes européennes, fondirent de8sa9 bride abattue , en poussant des cris horribles^ voulant, nu mépris de tous les traités ^ venger par une perfidie la honte de leur défaite passée; mais au moment où ils se précipitaient sur les chrétiens rangés le long de la plage , le duc de Bourbon , jusqu'alors caché k tous les yeux, sortit de son embuscade et s^élança aa milieu de cet essaim de cavaliers. Le courage et la discipline des Français triomphèrent de cette multitude de barbares; les chevaliers coupaient les jarrets des chevaux à coups de hache d'armes. L'épouvante s'empara des Kabiles : ils regagnèrent le désert , en laissant sur le rivage un millier de morts; on leur prit quelques chevaux magnifiques de pure race, que les Français emmenèrent comme trophée d'un dernier
louit Ds ctiRMoirr. l43
anmtaf^ non i ;nalé que tous ies autres.
La flotte leva l'ancre le 1 5 octobre ; les vents avaient eommenoé à gronder. On fut assez favorisé les pra* niera jours; le temps devînt ensuite très^mauvais. Il blÊiÊLt FelAchfpàlHle deSavdaigne : les Maures y avaient tmBMjrwé quelques établissements. L'amiral génois, en ayant mstrait Louis de Clermont, lui proposa de lea espiiliser en entier d^ cette position : car, établis sur ce point, les Africains désolaient le littoral de l'Italie et pottaient ainsi de rudes atteintes au commerce de la répubKque. « Les chevaliers chrétiens se sont réunis tous ma bannière^ dit le prince français, pour combattre les ennemis de la foi partout où ils les trouve*pont; nous nous regarderions très-heureux de pouvoir soustraire la Sardaigne au joug des musulmans. » Il était, dans Cette circonstance, Tinterprète fidèle des émisés; les succès que l'on venait de remporter sur les cètes d^Afrique les avaient enflammés d'une ardeur Indicible : leur seul désir était de faire oublier par èe nobles travaux les moments d'hésitation qu'ils SYaient montrés au milieu des vagues courroucées et sous Tardeur d^m ciel dévorant.
Genturione partagea sa flotte en trois escadres ; le débarquement s'efleotua dans le golfe de Cagliari , à Saroch et à Sarrabus. On dirigea tous les efforts contre fai capitale de l'ile, dont le havre servait de retraite aux corsaires. Les trois corps d'armée arrivèrent à la fois aous les murs de la ville; Louis de Clermont narcha incontinent à l'assaut, mais il ne fut pas nécessaire de tenter l'escalade : cette armée , tombée comme par miracle en Sardaigne, épouvanta si fort
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les assiégés , qu'ils ne songèrent pas à défendra leurs remparts. On chassa de la yille les Maures qui Foc-* cupaienty et une garnison génoise s'y établit. Guillastre , et quelques autres petites places fortes,^ furent enlevées avec autant de promptitude que^ Cagliari. Le duc de Bourbon, ayant détruit les diverse établissements des Barbaresques , remit Tile entières sous l'obéissance de la république, laquelle n'yj>os-*sédait plus que Sasseri et le cap Boniface.
Les raisons qui avaient engagé Louis de Clermont= à quitter la France subsistaient toujours; les méme&> divisions agitaient le conseil de Charles YI : il cru^ ne pouvoir mieux occuper le temps de son exil volontaire qu'à tenter des exploits dont la gloire pût rejaillir sur son pays. Il résolut donc de poursuivre les forbans dans leurs moindres retraites, et de mériter la reconnaissance de l'Italie entière, en balayant les côtes de la Sicile, de la Romagne, de la Calabre, sur lesquelles les Barbaresques s'étaient en quelque façon implantés. Il descendit à Terracine, un de leurs principaux boulevards , s'en rendit maître, et y planta l'étendard de la croix, qui n'y flottait plus depuis près d'un siècle. L'escadre remit ensuite à la mer, mais les vents contraires la je|èrent sur la Sicile : plusieurs vaisseaux se brisèrent dans la baie de Palerme. Le vice-roi Mainfroi , de la maison de Clermont- Tonnerre, offrit aux croisés tous les secours dont il pouvait disposer. Le duc de Bourbon resta huit jours | à Messine. Au moment de prendre congé de son hôte^ ' il arma chevalier Mainfroi, qui l'avait instamment | supplié de lui conférer l'ordre, ne pouvant, (Usait-il, ]
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le tenir d'un guerrier plus illustre. Suivant son désir, il fut armé chevalier dans l'église de Saint-Jean , où le vice-roi s'était fait transporter, car la goutte l'empêchait de marcher.
En quittant la rade de Messine, la flotte se dirigea vers Gènes, avec la résolution de ne plus s'arrêter. Arrivé néanmoins à la hauteur de la Toscane, Genturione voulut engager le duc de Bourbon à aborder à Piombino , dont le souverain , depuis quinze ans en guerre avec la république , n'avait jamais pu être dompté : son énergie, ses talents militaires suppléaient au grand nombre de troupes qui lui manquait. Une occasion aussi favorable que naturelle se présentait pour le maîtriser, et l'amiral ne doutait pas que la querelle ne fût bientôt décidée si les croisés intervenaient; mais Louis de Bourbon lui refusa dans cette circonstance l'appui de son bras : « Je me suis armé, dit-il, pour faire la guerre aux musulmans, et non aux princes chrétiens. » Genturione n'insista pas, et reprit la direction de Gênes. On arriva en vue de cette ville vers les premiers jours »de novembre 1 389 : le rivage était couvert d'habitants qui poussaient des cris de joie en apercevant les croisés. Le sénat envoya supplier le généralissime de venir recevoir, dans le palais du doge, les remerdments et les récompenses que la république lui destinait; le prince français s'excusa de ne pouvoir répondre à cette invitation, en disant que son vœu ne lui permettait de prendre terre qu'à Marseille, où une de ses armures se trouvait consacrée : c'est là que le magna^me paladin voulait remercier le ciel
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cFavoir favorisé son entreprise. Il demahda que les vaisseaux de la république le ramenassent en Provence, ce que Ton fit incontinent, au grand regret du peuple de Gènes.
Beaucoup de chevaliers, révenant avec lui d'AJFrique, dominés par cette humeur inquiète qui tenaîl les hommes de cette époque dans une agitation perpétuelle, le quittèrent afiii d'aller affronter dâdé d'autres lieux les hasards de la guerre. Le duc dé Bourbon revint à Marseille, prit terre, et courût rendre grâces à Dieu dans l'église de Saint-Joseph. 11 fît reposer dans ta capitale de la Provence son arméë^ qui ne se composait plus que de trois mille Picards> Bretons, etc. : les Anglais, les Flamands et les Espagnols s'étaient séparés de lui à Gènes.
Telle fut l'expédition d'outre-mer de iSgo. Ce nombre infini d'entreprises effectuées en si peu d'années, ces troupes françaises qu'on voyait presque en même temps en Flandre, en Angleterre, en Lombàrdiéy en Syrie, dans le royaume de Naples, en Portugal ^ en Prusse et en Afrique, répandaient sur la France lia grand éclat ; et si tous ces exploits ne contribuaient * point à l'utilité publique, ils servaient du moins & augmenter la gloire de la nation (i).
(i) Voyez, i>6ar Texpéditiort d* Afrique de 1890, Orbnville, liv* IV; — Justitiianoy Historia di Genova, liv. VI, p. 1 54 » 1 55 et i56; — Fo* ^Hetta, liv. ix, p. 349» ^^^ et 35i.
Foglietta est regardé comme un des meilleurs historiens de Ttulie; en 1574 il écrivit son Histoire de Gènes en latin, et fut traduit lenilalien-ligurieii par Sardonati en iSgG. Froissart consacre cinq chapi* très à Texpédition d'Afrique; et, ne prenant pour g«de que son imagir nation ardente, il ne craint point d'orner cette relation de détails mer*
uôvïk ûi ttt^niôii. ilij